‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 19 sur 112 · XXXI I NOTICE SUR JULES MOHL · texte numérisé non relu

XXXI I NOTICE SUR JULES MOHL

du bas Euphrate. Les troubles qui régnaient dans le pays empêchant Fresnel d'exécuter le plan primitif, il concentra son œuvre à Babylone. Vers la même époque M. Lof tus travaillait énergiquement à Suse et y découvrait un palais dans le style de celui de Persépolis, avec des inscriptions en perse cunéiforme du temps d'Artaxerxès Mnémon. M. Layard avait publié le tableau de ses merveilleuses découvertes de Koyunjik, et exploré une grande partie de la basse Mésopotamie, les ruines d'Arban, de Wan, de Babylone, de Niffar et de Kala Sherghat. En Angleterre, le mémoire de Rawlinsonsur le texte babylonien de Behistun paraissait dans le quatorzième volume du Journal de la Sociéié asiatique (4851), et dans le premier numéro du quinzième volume (1853) M. Norris, publiant pour la première fois le texte médique de ce document, confirmait l'opinion de Westergaard sur le caractère touranien de cette langue, sans déterminer toutefois à quelle branche de cette vaste famille, ou, pour mieux dire, de cette vaste classe d'idiomes, elle se rattachait de plus près, à la branche turque ou à la branche (innoise.

L'année suivante, 1854, tandis que M. Loftus continue ses fouilles à Warkah et à Senkerah dans la basse Mésopotamie, que M. Rassan travaille activement pour l'Angleterre à Koyunjik, M. Mohl annonce que le gouvernement français a arrêté les fouilles poursuivies avec tant de succès par M. Place àKhorsabad. L'année qui suivit apportait des nouvelles plus tristes encore. La précieuse cargaison qui contenait la double moisson de Place à Khorsabad et de Fresnel à Babylone sombrait à Bassorah. Fresnel, qui

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avait, des années dui-ant, tenu bon contre le gouvernement, refusé son rappel et rêvé d'établir à Bagdad une école d'archéologie sur le modèle de l'école française d'Aihènes, Fresnel mourait en 1855, et saiboit arrêtait définilivoraent les fouilles faites aux frais du gouvernement français. Tandis que Loftus rassemblait toujours de nouveaux matériaux dans les ruines de Moghur, d'Aba Shahrein, de Tel Sifr, de Senkerah, de Warkah et de Niffar ; tandis que Rawlinson attendait de nouveaux trésors à Babylone, il ne restait plus à l'expédition française, désormais coniiée à M. Jules Oppert, qu'à sauver tout ce que l'on pouvait et à revenir en France. La mort de Fresnel semble avoir refroidi l'intérêt que Mohl prenait aux antiquités de la Mésopotamie. Malgré ses efforts constants, l'entreprise qu'il avait encouragée et dirigée n'avait pas donné tous les résultats qu'il avait attendus. Même le déchilTrement lies inscriptions n'avait pas été sans lui apporter un désappointement. En parlant du sujet presque pour la dernière fois à propos du rapport adressé par M. Oppert au ministre de l'instruction publique (Paris 1856, Archives des Missions), il exprime l'espoir que Ton pourra venir à bout des difficultés créées par la polyphonie et l'homophonie; quant à la théorie proposée alors pour la première fois par M. Oppert, que l'alphabet cunéiforme était 1 œuvre d'un peuple parlant un idiome scythique, et qu'il a^ait été plus tard adapté tant bien que mal par les Assyliens et les Babyloniens à leur langue sémitique, il s'exprime en ces termes :

< Il faut réserver son jugement, attendre le développe-

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ment des preuves^ et, si elles sont concluantes, réformer nos idées préconçaes. Il est impossible qu'une découverte immense^ comme celle de Ninite, et cette restauration subite de langues et presque de littératures perdues depuis des milliers d'années, ne révèlent des faits qui s'accordent mal avec des opinions formées sur Tancienne histoire de TAsie d'après des données imparfiûtes. Il est probable, au reste, que Thistoire ancienne^ telle qu'on l'a construite d'après la Bible et les auteurs grecs, sera plu* tôt enrichie que changée par les résultats des éludes assyriennes, car nous voyons que tout ce que nous avons appris sur TÉgypte^ Flnde et la Perse, n'a fait que grandir l'autorité d'Hérodote. G*est un cadre qui se remplit, mais qui ne change pas dans ses parties essentielles* Oo n'est qu'au commencement de ces études, et la route est longue et ardue : mais les progrès sont très réels et deviendront plus rapides à mesure que les matériaux seront plus accessibles* »

Cet exemple suffira pour montrer avec quelle conscience Mohl remplissait son office d'historiographe en titre de l'érudition orientale, et que de choses risquent de s'oublier dans le tumulte de la vie de notre temps, dont ces pages nous conservent le souvenir. Sans doutela Perse était toujours son objet de prédilection, et de là vient le vif intérêt qu'il prenait & ces recherches sur les cunéiformes^ qoi^ ayant pour centre et pour point de départ le dédiiffre-* ment des édits des anciens rois de la Perse, Cyrus, Dariaa, Xerxès, jetaient une lumière nouvelle sur l'histoire de la Perse avant eux et après eux. De là son admiration sincëi'e pour E. Bumouf et son oravre de restitution de l'A-

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vesta ; cedt par là qu'il avait appris à apprécier toute la valeur de la méthode philologique de Burtiouf cl à recon* naître que c'était la seule qui pût conduire à des résultats dignes de cofiâflnco dans riuterpréiation de l' Avesta comme dans celle des Védaa« Mais malgré ses prédilections persoimelleSy nous le voyons, dans ses rapports annuels, traiter presque tous les sujets avec la même eiactitode et la iiidfne solidité de jugement. Toutes les publications réellement importantes^ qu'il s'agisse d'arabe^ d'hébreu^ de syriaque^ d'arménien, de sanscrit ou de chinois^ sont enregistrées avec soin^ et nous rencontrons souvent tel paragraphe qui forme un traité Succinct^ mais Complet^ sur l'histoire et la portée de toute une branche de l'orientalisme.

Si Voû Item voir, par exemple^ ce qo6 nous possédons en fait d'iflscrîptions himyarites et quelle est la valeur de ce chapitre de l'épigraphie dans l'histoire des languei^ sémitiques, l'on n'a qu'à lire les rapports sur le« explo* rations de Presnel et d'Arnaud sur la côté du Yemen/ explorations suggérées et encouragées par Mobl lui* même.

La question de la possibilité de sobstitaer l'alphabet iatin MX iKmibretti alphabets des langues orientales est discutée tout au long dans le rapport de 1844, puis de nouveau dans celui de 4865. On raillait le gouvernement anglais d'avoir tant dé peine à décider les indigènes à écrire rindondleni en caractère romains^ tandis que les Arabes mabométans avaient réussi en ai peu de temps ft

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