M. VILLEMAIN
M. Villemain appartenait à la famille des esprits modérés et qui ont à Texcès le sentiment des nuances. Il n'a pas vu, soudain et face à face, la grande figure de Jésus-Christ ; il n'a pas été conduit, sans une longuepréparalion, devant la divine Lumière. Quelques rayons seulement du Christianisme ont été merveilleusement saisis par cette intelligence délicate ; elle les a retenus au passage, et elle a vécu dans cette lumière tempérée.
Néanmoins, les catholiques seraient ingrats de ne pas honorer, comme il convient, la mémoire de M. Villemain. Il faut en effet que nous sachions ne rien oublier, et la reconnaissance est un des signes auxquels on doit nous reconnaître. Lorsqu'il monta en chaire, lorsqu'il écrivit ses premiers livres que distinguait une si délicate élégance, on ne connaissait encore rien de la littérature chétienne, ni de celle du moyen âge. C'est l'honneur de M. Villemain d'avoir suivi la généreuse impulsion donnée par
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Chateaubriand. Son Eloquence chrétienne au quatrième siècle est, somme toute, un livre courageux; personne avant lui n'avait osé parler si littérairement des Pères de l'Eglise, et malgré un célèbre passage de La Bruyère, on s'obstinait à les considérer comme des théologiens aussi ennuyeux qu'édifiants. Aujourd'hui, sans doute, nous ne trouvons plus au talent de M. Viilemain la môme vigueur de coup d'aile ; mais, ne l'oublions pas, il a ouvert des voies nouvelles où de plus vigoureux esprits l'ont suivi, d'un pas plus énergique. Pour un universitaire, M. Viilemain fut extraordinairement audacieux.
Sa Littérature du moyen âge a beaucoup plus souffert des injures du temps ; elle a été dépassée au point d'être effacée, et c'est un livre dont il est aujourd'hui bien difficile de soutenir la lecture. Mais enfin, c'était la premiïire fois, en France, qu'un professeur daignait consacrer les leçons de toute une année à cette époque obscure, à ce moyen âge qui n'existe pas même encore aux yeux de l'Université. .. de France. Voilà ce dont je félicite l'ancien Ministre, plus encore que de son ministère. Cette initiative sauvera son nom de l'oubli.
Quant à son rôle politique, je n'en saisis point très-vivement la hauteur. Je ne suis pas fait, sans doute, pour comprendre les habiletés de ces esprits mitoyens : j'avoue qu'ils sont intelligents, sans trop voir où leur intelligence nous a conduits, ils ne