‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 27 sur 112 · Saint-Pétersbourg, 1840, in · texte numérisé non relu

Saint-Pétersbourg, 1840, in

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additions faites par M. Tchoubinof, environ trente-cinq mille mots.

H. Dom a pablié, à Saint-Pétersbourg^ une Grammaire afghane', plus exacte que celle de Klaproth et plus détaillée que celle de M. Ewald, les deux seules qui existaient jusqu'à présent. L'intérêt que la science peut trouver dans la langue afghane est essentiellement ethnographique, car sa littérature est peu étendue et consiste, autant qu'on peut en juger aujourd'hui, surtout en poésies imitées du persan. Mais le problème de l'origine de ce peuple n'est pas encore résolu, et les éléments de sa solution se trouvent dans la grammaire et dans le dictionnaire de la langue afghane.

Les dialectes malais, qui avaient été presque entièrement négligés sur le continent de l'Europe, ont attiré, dans ces derniers temps, quelque attention, et M. Dulaurier vient d'ouvrir un cours de langue malaie à l'École des langues vivantes. Cette langue possède, en dehors de ce que contient sa littérature, une importance très-grande pour l'ethnographie, car la race inquiète et commerçante des Malais s'est répandue sur une immense étendue de côtes et d'tles, et l'histoire de cet idiome est en grande partie aussi celle des populations maritimes des mers de l'Orient et du Sud. Un grand savant, feu M. de Humboldt, s'était emparé du problème qu'offre l'origine de ces populations et l'a approfondi dans son bel ouvrage sur la langue kawi ', dont les deux derniers volumes ont paru l'année dernière sous les auspices de l'Académie de Berlin et par les soins de M. Buschmann. Il prend pour I: .se de son travail le kawi, l'ancienne langue de Java, et en refait la grammaire par l'analyse du texte du Brata Yuddha. Il procède ensuite à une analyse semblable des autres dialectes ma-

ï. Tiré des Mémoires de rAcadcmie de Saint-Pétersbourg. 1840, in-i*.

2. Ueber die KawUpradie ouf der Intel Java^ von Wil. von Humboldt. fierlin, 1836-1839, 3 vol. in-4*. (Les deux derniers volumes portent les millésimes de 1838 et 1839, mais ils n*ont paru qu^en 1840.)

lais, depuis les Philippines jusqu'à Madagascar, suppléant partout à rinsuffîsance des secours par la rigueur de sa méthode et par la pénétration étonnante de son esprit. Le travail grammatical est relevé dans toutes les parties de l'ouvrage par des mémoires sur Tinfluence indienne en Malaisie, sur les antiquités de Java, sur les migrations des Malais, sur plusieurs points de grammaire générale, sur l'influence de l'écriture sur le langage, etc.; mémoires qui font de cet ouvrage une mine d'idées neuves et importantes, et ou la finesse et la force de l'esprit de l'auteur se développent également.

M. Buschmann annonce qu'il va publier le texte et la traduction du Brata Yiuidha, qui formeront le complément de l'ouvrage de M. de Humboldt. C'est un poème épique, imité du Hahabharat, et dont Raffles avait déjà reproduit une partie en caractères latins. Il est écrit en kawi et date, comme le sujet l'indique, de l'époque où l'influence des idées indiennes n'avait pas encore fait place, à Java, aux idées musulmanes.

Après vous avoir présenté cette esquisse, nécessairement fort incomplète, des progrès que la littérature orientale a faits depuis notre dernière séance, il me reste, Messieurs, à dire quelques mots sur un sujet qui a occupé et qui occupe dans ce moment un grand nombre de savants, et qui est digne de toute l'attention d'unie société vouée aux intérêts de la littérature orientale; ce sujet est la variété des systèmes adoptés aujourd'hui pour transcrire les caractères orientaux en lettres latines. Au premier contact de l'Europe du moyen âge avec l'Orient, on reproduisait les mots orientaux trèsgrossièrement, et il en est résulté la création d'un certain nombre de noms monstrueux, dont quelques-uns ont conservé leur place dans toutes les langues de l'Europe, comme Mahomet, mosquée, Tamerlan, Gengiscan^ etc. Depuis la moitié du xvir siècle, les traductions latines de plusieurs ouvrages arabes par Pococke, Golius et autres, et un peu plus tard les

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oufra^es populaires de Galland et de d*Herbelot, ont introduit nne orthographe plus exacte, en reproduisant les mots arabes avec l'alphabet latin aussi fidèlement que la pauvreté comparative de cet alphabet le permettait. On se contenta pendant longtemps de cette manière de transcrire; mais à la fin, et surtout lorsque la découverte de, la langue sanscrite eut étendu le cercle des études orientales, on sentit le besoin d une méthode plus rigoureuse, et on voulut atteindre un degré d'exactitude tel qu*on pût remettre dans les caractères originaux ce qu'on aurait d'abord transcrit en caractères latins; mais les modes de transcription usités jusqu'alors ne le permettaient pas, et quiconque a jamais essayé de récrire en arabe des vers cités par d'Herbelot, s'en sera aisément convaincu.

Depuis ce moment les systèmes se sont succédé avec une grande rapidité ; ils étaient basés sur des principes fort differents, calculés à tourner des difficultés de plusieurs espèces, et ont produit les résultats les plus divergents. Déjà Sir William Jones se plaignait en 1788 de ce que presque chaque auteur avait son orthographe particulière : que dirait-il s'il voyait le nombre de systèmes et le plus grand nombre d'orthographes sans système que Ton suit aujourd'hui ? Les historiens, les géoj^raphes et les voyageurs qui n'ont pas étudié les langues des peuples dont ils s'occupent sont obligés de prendre de toute main des orthographes qu'ils entremêlent, de sorte qu'il est impossible de remonter à la source et qu'il en est résulté une confusion inextricable. Je vais en donner quelques exemples en prenant les noms les plus faciles et les plus connus qui s'offrent en ce moment à mon esprit ; par exemple, le nom d'iift, qu'on trouve écrit, dans des ouvrages imprimés de notre temps, kit, Aly^ 'Ali^ AVeCy Ulee, Ullee^ Alli, Allie, Aliyy^ Ahli^ Alee; je trouve huit manières d'écrire le fflotKoran : Kur-an, Ckoor-an^ Akorany Alcorawn, Qoran^ CoranyKoran^ Ckoran\ six pour écrire le nom d'Aboulfeda, Aboulfeda, Aboulfada^ Abulfeda^ Abowlfida^ Aboulfeda et Aboulfiddif et sept pour le nom du législateur des Arabes,

Mahomet j Mehemet, Muhammedy Mohammed^ Muhammad^ Mohhammad et Muhummud.

Dans des noms aussi connus que ceux que j'ai cités, il n'est pas à craindre qu'il puisse naître des erreurs de ces divergences d'orthographe, mais on peut s'imaginer facilement quel embarras elles peuvent amener quand il s'agit de noms d'hommes ou de lieux peu connus. Permettez-moi de vous en donner un exemple. M. Prinseff cite une carte officielle et récente du Doab, dans laquelle la route d'Akbarpour à Khanpour, route fort fréquentée, est établie en double, parce que le bureau topographique de Calcutta avait trouvé deux itinéraires avec des noms écrits d'une manière si différente que, n'ayant pas reconnu leur identité, il en avait conclu qu'ils se rapportaient à deux routes parallèles ^

Il aurait peut-être mieux valu ne s'écarter jamais de l'ancien système, quelque imparfait qu'il fût, car le point réellement important est l'uniformité dans l'usage. Mais il est trop tard pour revenir sur nos pas ; le besoin d'une plus grande exactitude s'étant une fois réveillé, il ne reste plus qu'à aller jusqu'au bout, et à espérer que l'introduction d'un système évidemment meilleur que les autres rétablira cette unité d'avis dont nous sommes si éloignés aujourd'hui.

Il n'est peut-être pas inutile de classer, en attendant, les difficultés que présente ce problème et les essais qui ont été faits pour le résoudre. Ces difficultés me paraissent être les suivantes :

l"* Les alphabets orientaux ont un plus grand nombre de lettres que les nôtres;

2*^ Les Orientaux ne prononcent pas toujours selon l'orthographe ;

3"* Ils varient de pays à pays dans la prononciation de la même lettre;

4"^ Les Européens varient dans la prononciation de la même lettre.

1. Voyez cette carte : The Application of the Roman Alphabet to ail the Oriental Languages. Sérampour, 1834, in-S*.

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Permettez-moî de dire quelques mots sur chacun de ces points.

l' Les alphabets orientaux ont un plus grand nombre de lettres que les nôtres; ceci s'applique principalement aux alphabets arabe et indien. On a cherché une multitude de remèdes à cette difficulté, mais ils peuvent tous être compris da&s trois classes.

A. On a essayé d'enrichir l*alphabet latin de quelques nouveaux caractères. Ainsi Meninski a introduit le a'in arabe au milieu de transcriptions en caractères latins ; Volney a modifié la forme d'un certain nombre de lettres latines, pour en créer de nouvelles; M. Gilchrist a inventé un u bref; d'autres savants ont introduit plus récemment encore des caractères persans et grecs dans leurs transcriptions.

Aucun de ces systèmes n'a pu se maintenir, et il serait sans aucun doute inutile de faire de nouvelles tentatives dans cette voie, parce que le public européen ne tolérera certainement pas Tintroduction de nouveaux caractères dans son alphabet.

B. On a voulu représenter les sons arabes et indiens par des groupes de lettres européennes, comme rfA, lA, kh, U^ ^i,fte. Ce système a produit un grand nombred'essais, mais il a des inconvénients très-réels, car si on ne l'applique que partiellement, comme font la plupart des savants, il n'atteint pas le but qu'on s'est proposé, et si on le pousse à sa limite extrême, il rend étrange la forme des mots orientaux et blesse Vœil des Européens par des combinaisons de lettres qui doivent paraître barbares au lecteur, comme, Ckasff ou Qasry Hhadrat, Hhadjdjadjy etc. Ce système d'employer des lettres doubles pour rendre des lettres simples qui nous manquent, a de pins le grand défaut de laisser le lecteur incertain sur l'orthographe de Toriginal, parce qu'il ne peut savoir si la lettre double qu'il trouve employée représente deux lettres ou n'est que le représentant conventionnel d'une seule.

C. Enfm on a cherché à modifier l'alphabet latin au moyen de signes peu apparents et qui, sans créer de nouvelles lettres, produisent des formes nuancées qui peuvent servir

à exprimer les lettres des alphabets orientaux. Ce système a été, je crois, proposé d*abord par Sir William Jones et adopté par la Société asiatique de Calcutta, $;ui, au reste, n'y a pas toujours persisté. Les voyelles s'y trouvent multipliées par le moyen d*accents qui marquent si elles sont longues ou brèves, et les consonnes par des points en dessous et en dessus. Ce système a trouvé beaucoup d'imitateurs, et presque tous les indianistes s'en sont fait de semblables pour leurs transcription^ ; Gilchrist Ta conservé en partie ; la Société de géographie de Londres l'a adopté en le modifiant un peu; M. EichhofT l'a employé en France dans son parallèle des langues de l'Europe; M. Brockhaus en a proposé dernièrement un en Allemagne ; M. Weijers en a publié récemment un autre qui repose sur la même base, et H. Arri, de Turin, a fait frapper des lettres où il marque les différents ty tf, s, elc.^ des Arabes, par les mêmes points qui les distinguent dans l'écriture arabe. Cette méthode a l'inconvénient de donner facilement lieu à des fautes d'impression et d'exiger une casse d'imprimerie beaucoup plus grande, mais elle compense ces difficultés toutes matérielles par des avantages évidents. Le lecteur européen n'est pas embarrassé pour la lecture, car, quand il ignore la signification des points ajoutés, il en fait abstraction sans difficulté, et, sans qu'ils puissent l'induire en erreur ; la transcription des mots n'est pas surchargée d'une quantité d'A supplémentaires et autres lettres parasites; enfin cette orthographe se rapproche beaucoup de celle qui ne s'attache qu'à reproduire le sou simple sans vouloir en imiler toutes les nuances, de sorte qu'il est facile d'identiûer les mots écrits par un savant avec ceux qui sont écrits par un voyageur seulement d'après l'oreille. Le grand mal, jusqu'à présent, est la diversité des systèmes basés sur cette méthode, car on ne peut espérer que le public s'accoutume à cette modification de l'alphabet, que quand les signes auront une signification généralement adoptée.

i^ Les Orientaux ne prononcent pas toujours selon l'ortho* graphe; c'est surtout en conséquence des lois euphoniques

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' que se prodait cette différence entre la manière d^écrire et de prononcer. On écrit, par exemple, al-Raschid, et Ton pro* nonce ar-Rasehid. M. Weijers a proposé de distinguer, dans ces cas, la lettre soumise à un changement en l'imprimant en italique, mais cet expédient blesse Tœil et n'indique pas au i^ur comment il doit prononcer. Le problème est évidemment insoluble, et il faut choisir entre le son et l'orthographe. Vusè§e des nations européennes a établi à cet égard un prinôpe qui parait sage, c'est de se conformer à l'orthographe ; ^ éerii dans toutes les langues de l'Europe, Shakespeare^ ^^ràeauXy eic^ quoique le son à tirer de la réunion de ces kttressoii fort différent de la prononciation réelle. Suivre l'orthographe est le seul moyen de ne pas effacer Tétymologie ton mot et de conserver une chance d'unité dans les trantcriptions; mais il restera néanmoins toujours un grand em- ^ras dans la transcription des voyelles brèves, qui se prononcent dans plusieurs mots de la même langue orientale si A^éremment, qu'il sera difficile de les rendre chacune et dans ieos les cas par une seule voyelle de notre alphabet.

^' Les Orientaux varient de pays à pays dans la pronon- ^ion des mêmes lettres. Les Turcs, par exemple, substituent i h bref des Arabes et des Persans communément un e bref; ts musulmans de llnde prononcent dans un grand nombre le cas un e long ou les Persans prononcent t long ; dans loe partie de la Perse on substitue à l'a long un ou long. Ib prononce le ^ arabe différemment dans différents pays ; ■r exemple, l'ère de Mahomet s'appelle Hidjret en Syrie, ^rel en Egypte, Hijret en Arabie, etc. L'embarras que Muent ces changements est souvent fort grand; par exemple, - ûom du roi actuel de Lahore se prononce dans l'Inde ikéningh; mais la première partie du nom est persane et ^ prononce en Perse Schir. Gomment transcrire? Le plus P<|ue serait peut-être de suivre, même dans un cas pareil , prononciation du pays d'où le mot est originaire ; mais ^eusement il n'j a p&s beaucoup de cas aussi compliqués, »daQs la plupart, la transcription peut se conformer sans

inconvénient à l'habitude du pays auquel le mot est em^ prunté.

4"* La dernière difficulté consiste dans la différence de pro^ nonciation des mêmes caractères latins chez les divers peuples de l'Europe, et elle est telle qu'elle paraît, au premier aspect, un obstacle absolu à tout système uniforme de transcription Sir William Jones a bien senti Tembarras inhérent à celM question, particulièrement pour les Anglais, dont le système orthographique est si compliqué, si irrégulier et si éloigné d< toutes les habitudes du reste de l'Europe. Il a eu Theureusi hardiesse de proposer l'adoption de la prononciation italienne et y a fait consentir la Société de Calcutta, qui n'a pas cessé di suivre ce système, le seul qui puisse rapprocher les orients listes anglais de ceux du continent. Malheureusement M. Gil christ est venu après lui défaire autant qu'il a pu l'œuvre d Sir William Jones, en substituant aux voyelles simples des Itâ liens les diphtongues compliquées des Anglais. Presque to4 ses élèves ont suivi son système, et la géographie et Thistoi^ orientale ne se sont que trop ressenties de ce malencontrei changement ; les oo, ee, n, ont remplacé les n, î, a dans plupart des livres modernes des Anglo-Indiens, et l'influence i toutes les sociétés savantes de l'Angleterre et de l'Inde a lu^ jusqu'à présent sans beaucoup de succès contre ce procétï mais il paraît néanmoins perdre du terrain, et il faut espéij que les principes de Sir William Jones prendront de nouvel le dessus. Il reste d'autres difficultés; les lettres ^, j, c et ont dans chaque langue européenne une prononciation lUfl rente, do sorte qu'un alphabet harmonique ne pourra jau^ être employé avec une entière uniformité dans toutes les U gués européennes; mais ces différences seront peu nombrev^ et donneront lieu à bien peu d'embarras, si chaque nation \i se prêter, autant que le permettent ses habitudes, à se rapfi cher des autres, et ne pas choisir de préférence les exirè^ de sa prononciation particulière, comme l'avait fait l'école^ Gilchrist.

Je ne pense pas qu'avec toutes les concessions mutuelle

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tontes les précautions possibles on arrive à former un alphabet harmonique qui permette de remplacer les caractères orientaux daos rimpression des textes. On sait combien Volney attachait d'importance à cette idée, et le Comité de l'instruction publique de Calcutta a cru, pendant quelques années, avoir si bien résolu le problème, qu'il a encouragé la publication d'un grand nombre d'ouvrages dans ce qu'on appelle dans .l'Inde Faiphabel roman, et qu'il s'est proposé pendant quelque temps le plan, véritablement monstrueux, de substituer cet alphabet, chez les indigènes même, à leurs alphabets originaux. Cet essai ru pas réussi et ne pouvait pas réussir; on peut appliquer à quelques langues, comme par exemple au sanscrit, un système de transcription qui rend intelligibles les passages transrrits et qui peut être utile, soit pour des citations, soit dans le cas où l'on manque de caractères originaux : mais il y a d'autres langues qui se refusent à ces expédients, comme par exemple l'arabe, où l'écriture exprime non-seulement les sons, mais souvent les particularités grammaticales et étymologiques qui ne frappent pas l'oreille et seraient perdues dans la transcription; ainsi je ne pense pas qu'une combinaison quelconque do lettres latines puisse rendre l'orthographe du mot iCoran. Heureusement nojis n'avons pas besoin de remplacer les caractères orientaux ; on y trouverait un certain avantage d'écononie dans l'impression des textes, mais ce gain serait infiniment noindre que les inconvénients de toute espèce que ce change- Dent amènerait avec lui. Ce qu'il nous faut, c'est un système ie transcription assez exact pour reproduire fidèlement les oms d'faommes et de lieux, assez rapproché de l'emploi ordilâire de l'alphabet latin pour ne pas répugner à la masse des acteurs et des écrivains, et calculé de manière à n'exiger que 'insignifiantes modifications dans son emploi chez les différâtes nations de l'Europe. L'adoption d'un système qui remlirait ces conditions serait un véritable bienfait pour la littéraire, et personne n'est mieux placé qu'une société comme la Itre pour provoquer et pour diriger la discussion sur tous les Mats qui y touchent, et pour arriver à un résultat qui pour-

rait obtenir rassentiment, sinon général (ce qu'on ne peut guère espérer en pareille inatière)| mais au moins celui de la majorité des auteurs.

RAPPOilT LU LB 30 MAI 1842

Messieurs,

L'anniversaire qui nous rassemble aujourd'hui forme une époque dans Fbistoire de la Société asiatique, car il marque la tin de la vingtième année de son existence; et, dans le temps où nous vivons, où tout change et passe si vite, ce n'est pds sans un juste orgueil qu'une société comme la nôtre, qui ûViisle que pai* le libre concours de ses membres, et à laquelle aucun intérêt, autre que celui de la science, ne se ratfe^'he, peut voir s'accomplir cette première période de sa vie. Il est naturel que, dans une pareille circonstance, nous cherchions à nous rendre compte à nous-mêmes du chemin que Bous avons parcouru, des résultats auxquels il nous a coniuits et des efforts qui nous restent à faire pour atteindre le ^i que se sont proposé les fondateurs de la Société. Vous Ri^ permettrez donc de vous entretenir en quelques mots de * sujet.

La création de la Société a été provoquée par l'accroisse- B^nt extraordinaire qu'ont pris, de notre temps, les études mentales. Autrefois, elles se bornaient à peu près aux lan-

fçues et aux littératures qui pouvaient servir à l'interprélataiion delà Bible; et si quelques hommes- placés dans de^ conditions particulières, comme les missionnaires français en Chine, ou devançant les idées et les besoins de leur siècle, comme Hyde, Deguignes, Anquetil, s'occupaient de quelques autres parties des lettres asiatiques, ils se trouvaient isohs et comme en dehors du courant de l'érudition. Sir W. Joncs fut le premier à considérer la littérature orientale comme un tout immense destiné à servir de base à l'histoire de l'humanité, et dont chaque partie devait concourir à éclairer tout le reste. Peu à peu ce beau rêve fut on ne peut pas dire réalisé, car il est loin de l'être encore, mais compris; l'œuvre fut commencée de toute part, et la curiosité impatiente de la partie la plus éclairée du public européen soutint les savants dans leur nouvelle et immense carrière, en même temps que les gouvernements comprirent l'importance qu'il pouvait y avoir à seconder les efforts de ceux qui s'apprêtaient à la parcourir; des chaires pour l'enseignement des langues principales furent créées, et quelques administrations, à la tête des^ quelles se sont toujours trouvés le gouvernement français et la Compagnie des Indes, accordèrent leurs secours à la pu^ blication d'un grand nombre de grammaires, de dictionnaire de textes et de traductions d'ouvrages orientaux.'

A mesure que le cercle de ces études s'étendait, il deve^ nait de plus en plus difficile à un individu de suivre ce mou^ vement;et ce qu'on appelait autrefois un orientaliste t\^ pouvait plus se rencontrer, parce que la vie ne suffisait phii pour embrasser tant et de si diverses langues et littératurosl Il se peut que, par le progrès des méthodes, l'accroisseineui des secours, la publication et la traduction des textes, u1 seul l)omme parvienne un jour à réunir la connaissance de! principales languefs de l'Orient, mais ce ne sera, dans aucui cas, que lorsque l'impression des ouvrages classiques au ri obvié à rénorme perte de temps que l'usage des manuscrili entraine nécessairement. Cependant, malgré cette sub<U\t

sion du travail, à laquelle nous sommes réduits par Tétat actaei de nos connaissances relatives aux différents peuples deFAsie, il existe entre elles un lien si naturel, elles ont tellement besoin Tune de Tautre pour s*éclairer, qu'on a été conduit, presque forcément, à chercher dans une association cette universalité d'études qu'aucun homme isolé ne pouvait plus atteindre.

M. le comte de Lasteyrie, qui, le premier en France, fut frappé de l'urgence de ce besoin, proposa, en 1821, à KM. Rémusat, Saint-Martin et à quelques-uns de leurs amis, la fondation d'une Société asiatique. Ces hommes éminents comprirent sur-le-champ la portée de ce plan et s'appliquèrent à le mettre à exécution. Ils s'adressèrent à M. de Sacy, à qui toute l'Europe assignait depuis longtemps la première place parmi les orientalistes, et sollicitèrent sa coopération. H. de Sacy ne croyait pas beaucoup à la durée des sociétés libres, mais il ne refusa ni son temps ni l'influence de son nom à une institution qui pouvait être utile aux études qui avaient fait sa gloire ; il accepta la présidence de la Société, et TOUS savez tous avec quelle suite il s'appliqua à la ^utenir et avec quel dévouement il reprit ses fonctions, lorsque U mort presque simultanée de MM. Rémusat et ^aint-Martin eut mis pour un instant l'existence de notre institution en péril. La Société rechercha de plus, dès sa naissance, Tappai d'un prince qui s'était toujours distingué par ion amour pour les sciences, et S. A. R. le duc d'Orléans voulut bien accepter le titre de président honoraire ; il se rappela que son grand-père avait eu l'idée de fonder lui-même Que société pour l'avancement des lettres orientales, et, non content de Tenir en aide à la Société par ses dons et le poids de son nom, il voulut prendre une part personnelle à ses ^vaux, et beaucoup d'entre vous se rappellePbnt l'avoir vu l^sider à vos séances, dans la salle même où nous sommes ^semblés aujourd'hui.

40 YINGT-SKPT ANS D*H1ST01RE DES ÉTUDKS ORIENTALES.

C'est dans ces circonstances qu*eut lieu la formation de la Société, le premier avril 1822. Tout ce qu*il y avait de plus marquant dans les lettres, en France et à l'étranger, voulut participer à ses travaux; le nombre de ses membres s'éleva, dès la première année, à un chiffre tel, que son avenir devait paraître assuré, et elle a traversé, depuis ce temps, les plus grands dangers, sans en être ébranlée. La révolution la priva tout à coup de la moitié de ses membres, mais elle s*est recrutée dans une génération plus jeuiie. La mort lui a enlevé les plus illustres de ses fondateurs ; elle a perdu en peu d'années MM. de Sacy, Kémusat, Saint-Martin, ChampolHoii, Chézy, Klaproth ; mais elle a eu assez de force pour supporter ces pertes irréparables. Enfin, elle a échappé au plus grand péril qui puisse menacer une institution comme la nôtre, aux dissensions intérieures ; elle ne s'est pas laissé détourner un seul instant du but qu'elle s'était proposé, et n'a pas cessé de poursuivre le plan qu'elle s'était tracé dès le principe.

Son premier soin a été de créer un journal uniquement destiné aux lettres orientales. Le seul recueil de ce genre qui eût existé en Europe, les Mines de VOrient, avait cessé de paraître. Mais une science qui a de la vie ne peut se passer d*ui] pareil organe : on a besoin de publier les découvertes qiu chaque jour amène ; on veut livrer à la discussion les idêe^ dont on est occupé; on veut, ou traiter un point particuliei qui n'intéresse que les hommes spéciaux, ou enregistrer ui fait important qui ne fournirait pas matière à un livre ;of veut, avant tout, savoir ce qui se fait dans toutes les branchei d'une étude dont on ne peut embrasser qu'une partie. Or, i cet égard, les journaux ont remplacé, au grand avantage d la science, d'un côté, l'immense correspondance que les sa vants étaient autrefois obligés d'entretenir entre eux, et, l'autre, les opuscules isolés qu'il est si difficile de réuni C'est pour rendre ces services qu'a été créé en 1833 le Jour asiatique^ qui est arrivé aujourd'hui à son quarantième vt lume, et si ce recueil n'a pas atteint le but de ses fondateur

attssi complètement qu'il serait possible, \\ en a du moins approché aussi près que les circonstances Tont permis, et je crois que personne ne niera qu'il ne soit en progrès à beaucoup d'égards. Pendant les six premières années de son existence, la Société n'était pas assez sûre de ses ressources pour se charger elle-même de la publication du Journal. Mais lorsque l'affluence des matières exigea que le cadre en fût agrandi, elle le prit à sa propre charge et se décida à le confier aux presses de l'Imprimerie royale. Cet établissement, le plus beau et le plus riche du monde, pouvait répondre seul, par l'abondance des caractères de tous genres qu'il possède et par l'habileté de ses employés, aux exigences d'un recueil s'occupant de littératures si diverses, et son administration trouva ces exigences mêmes avantageuses, en ce qu'elles exerçaient ses compositeurs aux travaux les plus difficiles. Elle a, dans tous les temps et surtout dans le nôtre, encouragé les publications orientales; et, en consentant à ouvrir à la Société asiatique un crédit annuel, elle nous a mis en état de donner au Journal une étendue presque double de celle qu'il avait eue au commencement, et de satisfaire ainsi au zèle croissant de nos collaborateurs.

Le second but que la Société se propos^ fut d'encourager l'impression de textes, de traductions, de dictionnaires et de grammaires. Il y a malheureusement aujourd'hui peu d'ouvrages orientaux qui puissent paraître sans exiger un sacrifice considérable ; aussi la Société a-t-elle cru devoir faciliter, par des souscriptions plus ou moins importantes, des travaux qui n'auraient pu voir le jour sans son aide. Elle y trouva l'avantage d'assurer la publication de travaux importants, tout en ne se chargeant que d'une partie des frais. C'est ainsi qu'elle a encouragé la publication du Hamasa de H. Freytag, du Vendidad de H. Burnouf, du Manou de M. Loiseleur, de VYking du P. Régis, et autres. Plus tard la Société s'est vue obligée de restreindre ce genre d'encouragements, quand ellemême entreprit des ouvrages volumineux ; car elle ne s'est en-

gagée que graduellement, et à mesure qu'elle sentait mieux ses forces, dans des publications dispendieuses. Elle n'a entrepris la publication de Meng-tseu qu'en en partageant les frais avec M. de Lasteyrie; ensuite elle a pris courage, et a publié successivement les Fables de Vartan de H. Saint-Martin, le Yadjiiadalta de M. Chézy, la Grammaire japonaise du P. Rodriguez, l'élégie arménienne sur la Prise d'Edesse par Zohrab, l'Essai sur le Pâli de MM. Burnouf et Lassen, la Reconnaissance de Sacountala par M. Chézy, le Vocabulaire géorgien de Klaproth,la Chronique géorgienne de M. Brosset, la Chrestomathie chinoise, la Grammaire géorgienne de M. Bros* set, et la Géographie d'Aboulféda par MM. Reinaud et de Slane. Jusqu'à ce dernier ouvrage, les livres imprimés par la Société avaient paru dans des formats fort différents, selon les circonstances et la volonté des auteurs ; votre Conseil reconnut que cette irrégularité avait des inconvénients, et il se décida à commencer une collection uniforme, dans laquelle entreraient dorénavant tous les ouvrages de la Société, à l'exception du Journal. Les deux premiers volumes de cette série, contenant la Chronique de Cachemir par M. Troyer, ont paru, et le troisième contiendra le Voyage de Schulz.

L'impression de ces ouvrages exigeait l'emploi de caractères qui manquaient alors aux imprimeries les mieux fournies, et la Société dut s'occuper sur-le-champ à pourvoir à ce besoin. Elle reçut de S. M. le roi de Prusse le don d'une fonte de caractères dévanagaris, gravés par les soins de M. de Schlegel, et fit graver à Paris un corps géorgien, tandis qu'on exécutait pour elle, à Saint-Pétersbourg, une fonte des caractères mandchous de M. Schilling, et à Paris une fonte des caractères pehlewis de M. Legrand. Maintenant qu'elle s'adresse, pour ses impressions, exclusivement à l'Imprimerie royale, elle se trouve dispensée de tous frais à cet égard; car ce magnifique établissement, dans la noble ambition de posséder les caractères de toutes les langues et de pouvoir imprimer tout ce qui peut s'écrire, ne recule devant aucune difficulté de ce

genre, ni devant les dépenses que ces difficultés peuvent exiger.

Enfin, la Société s^'était imposé Tobligation de rechercher et de réunir le plus qu'elle pourrait de manuscrits orientaux, et, à cet égard encore, un heureux concours de circonstances est venu seconder ses efforts. Lord Kingsborough lui a fait don d'ane partie des manuscrits arabes qui avaient autrefois appartenu à Condé, et qui contiennent de précieux matériaux pour rhistoire des Arabes d'Espagne. Quelques copies de manuscrits brahmaniques ont été exécutées pour elle dans Tlnde. Elle a reçu de la libéralité de M. Hodgson, ambassadeur à Kathmandou, vingt-six manuscrits sanscrits bouddhiques, et rinépaisable complaisance du même savant lui a permis de faire copier, dans les monastères du Népal, soixante-quatre autres volumes de la même collection. Enfin, elle doit à la générosité de la Société de Calcutta un exemplaire complet de la collection bouddhique-tibétaine intitulée le Kandjour, en cent quatre volumes in-folio. Regardant ce don comme fait plutôt à la France qu'à clle-môme, elle a cru ne pouvoir mieux remplir les intentions des donateurs qu'en déposant cette belle collection à la Bibliothèque royale, qui, depuis vingt ans, a vu presque doubler son fonds déjà si riche en manuscrits orientaux, et dont l'administration a su si admirablement concilier les précautions qu'exige la conservation des manuscrits avec l'accès le plus facile qu'il soit possible d'offrir aux savants qui veulent les consulter.

Permettez-moi, maintenant, de vous dire en peu de mots comment vous êtes parvenus à faire face aux dépenses que ces différentes entreprises ont exigées et comment vous avez disposé des sommes qui vous ont été confiées. Vos recettes se composent des souscriptions du Roi et des membres de la Société, du résultat de la vente de vos ouvrages^ d'une subvention du ministère de l'instruction publique, du crédit annuel accordé par l'Imprimerie royale et de quelques legs qui vous

ont été faits. La somme totale de ces différentes ressources, jusqu'à la fin de Tannée 1841, s'est montée à 212 871 francs. Là-dessus, vous avez dépensé, pour le Journal 92 185 francs, pour les ouvrages que vous avez publiés 64 479 francs, en souscriptions à des ouvrages orientaux G 127 francs, pour votre bibliothèque 3 043 francs, pour achat de manuscrits orientaux 2 463 francs, pour gravure de caractères 3 918 francs, et pour les frais de votre administration 38 412 francs.

Il n'y a aucune branche d'études qui ait autant besoin de la puissance que donne le principe de l'association,' et à laquelle les sociétés puissent rendre autant de services, que les lettres orientales, dont la position en Europe a quelque chose de tout à fait particulier. Lorsque, vers la fin du dernier siècle, on s'aperçut que la littérature orientale était destinée à agrandir, d'une manière inattendue, le champ de l'intelligence humaine, et que l'histoire des religions, des lois, des institutions politiques et des lettres devait en tirer des accroissements presque incalculables, elle excita une curiosité générale. Mais la science ne pouvait marcher aussi vite que l'aurait exigé l'impatience de ceux qui en attendaient de nouvelles révélations; la publication des textes et des traductions, qui seule pouvait donner une base solide à ces études, ne se faisait que lentement, et ceux qui suivaient ce mouvement et demandaient des résultats généraux, ne recevaient que des fragments dont il était difficile d'évaluer l'importance, parce qu'ils appartenaient à un ensemble immense dont on ne pouvait encore apprécier l'étendue. Aujourd'hui même, où tant de progrès réels ont été faits, où Thistoire de TOrient a été entamée de tous les côtés et où chaque année apporte un riche tribut de nouveaux documents, aujourd'hui encore la littérature orientale, malgré l'intérêt qu'elle avait excité dans le principe, est comme isolée et reste étrangère aux études de la grande masse des lecteurs. Ce n'est que lorsque d'importantes lacunes qui existent encore dans la connaissance que nous avons de l'Orient seront comblées et que les résultats de

Tos études auront pris leur place dans Thistoire universelle; ce n*est qu'alors que la publication d'un auteur oriental et la discussion d'un problème se rattachant à l'histoire de l'Asie seront estimées à leur valeur réelle, parce que le lecteur n'ignorera plus à quoi se rattache l'ouvrage ou la découverte qu'on lui offre, et pourra lui-même la placer dans le cadre qui lui donne de l'importance. Pour hâter ce moment, il faut que le texte des principaux ouvrages soit publié, et c'est là que git la difficulté. Il n'y a aujourd'hui que l'Allemagne où le puplie savant soit assez nombreux pour permettre la publication d'un certain nombre d'ouvrages orientaux ; dans tous*le^ autres pays de l'Europe, il Tant que l'auteur, ou un gouvernement, ou un corps savant en fasse les frais. Le nombre toujours croissant de ces publications est une preuve éclatante du zèle des orientalistes, de l'activité des sociétés littéraires et de l'intérêt que quelques gouvernements éclairés mettent à leur venir en aide ; mais il n'en est pas moins vrai que ces résultats ne s'obtiennent que par les sacrifices les plus pénibles de la part des auteurs, que les encouragements des gouvernements sont insuffisants, et qu'il faut appeler de tous ses vœux le jour ou tout ouvrage oriental digne d'être publié pourra paraître avec le concours et le patronage seul du public.

Il appartient aux sociétés asiatiques de travailler à atteindre ce but et à vaincre le grand obstacle qui nous arrête aujourd'hui, et qui consiste, avant tout, dans l'état imparfait des communications entre les savants de l'Europe et de l'Orient. L'impression et la lithographie ont pénétré dans toutes les parties de l'Asie et ont détruit peu à peu les préjugés qui existaient en faveur des manuscrits : on publie partout des textes orientaux; mais le défaut presque absolu d'intermédiaire nous empêche, non-seulement de les obtenir, mais souvent d'en apprendre l'existence; et pourtant les éditions du Caire et d'Ispahan trouveraient des acheteurs en Europe, comme celles de Paris, de Londres et de Leipzig en trouveraient en Orient. Les lettres orientales ressemblent maintenant à une pile galvanique dont les parties ne se touchent pas, et il n'y a que les

sociétés qui puissent les mettre en communication et donner toute leur puissance à des efforts aujourd'hui pénibles, parce qu'ils sont isolés.

Il est assez difficile de créer les relations nécessaires pour cela; cependant, plusieurs essais qui ont déjà été faits montrent que ce n*est pas impossible. M. Rémusat, et après lui M. Stanislas Julien, ont trouvé moyen de tirer de la Chine tous les livres dont leurs élèves avaient, besoin ; celte voie peut s'élargir à mesure que les études chinoises s'étendent; de sorte qu'il est devenu à peu pi:ès inutile d'imprimer chez nous des texfes chinois. Vous avez vous-mêmes commencé à entretenir avec la société de Calcutta des relations destinées à répandre en Europe les textes imprimés à ses frais et dans rinde les ouvrages publiés par vous. Cet exemple a été imité en Allemagne, et il serait possible de donner à ces communications une étendue beaucoup plus grande et de les rendre plus efficaces. Vous avez eu pendant quelque temps l'espoir de vous servir, par l'intermédiaire de quelques musulmans au Caire, du pèlerinage de la Mecque comme moyen de répandre dans tous les pays musulmans les ouvrages publiés en Europe ; et si ce plan n'a pas été suivi d'effet, c'est uniquement parce que ce n'était pas à une association que nous avions affaire, mais à des individus. Il est donc à désirer que les sociétés asiatiques, non-seulement se maintiennent, mais qu'il s'en forme de nouvelles, surtout dans les grandes villes de l'Orient où le savoir est encore en honneur, et qu'elles servent à nous mettre en contact plus intime avec les lettrés de tous les pays de l'Asie, contact qui servirait puissamment en Orient la cause de la civilisation et en Europe celle de la science.

Le compte général des affaires de la Société, que je viens d'avoir l'honneur devons soumettre, comprend les faits accomplis pendant le cours de l'année dernière, en sorte que je n'aurai pas à vous entretenir séparément des travaux de votre Conseil pendant cette année; mais il me reste à remplir le triste devoir de dire quelques mots des pertes que vous avez faites

par la mort de deux de vos membres les plus distingués. Georges, comte de Hunster, associé étranger de la Société, était né le 29 janvier 1794, et est mort, d*ane manière fatale, le 20 mars 1842. Il avait servi dans Tlnde et en avait rapporté la connaissance de plusieurs langues asiatiques, jointe à un zèle ardent pour la littérature orientale, à Tavancement de laquelle il n'a pas cessé depuis de consacrer son temps et Tinfluence que lui donnait sa haute position. Il devint, dès le commencement, un des plus fermes soutiens de la Société asiatique de Londres; plus tard, il fonda le comité des traductions, qui a rendu de si grands services à la science, et à la direction duquel il donna les soins les plus constants; enfin, peu de temps avant sa mort, il coopéra activement à la fondation de la Société pour la publication des textes orientaux, dont il fut le premier président. Ses propres plans littéraires étaient très-vastes; son idée favorite était celle d'une grande encyclopédie des sciences, qu'il voulait faire publier en arabe, pour la faire passer ensuite dans les autres langues de TAsie. Il avait entrepris une Histoire de Tart militaire chez les Orientaux, dont il n'a paru qu'un chapitre sur l'Emploi des mercenaires musulmans dans les armées européennes, qui a été inséré dans votre Journal (v. X et XI). Les matériaux qu'il avait recueillis étaient immenses; et vous avez pu voir, par la brochure arabe qu'il a publiée ici, et dans laquelle il adressait des questions aux savants de l'Orient et leur demandait des manuscrits, combien il voulait encore y ajouter. Il avait fait imprimer, pour son usage particulier et pour faciliter sa rédaction définitive, les parties de l'ouvrage qui étaient déjà rédigées; mais il est douteux que, même à l'aide de ce secours, il se trquve quelqu'un qui puisse achever et publier ce travail, conçu sur un plan tellement vaste, que c'était plutôt une histoire de la civilisation des peuples de l'Asie qu'un traité sur leur art militaire. Lorsque, dans le courant de l'année dernière, il fut nommé président de la Société de Londres, il se proposa de composer une suite de discours annuels, dans lesquels il voulait faire connaître ce que les Européens ont em-

pnmté à l'Asie, ce que TOrient a reçu de l'OccWent, et ce qu'il y avait à faire pour favoriser cette influence mutuelle. Son premier discours était presque terniiiné au moment de sa mort, et sera publié par M. Sprenger, le confident de tous ses travaux; mais je ne sais si les appendices très-curieux qu'il avait préparés, et qui auraient formé un volume considérable, sont en état d'être publiés. Sa mort est une très-grande perte pour les lettres, et les orientalistes du continent lui doivent le souvenir le plus affectueux, car personne n'a autant contribué à établir des rapports d'amitié entre eux et les savants de l'Angleterre que le comte de Munster.

Un autre membre que notre Société et les lettres orientales ont à regretter, est l'abbé Arri, membre de l'Académie des sciences de Turin. Il était né l'an 1804 à Asti, et avait fait ses études de théologie à l'université de Turin, où il fut reçu docteur à l'âge de vingt et un ans. Durant son cours de théologie, il commença, sous M. Peyron, ses études d'hébreu et d'arabe, dont il fit plus tard l'objet spécial de ses travaux; il fut nommé membre de l'Académie de Turin en 1836, vint à Paris pour continuer ses recherches, et fut chargé, en 1839, par le gouvernement piémontais, de la publication de la partie du grand ouvrage d'Ibn-Khaldoun qui traite de l'histoire avant l'islamisme. La première partie du texte et de la traduction était imprimée, lorsque des affaires de famille le rappelèrent chez lui; mais l'excès du travail avait miné sa santé naturellement délicate, et il succomba à une maladie de poitrine le 6 septembre 1841. Ses connaissances, variées, la finesse de son esprit et la solidité de son commerce faisaient rechercher son amitié, et les lettres orientales en Italie ont perdu en lui un de leurs amis les plus savants et les plus zélés.

Il me reste, messieurs, à vous présenter le tableau succinct des progrès que la littérature orientale a faits depuis notre dernière assemblée. Il sera malheureusement très-incomplet;

ANNfie 1641-1842. 49

car, par diverses circonstances, les nouvelles littéraires de presque tous les points de i*Orient nous manquent.

La littérature arabe, qui, par des raisons différenles, mais éplement puissantes, restera encore longtemps la branche la plus cultivée des lettres orientales, au moins en France et en Allemagne, a reçu plusieurs accroissements notables. Mais, avant d'en parler, j'ai à remplir une lacune que j'ai été obligé de laisser dans le rapport de Tannée dernière, parce que 1 ouvrage que j'aurais dû annoncer n'était pas arrivé à Paris. C est la traduction du dictionnaire des plantes médicinales dlbn al-Beithar, par M. de Sontheimer '. Tout le monde sait quel grand r61e la médecine arabe a joué au moyen âge, et que c'est par elle que la science a pénétré dans les écoles juives et chrétiennes, où les noms d'Avicenne, de Rhazes, d'Averroês, d'Ibn al-Beithar et d'autres, ont longtemps fait autorité. Peu à peu, on les a oubliés, trop peut-être sous le rapport de la pratique, dans tous les cas trop sous le rapport de l'histoire des sciences. Aujourd'hui, on commence à réparer cette faute, et l'un des premiers fruits de cette nouvelle tendance des études est l'ouvrage de M. de Sontheimer. Abou Mohammed Ibn al-Beithar était né à Halaga vers la fin du m* siècle. Après avoir consacré une grande partie de sa vie à Télude de la médecine et à des voyages scientifiques en Orient, il composa son dictionnaire. Sa méthode est trèssimple; il arrange la matière médicale alphabétiquement, commence chaque article par les noms que la substance dont il traite porte dans d'autres langues, en donne ensuite la description et en énumère les propriét<''$ médicales. d'après ; Galien, Dioscoride, les médecins arabes, persans et syriens, tid après ses propres observations. Il n'y a qu'un médecin qui pouvait traduire cet ouvrage, et M. de Sontheimer a rendu tiii véritable service aux sciences en le faisant connaître. Les

tt. ZusammenJttellung einfacher Heil und NahrtmgsmiUel von Ebn Beiir, aus dem arabischen ueberseUt von Dr. F. von Sontheimer. Sluttri, 18iO; vol. J, gr. in-S».

difficultés de ce travail sont fort grandes et quelquefois insurmontables en Europe, parce que les descriptions botaniques sont souvent trop imparfaites pour permettre de reconnaître les plantes avec certitude. H. de . Sontheimer a pris le meilleur moyen pour remédier à cet inconvénient : il annonce qu1l ajoutera au second et dernier volume de son ouvrage la liste des plantes qui lui ont laissé des doutes, et en appellera aux Européens en Orient qui pourront les retrouver à l'aide de leurs noms originaux, et ensuite les déterminer.

Le premier volume de la traduction du Dictionnaire biographique d'Ibn-Khallikan*, par votre confrère M. de Slane, a paru, et les deux éditions du texte qui se publient simultanément à Paris et à Gpettingen, ont fait des progrès, H. de Slane ayan publié la cinquième, et M. Wustenfeld la dixième livraison de leurs éditions. On ne peut s'étonner de voir cet auteur l'objet de travaux si multipliés, quand on réfléchit au rang qu'il occupe dans la littérature arabe. Ibn-Khallikan était un jurisconsulte du xiii* siècle, qui passa sa vie dans la magistrature et dans l'enseignement. Il avait recueilli, pour son propre usage, pendant de longues années, sur un grand nombre de personnages et sur leurs œuvres, des notes dont il finit par faire un dictionnaire biographique. Les Arabes possédaient déjà, avant lui, de nombreux ouvrages de ce genre, mais qui étaient tous consacrés à des classes particulières, ^ des sectes, ou aux hommes marquants d'une ville. Ibn-KhalliH kan, le premier, entreprit une biographie générale ; il s'étai^ proposé d'en faire deux rédactions, d'abord une plus courte^ ensuite une autre plus détaillée; mais, pendant la composii tion de son livre, il abandonna cette idée et fit entrer dans 1^ partie qui l'occupait alors les matériaux qu'il avait destiné^ au second ouvrage. Ce changement de plan introduisit nécesj sairement un peu d'inégalité dans l'exécution ; mais ce défaui n'empêcha pas son livre de remplir une lacune qui devai|

1. Ibn^KhalWum'i BiograpMcal Dictionary, translated from the arab^ by the baron Mac Guckin de Slane. Paris, 1842, in-4o. l

ANNÉE 18il-1848. 5t

élrefort sentie. II eui le plus grand succès, et servit de modelée! de base à un grand nombre de suppléments et de continuations. Ibn-Kballikan s'attacbe moins à suivre pas à pas la vie des hommes dont il parie qu'à montrer leur esprit par des extraits de leur poésie, et leur caractère par des anecdotes. Les nombreuses citations de vers dont il a parsemé son livre n*ont que peu d'intérêt pour nous, car les poèmes arabes, à partir du second ou du troisième siècle de l'heure, ne sont que des pastiches de l'ancienne et belle poésie du désert; mais ses anecdotes ont une grande valeur, en ce qu'elles nous fournissent une infînité de traits du caractère arabe et de détails de mœurs. Cet ouvrage sera toujours un de ceux qu'on consultera le plus dans toutes les recherches sur l'histoire politique et littéraire des Arabes, et avec d'autant plus de fruit que M. de Slane Ta complété par n commentaire qui est un modèle dans son genre, parce qu'il donne au lecteur tous les éclaircissements dont il a besoin, fins étouffer l'ouvrage original par la répétition de ce qui est connu ou par des additions étrangères au sujet. La traduc* tion, qui parait aux frais du comité de Londres, formera <!ualre volumes.

)I. Cureton ^ a publié à Londres le texte du premier volume de l'histoire des sectes religieuseset philosophiques, par ^haristani. Ce volume contient les nombreux prolégomènes ii«' Taoleur et les chapitres relatifs aux sectes musulmanes, l^ives, chrétiennes et persanes. Le second volume, qui doit Mner l'ouvrage, est sous presse, et contiendra les chapitres ^f les Sabéens, les écoles philosophiques et les superstitions ^ anciens Arabes; c'est une édition, correcte et bien exé- ^tée, d'un livre important et rempli de difficultés. La Sole des textes de Londres, aux frais de laquelle elle parait, pouvait pas choisir mieux pour commencer sa collection.

fioo&s ûfrtligiam and phUot&phicid uets; by Muhammed al-Sharai- Now firsi edited by the Rcy. Cureton. London, 1842, in-8*, vol. I.

M. Yeth * a publié à Leyde la seconde partie «de l'ouvra» de Soyouti sur les noms usuels des Arabes. Cette livraiso comprend la fin du texte de Soyouti; elle sera suivie d'un troisième, qui contiendra les prolégomènes de Féditeur.

M. de Hammer' a fait paraître, dans plusieurs volume des Annales de Vienne, un travail très-étendu sur la géogrs phie de l'Arabie, dans lequel il donne, par district et ps route , une liste infiniment plus complète que tout ce que To possédait, des noms de lieux, de montagnes, de Reuves, et< de la presqu'île arabique ; il ajoute des renseignements nou veaux sur les lieux les plus remarquables, corrige les orthc graphes erronées de ses devanciers, et le soin qu'il a d'accom pagner chaque nom de son orthographe en arabe augmenteM beaucoup Futilité de ces recherches, pour lesquelles il s'e: servi des meilleures sources orientales tant imprimées qu'im dites.

M. Tornberg'a fait imprimer'à Upsala des extraits d'ibf Khaldoun relatifs aux croisades, en les accompagnant d*ur traduction latine. Cette partie de l'ouvrage d'Inb-Khaldoc n'est qu'un extrait du grand ouvrage d'Ibn-al-Athir, et ch; que publication de ce genre ne fait qu augmenter le regret ( ce que les matériaux nécessaires pour une édition comple d'Ibn-al-Athir n'existent pas encore en Europe. Les bibli thèques de Paris et de Leyde en possèdent quelques vohim et le gouvernement français en a fait copier à Conslantiaoi quelques autres qui sont destinés à entrer dans la colleclioD auteurs arabes sur les croisades, dont M. Reinaud est ch; par TAcadémie des inscriptions; mais il serait extrènieii à désirer qu'un gouvernement ou un corps savant se proo une copie exacte et collatiônnée de l'ouvrage entier, et le^ publier; car l'histoire du khalifat est peut-être, de toutes,

1. Pars reliqua Ubri as-sojulii de nominibus relativis inscripn Luh[ Luhah, edidit P. J. Veth. Liigduni, IS-iâ, in.4^ • 2. Wicticr Jahrbucher, vol. 92-95.

3. Expeditiones Francorum ex Ibn-Khalduno. £d. Tombera Ti^i 1841, in-4'. ^' *'

parties de la littérature arabe, celle qui a fait récemment le moins de progrès et qui a le plus d*avenir.

L'édition des Mille et une Nuits, que M. Habicht avait commmée, est continuée, depuis sa mort, par les soins de H. Fieischer, qui en a publié le neuvième volume. M. Fieischer a adopté la rédaction écrite dans le langage le plus populaire, et Fouvrage a gagné entre ses mains sous tous les rap* ports.

Les nombreuses éditions et traductions du Koran qui ont paru pendant les dernières années ont dû considérablement élpDdre le cercle des lecteurs de ce livre, et faire sentir le bemn de nouveaux secours pour Tétudier. M. Flûgel, à qui nous devons Texcellente édition stéréotypée de Leipzig, vient de publier dans la même ville une concordance du Koran, ouvrage iodispensabieà tous ceux qui s'occupent de h littérature arabe, H qai remplacera avec avantage le Noujoum al-Fourkan pul))ié à Calcutta, dont l'usage n'était pas très-commode et qui 'eplus était devenu extrêmement rare. Un autre travail, qui ^ rapporte au Koran, et certainement le plus considérable lont ce livre a été l'objet depuis bien longtemps, est annoncé firH. Fieischer: c'est une édition complète du célèbre corndentaire de Beidhawi. L'auteur de cet ouvrage s'est appliqué à ^Qoir tout ce que les commentateurs antérieurs à lui conte- ^ient de mieux sous le double rapport de l'interprétation pramaticale et de l'explication des traditions qui se rattaient au Koran et qui servent à nous en donner le sens. !• Fieischer ne pouvait mieux choisir parmi l'innombrable raie des commentateurs du Koran; mais c'est un ouvrage l'une étendue fort considérable, et dont la publication a be- ^in d'être encouragée par tous ceux qui prennent de l'intérêt pi progrès de la littérature arabe.

l'élude de la langue himiarite, qui se rattache si étroitet à celle de l'arabe, a fait pendant l'année dernière quel- ^ progrès. D'un côté, les inscriptions trouvées dans le de 1 Arabie par MM. Wellsted et Cruttenden; de l'au-

tre, la découverte de la langue ekhheli, faite par H. Fresnel^ avaient attiré déjà l'attention sur la langue himiarite, que l'on ne connaissait que par le peu de renseignements que les Arabes iions en donnent. M. Gesenius * a, le premier, essayé l'interprétation de ces inscriptions et la lecture de Talphabet himiarite. Bientôt après, M. Rœdiger * a publié, sur le même sujet, des recherches qu'il avait faites de son cèté et en même temps que M. Gesenius. On ne peut trouver étonnant que ces deux savants diffèrent sur quelques points dans une matière si neuve et si obscure, et cette différence même doit inspirer plus de confiance quant aux points beaucoup plus nombreux sur lesquels ils sont tombés d'accord. On ne peut ^ère douter, aujourd'hui que la curiosité est éveillée sur ce point, qu'on ne parvienne à se procurer des copies du reste des inscriptions himiarites que l'on sait exister, à compléter les études commencées sur la langue ekhheli, et à obtenir par ces moyens la solution certaine des questions qui restent encore douteuses.

La littérature persane s'est enrichie d'une nouvelle grammaire ^ que des circonstances particulières recommandent à l'intérêt des orientalistes. L'auteur est Mirza Mohammed Ibrahim de Schiraz, qui, après avoir reçu une éducation savante en Perse , est venu en Angleterre, où il est entré au service de la compagnie des Indes , comme professeur de persan ai collège de Haileybury, et a acquis une connaissance très étendue de la langue anglaise. Son but, en composant s: grammaire, a été moins d'exposer les règles de la langue de livres que celles de la langue parlée ; mais son ouvrage n'ei est pas moins digne d'être étudié par les orientalistes euro péens, non-seulement parce qu'il indique quelques règle

1. Ueber die Himjaritiiche Sprache und Sekrift, voo Dr. W. Geseniui Halle, 1841, in-S». (Tiré de la GazeUe litt. de Halle.)

2. Verswhe ueber die himjarUiBchen Schrift^Monuménte, von Fr. l Rœdiger. Halle, 1841, in-8*.

3. A Grammar of the permn Languagef by Meerza Mohammed Ibn heem. London, 1841 » in-S».

qui «Qt échappé à ses prédécesseurs ou qu'il corrige quelques fautes daos lesquelles ils ont pu tomber, mais encore parce qn on y trouve des locutions particulières à la langue parlée, dont on entrevoit déjà l'usage dans les ouvrages classiques, quoique irrégulièrement et exceptionnellement. Une grande partie du volume est remplie d'exercices de syntaxe en forme de conversations. Cette méthode est peut-être moins commode pour une étude sérieuse que ne serait un traité en règle; mais personne ne lira cette partie de l'ouvrage sans en profiter.

Les travaux dont la littérature persane est l'objet paraissent avoir été dirigés, pendant l'année qui vient de s'écouler, plus particulièrement sur le Livre des Rois de Firdousi, et Tardeur avec laquelle on recherche aujourd'hui les traditions populaires de toutes les nations explique facilement cette préférence. Le second volume de l'édition de Firdousi S qui fait partie de la Collection orientale publiée par l'Imprimerie royale, est achevé. Il comprend les épisodes Âe la guerre du Hamaveran, de Sohrab et de Siawusch, et le commencement du règne de Kel-Khosrou. MM. de Starkenfels et de Scbwarzhuber ' ont publié à Vienne une traduction, en vers allemands fort élégants, de l'épisode de Firdousi qui se rapporte à la guerre de Keî-Kaous dans le Mazenderan, et l'ont accompagnée d'un commentaire. M. de Starkenfels ' seul a fait imprimer, un peu plus tard, aussi en vers allemands, une traduction libre de l'épisode de Zal et de Roudabeh. M. Amthor ^ a fait paraître à Leipzig, sous le titre de Voix de rOrientf un recueil de pièces arabes et persanes rendues en vers allemands, lequel comprend, outre neuf makamats

1. Le Livre du Rois par Firdoasi, publié par J. MobI, t. H, Paris, i&42, io-fol.

i. Kei'Kawui in Masenderan au$ dem Sehahnameh dés Ebul-Katim Mausur el Firdewsi metrUch ueberseUt, von Y. W. Edlcm von Starkea- Cels und Th. Rtiter von Schwarzhuber. Vienne, 1841, in-8^

3. Soi und Rudabeh. Frei naeh dem pergiichen, vor Weiss Edlem von StarkeafeU. Vienne, 1841, in-8*.

4. Klœnge oui Osten^ u^teneUt, von Ed. Amtbor. Leipzig, ,1811, in-8*,

de Hamadani et une collection de sentences, les épisodes du règne de Djemschid et de la naissance de Zal, tirés de Firdousi. On est étonné de l'exactitude de ces traductions de M. Amthor, quand on pense à la difficulté de rendre littéralement la poésie en vers. M. Amthor vient de publier, conjointement avec M. Fritsch ^, un recueil semblable de traductions en vers latins, dans lequel il a inséré des morceaux persans tirés de Djelalledin-Roumi et de Sadi, des poésies arabes empruntées à la Chrestomathie de H. Grangeret de Lagrange, et deux épisodes de Firdousi rendus en hexamètres latins : ce sont ceux de Kaïoumors et du combat de Rustem avec le dragon.

C'est aussi à la littérature persane que nous sommes, avant tout, redevables d'un de ces grands ouvrages dont M. de Hammer-Purgstall ' enrichit depuis longtemps la littérature orientale : c'est l'histoire des Mongols de Perse, faisant suite à son histoire des Mongols de Russie. Le premier volume^ qui vient de paraître, comprend, en cinq livres, l'époque écoulée depuis Djenguiskban jusqu'à Baidou. 11 est accompagné partout de notes, de renvois aux sources et de pièces justificatives. L'histoire des Mongols est une des parties des annales de l'Asie qui ont été, de notre temps, l'objet des travaux les plus remarquables. Les recherches de MM. Rémusat, d'Ohsson, Quatremère et de M. de Hammer lui-même ont jeté un grand jour sur ses différentes phases ; mais cette mine n'est pas encore épuisée. On trouve partout, dans le volume de M. de Hammer, de nouveaux faits qu'une lecture immense lui a fournis, et l'on y suit avec un intérêt toujours soutenu le tableau de cette horrible époque où la civilisation du khalifat périt sous une des conquêtes les plus barbares dont l'histoire ait conservé le souvenir.

1. Horli persici et arabici, transtulerunt S. Amthorus et A. Fritschius. Helocabi, 1842, in-S».

2. Geschichte der Ilchaney dos ist der MongoUn in Persien, von Hammer-Purgstall. Darmstadt, 1843, in-8«. Vol. I.

Je regretterais de ne pouvoir donner la liste des ouvrages turcs qui ont paru à Constantinople pendant Tannée dernière, si M. de Haramer n'avait bien voulu promettre d*en insérer une notice dans le Journal asiatique. Cette omission sera donc réparée prochainement, et d'une manière telle que vous ne pourrez qu'y gagner.

Avant de quitter les littératures des pays musulmans, il me reste à parler de quelques entreprises importantes qui se rapportent à leur ensemble. L'administration de TÉcole des langues orientales vivantes de Paris a eu l'heureuse idée de commencer la publication d'une collection de chreslomathies * qui embrassera les principales langues modernes de l'Asie et qui, par l'importance et par l'étendue des morceaux choisis, parait destinée à rendre les plus grands services à la littérature orientale. Les premières livraisons de quatre de ces chrestomathies ont paru jusqu'à présent. La chrestomathie turque-occidentale de M. Jaubert commence par la relation de Tarobassade de Mohammed-Effendi,. qui fut envoyé à la cour de France en 1720, et dont le rapport fut jugé assez intéressant pour être inséré dans les Annales officielles de l'empire ottoman. Le rapport de Seîd-Wahid-EfTendi sur son ambassade en France dans Tannée 1806 formera la seconde livrai* son. La chrestomathie turque-orientale de M. Quatremère commence par deux traités du célèbre visir AU-Schir, dont Tan porte le titre de Dispute des deux Langues, l'autre, d^Histùire des rois de Perse. Quelques autres ouvrages d'Ali- Schir et des extraits des mémoires de Baber, du Miradj et d'autres ouvrages classiques termineront cette chrestomathie, qui sera accompagnée d'une traduction, de commentaires et d'une vie d'Àli-Schir, et formera un corps de littérature tur-

1. Ckrestomathies orientaUi, ou Recaeil de texi»!8 arabes, turcs, persans, grecs modernes, arméniens et indostanis, publiés sous les auspices de M. le ministre de l'instruction publique et par les soins de MM. les professeurs de TÊcole royale et spéciale des langues orientales vivantes.. Paru, 1841, in-SS

que-orientale plus considérable que tout ce qui a été publié jusqu'ici dans ce dialecte. La chrestomathie persane commence par la vie de Djenguiskhan, publiée par H. Jaubert. Cette partie de Hirkhond était restée inédite jusqu'à présent. Enfin le premier fascicule de la chrestomathie arabe moderne, par M. Caussin de Perceval, nous donne un extrait trèsétendu du roman d'Antar.

L'Académie impériale de Vienne a fait publier par M. Krafft ^ le catalogue des manuscrits arabes, persans et turcs de sa bibliothèque, et le même savant travaille dans ce moment au catalogue des manuscrits orientaux de la grande bibliothèque de Vienne, l'une des plus riches de l'Europe. On ne peut qu'applaudir au zèle que montrent la plupart des établissements consacrés à la science pour faire connaître les trésors qui y sont déposés, et vous apprendrez avec plaisir que H. le ministre de l'instruction publique a chargé H. Longpérier de publier le catalogue complet et raisonné des médailles orientales du cabinet du roi à la Bibliothèque de Paris. M. Longpérier accompagnera la description de chaque médaille de notes historiques et géographiques, et complétera son travail par la notice des pièces qui manquent encore au cabinet et qui se trouvent dans d'autres collections; de sorte que l'on peut maintenant espérer de voir paraître une histoire complète de la numismatique orientale.

Le gouvernement danois, qui a donné de si fréquentes preuves de son amour pour la science, a nommé une commission chargée de faire connaître, par des notices et des extraits, les manuscrits inédits de la bibliothèque de Copenhague, qui est très-riche en ouvrages Scandinaves et orientaux. Un des plus savants philologues de l'Allemagne, M. Olshausen , professeur à Kiel, est chargé de la partie orientale de ce travail.

Enfin H. le baron Rousseau* a publié à Alger un diction-

1. Die arabischen, perMichen und turkiichen Handschriften der K. Akademie, von A. Krafll. Wien, 1842.

2. Parnasse orienialf ou dictionnaire des meitteurs poëtes de l'Orient, par le baron A. Rousseau. Al^er, 1841, i^4^

ASNËE 1811-1842. 59

naire biographique des meilleurs poètes arabes , persans et turcs. Cet ouvrage, préparé par le frère de Téditeur, il y a vingt ans, pendant son séjour à Alep, contient quelques données nouvelles, et l'époque où il a été composé explique pourquoi il est loin d'être aussi complet que l'état actuel de nos études pourrait le faire désirer.

La littérature arménienne s'est enrichie de l'histoire de FArménie, par Jean Catholicos, traduite par H. Saint-Martin ^^ et publiée, aux frais du gouvernement français, par H. Lajard. Jean Catholicos était patriarche d'Arménie à la fin du ix" et au commencement du x* siècle. Il commence son ouvrage par un exposé rapide de l'ancienne histoire de l'Arménie, entre dans de plus grands détails à partir de la moitié du v* siècle, où finit l'ouvrage de Hoyse de Khorëne, et termine par un récit très- développé des événements accomplis pendant la durée de sa longue vie, auxquels il a pris lui-même, comme homme d'État, une part très -considérable. La traduction de M. Saint- Martin est très-littérale, et elle a été publiée avec le plus grand soin par M. Lajard, qui y a ajouté une introduction, des notes et une table de matières. Cet ouvrage forme le second volume de la collection des œuvres posthumes de M. Saint- Martin, que le gouvernement, dans sa juste appréciation de la grande perte que les lettres ont soufferte par la mort prématurée de ce savant, fait publier aux frais de l'État. Leur position géographique mettait les Arméniens dans un contact forcé, tant avec les Persans qu'avec les maîtres de l'Asie Mineure, et les malheurs continuels de leur pays obligent leurs historiens à parler d'événements bien plus importants que ceux que fournirait l'histoire de leur nation. M. Saint-Martin a montré, dans ses mémoires sur l'Arménie, quel parti on pouvait tirer des historiens de ce pays pour combler la grande lacune qu'a laissée dans l'histoire la destruction des auteurs persans antérieurs à l'islamisme, et quel jour ils pouvaient jeter sur l'his-

1. Hiêtoire é^Armènie^ par le patriarche Jean Vf, dit Jean Catholicos, traduite par M. F. Saint-Martin. Paris, Imprimerie royale, 1841, in-S".

toire de TÂsie moyenne; Jean Catholicos est une des principales sources où il a puisé.

En quittant TÂsie occidentale et en nous tournant vers Tlnde, nous trouvons sur notre route un pays qui, depuis quelques années, a fourni aux savants des matériaux pour les découvertes les plus curieuses, et dont H. Wilson *■ vient de faire l'objet d'une publication considérable sous le titre A'Ariana. Tout le monde sait que Thistoire de la Bactriane restait, il y a peu de temps encore, parmi les parties les plus obscures de I histoire de l'Orient. On possédait quelques médailles de ce pays, auxquelles on était embarrassé d'assigner une date, et l'on trouvait dans les auteurs chinois quelques indications sur des dynasties barbares qui auraient succédé aux rois grecs ; mais rien ne promettait de nouvelles lumières sur la fin de l'empire bactrien et sur son sort pendant les siècles suivants, lorsque tout à coup un concours de circonstances extraordinaires a fait affluer, dans l'Afghanistan, des Européens de presque toutes les nations, et leur infatigable activité a découvert en peu d'années une immense quantité de monuments. On a fouillé de nombreux topes dont on connaissait, il y a trente ans, à peine l'existence, et l'on a trouvé, tant dans ces constructions que dans la terre même, des inscriptions et des quantités inouïes de médailles bactriennes, romaines, persanes, indiennes et d'autres d'une origine barbare, couvertes de légendes en caractères alors inconnus. M. Prinsep, qui, dès le premier moment, avait pressenti l'importance de ces découvertes et consacré une grande partie de ses veilles à les faire connaître, a eu la gloire de lire l'alphabet qui se reproduit sur le plus grand nombre des médailles barbares et de porter la lumière dans ce chaos. Après lui, MM. Wilson, Lassen, Jacquet, Mionnet, Raoul-Rochette, Grotefend et autres savants ont classé, publié, commenté et en grande partie expliqué ces

1. Ariana aniiqua. A descriptive account of the antiquities and coins of Afghanislan, by H. H. Wilson. London, 1841, tD-4'.

restes de Tantiquité. Les médailles romaines et persanes ont servi à ûxer Tâgedes topes, les médailles bactriennes ont rétabli la liste des rois grecs de ce pays, les médailles barbares ont fait connaître les dynasties bactro-scylhiques qui ont renversé la domination des successeurs d'Alexandre, et les médailles indiennes ont confirmé ce qu'on pouvait pressentir, d'après les recherches de H. Rémusat, sur l'extension que le bouddhisme avait pris à l'ouest de Tlndus. C'est peut-être la première fois que la numismatique nous tient lieu des annales d'un pays et suffit pour nous enseigner les grands traits de son histoire ; elle nous montre les diflTérentes races qui ont prédominé dans la Bactriane, les révolutions que la religion y a subies, et les changements que la langue et la civilisation y ont éprouvés. La compagnie des Indes, voulant contribuer à l'avancement de celte branche de l'archéologie orientale, a chargé H. Wilson de publier la collection de médailles et d'antiquités bactriennes dont elle est propriétaire. Cette collection a été formée par H. Masson, pendant un séjour de plusieursannées dansl'Âfghanistan, au prix de mille fatigues et de dangers de toute sorte. C'est la plus belle qui existe, et elle se compose de plus de trente mille médailles. L'ouvrage de M. Wilson est divisé en quatre parties, dont la première contient Thistoire des découvertes des antiquités bactriennes; la seconde, un mémoire détaillé de M. Masson sur les topes de l'Afghanistan; la troisième, un exposé des idées de M. Wilson sur la géographie ancienne des pays qui séparent la Perse de Tlnde, et la quatrième, la description et la classification des médailles de toute espèce qu'on y a trouvées, la lecture des légendes, autant qu'elles ont été déchiffrées jusqu'à présent, et un nombre considérable de planches. Les recherches dont ces antiquités sont l'objet ne sont pas encore arrivées à leur terme : il reste des leçons incertaines, des alphabets et des langues à déterminer, des légendes sanscrites à expliquer; mais on ne peut douter qu'à l'aide des méthodes si rigoureuses qu'on applique aujourd'hui à ces études, on ne parvienne à résoudre toutes les questions qui s'y rattachent. L'ouvrage de M. Wilson y contri-

buera puissaramenty non-seulement par les éclaircissements nouveaux qu'il fournit, mais par les matériaux inédits qu'il livre au public savant et par la précision avec laquelle il pose les problèmes à résoudre.

Le colonel Sykes *■ a publié, d'abord dans le Journal de la Société asiatique de Londres, et ensuite à part, un mémoire très-étendu dans lequel il tâche de prouver que le bouddhisme a précédé le brahmanisme. Ce n'est pas la première fois qu'on cherche à établir cette opinion; mais, jusqu'à présent, ceux qui la maintenaient s'attachaient à l'hypothèse d'un bouddhisme ancien, dont celui que nous connaissons historiquement ne serait qu'une forme moderne. M. Sykes, sans pour cela rejeter la supposition d*un bouddhisme antérieur, prend celui de Sakiamouni pour le placer en tète du brahmanisme, en se fondant surtout sur les renseignements fournis par le Fo-koue-ki et sur l'absence d'inscriptions sanscrites d'une antiquité considérable. C'est une thèse hardie, et qui, malgré l'art avec lequel elle est présentée, a peu de chance de se soutenir contre les difficultés dont chacun est frappé au premier abord; mais de pareilles discussions sont toujours heureuses pour la science, parce qu'elles provoquent l'examen plus attentif de tout ce qui peut contribuer à porter la lumière sur les points contestés; et, dans le cas dont il s'agit ici, ces points sont de la plus grande importance pour l'histoire de la civilisation, des religions et des idées métaphysiques.

On a publié peu de textes sanscrits dans l'Inde; au moins il n'en est venu en Europe qu'un seul, qui est Tédition du Mahanataka, donnée par Kali-Krishna*. C'est un drame dont le sujet est le même que celui du Ramayana et dont l'auteur est inconnu. On prétend que Kalidasa l'a revu; mais les

1. Notes on the religious^ moral andpolitical siate of India before the Mahomedan invasion, by Iieut.-col. Sykes {Journal of the royal asiatic Society, n. xn). London, 1841, in-9^

2. Maha-Nataka, a dramatic history of king Rama by Hanumat; translated into english from the original sanscrit, by maharfi\ja Kali-Krishna Bahadur. CalcutU, 1840, in-8\

fables dont cette tradition est entourée lui ôtent toute valeur. Ce qu'il y a de certain, c'est que Touvrage est très-populaire dans les écoles brahmaniques. Le maharaja Kali-Krishna a ajouté au texte une introduction anglaise et quelques notes. On voit dans sa préface qu'il en a déjà été fait une édition en caractères bengalis, qui parait être du nombre de ces outrages qui, publiés dans l'Inde, sont restés entièrement inconnus aux Européens.

M. Holtzmann ' a publié un recueil d'extraits du Hahabharat et du Harivansa relatifs à Indra. Ces morceaux ont de Tintérét, en ce qu'ils montrent sous quelle forme l'épopée indienne a représenté cette divinité, qui joue un rôle si considérable dans les hymnes des Yédas. Le même auteur a fait paraître la traduction d'un épisode du Ramayana' et une dissertation sur le zodiaque indien, dans laquelle il examine les preuves qu'ont fait valoir récemment les défenseurs de Tantiquilé de ce zodiaque.

La grammaire sanscrite a été l'objet de plusieurs travaux importants. M. Wilson % dont l'activité paraît redoubler d'année en année, a publié, à Londres, une grammaire composée dans le but de donner aux élèves un manuel plus complet que la grammaire de Yates et plus facile pour l'usage que les grands ouvrages de Forster et de Colebrooke, et en même temps de simplifier la théorie du verbe sanscrit. A Paris, H. Desgranges, qui a été un des premiers élèves de H. Chézy, a mis la dernière main à une grammaire sanscrite très-détaillée, dont il s'est occupé depuis de longues années; son ouvrage paraîtra aux frais de l'Imprimerie royale et sera la première grammaire sanscrite publiée en France.

De tous les dialectes dérivés du sanscrit, il n'y en a pas de

1. Indravidschaja. Eine Episode des Mahabharata, herausgegeben von Holtaimnn. KarUruhe, 1841, in-8*.

2. Bruchstucke aus dem Ramajana wm Walmiki^ uebemM von Holtxmaim. KarUruhe, 1841, in-8«.

3. An introductUm to the grammar of ihe sanscrit language for the use ofearly students] by H. H. Wilson. Liondres, 1841, in-8*.

plus important que le pâli, qui avait été la langue officielle des dynasties bouddhiques dans Tlnde, et qui est encore aujourd'hui la langue sacrée du bouddhisme, dans la presqu'île au delà du Gange et à Ceylan. C'est votre Société qui a, la première, appelé l'attention des savants sur le pâli, en publiant l'Essai de MM. Burnouf et Lassen. Plus tard, M. Clough a fait paraître, à Colombo, une grammaire plus détaillée et un dictionnaire ; M. Turnour y a commencé la publication du texte et de la traduction du Mahawansa, qui est un document de la plus haute importance pour l'histoire du bouddhisme; enfin, M. Prinsep a lu et expliqué les grandes et belles inscriptions en pâli qui couvrent les temples souterrains de l'Inde, les piliers et le rocher de Guirnar. Une élude de cette importance ne pouvait rester plus longtemps négligée par les savants du continent, et M. Spiegel vient de donner, sous le nom de Kammavakia^y un petit traité sur l'ordination des prêtres bouddhiques. L'ouvrage lui-même était déjà connu par la traduction de Buchanan et celle de M. Clough, et par l'analyse que MM. Burnouf et Lassen en ont faite. C'est le premier texte pâli qui ait été publié en Europe. M. Spiegel promet un dictionnaire pâli, rédigé d'après tous les travaux publiés jusqu'à ce jour.

On peut espérer que la publication des textes sanscrits prendra dorénavant un grand accroissement en Allemagne, par suite de l'acquisition que le gouvernement prussien vient de faire de la célèbre collection des manuscrits sanscrits de feu Sir R. Chambers. Celte bibliothèque, qui se compose de plus de mille manuscrits, est la plus belle qu'on ait formée dans l'Inde, à l'exception de celle que M. Colebrooke y avait réunie et dont il a fait don à la compagnie des Indes.

Parmi les langues qui, par leur origine ou par leur littérature, se rattachent à l'Inde, il y en a surtout deux qui ont

1. Kammavakia, liber de officiis sacerdotum buddhistkorunij palice primus ediditFr. Spiegel. Bonn, 1841, in-8*.

ANNÉE ISM-IS». 65

été, pendant Tannée dernière, Tobjet d*étiides nouvelles; ce sont le tibétain et le malai. M. le ministre de rinstructiori publique a fait ouvrir, à TËcole des langues orientales vivantes, un cours de langue et de littérature tibétaines, qu*il a confié à M. Foucaux et que celui-ci a commencé par un discours * sur Tétat actuel des études dont cette langue a été l'objet. Plus tard, H. Foucaux a lithographie, pour Tusage de ses élèves, un extrait du Kandjour, intitulé le Sage et le Fou ', et Ta accompagné d*un glossaire. Le texte et la traduction allemande de ce petit ouvrage avaient déjà paru dans la [rrammaire tibétaine de M. Schmidt. Heureusement pour cette étude, les secours ne manquent pas. M. Schroeter, missionnaire allemand dans Tlnde, avait composé un dictionnaire qui rontient un recueil très-riche de mots et de phrases tibétaines, et que John Marshman a publiera Serampour, en 1828, sous le titre de Dictionnaire de la langue du Boutan. Plus tard, M. Csoma de Kôrôs, qui, par un dévouement héroïque, est parvenu à acquérir une connaissance très-étendue de la langue et de la littérature tibétaines, a publié à Calcutta, en 18âi, un dictionnaire et une grammaire qui ont fondé l'éttide de cette langue. M. Schmidt, de son côté, a fait paraître à Saint-Pétersbourg, en 1839, une Grammaire tibétaine, et il vient de publier un dictionnaire ' de cette même langue, dans lequel les matériaux dont s^était servi M. Csoma de Kôrôs se trouvent classés dans un ordre beaucoup plus commode et augmentés d'additions tirées des sources origiaales.

La littérature malaie va s'enrichir de la publication des todes maritimes de Malacca, de Macassar, de Kedah et des Boughis, que H. Dulaurier a trouvés dans la bibliothèque de

1. Diicourâ prononcé i Vouverture du cours de langue et de littérature taine9 près la bibliothèque royale. Paris, 1842, in-8o.

t. Le sage et te fou, extrait da Kandjour; revu 8arl*édition originale et ornpagné d'an glossaire, par E. Foucaux. Paris, 184^, in-8".

2. Ttbetisck-Deutêchei Wôrterbuch, von Schmidt. Saint-Pétersbourj;, I, iii-4*.

la Société asiatique de Londres, et qu'il va insérer, accom- * pagnes d*une traduction, dans la belle collection des Lois maritimes de M. Pardessus. Le plus ancien de ces codes est celui de Halacca, qui fut compilé, vers la fin du xiii* siècle, par ordre du sultan Mohammed Schah, premier prince musulman de Malacca; il faut, toutefois, faire remonter Torigine de ces lois à une date beaucoup plus haute, car la charte qui les accompagne atteste que les coutumes qu'elle sanctionne furent conservées, pendant des siècles, par la tradition orale, avant d*étre mises par écrit. Le seul de ces codes qui ait jamais été publié est celui des Boughis, dont le texte a été imprimé à Singapour, en 1832, et dont RaHles a donné un eitrait dans sa Description de Java. L'Imprimerie royale a fait graver, pour la réimpression de ce code, un corps de caractères boughis, et elle fait préparer, dans ce moment, un caractère javanais.

La langue et l'histoire des Malais ont été, dans ces der^ nières années, l'objet d«s recherches les plus sérieuses. M. ii Humboldt, dans son grand ouvrage sur la langue kawi, ) démontré que la race malaie s'était étendue sur toute la me du Sud, jusqu'à Madagascar. Maintenant, M. d'Eichthal ^ es saye de prouver, dans un mémoire fort curieux, qu'elle s'eS répandue de même sur le continent de l'Afrique, et que 1 race jaune que l'on trouve aujourd'hui, depuis la Nubie jus qu'en Sénégambie, sous le nom des Foulahs, n'est autre qu la race malaie. D'un autre côté, M. Bopp ' a entrepris de n monter à l'origine des Malais, et est arrivé à la conclusion qu leur langue était dérivée du sanscrit. Autrefois, quand on voi lait identifier deux langues, on s'appuyait surtout sur lesmoj qu'elles avaient en commun; mais, depuis que la philolog comparée a fait, grâce à une analyse plus savante, tant ( progrès, on s'est adressé, avant tout, à la construction gran

i. Histoire et origine des Foulahs ou Fellahs^ par Gustave d*£ichUi Paris, 1841, in-^*.

2. Ueber die Verwandschaft der malayisch-polynesisehen Spradien t den indisch^europaeischen, von Franz Bopp. Berlin, 1841, in-4*.

maticale des langues, et personne n*a contribué plus que M. Bopp, par ses admirables travaux de grammaire comparée, à établir et à consacrer les nouveaux et rigoureux principes de cette analyse. Ces principes ont fourni à leur tour, pour la comparaison des mots, des règles tirées des lois de permutation, et ont permis de reconnaître avec certitude Tidentité des mots, pour laquelle, auparavant, les consonnances ne fournissaient que des indices douteux et souvent trompeurs. M. Bopp, à l'aide de ces règles, a cru pouvoir démontrer l'identité du s^anserit et du matai en renonçant entièrement à la comparaison des grammaires et en s'appuyant uniquement sur les ressemblances qu'offrent quelques classes importantes de mots, principalement les noms de nombre et les pronoms. Cest une question extrêmement giyive, tant à cause de l'importance historique du résultat, qu'à cause du principe qu'implique la méthode employée par H. Bopp. Tous les progrès qu'a faits la philologie comparée tendent à établir que la structure grammaticale d'une langue ne s'efface jamais entièrement, et ce serait un fait jusqu'à présent sans exemple, qu'un idiome syant perdu entièrement sa grammaire et s'en étant formé une aaire.

U littérature chinoise, tant ancienne que moderne, a été, pendant l'année dernière, l'objet de publications peu nombreuses, mais d'une grande importance. M. Stanislas Julien a publié une édition du Tao-te-king de Lao-tseu' accompagnée (l une traduction française et d'un commentaire. Lao-tseu a vécu au vi« siècle avant notre ère, et son ouvrage est un de ces monuments de premier ordre dont l'étude est indispensable à tous ceux qui veulent suivre l'histoire des développenients de l'esprit humain. C'est en môme temps le plus ancien traité de métaphysique chinoise qui se soit conservé, et la base d'une religion à laquelle, malgré les étranges supersti-

1. Uo^iaewtoth^e-king, le Livre de la voie et de la verta, composé P^ le philosophe Lao-tseu , traduit et publié par Stan. Julien. Paris, V84Î, in^.

tiens qui s'y sont mêlées, une grande partie de la nation chinoise est encore aujourd'hui attachée, et il mériterait^ sous ces deux rapports, l'attention la plus sérieuse, quand même son contenu ne serait pas aussi curieux qu'il Test réellement. En le lisant, on est frappé d'un singulier mélange de qualités qui, en apparence, devraient s'exclure; car, d'un côté, Laotseu parle avec le ton dogmatique d'un législateur primitif, et avec cette obscurité qui enveloppe toujours la pensée humaine^ quand elle veut se faire jour pour la première fois ; il parle presque comme un prophète qui s'adresse plutôt à la foi qu'à la raison de ses auditeurs; de l'autre côté, on y trouve des plaintes sans cesse renaissantes sur les abus de la civilisation, sur les inconvénients des gouvernements qui veulent trop faire, et qui poussent trop à la production des richesses; on y sent la lassitude d'un peuple déjà vieux et blasé.

L'idée de Lao-tscu est fort simple ; c'est un panthéisme pur de tout mélange, qui aboutit dans la morale à un quiétisrae qui rappelle les doctrines des Indiens, et c'est effectivement un grand problème de savoir si Lao-tseu a emprunté sa métaphysique aux Hindous, ou si elle est d'origine chinoise. Cette question est aussi difficile à résoudre qu'elle est importante pour l'histoire de la civilisation. On ne pourrait y répondre aujourd'hui que par conjecture et selon l'impression individuelle que le lecteur éprouve; mais on peut espérer trouver les éléments d'une solution plus positive dans les ouvrages des philosophes qui ont suivi Lao-tseu, et que l'on comprend sous la dénomination des dix Tseu. Ils nous donneront probablement aussi l'explication d'un certain nombre d'expressions dont se sert Lao-tseu, et qui ne sont apparemment que des fragments de théories plus anciennes, des termes consacrés avant lui, et par le moyen desquels il voulait donner à ses innovations la sanction de l'antiquité, à laquelle le peuple chinois a toujours été si attaché. M. Julien parait avoir senti le besoin d'entourer le Tao-te-king des lumières que peuvent fournir les autres Tseu, car il annonce dans sa préface qu'il prépare une traduction de Tchoang-tseu, philosophe du

ANNÉE 1841-18iS. 69

I?* siècle avant notre ère et Fan des plus anciens sectateurs de Lao-tseu. Le Tao-te-king jouit en Chine d*une réputation trop grande, pour n'avoir pas attiré l'attention des Européens dès qu ils commencèrent à s'occuper de la littérature chinoise. Les missionnaires catholiques ont cru découvrir dans Lao-tseu des traces d'une révélation primitive auxquelles ils pouvaient rattacher l'enseignement du christianisme, et l'on possède à Londres une traduction latine du Tao-te-king faite dans ce système par un jésuite. Montucci et autres en ont cité quelques passages ; mais elle n'a jamais été publiée, ce qui est heureux peut-être, car] on ne doit guère espérer que le traducteur d un livre obscur, quand il part d'un point de vue préconçu, oe se trompe pas lui-même, et ne trompe pas ses lecteurs.

De notre temps, M. Rémusat a publié un mémoire sur Laoiseu, dans lequel il a donné la traduction de quelques chapitres de ce philosophe, et M. Pauthier a commencé une édition du texte même de l'ouvrage, accompagné d'une traduction; mais il n'a paru jusqu'à présent que le commencement de ce travail. M. Julien est donc le premier qui nous ait fait connaître Lao-tseu par une traduction complète, laquelle est suivie d'un commentaire, qui consiste entièrement en extraits tirés des commentateurs chinois les plus célèbres. Il a préféré ne nous donner que les opinions des Chinois sur son auteur, et ce système est d'une parfaite sagesse dans cette matière neuve et difficile, où il s'agissait, avant tout, de livrer aux réflexions des Européens une traduction aussi fidèle et aussi peu empreinte de leurs propres idées que possible.

M. É. Biot a publié un Catalogue des tremblements de terre, affaissements et soulèvements de montagnes observés en Chine depuis les temps anciens jusqu'à nos jours ^ Ce travail, tiré entièrement de sources chinoises, est une preuve de l'utililé dont l'étude du chinois peut être pour toutes les sciences, car le peuple chinois est le seul de l'Asie qui ait enregistré, avec son esprit de méthode ordinaire, tous les faits, soit naturels, soit moraux, qui l'ont frappé.

t. Dans les Annales de chimie et de physique. 1841.

M. Callery, ei-devant missionnaire catholique en Chine, a publié à Macao, sous le titre de Système phonétique de Vémture chinoise^y un ouvrage en deux volumes, dont le premier contient des mémoires sur la nature de la langue et de récriture chinoises, et le second un dictionnaire dans lequel les mots sont classés d'après une nouvelle méthode. Tout le monde sait que les caractères chinois se composent en général de deux parties, dont Tune indique la classe d'objets à laquelle le mot appartient, l'autre, la prononciation. La première partie est appelée généralement radical ou clef; la seconde, groupe phonétique. Les Chinois ont fait des clefs la base de leurs dictionnaires usuels; ils les ont réduites, après beaucoup d'essciis et de tâtonnements, à deux cent quatorze, les ont classées selon le nombre des traits qu'elles contiennent, et ont placé sous chacune de ces clefs les mots qui en dépendent. Ce système, qui permet à l'écolier de chercher chaque mot sans qu'il ait besoin d'en savoir la prononciation, a été adopté par les Européens dans la plupart des dictionnaires imprimés pour l'usage de leurs compatriotes. Hais il existe une seconde sorte de dictionnaires, dans lesquels on s*est servi des groupes phonétiques comme base de la classification. Dans ce cas, les Chinois rangent les mots selon les quatre ^ tons et selon la rime ; les Européens, selon l'alphabet latin. M. Callery, qui voulait aussi prendre les groupes phonétiques pour base de son travail, a senti avec raison qu'aucune de ces deux dernières méthodes ne pouvait servir dans un ouvrage destiné aux commençants, parce qu'elles supposaient la connaissance de la prononciation. Il a donc appliqué aux groupes phonétiques le procédé qu'on avait suivi pour les clefs. En classant

1. Syttema phoneticum icripturœ sinieœ, auctore J. M. Callery, Macao. 1841, in-8«;2 vol.

Pendant Timpression de ce rapport, M. CaUery a publié, sous le tilre de Dictionnaire encyclopédique de la langue chmoi$e (Paris, chez Didot, in- A% le prospectus-spécimen d*une traduction du célèbre dictionnaire P^iweïyun-foUf qu*il se propose de rendre en entier en français, en l'accompagnant de notes et de gravures. L'ouvrage doit former 20 volumes in-4«.

ces groupes d'après le nombre des traits dont ils se composent, il a obtenu mille quarante divisions qui remplacent, dans son ouvrage, les deux cent quatorze clefs usuelles, et les corn* mençanls peuvent réellement chercher, dans son dictionnaire phonétique, les mots sans en connaître la prononciation. Ce Q*est pas la première fois qu'on a essayé de changer la forme que les Chinois ont donnée eux-mêmes à leurs dictionnaires; déjà M. Gonçalvez avait publié à Hacao un vocabulaire dans lequel il réduisit les clefs à cent vingt-sept ; mais toutes les modifications de ce genre, quand même elles simplifieraient réellement les procédés, ce qui est extrêmement douteux, ont un inconvénient très-grave ; car un élève qui a fait quelques progrès est toujours obligé d'avoir recours aux dictionnaires originaux et de se familiariser, par conséquent, avec leur elassification. Le grand perfectionnement dont les dictionnaires chinois ont besoin ne consiste pas dans une nouvelle méthode pour Tarrangement des mots, car celle des Chinois est, sinon parfaite, au moins suffisamment simple, mais dans l'insertion d'un nombre inûniment plus grand de ces mots doubles et de ces phrases toutes faites qui forment la véritable difficulté de la langue chinoise. Il y a là une carrière longue à parcourir, et dans laquelle les lexicographes peuvent rendre les plus grands services à Tétude du chinois.

M. Bazin' nous a donné, dans la traduction du Pi-pa-ki, drame de la fin du xiV siècle, un ouvrage qui est très-propre à faire apprécier en Europe l'intérêt qui s'attache à la littérature moderne des Chinois. Le Pi-pa-ki est une œuvre dramauque qui inspire à ce peuple la plus vive admiration, et M. BaziU) après avoir fait ressortir, dans sa préface, avec beaucoup d'habileté, les progrès que le drame avait faits en Chine à cette époque, a complété ses réflexions par la traduction très-curieuse du feuilleton d'un critique chinois qui discute les beautés comparatives de ce drame et d'autres pièces célèbres. Mais la

1- U Pi-'pa'ki, ou THistoire du luth, drame chinois de Kao-tong-kia, Induit par M.Bazin aine. Paris, 1841, in-&>

n VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

littérature populaire des Chinois a une importance beaucoup plus grande que le plaisir que pourront nous donner ses productions considérées comme œuvres d*art. Le grand intérêt des ouvrages de ce genre, appartenant à un pays et à des temps très-éloigné;5 de nous, consiste surtout dans le tableau vivant qu'ils nous offrent de la société au milieu de laquelle l*auleur vit, et qu'il reproduit sans le savoir. Sous ce rapport, les li\Tes en apparence les plus frivoles contribuent souvent plus à nous faire connaître une nation que les traités d'histoire les plus graves. Ceci est vrai pour tous les peuples, et pour aucun autant que pour les Chinois, qui nous excluent de tout contact familier, mais qui nous offrent leur littérature moderne pour y étudier les effets d'une civilisation qui ressemble tant à la nôtre sous certains rapports et en diffère si étrangement sous d*autrès. Il est impossible à un Européen de lire un livre chinois quelconque sans sentir qu'il a devant lui des hommes agissant par des motifs parfaitement naturels, mais autrement nuancés que les siens ; et il doit en être ainsi, car chaque civilisation choisit dans l'esprit et dans le cœur humain quelques parties qu'elle cultive de préférence, et qu'elle finit par porter à un degré de raffinement d'où naissent des sentiments conventionnels qu'un étranger ne comprend plus, mais qui n'en agissent pas moins sur la masse par la force de l'habitude et de l'exemple. C'est ainsi que l'époque chevaleresque a développé en Europe les sentiments de la galanterie et du point d'honneur à un. degré incompréhensible pour les nations qui n'ont pas subi d'influence analogue ; et les motifs d'un roman ou les raisons d'un duel, que chacun de nous admet comme chose naturelle, seraient certainement une énigme pour un Chinois. Il en est de même de la Chine, où une civilisation ancienne, dont le développement n'a été interrompu par aucun mélange étranger, a exalté certaines idées et certains sentiments beaucoup au delà de ce qui nous paraît naturel. Les livres qui contiennent les lois, les doctrines, l'histoire d'un pays, ne nous montrent que bien imparfaitement ces nuances du caractère national, qui pourtant exercent une influence immense sur le sort d'un

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peuple, et il fiiut avoir recotirs, pour les connaître, aux drames et aux roraans, qui mettent à nu, pour ainsi dire, la fibre morale d'une nation. En lisant avec attention le Pi*pa*ki, on sera frappé d'un grand nombre de traits, où se fait apercevoir toute la différence qui existe entre les idées des Européens et le modèle de la perfection suivant les mœurs chinoises. C'est Qoe branche d'études riche et presque inépuisable; car la vie morale d'un peuple civilisé est un sujet infiniment compliqué. Aussi serait*il à désirer de voir se multiplier les traductions d'ouvrages populaires chinois, dont chacun contribuerait pour quelques traits à l'ensemble du tableau; mais il faudrait, comme Ta fait H. Bazin, choisir avant tout, dans l'infinie variété de productions dont se compose la littérature légère de ce peuple, celles qui passent à ses yeux pour offrir l'analyse la mieux tracée des sentiments qui lui sont propres et la peinture la plus fidèle de ses mœurs.

Il y a un roman célèbre en Chine, que le hasard a fait connaître en Europe, où il est resté longtemps le seul représentant de la littérature moderne des Chinois; c'est le Hao-kieoU' tchotian. L'évèque Percy en découvrit une traduction manuscrite portugaise, dont il fit une version anglaise sur laquelle on le traduisit en français et en allemand. Il y a quelques années, H. Davis en publia une nouvelle et plus exacte traduction anglaise, sous le titre de L'Union fortunée^ et M. Guillard d'Arcy vient de le retraduire, de nouveau, du chinois en français*.

Enfin, la seconde et dernière partie de la Chrestomathie chinoise de M. Bridgman ' a paru à Macao. Ce n'est pas, comme le titre pourrait le faire supposer, un choix de morceaux de littérature, mais une série de chapitres dans lesquels l'auteur,

1. Htuh'khi€0U''tdiOuan, ou la Fominc accomplie, roman chinois, (radaît sur le texte original par M. Guillurd d'Arcy. Paris. 1842, in*8*. t vol.

-. A Chinese Chrestomathie in the Canton dialecte by E. G. Bridgman. Macao» 1841, ia-4* \698 pages).

tantôt sous forme de conversation, tantôt par des définitions ou des pièces officielles, explique tout ce qui est relatif à la vie ordinaire en Chine. Il serait difficile d'énumérer les nombreux points qu'il traite; mais, ce qui peut donner une idée de la richesse de ce recueil, c'est que la table alphabétique qui terminé l'ouvrage contient plus de douze mille termes techniques chinois. On voit aisément de quelle utilité ce livre doit être pour les Européens en Chine, et pour les Chinois qui étudient l'anglais; mais il est tout aussi intéressant pour les sinologues en Europe, parce qu'on trouve une grande partie de ces termes employés dans les ouvrages chinois modernes, et qu'on les chercherait en vain dans les dictionnaires. Cet ouvrage est imprimé sur trois colonnes : la première contient le texte anglais ; la seconde, h traduction en chinois, et la troisième, la transcription selon la prononciation de Canton. Cette dernière partie, qui, au premier abord, ne parait avoir qu'un intérêt tout local, est peut-être la plus importante pour la science, parce que les dialectes provinciaux chinois qui ont gardé les finales des syllabes nous mettent en état de suivre la parenté qui existe entre le chinois et les langues de la presqulle au delà du Gange. Le Dictionnaire cochinchinois de Taberd, le Dictionnaire du dialecte du Fo-kien, par M. Medhurst, et la Chrestomathiej de M. Bridgman offrent des secours de la plus grande valeur pour cette étude.

Telle est, messieurs, la liste, aussi complète que j'ai pu la faire, des ouvrages dont la littérature orientale s'est enrichie pendant Tannée dernière. Elle est loin de comprendre tous les travaux qui ont contribué à mieux faire connaître TÂsie. J'aurais désiré dire quelques mots des découvertes des voyageurs et des artistes en Orient; j'aurais voulu indiquer ce que nous devons à la belle collection de mémoires sur la Russie asiatique que publie l'Académie de Saint-Pétersbourg, aux voyages de M. Wood aux sources de l'Oxus, de M. Botta au Yemeu, de M. Texier en Asie Mineure, de M. Ainsworth en Arménie, de H. Grant en Chaldée, de M. Robinson dans TAssam, de Moor-

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croft à Ladakh, de M. de Hugel dans le Kachmir, de M. Masson dans TAfghanistan, de H. Fellows dans la Lycie, de M. Vigne dans le petit Tibet; j'aurais voulu vous entretenir des magnifiques collections de dessins d'antiquités que MM. Coste et Flandin ont rapportées de Perse; mais j'ai dû me renfermer dans ce qui touche directement les langues et les littératures de rOrient, et je crains d'avoir déjà trop abusé de vos moments.

RAPPORT LU Ll 30 MAI 1843

Messieurs,

Voire Conseil, en vous présentant aujourd'hui le compterendu annuel de ses travaux, n'a qu'à se féliciter de l'état de la Société asiatique. Le nombre des membres s'est accru, les matériaux destinés à la rédaction du Journal affluent avec une abondance à laquelle ses limites ne peuvent suffire, vos communications avec l'Orient promettent chaque jour de devenir plus fréquentes, et l'état de vos finances vous donne l'espoir de pouvoir régulariser vos publications* de manière à faire paraître tous les ans, indépendamment du Journal, un volume de mémoires. Ce sera, pour la Société, un progrès réel et qui afifennira sa position. Votre Conseil a décidé, dans une de ses dernières réunions, qu'il y emploierait toutes les ressources disponibles, et la commission nommée à cet effet espère pouvoir vous soumettre, à la prochaine séance générale, un plan détaillé à ce sujet.

Mais notre prospérité n'a pas été sans mélange, et nous avons eu à déplorer, dans le cours de l'année dernière, la perte de plusieurs de nos membres les plus distingués.

M. Gesenius, membre étranger de la Société, est mort à Halle, au mois d'octobre de l'année dernière. Il naquit en 1786, à Nordhausen, et fit ses études de théologie à Goettingue, où il commença, en 1806, sa carrière de professeur, qu'il poursuivit jusqu'à sa mort avec un succès toujours croissant. 11 s'était voué de bonne heure et entièrement à l'étude de la philologie et des antiquités hébraïques, qu'il embrassa dans toutes ses branches, comme le prouvent ses travaux sur les langues éthiopienne, phénicienne, samaritaine et himiarite. Son grand mérite a été de faciliter les études hébraïques,' en sihiplifiant les méthodes grammaticales et en publiant des dictionnaires plus complets que ceux que l'on possédait déjà : aussi est-ce à lui que les écoles de théologie de l'Allemagne doivent, en grande partie, la solidité de leur savoir. Le nombre et la variété des éditions qui ont été faites de ses grammaires et de ses dictionnaires attestent l'immense influeneiî qu'il a exercée sur les études bibliques, non-seulement dans sa patrie, mais encore en Angleterre et dans les États-Unis. Son commentaire sur Isaie, son Thesaurt^ de la langue hébraïque surtout, resteront comme des monuments durables de son érudition et de sa sagacité. Il a succombé dans un âge où il pouvait se promettre encore une longue activité, et au milieu de plans littéraires trës-étendus. Dans une lettre écrite peu de jours avant sa mort, il parlait de l'achèvement prochain de son Trésor, d'une histoire de la langue hébraïque qu'il entreprenait, et de mémoires sur les inscriptions himiarites, ainsi que sur les passages puniques de Plante, qu'il destinait au Journal asiatique.

L'Angleterre a perdu dans Sir William Ouseley un homme que ses travaux sur la littérature orientale ont rendu justement célèbre. Né en Irlande en 1771, il entra de bonne heure dans l'armée, où il employa tout le temps que le service lui laissait libre à des études sur l'Asie, auxquelles il avait pris goût pendant un séjour de quelques mois qu'il avait fait à Leyde. Il se relira du service en 1794, et, depuis cette époque,

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il se consacra exclusivement à la culture des lettres persanes* Il fallait pour cela un dévouement peu commun, car la littérature orientale était alors fort négligée en Anglelerre. Le man* que total d'encouragements de la part du gouvernement; TindifTérence des universités anglaises envers ces nouvelles sources du savoir et l'ignorance du public ne promettaient à Sir William que d'ingrats labeurs. Il persista pourtant et publia successivement les Miscellanées persanes, la Collection orientale, VEpitome de l'ancienne histoire de la Perse, la Géographie du (faux) Ibn-Haukal, le Toutûnamehy le Bakhliarnameh et quelques autres ouvrages. En 1807, il se rendit en Perse, attaché, en qualité de secrétaire, à l'ambassade de son frère, Sir Gore Ouseiey. Il resta trois ans dans ce pays et y recueillit les matériaux qui lui servirent plus tard à composer Touvrage qui contribuera le plus à préserver son nom de l'oubli, son Voyage en Perse. Ce livre est moins, en effet, la relation d'un voyage, qu'une suite de recherches, où se trouvent consignés toi^s les renseignements qu'a pu lui fournir sa magnifique collection de manuscrits persans sur l'histoire et la géographie des localités qu'il avait visitées. Il passa les dernières années de sa vie* en France, dans un état de santé déplorable, et mourut à Boulogne, vers la fin de l'année dernière. II avait employé une grande partie de sa vie et de sa fortune à former une bibliothèque de manuscrits persans qui, en nombre, en beauté et en valeur- intrinsèque, ne le cède certainement à aucune collection particulière. Il serait à désirer que le gouvernement en ftt l'acquisition pour la mettre à la disposition du public savant ; car il faut faire attention que, chaque jour, le savoir s'éteint dans l'Orient, qu'on n'y copie plus des textes, et que les établissements qui se hâteront de former des collections de manuscrits orientaux ou de compléter celles qu'ils possèdent, deviendront, pour des siècles, le centre des études orientales.

Enfin, vous me permettrez de dire quelques mots d'un savant que la Société aurait depuis longtemps tenu à honneur

de compter parmi ses membres étrangers, si Ton n'avait su qu'il se refusait à toute espèce de relation avec TEurope : c'est M. Alexandre Csoma. Né à Kôrôs, eu Transylvanie, il se destina de bonne heure à la carrière médicale, et étudia, dans ce but, à Goettingue, où il prit le degré de docteur. On prétend qu'un mot prononcé, dans un cours, par M. Blumenbach, sur la possibilité de retrouver en Orient l'origine des Hongrois, a donné à Csoma l'idée de ses voyages. Mais cet homme remarquable parlait si peu de lui-même, qu^il est tout aussi impossible de connaître, avec quelque exactitude, les motifs qui l'ont guidé, que de le suivre dans ses mouvements. Ce qui est certain, c'est qu'il quitta la Transylvanie peu de temps après son retour de Goettingue, et qu'il se mit en route pour l'Orient, dénué de toutes ressources, voyageant à pied, vivant quelquefois de s^ pratique médicale, mais le plus souvent de charités, et accomplissant, par la force de sa volonté seule, une entreprise à l'exécution de laquelle les moyens les plus considérables auraient paru indispensables. Je ne puis mieux caractériser cet homme et son entreprise qu'en citant un des rares passages de ses écrits où il soit question de lui. c Je suis, dit-il, un pauvre étudiant ayant eu envie de voir les pays de l'Orient qui ont été le théâtre de si grands événements, d'observer les coutumes des différents peuples de l'Asie et d'apprendre leurs langues, dans l'espoir que le monde tirerait quelque avantage des résultats que j'obtiendrais; et je n'ai pu sustenter ma vie, pendant toutes mes pérégrinations, que par l'effet de la bienveillance des hommes. > Il se rendit de cette manière, en 1816, à Constantinople; en 1819, en Egypte; en 1820, à Bagdad; delà, il traversa la Perse, l'Afghanistan et la Bactriane, et arriva en 182^ à Lih, capitale du Ladakh, où Moorcroft le trouva et lui rendit de grands services. Il y passa quelques années dans le plus extrême dénùment, mais s'occupant sans relâche de l'étude du tibétain, et il vint ensuite s'établir dans le monastère bouddhique de .Kanoum, dans la vallée du Haut-Setledj, où il resta quatre ans pour achever, à l'aide d'un savant lama, ses études boud-

dhiques. Sa renommée avait alors pénétré dans Tlnde, et le

gouvernement anglais, avec une délicatesse qu'on ne peut assez

louer, lui fit spontanément une petite pension. En 1831, il se

rendit à Calcutta, où il fut nommé bibliothécaire de la Société

asiatique, ett>ù il publia, en 1834, sa grammaire et son dic«-

tionoaire tibétains, ainsi qu'une analyse détaillée de la grande

collection des livres bouddhiques qui porte le titre de Kahgyur.

Eo janvier 1842, il s'était déterminé à retourner au Tibet;

mais il mourut au mois d'avril à Darjiling. C'était un homme

d ofle singulière austérité de mœurs, d'une volonté de fer,

dan désintéressement complet, et qui rappelle vivement le

beau caractère d'Anquetil du Perron. La Société asiatique de

Calcutta, qui a toujours soutenu Csoma avec la libéralité que

cette compagnie savante a montrée en toute occasion, a élevé

un monument à sa mémoire, mais il serait à désirer qu'up de

ses amis dans l'Inde le complétât en écrivant la vie de cet

homme, qui a oublié de parler de lui-même et qui oflre

an des plus beaux exemples de ce que peut la volonté hu-

«aine.

Les sociétés asiatiques, tant en Europe qu'en Orient, se sout ^oates maintenues, et presque toutes ont donné des preuves de leur activité. La Société de Calcutta, la première de toutes et celle qui a rendu les plus grands services à la science, a continué la publication de son Journal ^, recueil rempli de faits nouveaux, et qui, dans chacun de ses caliiers, jette des lumières sur quelque race ou quelque point inconnu. Il faut en savoir d'autant plus de gré aux employés de la Compagnie des Indes, qu'il n'y en a aucun qui ne soit accablé d'occupations administratives, et que tout travail littéraire auquel ils se livrent est parfaitement désintéressé, depuis que le gouvernement indien a abandoqné la protection éclairée qu'il accordait aux lettres sous lord Wellesley et ses premiers successeurs.

^'Journal of the anatic Society of Benzol, cdited by itie Sccretary. CalcQtU. (Le dernier numéro qu'on a reçu à Paris est le cxxvii, ou 43» de anouTelle série.) 18i2, in-8*.

La Société de Madras a aussi continué à faire paraître son Journal S et celle de Bombay a recommencé à publier ellemême les travaux de ses membres, qui, pendant quelques années, avaient été envoyés à la Société de Londres. Malheureusement nos communications ayec Bombay sont tellemenl imparfaites, que nous n'avons encore rien reçu de cette nouvelle série des mémoires d'une société qui est si bien placée pour observer quelques-unes des parties les plus intéressantes de rOrient, et dont les travaux antérieurs ont été si utiles.

La Société asiatique de la Grande-Bretagne a fait paraîtra le 13" volume de son Journal ^, et a continué à servir de bas< et d'appui au Comité de traduction et à la Société des teitej orientaux, qui, l'une et l'autre, ont publié, pendant Tannéi dernière, des ouvrages dont il sera rendu compte dans le cou rant de ce rapport. Le Journal oriental qui paraît à Bonn^ 6 qui tient lieu aux orientalistes allemands d'une société que\i division de l'Allemagne rend difficile à organiser, est arrivé sous la savante direction de M. Lassen, à la fin du qualrièmi volume, et a été enrichi des travaux de MM. Lassen, Roediger Pott, Gildemeister, Ewald, Boehtiingk et autres orientalîslé distingués.

La Société orientale de Paris a commencé ses publication par un fragment du voyage de M. Roberts dans l'Inde^ ; elle a suivi le système de reproduire en caractères orientaux le noms de lieux et les termes techniques qui se trouvent dans \i récits, et l'on ne peut qu*applaudir à cette mesure, pourvu qti

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