NOTICE SUR IULES MOHL. IXXVII
pèlerins bottddhistes, il ne trouva nulle part un critique qui sût mieux apprécier la valeur de son œuvre.
Dans tous les sujets dont nous avons parlé jusqu'iciMohl se sentait chez lui. Là les langues lui étaient familières, les littératures étaient pour lui un objet constant d'inté« rèt. Mais même pour les autres branches de l'érudition orientale, pour le sanscrit par exemple et pour la littérature indoue en général, il n'est guère de critique qui ait su, mieux que lui, distinguer ce qui est important de ce qui ne Test pas, et signaler avec plus de précision aux indianisants leurs vivais devoirs envers la science. Dès son premier rapport de 1840, il appelle leur attention sur le Véda. Hic Rhodes j hic salta! semble-t-il dire, chaque fois que son inspection générale l'amène près des frontières de l'Inde. Il salue avec une joie véritable toutes les tentatives faites pour combler les vides que les W. Jones, les Colebrooke, les Mill, les Wilson avaient signalés plutôt que remplis. Il montre comment la connaissance de la littérature de l'Inde est condamnée à rester un édifice sans base tant qu'on ne l'aura pas appuyée sur ses fondalions réelles, le Véda. Dès 4840 il nous apprend que l'ancienne Compagnie des Indes orientales a ordonné la publication des quatre Yédas par les savants Brahmanes du collège de Calcutta, d'après les meilleurs manuscrits de Bénarès : < Grande et magnifique entreprise qui livrera aux études des savants de tous les pays un monument littéraire dont il est difficile d'évaluer l'importance pour l'histoire de la civilisation». On sait malheureusement qu'il ne s'offrit dans l'Inde ni Brahmanes en état de pu-
XHVni NOTICE 6tm JULES MOHL.
blier le Véda et les commentaires, ni manuscrite fidèles : les Brahmanes qui auraient pu ne voulaient pas, ceux qui auraient voulu ne pouvaient pas, et il fallut enfin que l'éradition européenne entreprit Tœuvre et donnât aux Brahmanes la première édition complète de leurs livres sacrés.
Mohl nous apprend en même temps que depuis plu- 8ieur$ années le gouvernement français achetait dans rinde des manuscrits du Véda et de ses commentaires et qu'il en était déjà arrivée Paris plusieurs caisses. Ces mesures étaient dues surtout à Bumouf, qui, avec Rosen, était alors probablement le seul indianiste qui fût allé plus loin que Colebrooke et eût pénétré au cœur même de la littérature védique. Elles étaient dues aussi au patronage éclairé de M. Guizot. Encore en 1869, M. Guizot, annonçant à l'auteur de ces lignes sa nomination de membre étranger de l'Institut de France, ajoutait : « Je ne suis pas un juge compétent de vos travaux sur les Védas, mais je me félicite d'avoir un peu contribué à vous fournir les matériaux, et je vous remercie d'en avoir gardé le souvenir. >
Il ne se passe guère d'année que Mohl ne nous donne quelque nouvelle des progrès faits dans la publication des Védas ; et la façon naturelle et simple dont il fait ressortir l'importance de la tradition tout en maintenant J'indépendance de la science européenne, fait singulièrement ressortir la maturité de son jugement en présence des querelles des écoles exclusives.
flOTICE 9m iULSS MOHL. IXXIl
Mais si pénétré quMI soit de Timportaiice des études védiques, M ohl ne passe pas sous silence les autres bran* ches de la littérature indienne. Ld publication de la Ràd*jatarangin! ou histoire des roisdeKachemire, par Troyer, la découverte de Talphabet pali par Prinsep, la magnifique édition du Râmflyana de Gorresio, la traduction de la ver» sion tibétaine de la vie du Buddhapar Foucaux^ les Anti* quités indiennes de Lassen, le Dictionnaire sanscrit de Boehtlingk et Roth et celui de Goldst&cker, les recherches originales de Wœpke sur les chiffres indiens et sur les mathématiques dans Tlnde, les travaux de Nève et de Weber, toutes ces œuvres reçoivent Thommage qui leur est dû, et il marque toutes ces étapes faites dans la marche, lente mais sûre, de la petite et vaillante armée de Torientalisnie.
Il n'est pas aisé de se faire une idée de tout le travail que s'impose le savant consciencieux qui entreprend un rapport annuel de ce genre. Ceux-là seulement qui ont essayé de le faire savent tout ce qu'il faut de temps rien qucpour réunir les matériaux, et tout ce qu'il faut de soin pour déterminer la part d*éloge ou de blâme qui revient à chaque œuvre. Bien que chacun de ces rapports annuels ne remplisse guère que cinquante à cent pages, la seule préparation a dû prendre à l'auteur une partie considérable de ses loisirs.
D'autres sociétés ont publié des rapports de ce genre, mais il n'en est guère qui Taient fait avec- la même régularité que la Société Asiatique tant qu'elle eut Mohl pour