Madras Journal ofliterature and science. Madras, în
2. The Journal of the royal asiatic Society of Gréai Brilain and Irelan n* xni. London, 1842, in-S'' (202, xxxviii et 23 p.).
3. Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes^ herausgegeben y\ D' Ghr. Lassen, vol. IV. Bonn, 18.42, in-8« (511 p. et 3 pi.).
4. De Dehli à Bombay^ fragment d*un voyage par M. le docteur Roberi publié par la Société orientale. Paris, 1843, in-8* (87 p.).
les éditeurs prennent soin de bien s'assurer de la véritable or« thographe des mots. Cette Société a aussi fait paraître le pre^ mier numéro d'un journal intitulé Revue orientale \ dont le but estde faire connaître l'état actuel des nations asiatiques, et qui s adresse plutôt aux hommes politiques qu'aux savants. Enfin, la compagnie de Jésus a continué la publication du recueil périodique qui porte le titre de Lettres du Maduré % dans lequel elle reproduit la correspondance de ses missions dans le midi de l'Inde, et qui contient souvent des détails curieux que la science peut mettre à profit.
J'arrive maintenant aux ouvraîges orientaux qui ont été publiés ou traduits depuis notre dernière séance, et je suivrai, dans mon énumération, l'ordre qui me parait le plus naturel, en traitant spécialement des littératures principales de l'Asie, et en groupant autour d'elles les travaux qui se rapportent aux peuples qui, par leur civilisation ou leur langue, se rattachent à une des nations qui occupent le premier rang.
La littérature arabe s'est enrichie d'un nombre considérable d'ouvrages nouveaux ou de continuations d'ouvrages commencés antérieurement. Plusieurs travaux d'une grande importance, qui étaient annoncés, n'ont pu être achevés, mais ceux qui ont paru prouvent que presque toutes les parties de cette littérature sont actuellement l'objet d'études sérieuses, et telles qne les besoins de la science et même de la politique les exigent.
L'histoire littéraire des Arabes a été surtout cultivée en Allemagne. M. Freytag a publié à Bonn le troisième et dernier volume de son ouvrage sur les proverbes arabes^. Les deux
1. Revue de VOrieni, bulletin de la Société orientale. Paris, 1843, in-8.
S. Leitrtn dti nouvelles miuUms du Maduré. Lyon, 1842, in-4% vol. U (493 p. et 10 pi.) Cet ouvrage est lithographie et n'est pas destiné i la vente.
3. Arabum proverbia latine vertit et edidit Freytag. Bonn, 1843, in-8o, vol. m (655 et 590 p.).
premiers volumes contenaient les proverbes de Meîdani; le troisième en est le complément. On y trouve d*abord une collection de proverbes tirés de sources autres que l'ouvrage de Meîdani, ensuite la biographie de cet auteur, des dissertations sur les proverbes des Arabes, trois tables de mots et de matières en latin et en arabe, puis des additions et corrections. Cet ouvrage n*est pas seulement curieux en lui-même, comme fournissant une foule de traits de caractère national , mais il forme un supplément indispensable aux dictionnaires, car on rencontre, dans tous les auteurs arabes, des expressions proverbiales sans nombre qui sont inintelligibtes pour ceux qui n*eit Connaissent pas l'origine. H. Kosegarten a fait paraître le troisième cahier de son excellente édition du Kitab al- Agkani^. L'impression de cette collection de vers des anciens poêles arabes est, depuis la publication du Hamasay le plus grand service qu'on ait pu rendre à la poésie et aux antiquités arabes; car les pièces qu'elle contient fournissent à l'auteur l'occasion de nous donner à la fois et des détails sur les mœurs de ce peuple et des renseignements sur son ancienne histoire. M.Flûgel, à Heissen, a terminé le troisième volume du Dictionnaire bibliographique de Hadji Khalfa^ et a commencé l'impression du quatrième. Il serait inutile de s'étendre sur l'intérêt qui s'attache à l'achèvement d'un ouvrage aussi connu, et l'on doit des remerciments au Comité de traduction de Londres, qui a eu te courage de se charger d'une aussi grande entreprise. M. Rûckert, à Berlin, a publié une Biographie d'Amrulkaîs % tirée de ses poésies. On sait que peu d'hommes ont eu une vie plus variée et ont mieux peint les impressions qu'ils ont éprouvées qu'Amrulkals, qui, comme ' guerrier et comme poêle, a pris part à toutes les luttes du
1. Ali ItpahanensU liber cantUenarum magnus, arabice editus a J. G. L. Kosegarten. Gripesvaldis, iSii, fasc. tertius, in-i".
2. Lexicon bibliographicum et encydopœdieum a Alustafa ben Abdallafi, nomine Hqji Khalfa ceUbrato, compotHum, edidil G. fïûgeL Leipzig, 1843, in-4% toi. ni.
, 3. Amrulkaïif der Dichterund Koenig; uin Leben dargestellt in seines Liedern, von Fr. RûckerU StuUgard, 1843, in-8* (130 p.).
temps le plus agité de l'histoire de TArabie. M. Rûckert recompose la vie d'Âmrulkals d'après les traces que celui-ci en a laissées dans ses poésies, et il traduit ces vers avec le tact dont ii avait déjà donné une preuve si surprenante par la manière dont il a rendu les séances de Hariri. Enfin, M. Wenrich^, professeur de théologie à Vienne, a fait imprimer un mémoire, couronné par TAcadémie de Goettingue, dans lequel il traite des traductions que les Arabes, les Syriens, les Arméniens et les Persans ont faites d'auteurs grecs. Il s'est servi, pour ce travail, principalement des ouvrages de Djemal-eddin al-Kifti, d*lbn-0selba, de Hadji Khalfa et d^Abuifaradj, qui lui ont fourni l'indication de cent cinquante-quatre traducteurs orientaux de livres grecs. Ce nombre, quoique incomplet, peut nous donner une idée du mouvement qui emportait alors toute TAsie occidentale vers la Grèce. On sait que nous devons à ces traductions la conservation de quelques ouvrages grecs dont le texte avait péri; et M. Leei^ à Cambridge, en publiant récemment, aux frais de la Société des textes orientaux, un ouvrage d'Eusèbe qui n'a été conservé qu'en syriaque, a prouvé que cette mine n'était pas encore épuisée ^ Mais, en général, les Orientaux, tant chrétiens que musulmans, s'occupaient des mêmes livres que ceux dont on se servait dans les écoles grecques, ei qui par conséquent avaient le plus de chances de survivre à la destruction de l'ancien savoir par l'invasion des barbares.
Les sciences que les musulmans empruntaient de préfé* renée aux écoles grecques étaient la médecine, les mathématiques et la philosophie. Ils firent des progrès dans plusieurs de ces branches des connaissances humaines, et en conservèrent, en quelque sorte, le dépôt pendant les temps les plus barbares du moyen âge européen; plus tard, ils restituèrent,
1. De auclorum grascorum versionibus et commentarUs $yriaci$t onikMit trmemaeis, persicÎMque commentatiOf scriptit J. G. Wenrich. Ltpsi», 184S, in^(xxxvi et 306 p.).
t. Eu»ebius, Mâhop ofCeuarea on the Theophania^ a syriac version, edited from aa ancient manuscript recently discovercd by S. Lee. London, 1842, raad ia-8* (208 p.).
par rinteriïiédiaire des juifs, aux Occidentaux, ce qu'ils en avaient reçu. Depuis Tépoque où les médecins, les mathématiciens et les philosophes arabes brillaient dans les écoles naissantes de l'Europe, on avait beaucoup trop négligé Tétude de leurs ouvrages scientifiques; mais, dans notre temps, où toutes les parties de l'histoire de l'intelligence humaine sont explorées, on commence à remplir cette lacune. M. de Sontheimer a publié, à Stuttgart, le second et dernier volume de sa traduction allemande du Dictionnaire des simples médicinaux, par Ibn-Beithar^ C'est un ouvrage hérissé de difficultés, parce qu'il faut découvrir le sens de presque tous les njots techniqfiies, tant de botanique que de médecine, que Fauteur emploie, et que nos dictionnaires actuels n'expliquent pas. M. de Sontheimer a ajouté à sa traduction des notes et la biographie des hommes célèbres nommés dans l'ouvrage; il a eu, en outre, le bon esprit de compléter son travail par une table qui comprend la liste de toutes les substances médicinales dont parle Ibn-Beithar, en l'accompagnant des noms latins systématiques partout où il a pu les identifier. Cette précaution a déjà porté ses fruits, et M. Pruner, médecin allemand trèshonorablement connu au Kaire, a envoyé au traducteur un catalogue arabe et latin des substances employées aujourd'hui dans les pharmacies égyptiennes. M. de Sontheimer se propose de le publier, et il annonce, de plus, qu'il s'occupe de la traduction du traité d'Ibn-Sina sur les remèdes composés. Ce serait ici le lieu de parler de la traduction allemande, faite par M. Wintermitz, à Vienne, de la lettre de Maimonide au sultan Saladin sur la diététique ^ ; mais ce petit livre ne parait pas encore être arrivé à Paris.
1. Grosse Zusammenstellung iiber die Krœfte der bekannten einfachen Heil und Nahrungsmittely von Abu Muhammed Abdallah ben Ahmed, aus Malaga bekannt unter dem Namen Ebn Beithar; aus dem arabischcn iibcrsetzt^von D^ Joseph von Sontheimer; vol. II. Stuttgart, 1842, grand in-8<> (787 et 70 p.).
2. DasdiœtetischeSendschreibendesMairnonides (Rambam) an den Sultan Saladin; ein Beitrag iur Getchichte der Medicin mit Noten, von D^ Winlermitz. Wien, 1843, in-S».
Un antre ouwage qui rentre dans la classe des sciences que les Arabes ont empruntées des Grecs, est le travail de H. Schmœlders, àBonn, sur les écoles philosophiques des Arabes et notamment sur la doctrine d'Al-GhazzÂli '. Ce livre contient le texte et la traduction d*un traité d'AI-Ghazzàli, dans lequel cet auteur caractérise les systèmes philosophiques qu'il a successivement embrassés, et rend compte du mysticisme auquel il avait fini par s'arrêter. M. Schmœlders fait suivre ce traité d'ane dissertation détaillée sur les différentes écoles philosophiques des Arabes, qu'il classe en prenant pour base les indications de Ghazzàli, et dont il expose brièvement les tendances et les raisonnements fondamentaux. C'est la première fois qu'on analyse ainsi d'une manière générale les systèmes philosophiques des Arabes, et Ton comprend aisément les difficultés de toute espèce avec lesquelles l'auteur a eu à lutter, ajant, d'une part, à s'orienter au milieu d'une grande masse d'écrits dont personne ne s'était occupé, et, de l'autre, à trouver les synonymes des termes abstraits en usage dans les différentes écoles. Le génie des Arabes ne les porte pas vers la métaphysique; et, malgré la constance avec laquelle ils se sont dévoués, pendant des siècles, à cette étude, ils n'ont réussi à y créer rien de nouveau ni qui leur soit propre. M. Schmœlders dit avec raison que c jamais on ne pourra parler d'une philosophie arabe; et que, toutes les fois que l'on se sert de cette expression, on n'entend pas dire autre chose que la philosophie grecque, telle que les Aiabes la cultivaient ». Hais rétude de ces travaux philosophiques n'en est pas moins importante pour l'histoire de la civilisation arabe, parce qu'ils ont exercé une influence immense sur la manière dont elle s'est développée. On peut hésiter à prononcer si cette influence a été heureuse ou malheureuse; on peut croire que les commentateurs de Platon et d'Aristote ont donné à ce peuple
1. Estai sur Us écoles philosophiques che* les Arabes, et notamment sur ^ dodrtne tTAlgaMuUi; par A. Schmœlderi. Paris, 1842, io-go (254 et M p.).
un esprit de subtilité stérile qui lui a souvent déguisé le fond des choses ; mais on ne peut nier qu'il n'y ait là un élément de première importance pour bien comprendre la marche qu'a suivie l'esprit des Arabes, et les causes de ses progrès et de ses imperfections.
La musique est encore un des arts de ce peuple sur lequel on a attribué aux Grecs une grande influence. M. Kosegarten a, le premier, soulevé cette question dans la remarquable préface de son édition du Kitab al-Aghani, où il analyse le système musical de Farabi, qu'il prouve être entièrement basé sur les théories des Grecs. M. Kiesewelter vient de publiera Vienne, sur ce sujet, un traité fort curieux * dont l'origine est assez singulière. M. de Hammer, en préparant une seconde édition de son Encyclopédie des sciences chez les Arabes, ayant senti le besoin de s'éclairer sur les termes techniques employés dans les ouvrages qui traitent de la musique, prit le parti de traduire verbalement à M. Kiesewetter, auteur trèsversé dans cette matière, dix-huit traités arabes, persans et turcs qui y sont relatifs. C'est ce travail qui a fourni à M. Kiesewetter la matière de son mémoire. 11 y classe, pour la première fois, les différentes écoles musicales arabes et persanes, discute la question de leur origine et traite en détail de toutes les parties du système musical de l'école à laquelle il donne le nom d'école arabe-persane.
L'histoire et la géographie arabes ont été l'objet de plusieurs travaux. M. Wustenfeld, à Gœttingue, a commencé, aux frais de la Société anglaise des textes orientaux, l'impression du dictionnaire biographique d'Abou Zakaria al-Nawawi ^ Il
1. Die Musik der Araber nack Original Quellen dargestellt von R, G. Kieseivetter, mit einem Vorwort von dem Freiherrn von Hammer-Purgstall. Leipzig, \Si% in-40 (xix, 96 et xxv p.).
2. The biographical diciionary ofUlustriousmenhyAbuZakariya Yahya et Nau}awi, now first edited by F. ViTustenfeld. Gottingen, 1842, ia-8*, p. I et II (192 p.).
A^iNÉC 184î-18i3. 89
avait déjà publié en 1832, dans la même ville, un premier fascicule de cet ouvrage, accompagné d'une traduction latine ; il reprend maintenant le texte, en s'aidant de nouveaux ma- Qascrits. Âbou Zakaria commence son livre par la biographie de Mahomet, et donne ensuite, par ordre alphabétique, la vie de tous les personnages qui sont nommés dans certains re« cueils de traditions. Ce plan peut paraître bizarre, mais il faut se rappeler de quelle importance était, pour les Arabes des premiers siècles de 1* islamisme, la transmission exacte des traditions orales, qui formaient une des bases de leurs croyances et surtout de leur législation, et avec quel soin ils y veillaient. On ne doit donc pas s*étonner qu'un historien ait Ironvé utile de bien faire connaître les personnages par la bouche desquels la tradition avait passé, et même pour nous, ce choix est instructif, les tradilionnistes étant les hommes les plus remarquables entre les compagnons du Prophète et parmi les docteurs des siècles suivants. M. Madini, à Milan, a publié une traduction italienne anonyme d'un chapitre du géographe d'Isfahan ' dont H. Mœller, à Gotha, a donné, il y a quelques années, une édition lilhographiée qui représente le calque du manuscrit. M. Madini a choisi pour son essai le chapitre sur le Seistan, province à laquelle des événements récents promettaient de donner une importance particulière. M. Sédillot' a publié un mémoire sur la coupole d'Arin, point quiy chez les Arabes, sert à déterminer la position du premier méridien dans renonciation des longitudes. Les questions extrêmement compliquées de géographie mathématique qu*examine Tauteur de ce mémoire ont déjà été l'objet de discussions saintes, et Topinion des mathématiciens et des orientalistes ne paraît pas encore définitivement fixée sur cette matière obscure. M. Reinaud a inséré, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France, le texte arabe et la traduction de deux
t* Il Segisian^ ovvero il eonù del fiume Hindmayi, teeondo Ahn^I»hak d Farm d htachn. Milan, in-4% 1842.
1 Mémoire 9ur la fyitèmes fféographiqueêdeiGreatt des Aro^etipar X. L. Am. Sédmot. Paris, 1842, in-4* (29 p. et 2 pi.).
traités conclus au xiy° siècle, entre les rois chrétiens de Mayorque et les rois musulmans de Maroc S et il en a tiré de nouveaux renseignements sur l'histoire de la dynastie des Beni-Hafs. H. Schlier ^, à Leipzig, a fait paraître la première livraison d'une édition lithographiée de la géographie d'Abou'iféda. L'écriture de M. Schlier se rapproche beaucoup de la manière d'écrire des Orientaux, ce qui est un talent fort rare en Europe. On avait espéré autrefois que Timpression lithographique serait d'un grand secours pour la publication des textes orientaux, mais les nombreuses difGcultcs qu'on y a trouvées ont fait renoncer assez généralement à ce mode de> publication. Néanmoins il y a des cas où l'on s'en servirait avec avantage et où un talent comme celui de M. Schlier Irou — verait une application très-utile à l'avancement des lettres» M. Pietrazewski, à Saint-Pétersbourg, a commencé à enrichir" la numismatique orientale de la description de son cabinet d^ médailles^; il n'en a paru encore qu'un premier fascicule^ contenant les médailles des mamelouks et un choix de médailles de différentes dynasties arabes et persanes. Ce cahier est accompagné de quinze planches lithographiées. Ënfia M. l'abbé Lanci, à Rome, a mis au jour une collection considérable d'inscriptions tumulaires arabes, en grande partie coufiques. Je regrette de ne pouvoir donner aucun détail sur cet ouvrage, mais je n'ai pu parvenir à me le procurer.
Il ne me reste plus qu'à parler d'un travail qui est relatif à une des parties les plus remarquables de la civilisation des
1. Chartes inédites, en dialecte catalan et en arabe, publiées par M. Ghampoliion-Figeac et M. Ileinaud (extrait des documents inédits sur Thistoire de France, Mélanges, t. II). Paris, 1842, in4<> (53 p. et 1 pi.).
2. Ismaël Abou'lfeda. Géographie en ai'abe publiée d*aprës les deux manuscrits du musée britannique de Londres et de là bibliothèque royale de Dresde, par Gh. Schlier. Édition autographiée, !'« livr. Dresde, 1842. Fol. lithogr. (72 p.).
3. Numi Mohamedani, FascictUus I eontinens numas Mamelukorum dynastiŒj additis notabUioribus dynastiarum Moavidarumt etc., coUegit, descripsitct tabulis illustravit Ignatius Pietraszewski. Berolini, 1843, in-4* (139 p. et 15 pi.).
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Arabes, et une de celles qui ont été le plus négligées en Europe^ leur législation. On sait que les quatre sectes orthodoxes des musulmans se distinguent entre elles beaucoup moins par le dogme que par la législation, et que chacune a créé un système complet de lois qui, malgré une base commune, sont séparées par des nuances extrêmement importantes et qui modifient profondément la juridiction dans toutes ses parties. Jusqu^à présent, on ne possède de travaux détaillés que sur lajurisprudence de la secte des hanéfites, que Mouradja d'Ohsson a lait connaître pour la Turquie, et qui a été, de la part des Anglais dans Tlnde, l'objet d'une suite d'ouvrages qui embrassent toutes les branches de la législation. Mais, de notre temps, les principes du droit de la secte des roalékites ont aquis, pour la France, un intérêt particulier, parce que, à l'exception de l'Egypte, ils sont en vigueur dans tout le nord de l'Afrique. M. Vincent s'est proposé de les faire connaître et a publié, dans ses Études sur la législation criminelle des malékites^ un premier essai en ce genre. Son livre se compose d'un aperçu de l'origine du rite de Malek et de sa propagation d'après Hakrizi, suivi de la traduction du chapitre du Risalet d'Abou Mohammed el*Kesraouni, qui traite de la législation criminelle. L'auteur nous fait espérer un travail complet sur cette matière, et il n'y a certainement aucune partie de la littérature musulmane qui soit plus digne d'occuper les veilles des savants. La difficulté que la France éprouve à pacifier et à s'incorporer la population de l'Algérie montre suflisamment de quel intérêt il serait de connaître exactement les lois auxquelles ce peuple est accoutumé.
Avant de passer de l'Arabie en Perse, je demande la permission de dire quelques mots sur des travaux dont les monuments de la Mésopotamie sont en ce moment l'objet. Tout le monde sait qu^on a trouvé dans ce pays une grande quantité
i. Etudes $ur la loi munUmane, (rite de Malek) ; législation criminetlei vPv M. B. Vincent. Paris, 1842, in-8« (124 p.).
de pierres gravées et de terres cuites, ordinairement en forme de cylindres, couvertes d'inscriptions cunéiformes et de sujets symboliques. On en a publié un certain nombre dans divers ouvrages; mais il nous en manquait une collection complète. M. CuUimore s'est proposé de remplir cette lacune e( a fait paraître, à Londres, la première livraison d'une collection de tous les cylindres* qui lui sont connus. L'ouvrage entier doit se composer de huit livraisons : dans les sept premières seront reproduits les cylindres; la dernière contiendra le texte de l'auteur. Les planches sont lithographiées, et leur exécution laisse quelque chose à désirer. D'un autre côté, M. Lajard a commencé, il y a bien des années, à faire graver sur cuivre, et avec le plus grand soin, les cylindres les plus remarquables de tous les cabinets de l'Europe, pour servir de pièces justiûcatives à son grand travail sur le culte de Milhra. Cet ouvrage n'a pas encore pu paraître, parce que M. Lajard tient à le faire précéder de recherches préliminaires, telles que son ouvrage sur le culte de Vénus, et de quelques mémoires sur des points particuliers du culte mithriaque, comme celui qu'il a bien voulu nous lire dans trois séances de l'année dernière, et dans lequel il nous a fait connaître un monument assyrien ou babylonien, chargé d'inscriptions cunéiformes, qui permet de remonter au type asiatique du Mithra léontocéphale des Romains*. Enfin, H. Botta, consul de France à Mossul, vient de faire à Ninive des découvertes extrêmement intéressantes. It vous sera donné lecture, dans cette séance môme, d'une lettre dans laquelle il rend compte des fouilles qui l'ont conduit an déblai des ruines d'un monument assyrien couvert de basreliefs et d'inscriptions. Ce sont les seuls spécimens de sculpture assyrienne que l'on connaisse jusqu'à présent, et les fouilles de M. Botta fourniront un nouveau chapitre à l'histoire de l'art ; car je suis heureux, messieurs, de pouvoir vous an-
1. Oriental cylinden, byA. CaUimorc. London, 18i2, grand in-8*.
2. Mémoire sur un bas-relief mithriaque qui a été découvert à Vi^w^* par M. Félix Ujard. Paris, 1843, in-8* (91 p. et i pi.). (Extrait des NouveUes annales de l'Institut archéologique.).
ooDcer qae le gouvernement s'est empressé d'assurer à la France la possession des sculptures découvertes par son consul. Outre les niscriptions trouvées dans ces ruines, M. Botta avait déjà fait parvenir au Journal asiatique un nombre considérable d'autres inscriptions sur brique et sur pierre, qui toutes appartiennent à ce qu'on est convenu d'appeler le secood système d'écriture cunéiforme. Votre journal les publiera prochainement; car il est important d'augmenter^ autant que possible, la masse des matériaux qui peuvent contribuer au déchiffrement de ces inscriptions, unique vestige des langues de l'ancienne Mésopotamie, et dont la lecture donnera la solution d'un grand nombre de questions sur l'histoire decette contrée, qui a joué un si grand rôle dans le développement de la civilisation. La nature évidemment syllabique de ces écritures oppose un grand obstacle à la découverte de leur alphabet; mais, depuis que MM. Burnouf et Lassen ont lu l'écriture persépolitaine, on ne doit pas désespérer de parvenir à déchiffrer les inscriptions de la Mésopotamie.
L'ancienne littérature persane a donné lieu, dans ces derniers temps, à des travaux multipliés. M. Burnouf est sur le point de publier la dernière livraison de son édition du Yendidad de Zoroastre', le premier texte zend d'une étendue considérable qui ait été imprimé, et dont la publication a fondé en Europe l'étude de cette langue importante. Les Parsis de rinde ont suivi l'exemple donné à Paris et ont publié , à Bombay, uno édition lithographiée du même ouvrage; enOn, il y a peu de mois, la Société asiatique de Bombay a fait lithographier aussi une troisième édition du Yendidad', qui offre le fac-similé d'un manuscrit en caractères guzuratis, appartenant au Rév. Wilson. Elle est accompagnée d'une paraphrase et d'un commentaire par Aspandiarji Framji, qui s'est
t. Vendidad'Sadè, un des livres de Zoroastre, publié d'après les manascrits de la Bibliothèque du roi, par E. Burnouf. Paris, in-foUOi 1829* lSi3 (eu 10 livraisons).
. Bo mbay, 1842, 2 vol. in-8«.
bit aider dans ce travail par le mollah Fîrouz, grand mobed de la secte Kadmi des Parsis, et célèbre par son édition du Desatir et son étrange poëme épique sur la conquête de Tlnde parles Anglais. Cette édition forme deux volumes in-S**; malheureusement elle n'a été tirée qu'à vingt-cinq exemplaires. La Société de Bombay parait avoir l'intention de mettre au jour, delà même manière, le Yaçna et le Vispered, et de compléter ainsi la collection de la grande liturgie persane, et avec elle la publication de tout ce qui nous reste en zend, car les Parsis eux-mêmes ont déjà publié tous les ouvrages qui entrent dans le Khorda Avesta, ou la petite liturgie, et en ont même fait paraître plusieurs éditions, dont quelques-unes sont accompagnées de traductions en guzurati, mais dont aucune ne se trouve en Europe, à cause du manque presque entier de communications littéraires avec Bombay.
Tous ces ouvrages sont destinés à servir à l'éclaircissement d'une grande controverse religieuse qui s'est élevée, à Bombay, entre les missionnaires protestants et les Parsis, et qui, dirigée, du côté chrétien, par un homme savant et intelligent comme H. Wilson, a donné naissance à plusieurs écrits remarquables dont la science doit tirer profit. L'origine de cette discusion a été un savant mémoire sur le Yendidad, lu en public et imprimé, il y a quelques années, par M. Wilson. Les Parsis se sont vivement émus de cette critique de leurs livres sacrés; non-seulement leurs journaux, comme le Chabuk et le Durbin, ont été remplis d'articles de controverse, mais on a fondé, sous le titre de Rahnamehi Zerdouschti, un écrit périodique destiné uniquement à la défense du zoroastrisme contre les chrétiens. Outre cette polémique journalière, ils ont composé un certain nombre d'ouvrages dans lesquels sont exposées les doctrines de leurs différentes sectes. Le premier livre de ce genre qui ait paru est le Ta'limi Zerdouscht % écrit
1. Talimi'i'Zwtoosth, or the doctrine ofZoroattre in ihe gutrattee Im* çuage for the instructions of Parti youthi^ together with an answer to
en gnzuraliy par DosaBhal Sohrabji. Cet auteur est de l^ëcole qu*on appellerait, dans une controverse chrétienne, rationa* liste; il représente Ahriaian comme la personnification des mauvais instincts innés dans Thomme, et le feu comme un symbole, et non pas comme un objet d'adoration directe. Il est l'organe des hommes du monde parmi les Parsis; toutes ses allures sont plutôt celles d'un philosophe que d'un théologien; et, ce qui est assez curieux, il se sert surtout des arguments de Voltaire et de Gibbon contre le christianisme. La partie orthodoxe de la secte n'ayant pas été satisfaite de cette exposition de sa doctrine, et ayant compris que cette manière d'alimenter était plus propre à détruire sa religion qu'à l'étayer, l'homme le plus considérable parmi les Parsis, Sir Jamsetji Jeejeebhoy, s'adressa à Édal Dara, chef de la secte des Rasami. Ce vieux prêtre, qui depuis de longues années vit retiré du monde et en odeur de grande sainteté, composa un ouvrage sous le titre de Mu^jizati Zerdouschti^ (les Miracles (le Zoroastre), dans lequel il se fonde surtout sur le Zerdouscht namehf livre auquel il attribue une grande autorité et qu'il suppose avoir été écrit originairement, sous le titre de Wajer Kardf par Hediomah, frère d'Aijasp et disciple de Zoroastre lui-même. Les attaques qui avaient été dirigées contre M. WiU son, dans le journal intitulé Durbin^ ont été réunies dans un volume, sous le titre de Nirangha^ par KalamKas'. Enfin, Aspandiarji Framji a publié un ouvrage, en guzurati et en anglais, sous le titre de Guide de ceux qui se sont égarés*;
ùr. Wilsons lecture on Vandidad, compiled by a Parsee priest. Bombay, 1840, in-4- (268 p.).
1. Le titre de ce livre est en guzurati; en voici la traduction : Mu^jùati ZerdùUicMit c'est-è-dire les Miracles indubitables de Zoroastre, dès le eommeoceoient jusqu'à la fin, accompagnés d'une exposition de la foi loroastrienne, par le destour Êdalji Darabji Rustamji de Sanjana, Tan de Yczdejird 1209, du Christ 1840. Bombay, in-4" (127 p.).
2. Voici la traduction du titre, qui est en guzurati : Nirangha par Kalam ICos, contenant les questions proposées à M. Wilson dans le Durbin par Kalam Kas. Bombay, 1841, in-12 (347 p.).
3. Thê Hadtc-Gum-Rahan, or a guide io those who hâve loêi their way^
96 VINGT-SEPT ANS DHISTOlRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
c'est un commentaire polémique du mémoire sur le Vendidad, et, à ce qu'il parait, une nouvelle production du parti rationaliste des Parsis. M. Wilson vient de répondre à ces attaques par un ouvrage systématique intitulé la Religion des Parsis^, dans lequel il traite des principaux dogmes d*après les livres de Zoroastre, et où il examine les autorités historiques sur lesquelles ses adversaires s'étaient appuyés; il y ajoute, dans un appendice, des traductions du Zerdouscht nmnehy par M. Eastwick; du Zcrwané Akhèrénéy par l'arménien Aviet Âi^nur, et du Sirouzé par lui-même. H. Wilson a, de plus, (ait lithographier, l'année dernière, une édition du Zerdouscht nameh, et nous ne pouvons guère douter que la continuation de cette controverse ne conduise à la publication de tous les ouvrages des Parsis.
Le mouvement littéraire que ces discussions ont imprimé à cette secte est très-considérable; et à l'occasion du titre de chevalier conféré, par la reine d'Angleterre, à Jamsetji Jeejeebhoy, ses amis ont créé un fonds destiné à la publication de traductions d'ouvrages anglais et orientaux en guzurati, et Sir Jamsetji lui-même y a contribué pour la somme énorme de 750,000 francs.
Un ouvrage qui se rattache étroitement aux études zoroastriennes dont je viens de parler, la traduction anglaise du Dabistan par notre confrère M. Troyer, est sur le point d'être achevée. Le Comité de traduction de Londres, aux frais duquel elle est imprimée, vient d'en faire mettre en vente le second volume ',qui contient la religion des Hindous, des Tibc-
being a réfutation ofthe lecture delivered by the Rev. Dr. Wilsofif by Aspardiarjee Framjee. Bombay, 18it.
1. The Parsi religion as contained in the Zand-Avasta and propounded and defended by the Zoroattriam of ïndia and Persiay unfolded, refuied and contrasted with christianity, by John Wilson, etc. Bombay, 1842, in-8-.
2. The Dabistan or School of mannersj translaled from the orij^tnal pereian, with notes and iUustrations by David Shea and A. Trouer. Edited
Uins, des juifs, des chrétiens et des musulmans. Le premier rolume, qui renferme les sectes persanes, et le dernier, qui s'occupe des sectes philosophiques et des soufis, n'attendent plus que rimpression de l'introduction et des tables, pour être livrés également au public. M. Defrémery a publié, dans la collection des Chrestomathies destinées aux cours de Técole •les langues orientales de Paris, le chapitre de Mirkhond qui Iraite de la dynastie du Kharezm\ Il a accompagné le texte •le noies historiques et géographiques, et a fait imprimer en même (emps une notice sur la vie d'Ogoulmisch ', personnage auparavant presque inconnu, qui a joué un rôle dans Thisloire du Kharezm. La publication de cette partie de Mirkhond est un nouvel acheminement vers une édition complète de cet auteur qn*on voudrait voir entreprise dans l'intérêt de la littérature orientale. Mirkhond, il est vrai, n'est qu'un compila;teiir, mais son ouvrage est bien conçu et assez bien exécuté ; il forme un manuel détaillé et très-utile, qui ne dispense pas de remonter aux sources dont l'auteur lui-même s'est servi, mais qui donne une base excellente pour des travaux spéciaux sur toutes les parties de l'histoire traitées par les mpsulmans de $on temps. Des ouvrages pareils sont ordinairement presque un malheur pour une littérature qui est encore toute manuscrite,parce qu'ils satisfont les besoins des lecteurs ordinaires et font par là disparaître les véritables sources, et Mirkhond a probablement occasionné la perte de livres qui seraient pour nous plus précieux que le sien; mais cela même n'est qu'une raison de plus pour mettre à profit ce qu'il a conservé.
i^e colonel Miles a publié à Londres, aux Irais du comité, one traduction de la vie de Ileider-Ali, composée sous le titre
«itb a preiiminary discourse by tiie laUer. Paris, 1843, in-8 vol. Il (iôi p.).
^' Histoire des sultans du Khareim, par Mirkiioiid. Texte persan, accom- ^né de notes à l'usage des élèves de TÊculc spéciale des langues oricnlaJes. Paris. 1842, ïn-S^ (133 p.).
•• Recherches sur un personnage appelé Oghoulmisch et sur quelques wisti ethistoire orientale par Cli. Defrémery. Paris, 1842, in-8* (10 p.).
de Nischani'Heïdery par Hir Hossein Ali Khan de Kirroan\ Les Français qui ont servi sous Heïder et les Anglais qui Tont combattu ont beaucoup écrit sur sa vie; nfiais il n'est pas sans intérêt de posséder sa biographie rédigée par un musulman qui l'a connu, et dont le récit a obtenu la sanction des fils de Tipou Sahib. Les faits y sont présentés avec ordre et, en général, avec exactitude; mais le style est rempli de ces boursouflures que les Persans actuels prennent pour des grâces du langage et qui font le désespoir d'un traducteur : car, s'il reproduitson texte exactement, il devient illisible; s'il le réduit à la phraséologie européenne, il risque d'effacer les nuances qui se cachent sous ces fleurs de rhétorique. M. Miles a cherché un parti moyen entre ces deux extrêmes; il a voulu, d'une part, laisser assez d'indications de la manière de l'auteur pour donner une idée de son style; de l'autre, omettre ce qui serait intolérable au lecteur, et il paraît avoir assez bien réussi.
EnOn, M. Alexandre Chodzko' a publié un livre fort remarquable sous le titre de Poésies populaires de la Perse. M. Chodzko,'qui a rempli, pendant douze ans, la charge de consul de Russie dans le Mazenderan, frappé du nombre et du caractère des chants populaires qu'il entendait réciter, les fit écrire sous la dictée des chanteurs. C'est ainsi qu'il a formé la collection dont il nous offre aujourd'hui une traduction en anglais, imprimée aux frais du comité de Londres. La pièce principale du recueil est intitulée : les Aventures de Karo^ gloUf et formerait à elle seule un volume assez considérable « Karoglou était un Turcoman du Khorasan, qui devint chef d'une bande de brigands et établit, dans la seconde moitié du xvii*" siècle, son quartier général entre Khôl et Erzeroum^ dans une position qui lui permettait de piller les caravanes
1. Hùtorij of Hydur Naik, wriUenby Meer Hussein Ali Khan KirmawsÀi translated by colonel W. Miles. Loadon, 1842, in-8*> (513 p.).
2. Spedmens of the popular poeiry of Persia^ orally collected aad f ra.ns< lated wilh notes by Alex. Ghodzko. London, 18tô, in-8^ ^592 p.).
qui passaient de Turquie en Perse. Sa mémoire est restée célèbre parmi les Iliates, population nomade de la Perse qui en a fait son héros et qui ne se lasse pas d*entendre le récit de ses aventures et de répéter ses chansons. Les vers qu'il improvisait dans son dialecte turc, ou, au moins, dont on hii attribue Timprovisation, ont peu à peu composé le noyau d'uD récit en prose qui fait les délices des tribus errantes. Qnaad celles-ci se battent contre les troupes persanes, on peut les entendre chanter une des improvisations de Karoglou, â laquelle les Persans répondent par une tirade de Firdousi; ' et il s'est formé une classe de jongleurs dont le métier unique est de réciter les aventures de Karoglou. C'est de leur bouche que H. Chodzko a recueilli ces traditions, qu'il a fait écrire par des secrétaires persans, en ayant le bon esprit de résister aux tentatives continuelles de ces derniers pour corriger le langage provincial du récit. Nous possédons ainsi de véritables poésies populaires, telles qu'on les chante, chose plus rare qu'on ne devrait le croire à voir la quantité de recueils qui paraissent dans toutes les langues sous ce titre. M. Chodzko a joint à Karoglou un nombre considérable de chansons persanes, tartares et turques, en différents dialectes, et a, en outre, ajouté, dans un appendice, quelques curieux spécimens des idiomes du Ghilan et du Mazenderan, et des airs sur lesquels le peuple chante ces poésies.
Je ne puis donner, comme je le devrais, la liste des ouvrages turcs imprimés à Constantinople, mais j'ai l'espoir que AI. le baron de Hammer voudra bien remplir, dans le Journal asiatique, cette lacune, comme il Ta fait Tannée dernière, arec une complaisance qui mérite toute notre reconnaissance.
Je ne dois pas quitter les littératures musulmanes avant dV voir annoncé que le prince Handjeri a terminé, à Moscou, son grand dictionnaire français, turc, persan et arabe ', et que
1. Dieliamiaire fronçai», arabe, penan et turc^ par le prince A. Handi«ri. Moscdu, 1840-1842, 3 vol. in-4*.
M. Bianchî a publié, à Paris, le premier volume de la seconde édition de son excellent Dictionnaire français-turc ^ Ces deux ouvrages, analogues quant au fond et destinés l'un et Tau- Ire à faciliter les relations entre les Turcs et les Européens, se distinguent pourtant par le point de vue de leurs auteurs. M. Handjeri, qui parait avoir surtout pour but d'aider les Turcs dans la lecture du français, a pris pour base le Dictionnaire de TAcadémie, et a, de cette manière, donné aux Turcs le sens de toutes les locutions idiomatiques de la langue française. L'ouvrage de M. Bianchi, destiné, avant tout, aux Européens qui désirent apprendre à parler et à écrire le turc, $*adresse principalement aux agents diplomatiques, aux négociants et aux voyageurs européens dans le Levant. La faveur marquée avec laquelle ces deux ouvrages ont été accueillis prouve que leurs auteurs ont réussi à faciliter des communications dont la fréquence et Timporlance augmente tous les jours.
C'est peut-être ici le lieu de parler de ce qui a été fait pendant Tannée dernière pour la littérature arménienne. Les savants nioines de Saint-Lazare, près de Venise, paraissent redoubler de zèle pour fournir au peuple arménien des livres de religion, et aux savants les moyens d'étudier Thistoire de leur pays. Il n'entre pas dans le cadre de ce rapport d'énumérer les livres de prières, les éditions d'ouvrages de dévotion, les traductions des psaumes et autres publications destinées au service de l'église, qui sont sorties des presses de Saint- Lazare; mais vous me permettrez de mentionner, parmi des productions d'un autre ordre, une traduction du Discours sur Thistoire universelle de Bossuet. Le docteur Aucher a fait paraître une traduction arménienne de l'Histoire des Tartare^ par Haython ^, de sorte que, par une étrange destinée, ce livre d'un prince arménien, dicté par lui en français il y a plus de
1. Dictionnaire français-turc, par T. X. Biaiichi. Tome I, seconde Ô4li. lion; Paris, 1843, in-8* (78i p.).