‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 29 sur 112 · Venise, iUi, in-8o ^92 p · texte numérisé non relu

Venise, iUi, in-8o ^92 p

ANNÉE 18i2-18i3. 101

cioq siècles, et connu il y a très-longlempft. en Europe par des Inductions latines, est devenu aujourd'hui accessible aux compatriotes de Tauteur. Le père Gabriel Ajvazovak a publié à Saint-Lazare une Histoire de la dynastie ottomane ^ composée par lui-même en arménien. Les mékhitaristes ont Tait imprimer, pour faire partie d*une collection d'historiens^ le teste de VHistoire de Varlan, par Elisée '• C'est un auteur du v^ siècle, qui, après avoir joué un rôle considérable dans les alTaires politiques et religieuses qui se traitaient alors entre son pays et la Perse, a fini par en écrire l'histoire. On en possédait déjà une édition imprimée à Constantinople et une traduction anglaise faite par H. Neumann et publiée par le Comité de traduction. Mais l'écrivain qui a le plus occupé les savants qui se sont consacrés à Tétude de la littérature arménienne est Mots**, de Khorène, dont il a paru presque simultanément trois éditions. M. Levaillant de Florival en a fait paraître une à Venise; le texte de son édition est accompagné d'une traduction française ^ M. Capellelti, qui s'était déjà fait connaître par d'autres travaux sur l'Arménie, a publié, dans ia même ville, une traduction italienne de Thistorien arménien^; enfin les mékhitaristes en ont imprimé, à Saint-Lazare, une troisième, aussi en italien. Cette dernière forme 1^ commencement d'une collection de traductions italiennes df^s historiens les plus remarquables de l'Arménie, depuis le V' siècle de notre ère jusqu'à notre temps. La collection doit avoir vingt-quatre volumes et la révision du style italien ^st confiée à M. Tomaseo. Il parait que les volumes qui doivent contenir l'Histoire de la conversion de l'Arménie au chris-

t- Voici la traduction du titre : Histoire de la dynastie ottomane ^ par le V. Gabriel Ajvazovak. Venise, ISil, 2 vol. in-l2 {iîii et (18U p.).

1 Histoire de Vartan et de la guerre des ArménienSy par le docteur Ûi^'-c (en arménien.) Venise, 18«. in-2i(39t p.).

3. Moïse de Khorène, Histoire d^ Arménie^ texte arménien; et traduction française, par P. E. Levaillant de Florlval. Venise, Igil, i vol. in-S" (101 '^tiai. 20, 88 p.).

^- Ifofe Corenese, storieo armeno del quinto ucolOf versione del prèle ^^' CappelleUi. Venezia, 1843, in-8«.

tianîsme, par Âgathangelos, et la Chronique du district de Taronia, par Jacobins Clagh, sont sous presse. Il serait inutile de s'étendre sur l'importance de ce plan et sur la confiance que doivent inspirer les savants moines de Saint-Lazare, qui ont à leur disposition la plus belle bibliothèque arménienne du monde. Il est vivement à désirer quMls trouvent tous les encouragements dont ils auront besoin pour mener à fin une entreprise qui jettera nécessairement un grand jour sur l'histoire de l'Arménie et des pays environnants.

Les études indiennes n'ont pas fourni un grand nombre d'ouvrages, à moins qu'il n'en ait paru, à notre insu, dans l'Inde même, ce qui n'est que trop vraisemblable; mais on se trouve dédommagé de leur petit nombre en voyant que ceux qui ont été publiés traitent tous des parties les plus importantes de la littérature indienne : les Védas et les poésies épiques. M. Nève *, professeur à l'université de Louvain, a fait paraître, sur les hymnes du Rig-Véda, un travail dont le but est d'appeler l'attention du public étranger à ces matières sur l'importance philosophique et religieuse de ce recueil. Il n'y a certainement rien de plus digne de l'intérêt de tout homme qui s'occupe de l'étude du développement du genre humain, que ces restes primitifs d'un temps antérieur à toute histoire écrite, et qui datent du commencement de la formation d'une société civilisée. Tout ce que l'on sait jusqu'à présent de l'âge des Yédas tend à confirmer l'opinion de Colebrooke, que la collection en a été définitivement formée dans le quatorzième siècle avant notre ère. Mais cette date ne s'applique qu'à la fixation du canon sacré et ne détermine aucunement l'âge des parties qui le composent et qui portent les marques les plus évidentes d'époques très-différentes. Quelques-une^, dans lesquelles on voit la caste brahmanique déjà formée, et ses

1. Etude* sur le» hymnes du Higvéda, par M. F Nève. Paris, 1842, in-9 (120 p.).

prérogatives reconnues, ne paraissent avoir été composées qu*après le commencement de la colonisation de Tlnde par la race qu'on est convenu d'appeler indo-germanique; mais d'autres supposent un état entièrement patriarcal, où le père de famille est le chef temporel et spirituel,, dit les prières, fait les sacrifices et ne reconnaît aucun pouvoir au-dessus du sien. Ces derniers hymnes paraissent être les seuls souvenirs authentiques qui nous restent d'un âge aussi reculé et les premières lueurs du travail de Tintelligence chez une nation destinée à la civilisation. Nous avons, dans l'intérétque les Yédas excitent aujourd'hui, une preuve frappante du progrès des lettres orientales, n y a trente ans, Colebrooke désespérait de voir jamais paraître des traductions de ces livres : « Ils sont, dit-il, trop volummeux pour être traduits en entier, et leur contenu ne répondrait guère à la peine qu'ils donneraient au lecteur, et encore moins à celle que prendrait le traducteur; mais ils méritent bien d'être consultés de temps en temps par un orientaliste. » C'est ainsi que parlait le véritable créateur des études critiques de l'antiquité indienne, l'homme le plus avancé dans ces travaux, celui dont le jugement est encore le guide le plus sûr dans tout ce qu'il a touché de sa main de maître ; et pourtant les progrès actuels ont déjà dépassé de beaucoup ses prévisions. C'est que la science a besoin des sources mêmes de l'histoire; elle ne peut se contenter d'extraits qui ne conduisent qu'à des systèmes nécessairement faux et passagers. On ne peut sans doute pas traduire et publier tout ce que les Orientaux ont écrit, et il y a une infinité de livres qui peuvent et doivent rester dans un oubli mérité; niais ceux qui, comme les Védas, ont exercé une influence immense sur l'esprit humain, doivent être publiés, traduits ^ commentés, quel que soit leur volume et quelque grandes lue puissent être les difficultés. Aussi voyons-nous que la Société asiatique de Calcutta, aidée par le gouvernement de Hnde, nous fait espérer aujourd'hui une édition complète de tous les ouvrages védiques. Rosen avait commencé, avant la mort de Colebrooke, la traduction du Rig-Véda, et M. Wilson

promet d'achever celte belle publication. Enfin, M. Stevenson vient de nous donner le texte ^ et la traduction ' des hymnes du Sama-Védaj le second du recueil des Védas, formant une véritable liturgie, qui comprend toutes les prières que Ton doil prononcer en faisant les divers sacrifices dans lesquels Tasclépiade est employée. Ces hymnes sont toujours accompagnés do la notation du chant, ce qui achève de leur donner un caractère liturgique. M. Stevenson a suivi, dans l'interprétation de ces textes obscurs, le commentaire de Yidyaranya; de même que Rosen s'était conformé dans le Rig-Véda, aux interprétations de Sayana Atcharya. Ces deux célèbres commentateurs étaient frères et vivaient dans le xiv'' siècle de notre ère. Les explications qu'ils ont données des textes sacrés étant généralement reconnues dans Tlnde comme les meilleures, les premiers interprètes européens ne pouvaient mieux faire que de les suivre. Il est possible qu'un jour l'étude plus étendue de l'antiquité indienne fournisse des moyens de pénétrer plus avant dans le sens original de ces hymnes et permette de reconnaître comme modernes quelques nuances de l'interprétation admise aujourd'hui ; mais il est nécessaire avant tout de connaître le sens que les plus savants des brahmanes attachent eux-mêmes à ces livres, et qui est évidemment la base la plus sûre dont on puisse partir. M. Stevenson ne dit pas si son intention est de faire suivre ce travail de la traduction des Upanischads annexés au Sama-Véda.Ce serait dignement compléter le service éminent qu'il rend aujourd'hui à la science; car les Upanischads, qui contiennent la partie dogmatique des Védas, nous mettront un jour en état de voir comment, de ces hymnes si peu philosophiques, est sortie, ou comment on y a rattaché la belle et profonde métaphysique des Hindous. On connaîtra alors par quel laborieux enfantement l'esprit humain est par-

1. Sanh'Ua of the Sama Veda^ from mss. prepared for the press by tlie Rev. Stevenson and printod under Uie supervision of H. H. Wilson. London, 1843, grand in-8" (186 p.j.

2. Translation of the Sanhita ofthe Samaveda, by the Rev. Stevenson London, 1842, in-8* (283 p.).

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Tena à s'élever de la sensation à l*idée, de la matière à Tabstraction et au spiritualisme le plus raffiné.

H. Gorresioa publié, aux frais du gouvernement piémontais, le premier volume du texte du Ramayana ^ Cest la troisième fois que Ton commence une édition de ce livre; mais le texte de H. Gorresio diffère notablement de celui qu'avait vioplé Marshman dans son édition de Scrampour et de celui qu'a choisi M. de Schlegel. Ce dernier s'était aperçu que les manuscrits du Ramayana différaient considérablement les uns des autres, et il les avait classés, dans un travail critique trèsremarquable, en deux branches, qui formaient deux rédactions distinctes; lui-même se décida pour celle qu'il appela la^ rédaction des commentateurs, et la suivit en général dans son édition, ayant trouvé des raisons pour lui attribuer une antiquité plus haute qu'à celle qu'il intitula la rédaction du Bengale. M. Gorresio conteste cette préférence; il a découvert que cette seconde rédaction avait elle-même trouvé des commentateurs, et il s*est décidé à la reproduire. Le problème que présente l'existence de ces deux textes n'est pas aisé à résoudre. Faut-il admettre que l'un des deux soit l'original, et l'autre la rédaction d'un bel esprit qui aura cru pouvoir embellir l'ouvrage? H. Gorresio ne le pense pas ; il croit qu'ils sont également anciens, qu'ils sortent d'une souche commune et qu'ils ont été modifiés l'un et l'autre par la tradition orale. Cette théorie, à Tappui de laquelle M. Gorresio cite des faits neufs et intéressants, présente peut-être quelques difficultés; mais, quoi qu'il en soit, on ne peut qu'approuver la détermination qu'il a prise de publier celle des deux rédactions qui n'avait pas trouvé d'éditeur, et surtout de la reproduire sans aucun mélange de lautre texte. Quand on possédera les deux rédactions dans leur forme la plus pure, on y trouvera probablement les moyens (le décider la question de leur antiquité respective. En atten-

i. Ramayana, poema indiano di Valmici, pubblieato per Gasparc Gorresio. Vol. I ; Parigi, Stamperia realc, 1843, grand in-8o (CXLUI et 361 p.).

dant, les études indiennes ont acquis un texte d'une correction remarquable ; tout fait espérer que M. Gorresio mènera à bout la grande entreprise qu*il a conçue, de donner une édition complète et une traduction italienne de ce livre fondamental pour la connaissance de l'Inde ancienne, et le monde savant doit des remerciments au gouvernement piémontais, le premier qui, en Italie, ait encouragé les lettres sanscrites.

H. Schûtz, professeur à Bielefeld, qui s'était déjà fait connaître par la traduction d'une partie du Bhattikavia, a publié la première moitié d'une version en prose allemande de la Mort de Sisupala S poème épique qui porte le nom de Magha et dont le texte a été publié en 1815, à Calcutta, par deux pandits de Colebrooke, et sur la demande de ce savant. Dans l'Inde, comme partout ailleurs, les beaux esprits se sont emparés des traditions renfermées dans les poèmes épiques nationaux, et les ont développées et embellies selon le goût d'un temps plus moderne. La mort de Sisupala appartient à cette classe de poèmes épiques de seconde main. Le sujet, qui est emprunté au MahabharatŒy a été traité par un poète inconnu avec toute l'exubérance de style qui appartient au commencement de la décadence d'une littérature ; la grandeur cfe l'ancien style épique a disparu, et l'élégance des classiques du temps de Vikramaditya est remplacée par la recherche des images, l'abondance des jeux de mots et l'abus des épithètes ; on y voit même poindre cet emploi des images tirées de la grammaire, qui est, dans plusieurs littératures orientales, le signe Je plus certain de l'entière décadence du goût ; mais elles ne dominent pas encore dans la Mort de Sisupala et n'y paraissent que rarement. Le travail de M. Schûtz est une publication très-curieuse pour l'histoire de la littérature, et d'autant plus louable que le texte An Sisupala oSre des difficultés très-grandes et que le traducteur est parvenu à être intelligible, tout en s'attachant à être littéral.

1. Magha's Tod des Çiçupala ein sanskritiaches Kunstepos ubersett, von D' G. Schûtz. Bielefeld, 1843, gr. in-S» (1" part. iU p.).

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H. Foacaux avait publié, il y a deux ans, sous le titre le Sage et le fou, un extrait de la traduction tibétaine du iMlita vistarùy c'est-à-dire de la légende de Bouddha. Il prépare maintenant une édition complète de cet ouvrage, en sanscrit et en tibétain, en se servant, pour le texte tibétain, de Tédition du Kahgyur, que nous devons à la libéralité de la Société de Calcutta, et pour le texte sanscrit, des manuscrits népalais que M. Hodgson a eu la bonté de nous envoyer. Cette légende est commune à toutes les littératures bouddhiques, avec des variantes ou des amplifications de peu d'importance, et elle forme la base de ce que Ton sait sur la vie de ce grand législateur.

La littérature malaie se rattache à l'Inde, sinon par la communauté des langues, au moins par l'influence de la civilisation; elle est aujourd'hui d'une certaine valeur pour la France depuis la prise de possession de quelques lies dans la Polynésie, où Ton parle malai. M. Dulaurier* vient de réunir dans un petit volume les rapports qu*il a adressés au ministre de rinstruction publique relativement à ses travaux sur cette langue, et qui sont très-propres à mettre en lumière le degré d mtérêt qu'elle mérite, sous le rapport politique, commercial eliittéraire. On annonce aussi un dictionnaire du dialecte malai, tel qu'il est parlé dans les Marquises, et que le P. Mathias, missionnaire, qui a résidé dans ces îles, doit publier prochainement.

La littérature chinoise a acquis tout à coup, par les événements politiques de l'année dernière, une importance qu'elle n'avait jamais eue pour l'Europe, ou plutôt ces événements ont éveillé la curiosité du public et l'ont fait sortir au moins momentanément de l'indifTérence avec laquelle il l'avait regardée jusqu'à présent, et qu'elle avait pourtant si peu méritée; car quelle étude serait plus faite pour intéresser un

1. Mémoire, lettres et rapports relatifs au cours de langue malatje et Ja» vanaise, par E- Dulaurier. Paris, 1843, in-S* (138 pa|;es).

esprit cultivé, que celle d*une littérature qui s*est formée en dehors de toutes les influences par lesquelles les autres peuples ont successivement modifié leurs idées; une littérature immense, qui embrasse toutes les branches du savoir humain, qui constate des faits de toute espèce, qui contient le résultat de l'expérience d'un peuple ancien, innombrable et infatigable; d*une littérature enfin qui est pour la moitié du genre humain ce que les autres réunies sont pour l'autre moitié. On ne comprend pas qu'on ait négligé pendant si longtemps l'étude de la civilisation chinoise, qui est, pour ainsi dire, la seconde face de l'humanité, et qui, par ses ressemblances autant que par ses contrastes, peut nous aider à bien comprendre ce qu'il y a de fortuit et d'accidentel, ce qu'il y a de nécessaire dans les phénomènes sociaux et moraux qui nous entourent. Les jésuites réussirent, pendant quelque temps, à fixer sur la Chine les yeux des hommes qui réfléchissent; mais lorsque l'espoir de convertir l'empire leur eut échappé, on retomba dans l'ancienne indifl'érence, et, pour connaître combien celle-ci était profonde, on n'a qu'à lire les Mélanges de M. Rémusat, que le gouvernement français vient de faire publier par une commission présidée par M. Lajard *. On y verra de quels détours avait besoin cet esprit si fin et si élégant pour combattre des préjugés absurdes. Il se croit presque obligé de prouver que ceux qui ont fondé et fait prospérer le plus grand empire que le monde ait jamais connu étaient des hommes et non pas des singes; il est préoccupé avant tout de montrer les côtés par lesquels les Chinois nous ressemblent, et il ose à peine prononcer le nom de littérature chinoise, de peur d'exciter la risée du vulgaire. Nous n'en sommes plus tout à fait là, et personne n'a contribué plus que M. Rémusat lui-même à ce progrès de l'opinion publique; mais nous sommes encore loin d'attacher à ce sujet l'importance qu'il aura un jour, et probablement un jour prochain;

1. Mélanges posthumes d'Iûstoire et de littérature orientales, pur M. Abcl- Rémusat; publiés sons les auspices du ministère de rinstruction publique. Paris, Imprimerie royale, 1813, iii-8* (469 pages).

car la multiplication des comptoirs européens en Chine, Tou* Tertore d'un plus grand nombre de ports accessibles au commerce étranger et des événements faciles à prévoir forceront bientôt, même les esprits les plus paresseux, à s'intéresser à une nation d^enue l'objet de tant d'entreprises religieuses, commerciales et politiques.

La nature de l'écriture chinoise a été l'objet d'une publication de M. Pauthier, qui l'examine en la comparant à l'écriture hiéroglyphique des Égyptiens ^ On doit s'attendre à ce que deux écritures, parties toutes les deux du principe de Tiniitation des objets extérieurs, et arrivées toutes les deux à un système mixte de symboles et de sons, auront suivi une marche analogue et se seront servies, jusqu'à un certain degré, de procédés similaires". Déguignes avait été tellement frappé de cette ressemblance, qu'il n'a pas cru pouvoir l'expliquer autrement qu'en faisant dériver l'écriture chinoise des hiéroglyphes égyptiens. Cette thèse est abandonnée depuis longtemps, et l'on ne peut la regarder aujourd'hui que comme une de ces erreurs auxquelles les hommes les plus savants n'échappent pas toujours au commencement d'une étude. Aujourd'hui, les découvertes de Champollion nous mettent en état de mieux apprécier les ressemblances et surtout les différences très-considérables qui existent entre les deux systèmes. Le travail de M. Pauthier n'est pas encore achevé; toutefois, on peut pressentir que, malgré un peu d'hésitation dans la marche du raisonnement, l'auteur doit conclure à une origine différente, mais à un développement analogue des deux écritures.

La lexicographie chinoise a fait un véritable progrès par la publication du Dictionnaire des noms anciens et modernes des villes et arrondissements de la Chine, de M. Éd. Biol^ .

l. Sinico-œjtjptiacaf Essai sur Torigine de la rorm<ition similaire des écritures figuratives chinoise et égyptienne, I, Histoire et synthèse; par G. Pauthier. Paris, 1842, in-8" (149 pages).

i. DicUonnaire des noms anciens et nouveaux des villes et arrondisse^

Quiconque s'est occupé de Thistoire et de la géographie de ce pays a dû éprouver de grandes difficultés pour identifier les noms que les localités ont portés dans différents siècles. Afin d'y obvier, M. Biot a extrait du Kouang-yu-ki, géographie chinoise très-estimée, les dénominations sous lesquelles les villes et arrondissements du premier, second et troisième ordre ont été successivement connus ; il a complété son travail à l'aide de quelques ouvrages plus récemment publiés en Chine, et en marquant, partout où cela a été possible, les longitudes et les latitudes des villes du premier ordre. En outre, une excellente carte de la Chine, que H. Klaproth avait fait graver, mais qui était restée inédite, accompagne ce volume, qui est un supplément indispensable à tous les dictionnaires chinois. Ce ne sera que lorsque les parties les plus importantes de la langue et de la littérature des Chinois auront été l'objet de pareilles monographies, qu'on pourra espérer de voir paraître, pour l'intelligence de leur langue, un trésor semblable à ceux que nous possédons pour les langues classiques de l'antiquité.

Les Européens établis sur la côte de la Chine, parmi lesquels le besoin de livres élémentaires se fait naturellement sentir le plus vivement, ont publié, pendant Tannée dernière, plusieurs ouvrages de ce genre. M. Gutzlaff*, consul de Prusse à Fou4cheou-fou, a composé, sous le pseudonyme de Philo- Sinmsis S une grammaire chinoise dont la 1'^ partie vient de paraître. Le titre trop modeste de ce livre ne répond pas tout à fait à son contenu, car il embrasse, à l'exclusion de la syntaxe, toutes les parties de la grammaire. C'est un travail exécuté sans prétention, et rédigé de manière à contenir, dans le moindre volume possible, les règles et les locutions les plus indispensables. Il ne renferme que des matériaux originaux,

ments du premier, deuxième et troisième ordre ^ compris dans l'empire chinois; par Éd. Biot. Paris, Imprimerie royale, 1812, grand iii-S*" (314 pages et une carte).

1. Notices on Chinese Grammar; part. I, orthography and etymology, by Philo-Sinensis. fiaUvia, 1842, in-8« (148 pages).

tons tirés de la langue usuelle et familière ; les exemples sont nouveaux et complètent utilement ceux qu*on trouve dans les traités existants sur la grammaire chinoise. M. Gutziaiï se propose de faire suivre ce volume d'un second, qui traitera de la syntaxe. L'ouvrage a été imprimé à Batavia, par les soins de M. Medhurst, qui a emplové un moyen difficile et compliqué pour suppléer au défaut de types chinois gravés. Le texte anglais a été composé d'abord, puis, sur l'épreuve, on a transcrit les caractères chinois, et l'on a ensuite transporté le tout sur la pierre, pour obtenir un tirage lithographique. Cette mé* thode, a été, je crois, déjà mise en usage par H. Didot, pour l'impression de la Grammaire égyptienne de Champoilion ; elle offre de très-grandes difficultés, même à Paris ; et l'on ne s'étonnera pas si, à Batavia, le résultat n'a pas toute la netteté qu'on pourrait désirer.

H. Medhurst s'est servi du même procédé pour la publication d'un Dictionnaire chinois-anglais ^ dont le premier volume vient de paraître à Batavia. Son but était de donner aux Anglais un dictionnaire par radicaux, plus compacte et surtout plus également exécuté que celui de Morrison. Ce dernier avait commencé son ouvrage sur un plan immense, qui convenait plutôt ^ une encyclopédie qu'à un dictionnaire ; aussi s'est-il bientôt fatigué de le suivre, et a-t-il fini par ne donner, dans les dernières parties de son livre, qu'une maigre liste des mots. M. Medhurst a pris, pour cadre de son dictionnaire, les 42 000 caractères du lexique de Khang-hi; il se contentCi dans les deux premiers radicaux, de resserrer la masse des explications données par Morrison, et il en ajoute de nouvelles à mesure que l'ouvrage de celui-ci se rétrécit. On peut espérer que nous aurons ainsi bientôt un manuel, non pas complet, mais commode, et suffisant pour l'usage ordinaire.

1. Chineu and Engl'uh dielionary, containing an the words in the impérial diclionary, arranged according to the radicaU, by W. Medhurst. Vol.!; BaUvia, 1842, in-S*.

H. Medhurst promet de publier, immédiatement après, un Dictionnaire anglais-chinois, aussi en deux volumes et imprimé de la même manière.

Les dialectes chinois ont été l'objet de quelques publications curieuses. M. Wells Williams a fait paraître, à Macao, des exercices gradués pour faciliter Tétude du chinois et particulièrement du dialecte de Canton ^ M. Dean a imprimé, à Bankok, des leçons en dialecte Ti-tcheou, disposés dans un ordre méthodique et traduites en anglais ' ; enfin, le collège anglochinois de Malacca a publié, sous le titre de LexiloguSy un livre élémentaire dans les dialectes de Canton et du Fo-kien', et en anglais; il est destiné aux élèves du collège. Ces écoles, que les Anglais ont fondées tout autour de la Chine, sur les points où le nombre de la population chinoise le permet, comme à Pinang, à Malacca, à Batavia, à Macao et à Hongkong, sont dignes du plus grand intérêt. On y enseigne aux jeunes Chinois, en même temps, les lettres chinoises selon la méthode de leur pays, et les lettres anglaises selon les méthodes européennes; Ton forme de cette manière une classe d'hommes qui sont naturellement destinés à servir d'intermédiaires entre les deux civilisations. Un élève du collège de Ma- ' lacca, nommé Tkin-shen, vient de donner une preuve assez piquante du degré d'instruction qu'il y a reçu, en traduisant en anglais un roman chinois qui porte le titrS de Pérégrinations de l'empereur Ching-te ^ Ce livre appartient à un genre littéraire qu'on ne sait trop comment qualifier; ce n'est pas

1 . Easy tessons in Chinese, especially adapted io tfie Canton dialecte by s. WeUs Williams. Macao, 1812, in-8" (i87 pages).

2. First lessons in tht Tiechew dialecte by W. Dean. Bankok, 1841, in-S» (43 pages).

3. A lexilogus of the English^ Malay and Chinese languages^ comprehending the vemacular idioms of the last in the llok-keen and Canton dialectSy Malacca, 1841, in-8- (110 pages).

4. The Rambles of the enijïeror Ching-tih in Keang-nan, translated by Tkin-shen, student of the anglo-chinese collège, Malacca, with a préface by J. Leggc d. d. président of the collège, t vol. London, 1843, in-S» (3i0 cl 322 pages).

de l'histoire, car les incidents racontés sont en grande partie d'ioTenlion ; ce n'est pas du roman, car le fond et le cadre du récit sont historiques; c*est de Thistoire romanesque. L'auteur des Pérégrinations de Ching-te a pris pour sujet les troubles que les intrigues des eunuques provoquèrent pendant la jeunesse de cet empereur; et son but réel parait avoir été de célébrer la puissance et les vertus des magiciens de la secte desTao-sse, auxquels les basses classes croient encore aujourd'hui en Chine. L'ouvrage contient, comme tous ceux de ce genre, quelques .traits de mœurs que Ton est heureux de rencontrer quand on veut se rendre compte de l'état moral de Fempire chinois, et qui échappent à l'auteur presque à son insu ; mais je crois qu'on aurait pu mieux choisir parmi le grand nombre de livres analogues. Il n'y a pas beaucoup de fioesse dans la peinture des caractères; le tissu de la fable est assez grossier, et les miracles que font les magiciens, tant bons que mauvais, ne paraissent racontés que pour des enfants, de sorte qu'il ne serait pas juste de juger les romans historiques des Chinois d'après ce spécimen. Nous aurons bientôt les moyens de nous en faire une meilleure idée, par la traduction du plus ancien et du plus célèbre ouvrage de ce genre, THistoire des trois royaumes, qui a pour sujet les déchirements de l'empire chinois, depuis la révolte des bonnets jaunes, l'an 170 de notre ère, jusqu'à l'avènement de la dynastie des Tsin en 264. Cette histoire avait été écrite par Tchin-tcheou, sous les Tsin mêmes, dans le style sévère des annales impériales. Mais lorsque, au xiii'' siècle, la littérature populaire commença à se former, un grand écrivain, Lokouang-tchong, s'empara de ce sujet, le développa, y ajouta des épisodes et en fit un tableau si varié et si vivant qu'aujourd'hui encore toute la Chine le lit avec des transports d'admiration. On le regarde comme un modèle de style; on en apprend des parties par cœur, et c'est un des ouvrages que les conteurs récitent au peuple sur les places publiques, comme les rawis arabes récitent, au Caire, et sous la tente des Bédouins, les aventures d'Antar. On ne possédait jusqu'à présent

que des fragments de ce livre; M. Davis ea a publié, à Hacao^ quelques chapitres traduits en anglais, et H. Julien en a inséré un long épisode très-dramatique dans l'appendice de rOrphelin de la Chine. Aujourd'hui H. Pavie, à qui nous devons déjà une collection de contes chinois très-gracieux, a entrepris la traduction complète de l'Histoire des trois royaumes, et Ton pourra juger enfin de cette partie considérable de la littérature chinoise, par ce qui est regardé dans le pay$ même comme le chef-d'œuvre du roman historique.

A ces détails sebornent, messieurs, les renseignements que j'ai pu recueillir sur les progrès des lettres orientales depuis votre dernière séance ; et ce tableau est malheureusement bien incomplet. L'organisation de cette littérature est encore si im* parfaite, qu'un grand nombre d'ouvrages publiés en Orient ne nous arrivent que tard, s'ils nous arrivent jamais ; de même que ceux qu'on imprime en Europe ne sont connus en Orient que par accident. Il parait, par exemple, qu'on a publié récemment à Calcutta un dictionnaire anglais-birman, par M. Lane; qu'on a imprimé à Hougli une édition arabe du Motenabbi et une seconde édition du Nafhet al Jemen, par le scheikh Ahmed de Schiraz; que le père Gonçalvez a publié à Macao, peu de temps avant sa mort, un grand dictionnaire latin-chinois * ; qu'il a paru dans l'Inde, je ne sais où, un Mesnewi, en hindi. Mais nous ne connaissons rien de ces productions, et probablement d'un bien plus grand nombre d'autres dont les titres même ne seront pas parvenus en Europe. Cet état des choses est à déplorer; car ce qui a été fait jusqu'à présent en littérature orientale n'est qu'un commencement et

une faible partie de ce qui reste à accomplir.

Cette littérature n'intéressait autrefois l'Europe que par le

1. J'ai reçu pendant l'impression du rapport le titre de cet ouvrage; le voici : Lexicon magnum latino-sinicumf auctore Gonçalvez ; Macao, ISIlt in-fol. C'est une édition plus ample du Lexicon monnaie latino-^inicum^ auct. Gonçalvez; Macao, 1839, t. I. J'ignore si la suite de ce livre a paru.

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côté seol qui servait à l'interprétation de la Bible; plus tard le champ s'est agrandi; Ton a senti que toutes les sciences historiques y avaient un intérêt égal; et, de nos jours, où la politique a mis les nations de l'Europe dans un contact si intime avec l'Asie entière, l'importance de ces études s'est accrue encore ; car il faut, avant tout, connaître la langue, les lois, l'histoire, l'organisation et les croyances des peuples, pour exercer sur eux une influence salutaire aux deux parties, tandis que l'ignorance de tout cela ne peut produire qu'une répulsion et un état d'hostilité perpétuels. L'Europe a mis deux siècles à publier les ouvrages des Grecs et des Latins, et pourtant elle avait à sa disposition des corporations savantes, et était secondée, en outre, par l'intérêt que chaque individu prenait à des littératures sur lesquelles reposait alors toute l'éducation. Nous, au contraire, nous avons à faire connaître les productions littéraires de quatre grandes nations et d'un nombre considérable de peuples qui se groupent autour d'elles, et cela avec des secours infiniment moindres et en face d'un public dispersé, séparé par des dislances qui rendent impossible toute relation entre les individus. Ce public néanmoins suffirait à l'exécution d'entreprises infiniment plus considérables que celles qui sont praticables aujourd'hui, si les communications étaient plus faciles, et il est au pouvoir des sociétés asiatiques de les rendre telles. Yotre Conseil a fait quelques pas dans cette direction, sans se laisser décourager par les difficultés qu'il a rencontrées, et il fera de nouveaux efforts pour les aplanir; car il est convaincu que, dans l'état actuel des choses, le plus grand service qu'il puisse rendre est de se faire l'intermédiare entre les savants du continent et les hommes de lettres de toutes les parties de> l'Asie.

lY

Messieurs,

L'année qui vient de s'écouler a été heureuse pour la Société asiatique, car elle a été marquée par ce progrès lent, mais constant, auquel peut s'attendre et que doit désirer une institution dont Tobjet est de favoriser des études sérieuses. Comme tout y est volontaire et qu'aucun intérêt étranger à la science ne s'y rattache, l'adhésion de nouveaux membres, l'importance croissante de leurs travaux et l'extension de nos relations sont autant de preuves que la Société atteint son but et que son existence se fortifie.

Vous avez commencé l'année dernière une nouvelle série du Journal, dans laquelle tous ceux qui s'occupent des langues et de Thistoire de TOrienl auront trouvé des matériaux importants et des recherches neuves sur presque toutes les parties de l'Asie ; tels sont les mémoires de M. Biot sur les mœurs des anciens Chinois et sur le cours du fleuve Jaune, l'autobio- ^phie d'Ibn-Khaldoun, traduite par H. de Slane ; les études de M. de Saulcy sur les inscriptions puniques ; l'histoire des Ghourides tirée de Mirkhond par M. Defrémery; la biographie

deSadiet le nouveau chapitre duKoran publiés par M. Garcin de Tassy ; les recherches de M. Worms sur la propriété territoriale chez les peuples musulmans ; celles de M. Caussin de ., Perceval sur le calendrier des Arabes; les détails donnés par . MM. A. Perron, Dantan et Bianchi sur les ouvrages imprimés au Caire, et d'autres travaux que je ne puis énumérer complètement. Mais ce qui prouve mieux encore l'utilité réelle de ce centre d'études orientales, c*est l'influence qu'exerce sur le zèle des Français établis en Orient la certitude que leurs découvertes obtiendront par vous une publicité prompte et bienveillante. Je ne parlerai pas ici des magnifiques résultats que M. Botta a obtenus, et sur lesquels je dois revenir plus tard ; mais je saisis cette occasion pour vous donner quelques détails sur un autre exemple du zèle que provoque l'existence de votre Société.

Au commencement de l'année dernière arriva chez M. Fres-

nel, agent consulaire à Djiddah, M. Arnaud, pharmacien français, qui avait longtemps résidé dans le Yémen. Il apportait des notes sur la géographie de ce pays ; mais M. Fresnel lui dit que ce que vous désiriez avant tout c'était un corps d'inscriptions himyarites. L'enthousiame de M. Fresnel gagna M. Arnaud, qui déclara que nul autre que lui ne pouvait pénétrer dans l'intérieur du Yémen et que nous aurions les inscriptions qui s'y trouvent. Il repartit, arriva à Sanna, et put, grâce à l'amitié qu'avaient pour lui les chefs du pays, se rendre à Mareb, l'ancienne capitale du midi de l'Arabie, célèbre par la rupture de sa digue. Il y retrouva le reste de cette digue et les ruines de quelques grands monuments auxquels les Arabes donnent les noms du Harem et des Colonnes de Balkis, reine de Saba, et il y copia soixante inscriptions himyarites, c'est-à-dire six fois autant qu'on en possédait jusqu'à présent. Mais un affreux malheur le frappa au milieu de ses travaux; il était obligé de coucher parmi les ruines et sans abri, et un matin il se réveilla aveugle. Il se fit conduire à Aden et de là à Djiddah chez M. Fresnel. J'ai le bonheur de

pouvoir annoncer que, d'après des lettres reçues il y a seulement deux jours, sa vue commençait à se rétablir, et qu'il était prêt à continuer son voyage si le gouvernement français voulait l'y aider. Les inscriptions qu'il a copiées sont arrivées a Paris, et votre conseil s'occupe de la gravure d'un caractère himyarite, qui nous mettra en état de les publier dans un des prochains numéros de votre Journal.

Je pourrais citer d'autres preuves de l'ardeur provoquée par le désir de partager vos travaux, si je ne craignais pas d'abuser de vos moments; mais vous pouvez être assurés que votre exemple exerce une inOuence légitime et que, dans toutes les parties de l'Orient, des hommes dont vous ne connaissez pas encore les noms travaillent à mériter votre suffrage.

L'année dont je retrace les événements ne laisserait aucun regret à la Société, si elle n'avait amené de grandes pertes par la mort de MM. Wejers et Élout, membres étrangers, et de HH. Feuillet et Burnouf, membres du Conseil. M. Wejers, conservateur de la bibliothèque de Leyde, appartenait à cette belle école hollandaise qui a, de tout temps, appliqué les méthodes de rémdiUon classique à la littérature orientale. II a été enlevé au milieu de travaux nombreux, dont la plupart sont restés incomplets, et sa mort laissera des regrets universels, à cause de la complaisance inépuisable avec laquelle il mettait à la disposition des savants les trésors de la bibliothèque qu'il dhîgeaiL M. Élout avait passé sa vie dans l'administration de l'Inde hollandaise, où il parvint aux plus hautes charges. Sa grammaire et son dictionnaire malais resteront comme des témoignages honorables de son zèle et de Tintelligence avec laquelle il savait allier les travaux du gouvernement avec ceux de la science. M. Feuillet, conservateur de la bibliothèque de l'Institut, était un de ces esprits cultivés qui suivent avec curiosité toutes les routes que s'ouvre la science, et, lorsque M. Rémusat fit revivre en France l'étude du chinois, M. Feuillet fut un de ses premiers auditeurs, il n'a jamais rien publié sur la littéra-

120 VINGT-SE1>T ANS D*HiST01R£ DES ÉTUDES ORIENTALES.

ture chinoise, car, avec cette modestie que l'on admiraii en lui, il aimait mieux encourager les autres et jouir de leurs travaux, que de se mettre lui-même en évidence. Il a appartenu à la Société et à son Conseil depuis la fondation, et est resté jusqu'à sa mort membre de votre commission des fonds, qui a les plus grandes obligations à Tesprit d'ordre et à l'exactitude qu'il mettait dans l'accomplissement de tous les devoirs dont il se chargeait. M. Burnouf était aussi un des fondateurs de la Société, aux progrès de laquelle il n'a pas cessé de prendre le plus vif intérêt. La connaissance profonde qu'il avait acquise des langues classiques l'avait conduit à remonter au sanscrit, afin de pouvoir suivre tout le cours du développement de cette famille de langues, et il nous a donné une preuve des progrès qu'il avait faits dans cette étude par la traduction latine du Yadjna-datta, insérée dans l'édition de ce poème que M. Chézy a publiée aux frais de la Société asiatique. Après le décès de M. Feuillet, il consentit à lui succéder comme membre de la commission des fonds ; mais une mort presque subite nous priva de son secours peu de temps après.

La Société a encore fait une perte très-sensible par la mort de M. Cassin, son agent et le fondateur de l'établissement où nous sommes réunis en ce moment. Vous avez tous connu et apprécié ses manières douces et conciliantes, et vous per> mettrez à celui de vos membres qui, par la nature de ses fonctions, avait avec lui les rapports les plus constants, de rendre ici témoignage de sa loyauté et de son zèle pour les intérêts de la Société.

Vos rapports avec les autres Sociétés asiatiques ont été suivis et parfaitement amicaux. Vous avez prié Tannée dernière M. Piddington, secrétaire adjoint de la société de Calcutta, et H. Ram-Comal Sen, de se charger de vos intérêts littéraires dans rinde. Ces deux savants ont bien voulu se prêter à votre demande et s'occuper de tout ce qui pouvait vous être utile, avec une promptitude et un soin pour lesquels la Société

les prie d'agi'éer toute sa reconnaissance. La Société de Calcutta continue à publier son journal ' et à y insérer les travaux scientifiques des employés civils et militaires de la Compagnie. Oq peut y remarquer depuis quelques années une tendance générale vers les sciences exactes ; cependant, de nombreux rapports sur l'histoire et la statistique de pays et de districts à peu près inconnus ne Fen rendent pas moins un recueil précieux pour toutes les personnes qui s'occupent de TOrient, et il ne devrait manquer dans aucune bibliothèque publique de TEurope. Il parait que la Société de Madras a suspendu la publication de son journal ; mais la Société de Bombay conlioue le sien ', dont nous avons reçu le m* cahier. Mous savons aussi que la Société de géographie de Bombay a réimprimé en Tolumes les curieux mémoires qu'elle avait publiés séparément, et qu'elle continue avec le plus grand succès à exploiter Texcellente position dans laquelle elle est placée pour faire connaître toutes les parties sud-ouest de l'Asie. La Société asiatique de Londres a fait paraître le numéro XIV de son journal ^, et le Comité des traductions, ainsi que la Société pour la publication des textes orientaux, qui se rattachent à elle, a livré au public des travaux importants dont il sera question plus tard. Il ne parait pas que la Société des sciences de Batavia, ni la Société égyptienne du Caire aient rien publié pendant l'année dernière ; mais le Journal asiatique allemand ^ a continué de paraître sous l'excellente direction de M. Lassen et de servir de point de ralliement aux orientalistes allemands, qui de plus ont formé une association dont la première réunion annuelle doit avoir lieu à Dresde au mois d'octobre prochain.

1. Journal of the A$iatie Society of Bengal. CalcuUa. In-8«. (Le dernier cahier que la Société ait reçu est le numéro 141 de la coUectioD ou 57 de la nouveUe série.) ' 2. Journal of the Atiatic Society of Bombay. Bombay, in-8*.

3. Journal of the royal Atiatic Society of Great Britam and Ireland, n* U. London, 1843. In-8^.

4. ZdtKhrift fur die Kunde dtt Morgenlandes; t. Y, n« l.Bonn, 1843.

Enfin, rAmérique du nord commenf e à entrer dans le mouvement des lettres asiatiques, et il s'est formé à Boston une Société orientale, qui publie un journal ^ dont nous avons reçu le premier numéro. L'étude des langues de l'Orient a en Amérique deux mobiles distincts : la théologie et le commerce. C'est, après l'Allemagne, le pays où l'étude de l'ancien Testament et de tout ce qui s'y rattache est le plus populaire, et l'influence de l'éducation savante qu'y reçoivent les élèves des écoles théologiques se montre dans les missions américaines, qui ne le cèdent à aucune autre pour la connaissance des langues, de l'histoire et des croyances des peuples qu'elles travaillent à convertir, et qui ont fourni des hommes comme M. Bridgman à Canton, M. Stevenson à Bombay, H. Perkins à Ouroumia, et M. Grant à Mossoul.

Je dois maintenant. Messieurs, essayer de vous donner la liste des ouvrages qui ont paru depuis notre dernière séance annuelle, et j'invoque d'avance votre indulgence pour la manière incomplète dont je remplirai ce cadre; mais vous savez combien il est difBcileode se procurer tout ce qui s'imprime dans des pays aussi différents et sur des littératures aussi diverses.

C'est la littérature arabe qui a fourni, comme à l'ordinaire, le contingent le plus considérable, et il en sera probablement de même encore pendant longtemps; non pas que sa valeur intrinsèque soit réellement plus grande que celle de quelques autres branches de la littérature orientale, mais parce que les nations sémitiques nous touchent par plus de points et par tous les éléments de notre civilisation ; elles nous intéressent par les lumières que leurs langues et leurs mœurs jettent sur la Bible, par le contact qu'elles ont eu avec les Grecs et l'Europe du moyen âge ; et aujourd'hui, parce que la décomposition des empires musulmans livre journellement aux in-

1. Journal of tke American oriental Society; n? i. Boston, 1843. In-8».

fluencesy et bientôt à la domination de FEuropc, les pays habités par la race arabe ou assujettis à la religion mahométane. Les études arabes, dans les écoles européennes, se sont tour à tour ressenties de ces intérêts divers. Au moyen âge, on re<cherchait avant tout les ouvrages des Arabes sur les sciences, pour y retrouver rhéritage des Grecs; plus tard, on s'occupa de leur langue et de leur poésie, pour s'en aider dans Tinterprétation de TEcriture sainte; à présent, on veut avant tout connaître leur histoire et leurs institutions, parce que les progrès des études historiques et l'état de la politique exigent également ces connaissances. Aussi voyons-nous que c'est principalement sur des ouvrages historiques que s'exerce chaque année le zèle des savants.

L'histoire des Arabes avant Mahomet a donné lieu à la publication d'un petit traité de M. Erdmann, à Kasan, sur la mort d'Abrahah ^ On sait que ce général éthiopien périt, l'année même de la naissance de Mahomet, devant la Mecque, avec toute son armée. Cet événement a fait époque dans l'histoire des Arabes, et a eu réellement une grande importance, parce que, si les Éthiopiens s'étaient rendus maîtres de la Mecque , l'islamisme aurait probablement été étoufTé dès sa naissance. M. Erdmann appuie, par de nouvelles raisons, l'opinion très-vraisemblable que cette catastrophe, qui est incompréhensible dans ja tradition arabe, fut causée par une épidémie.

Une nouvelle histoire de Mahomet lui-même était depuis longtemps un véritable besoin. On ne possédait sur lui qu'une seule biographie détaillée et puisée directement aux sources, celle de Gagnier, ouvrage excellent pour son temps, mais qui ne suffisait plus aux exigences de la critique moderne. MM. de Sacy, Fresnel, Reinaud, Perron, Caussin de Perceval, Noël

i. Muhammeff* Geburt und Âbrahah*$ UnUrgang^ von D' Franz von ErdmaoD. Kasan, 1843. In-3«. (i8 p.)

\U VINGT-SEI^ AîïS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

DesvergerSy.Hammer, Ewald et autres ont touché, dans leurs travaux, à des points nombreux, soit de la vie de Mahomet, soit de l'histoire de l'Arabie immédiatement avant son temps, et ont fait sentir qu'il restait assez de matériaux pour présenter un tableau vivantr et presque complet du prophète et de son époque. M. Weil, bibliothécaire à Heidelberg, qu'un long séjour au Caire avait préparé à cette tâche, a entrepris de remplir cette lacune, et vient de publier sous ce titre : Le prophète Mahomet, sa vie et sa doctrine \ un ouvrage entièrement puisé aux sources. Il a suivi surtout la célèbre biographie de Mahomet par Ibn-Hischam, et deux compilations volumineuses tirées littéralement d'une foule d'auteurs anciens, et publiées, dans le xvi*' siècle, par Ali Halibi et Hosein Diarbekri. Son ouvrage est bien ordonné, écrit avec clarté et concision : c'est le fruit d'études considérables, et il jette de nouvelles lumières sur la vie d'un homme qui a changé les destinées d'une grande partie de l'humanité. Il est à espérer qu'un succès bien mérité fournira à l'auteur l'occasion de compléter son travail dans une nouvelle édition, en donnant plus de détails sur l'état moral et politique de l'Arabie au temps de Mahomet, en incorporant dans le texte de l'ouvrage les additions qu'il a été obligé de rejeter à la fin du volume, et peut-être en supprimant la partie polémique de ses notes. M. Weil annonce la publication prochaine d'un ouvrage très-détaillé sur la critique du Koran, et nous promet une histoire générale du Khalifat, entreprise immense et telle qu'on pouvait à peine espérer de la voir tenter de nos jours.

M. de Gayangos a publié le second et dernier volume de son Histoire des Arabes en Espagne, d'après Al-Hakkari '. On sait que M. de Gayangos ne donne pas une traduction complète de

1. Mohammed der Prophète sein Leben und seine Lehre, von Dr. Gustav Weii. Stuttgart, 1843. In-8». (450 p.)

2. The Hislory ofthe Mohammedan dynasties in Spain by Ahmed /6n- Mohammed al-Makkari^ translated by Pascual de Gayangos; t. II. London, 1843. In-4^ (544 et CLXXii p.)

ANNÉE i843-18U. 135

son auteur. II a rejeté certains chapitres qu*on peut considérer comme des hors-d'œuvre, ainsi que la vie du visir Mohammed ibn-al-Khaliby au sujet duquel Hakkari entre dans des détails qui sont hors de toute proportion avec l'importance qu'elle a pour le lecteur européen. Le traducteur s'est servi de la place que ces suppressions ont laissée à sa disposition, pour ajouter à Touvrage original des extraits considérables tirés d'autres auteurs arabes-espagnols, et pour remplir, de cette manière, les lacunes que laissait le récit de Hakkari. On aurait pu désirer que M. de Gayangos indiquât exactement les changements, omissions et transpositions qu'il a trouvé utilq de faire, aûn que le lecteur pût recourir, au besoin, au texte original, pour des vérifications qui peut-être ne sor^t pas toujours inutiles. Hais on ne peut méconnaître qu'il n'ait considérablement ajouté à nos matériaux sur l'histoire des Arabes d'Espagne ; et la libéralité du Comité des traductions de' Londres, à laquelle on doit la publication de cet ouvrage, mérite la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de TEspagne et à celle des Arabes.

H. Quatremère a publié aux frais du Comité des traductions de Londres la première partie du second volume de sa traduction de l'Histoire des Uamlouks de Hakrizi^ auteur du XIV* siècle de notre ère, célèbre par d'immenses compilations sur toutes les parties de l'histoire de l'Egypte sous la domination musulmane. Plusieurs petits traités du même auteur avaient été publiés par HM. deSacy, ^Rink et Tychsen, mais c'est la première fois qu'un des grands ouvrages de Makrizi devient accessible aux lecteurs européens; car on n'eu con- Daissait jusqu'à présent que des fragments cités par M. Reinaud et quelques autres savants. Makrizi est un auteur excellent, dont les écrits sont remplis de faits racontés simplement et puisés aux meilleurs sources, et la publication de sonHis-

1. Hitloiredeê Sultam mamloukide VÉgypie, écrite en arabe par Taki' tddin Ahmed Makrui, tradnite en français par M. Quatremère ; t. 1. Paris, 1837. ln-4^ (XIX. 2S3 et 278 n.) — T 11, partie I». 1843, (288 p.)-

toire de la dynastie des Mamlouks ne peut qu'augmenter le désir des savants de voir paraître toute la série de ses ouvrages historiques. H. Quatremère lui-même promet d'y concourir, en annonçant que, dorénavant, il publiera alternativement un volume de THistoire des Mamlouks et un de la Description de rÉgypte par le môme auteur. Rien ne peut contribuer davan-' tage à nous faire connaître à fond et en détail Tétat de l'Egypte pendant un temps où cette grande province a joué un rôle si important et qui fait si essentiellement partie d'un .tableau complet de l'histoire politique, religieuse et morale des Arabes. M. Quatremère a accompagné ce nouveau volume de notes savantes et de pièces diplomatiques commentées avec le plus grand soin.

M. de Slane a fait paraître, aussi aux frais du Comité des traductions de Londres, le second volume de sa traduction du Dictionnaire biographique d'Ibn-Khallikan ^ Il y suit le même système de traduction rigoureuse que dans le premier volume, et ajoute à chaque vie une série de notes qui forment un excellent commentaire. L'ouvrage d*Ibn-Khallikan est trop connu pour avoir besoiu d'être apprécié de nouveau. C'est un livre qui doit être entre les mains de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire et à la littérature des Arabes. Le second volume atteint presque la moitié de l'ouvrage, et le troisième est sous presse; de sorte qu'on peut espérer devoir achever dans deux ou trois ans cette entreprise, une des plus considérables qui aient été faites pour l'avancement des lettres arabes.

M. Schier, àLeipsick, continue la publication de son édition lithographiée de la Géographie d'Aboulféda ' ,dont il a fait paraître la seconde livrsison. Me serait-il permis d'exprimer le

1. Ilm-KhalUkan*8 biographical Dietionary, traaslated rom tha arable by baron Mac Guckin of Slane; t. II. Paris et Londres, 1843. In-4^. (svi et 697 p.)

2. La Géographie d'ismaël Abotdfeda^ publiée en arabe par Cb. Scbier; Uvr. II. Leipzig, 1843. In-fol.

AKNÉE 1^43-1844. 127

regret que H. Schier, pour nous faire profiter de son savoir et de son talent calligrapliique, n'ait pas choisi un ouvrage inédit, comme^ par exemple, l'Akhlaki Nasiri, dont il avait annoncé une édition et publié un spécimen très-satisfaisant '? La lithographie offre, malgré des inconvénients évidents, un avantage certain dans les nombreux cas où un livre, très-précieux pour un petit nombre de personnes, n'est pas de nature à exiger un tirage considérable. M.Wetzstein,àLeip8ick, nous en donne un exemple très-bien choisi, dans son édition lithographiée du Dictionnaire arabe-persan de Zamakschari ', dont il a bien voulu envoyer à la Société la première livraison. Ce lexique est arrangé d'après l'ordre des matières ; ce qui est peu commode pour l'usage ordinaire, mais d*un grand prix pour les recherches synonymiques, qui sont la partie la plus (iélicate et la plus difficile de la lexicographie.

H. Tornberg, à Upsal, a fait paraître la seconde et dernière partie du texte de THistoire de Fez, composée par Ibn-Abi Zeré de Maroc et connue sous le nom de Kartas '. L'auteur traite de l'histoire de Fez depuis la conquête du Maghreb par les Arabes, et la conduit jusqu'à son temps, c'est-à-dire jusqu'au commencement du xvi' siècle. C'est un ouvrage original, composé d'après les traditions du pays, et qui restera toujours une des sources principales de cette partie de l'histoire des Arabes, mais dont on ne peut se servir qu'avec beaucoup de précautions et en contrôlant les récits de l'auteur par tous les moyens que peut indiquer la critique. Il a attiré de bonne heure l'attention des savants. Pétis de la Croix en a laissé une traduction française encore inédite, Cardonne en a fait grand usage, Dombay l'a traduit en allemand et le père Houra en

1. Spedmen editionU libri Naiireddini Tu$entU qui irucribUur de Moribiu ad Noêirunif descriptum a Garolo Schier. Dresden. 1841. In-4*'(8p.).

2. Samachscharii Lexicon arabicum perncum; odidit atque indices arabiciim et penicum adjecit J. G. Wetuiein ; pari. 1. UpsitB, 1844. In-4*. '85 p.)

3. Annak» regum Mtuirilaniœ, ad libr. manuacr. ûdem edidii Carolus J. Tornberg; t. I. Upsal», 1843. In-4*. (281 p.) j

portugais ; mais le texte était resté inédit jusqu'à présent. M. Tornberg promet de compléter son édition par une traduction latine et un commentaire.

La théologie des Arabes a été Tobjet de quelques travaux. M. Lane a publié un Coran abrégé et classé d'après les sujets ^ Tout le monde sait combien ce livre est mal ordonné, et M. Lane, pour en faciliter la lecture, en a rangé les passages principaux dans un ordre systématique. Il a pris pour base la traduction de Sale, mais sans s'y astreindre, et en faisant un assez grand nombre de changements dans lesquels il a suivi les commentaires des deux Djelal. Le but de ce travail est de rendre la connaissance du Coran plus accessible à la grande masse des lecteurs ; il ne sera pas pourtant sans utilité pour les savants, auxquels l'opinion de H.Lane sur les traditions des Arabes ne peut jamais être indifférente. M. Cureton, désirant publier un spécimen des nouveaux caractères arabes que le Comité des textes orientaux a fait graver, s'est servi de cette occasion pour faire imprimer deux petits traités sur la foi musulmane ' qui paraissent jouir d'une réputation considérable parmi les sunnites. Une raison semblable Ta amené à publier le commentaire arabe du Rabbi Tanchum sur les Lamentations ^ L'ouvrage de Tanchum embrasse toute la Bible, et avait attiré, dès le temps de Pococke, l'attention des théologiens. Schnurrer en a publié quelques fragments; Gesenius s'en est servi dans ses travaux; M. Munk * a fait imprimer le commentaire sur Habakuk, avec une traduction, et récemment

1. Sélections from the Kuran, with an interwoven commentary» translated and methodically arranged byE. W. Lane. London, 18i3.In-8». (317 p.)

2. Pillar of the Creed of the Sunnites by Hafidh-uldin Abuîbarakat Ahmad Alnasafi, to whlch is subjoined a shorter treatise bij Naâjmuîdin Abu Hafs Umar Alnasafi; edited by tho Re?. W. Curcton. London, 1843. In-8'. (XIV, 29 et 8 p.)

3. Tanchumi Hierosolymitani Commentarius arabicus in Lamentationest edidit G. Curelon. Londini, 18^3. In-8». (iS p.)

4. Dans le tome XII de la traduction de la Bible par M. Cahen. Paris, t8i3. In-8o.

ANNÉE iai3-18U. 129

M. Haarbrûcker ' a donné un spécimen du commentaire surles Prophètes. M. Cureton lui-même annonce Tîntention de faire paraître prochainement le Commentaire sur les petits Prophètes.

L'Académie desinscriptions, qui avait proposé, en 1832, pour sujet de prix, la comparaison de la poésie des Arabes avec celle (les Hébreux, a couronné un mémoire de M. Wenrich, de Vienne. L'auteur vient de faire paraître ce travail ', dan& lequel il traite de Torigine de ces deux poésies, des genres qu'elles ont embrassés, de leur style et de leur forme. H. Wûs- {enfeld, à Gœttingue, a fait paraître, aux frais de la Société des textes orientaux de Londres, la continuation de son édition ^u Dictionnaire biographique de Nawawi '. M. Charles Rieu, à Genève, a publié un mémoire sur la vie et les œuvres d'AbouI Aia% poète du iv* siècle dé Thégire. Aboul Ala mérite une place dans Thisloire des lettres arabes, moins par son mérite individuel que comme exemple de la classe des lettrés de son temps. Il était aveugle, avait du talent plutôt que du génie, et était homme de lettres avant tout. Il cherchait fortune à la cour par des poésies élégantes, mais trop prétentieuses pour être passionnées, et tentait, comme cela a lieu au commencement de la décadence d'une littérature, d'introduire quelques changements dans les formes accoutumées de la poésie ancienne des Arabes, dans le vain espoir de la rajeunir. M. Rieu discute habilement la nature de son talent, et, par des spécimens bien choisis, donne au lecteur les moyens déjuger par lui-même.

1- R. TanehumiHierosolymiiani in Prophetoi Commentarii arabicispeci'* menprimum edidil Dr. Tli. Haarbrûcker. Ualis, 18>i3. In-8".

-. Johan. G. Wenridi de poëseos hebraicœ atque arabicœ originey indole^ contensu atque ducriminediuertatio. Lipsiœ, 1843. In-8". (276 p.)

3 The bwgraphical Dictionanj by Abu Zakariya lahyael-Nawawi; no\« first cdited by prof. Wustenfeld ; part. III-V. Gottingen, 1843. In-S". (Fornio Jusqu'à présent 480 p.)

i- (kroli Hieu de Abul AUe, poetae arabici vita et carminibus commen» Utio. Bon», 1843. rn-8*. (128 p.)

M. Beresford, à Londres, a tiré du Hidayet al-Nahwi *, ouvrage sur la syntaxe arabe, les règles qui manquaient dans les traités publiés antérieurement sur le même sujet par MM. Baillie et Lockett. H. Caspari, à Leipsick, a commencé la publication d'une Grammaire arabe ' à l'usage des écoles, qui sera accompagnée d'un choix de morceaux destinés à dispenser les élèves des chrestomathies arabes déjà anciennes, qui sont encore en usage dans les écoles en Allemagne et auxquelles il est nécessaire de substituer un ouvrage plus correct. H. Nesselmann, à Kœnigsberg, a publié le texte et la traduction allemande d'un Abrégé d'Arithmétique, par Beha-eddin Mohammed ben al-HoseIn d'AmoP. Cet auteur a vécu vers la (inda XVI* siècle de notre ère, et est par conséquent très-propre à indiquer le point extrême des progrès que l'algèbre a faits chez les Arabes. Son ouvrage avait déjà paru à Calcutta, accompagné d'une paraphrase persane; mais cette édition, rare et incorrecte, ne pouvait dispenser d'une édition nouvelle, et surtout d'une traduction et d'un commentaire propres à rendre ce traité accessible aux savants qui s'occupent de l'histoire des

mathématiques. '

M. Roeper a fait imprimer le commencement d'une série Atl Mémoires * dans lesquels il se propose de mettre en lumiAi les points de l'histoire littéraire des Grecs que les ouvrag< d'Aboulfaradj peuvent servir à éclaircir. On pouvait espérei qu'un homme comme Abouli'aradj, élevé dans les écoles chrr tiennes et vivant dans un temps où beaucoup d'ouvrages gre< aujourd'hui perdus existaient encore, fournirait une gran(

1. Arabie Syntax^ chiefly seUctedfrom iheHidayui oon NuhvU a trcali on syntax in the original arabic, by H. B* Beresford. London» lSi3. G in-8«. (73 p.)

2. Grammatica arabica in utum icholarum academicaruruy 8<*ri G. P. Gaspari ; pars prier. Lipsiœ, ISii. ln-8<>. (liO ci xxtv p.)

3. Beha-eddin' s Essem der Rechenkunst arabi$ch und deutsch^ von Nesselmann. Berlin, lSi3. ln-8^ (58 et 76 p.)

4. Lectiones AbiUpharagianœ ad Grœcorum litlerarum hisioriœ l nonnullos Ulustrandos, conscripsil Ttieophilus Roeper. Gedani, 1844. In (52 p.)

ANNÉE 18i3-184i. 13i

masse de renseignements sur la littérature classique ; mais la moisson en est beaucoup moins ample qu'on n'avait droit de le croire. Enfin, M. Valeton, à Leyde, a publié le Recueil de Thaiibi ' , contenant les apophthegmes des hommes remarquables des anciens temps chez les Arabes. Abou Mansour al Thaiibi de Nischapour appartient au iv* siècle de l'hégire, et son ouvrage est rempli de traits de cet esprit vif et frappant qui distingue la race arabe. Je ne puis rien dire de Fédition publiée par M. yaleton, dont je ne connais que le titre.

Autour de la langue arabe se groupent les autres dialectes sémitiques. Je ne parlerai pas de l'hébreu ni des travaux dont TAncien Testament est l'objet dans tous les pays chrétiens, parce que ce sujet rentre dans le domaine de la théologie, et qoe tout autre point de vue disparaît devant son importance religieuse. Je ne dois pourtant pas passer sous silence une entreprise immense que H. Pinner, à Berlin, vient de commencer : c'est l'édition complète du Talmud ', accompagnée d'un commentaire hébreu, d'une traduction allemande, de variantes et de notes critiques. Abstraction faite de la valeur que cette grande collection de traditions et de décisions des docteurs juifs doit toujours avoir pour leurs coreligionnaires, elle en a une fort considérable, sous le simple rapport de l'histoire, par les faits de toute espèce qu'elle contient, par la poésie des fables dont elle est remplie, par les idées profondes qu'elle mêle aux spéculations les plus puériles, par le frappant exemple qu'elle nous présente du sort d'une religion dans laquelle la subtilité des savants se substitue à la vie spirituelle; enfin, par le tableau qu'elle nous donne de l'état intellectuel d'an peuple des mieux doués, se débattant, pendant des siècles, contre l'oppression et contre la fausse route dans laquelle

t . Spécimen e Utteris orienialibus exhiltemt TaalibU mjntagma diclorum t^re^m et acuUtrum ex cod. man. bibl, LeidentiSt arabico editum, latine nMlditom cura Valeton. LiCydc, 1844. ln-4'>.

i. Talmud Bibii, Babylaniêcher Talmud mit deutscher UeberseUung von I>r. E. M. Pinner; 1. 1. Berlin, 1S42. (314 p.)

132 VINGT-SEPT A?IS D*HISTOiRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

étaient entrées ses écoles, qui abusaient de sa rare sagacité naturelle. On possède un grand nombre d'éditions des différents traités qui forment le Talmud, et quelques versions partielles; mais on manquait d'une édition complète accompagnée d*uue traduction. M. Pinner s'est préparé à son entreprise par six ans de recherches dans les grandes bibliothèques de l'Europe et de l'Orient, et est parvenu, après des fatigues et des sacrifices sans nombre, à nous donner le premier volume du TaU mud, qui sera suivi annuellement d'un nouveau. C'est pour M. Pinner une œuvre, non-seulement de savoir, mais de patriotisme; car il espère qu'en rendant accessible à tous le Talmud, il facilitera les réformes que réclame l'enseignement religieux des juifs, et surtout qu'il détruira les malheureux préjugés qui servent encore aujourd'hui de prétexte à des persécutions qui sont une des hontes de notre siècle. Puisse-t-il suffire à la tâche qu'il s'est proposée l

Les inscriptions himyarites, dont la découverte coïncide si heureusement avec celle du dialecte actuel du Hadramaut, que Ton doit à H. Fresnel, attirent de plus en plus l'attention des savants. H. Forster ' vient de publier une nouvelle interprétation de celles que MM. Wellsted et Cruttenden avaient rapportées, interprétation basée sur la traduction que Noweiri donne d'une inscription du Hadramaut, et que M. Forster croit pouvoir identifier avec celle que M. Cruttenden a copiée à Hisu Gourab. Il fait des changements notables dans l'alphabet que MM. Gesenius et Rœdiger avaient proposé, et il est porté à croire que l'inscription de Hisn Gourab est noa*seulement le plus ancien monument écrit qui existe, mais que l'alphabet himyarite a été en usage avant le déluge. L'étrangeté de cette opinion ne doit pourtant pas empêcher un sérieux examen de l'interprétation que M. Forster donne de ces inscriptions, et les découvertes de H. Arnaud vont fournir une base plus sûre

1. The historical Geography of Arabia, by llic Uev. Ch. Forster. Londres, 1844. 2 vol, ia-8* (LXXXiii, 3G7 cl 509 p. ).

ANN&e 1843-1844. 133

et plus large aux recherches des savants sur ces derniers restes de la civilisation du midi de l'Arabie.

La littérature syriaque s'est enrichie d'un ouvrage d'Eusèbe *, évêque de Césarée, dont l'original grec est perdu et dont la traduction syriaque a été retrouvée par M. Tattam dans le monastère copte de la Vierge, dans le désert de Nitria. H. Tattam avait visité ce monastère pour y chercher des manuscrits coptes, et il y trouva des manuscrits syriaques qui avaient déjà été vus par Assemanni. Il en rapporta quelquesuns, parmi lesquels M. Lee, à Cambridge, reconnut la traduc-* tion de la Théophanie d'Eusèbe. Il en publia le texte, il y a deux ans, aux frais du Comité des textes orientaux, et il nous en donne aujourd'hui la traduction, précédée d'une longue et savante introduction. L'intérêt de cet ouvrage est uniquement théologique, de même que celui de deux petites publications que H. Tullberg a données à Upsal, et dans lesquelles il fait connaître les passages les plus importants des commentaires syriaques d'Aboulfaradj sur les Psaumes * etsur Isale ^.

M. Bertheau, à Gœttingue, a publié la grammaire syriaque d'Abouiraradj*, accompagnée d'une traduction latine. Ce petit ouvrage a été écrit par l'auteur en vers mnémoniques, et l'on dit qu'il a été composé en quinze jours. Le but principal de M. Berlheau, en le publiant, paraît avoir été de donner une clef pour l'intelligence d'ouvrages plus anciens sur la grammaire syriaque, qui se trouvent encore inédits dans les bibliothèques. L'éditeur a accompagné son travail d'une traduc-

1. Etuebius bishop of Cesarea on the Theophania, Iranslated froni the syriacby Dr. Sam. Lee. Cambridge, 1843. In-S" (cLix et 344 p.).

S. Gregorii Bar Hebrœi in Ptalmos scholiorum gpeciment edidit 0. F. TuHbcriç. Upsalœ, 1842. ln-4» (27 p. ).

3. Gregorii Bar Hebrœi in lesaiam schoUaj cdidtt 0. F. Tulbcrg. Upsalœ, 1842. In-4* (58 p.).

4. Gregorii Bar Hebrœi qui et Abulfarag Grammatica linguœ tyriacœ in métro ephraemo, edidit Ë. BtTthcau. Gottingœ, 1843. In-8* ( xvi et 135 p.)*

tien latine et d'un commentaire. Enfin, H. Etheridge a publié à Londres, sous le titre de Horœ Aramaicœ^, un recueil destiné à faciliter l'étude de la langue syriaque, et composé d'une dissertation sur les différents dialectes araméens et les traductions de la Bible dans ces dialectes, d'une bibliographie et de la traduction littérale de l'évangile de saint Mathieu et de la lettre aux Hébreux d'après la Peschito.

Pendant que l'on explore ainsi les dialectes sémitiques, d'autres savants tâchent d'en agrandir le cercle et d*y rattacher des langues qui jusqu'à présent passaient pour étrangères à cette souche. M. Benfey ', professeur à Gœttingue, a publié un ouvrage remarquable sur les rapports du copte avec les langues sémitiques. On avait quelquefois soupçonné cette parenté, mais les comparaisons qu'on avait faites ne reposaient pas sur une analyse assez rigoureuse pour porter la conviction dans les esprits. H. Benfey, qui s'est déjà distingué dans d'autres parties de l'histoire comparée des langues, a appliqué à ce sujet toutes les ressources des méthodes de la philologie comparée, qui sont une des gloires littéraires de notre temps. M. Benfey ne traite dans ce premier volume que des formes grammaticales. Par une analyse très-subtile des procédés généraux de la formation des langues, et en s'aidant des traces que contient toute langue d'un état plus ancien que celui où elle a été fixée par l'écriture, il arrive à ce résultat, que le copte et les dialectes sémitiques devaient avoir eu une origine commune, mais s'être séparés avant que les flexions eussent été parfaitement fixées. Il se propose de continuer ces recherches et de les étendre aux racines, de sorte qu'il sera sage de s'abstenir déjuger définitivement cette thèse jusqu'à ce que tous les éléments en soient connus.

La solution de cette question deviendra plus facile par une

1. Horœ aramaicœ, by J. W. Etheridge. London, 1843. In-S*" (246 p.).

2. Ueber das Verhœltniss der œgyptischen Spracke %um semiOscheA Sprachstamnif von Theod. Benfey. Leipzig, 1844. In-S" (367 p.).

très-belle découverte qu'a Taite récemment un de vos confrères, M. de Saulcy, qui est parvenu à lire les caractères démo^ tiques égyptiens ^ C'est le plus grand pas qu'on ait fait depuis la mort de Ghampollion dans les études égyptiennes, et eette découverte donnera les moyens de remonter à des formes de grammaire copte plus anciennes que celles que nous trouvons dans les livres des Coptes chrétiens, ce qui contribuera à nous éclairer sur la thèse ethnographique de M. Benfey. Ce a est du reste qu'un seul des résultats des travaux de M. de Saulcy, travaux qui doivent jeter un jour nouveau sur Tinterprétalion des hiéroglyphes. M. de Saulcy est sur le point de publier l'analyse de la partie démotique de Tinscription de Rosette.

M. Benfey énonce dans sa préface l'espoir de pouvoir rattacher à la souche sémitique les langues que l'on parle à Touest de rÉgypte, dans le nord de l'Afrique ; mais il veut attendre, avant de se prononcer, la publication des grands travaux qui se préparent à Paris sur ces mêmes langues. Vous savez que le gouvernement français a nommé, sous la présidence de M.Jaubert, pair de France, une commission pour la préparation d'un grand dictionnaire berbère. En attendant que ce travail soit prêt, M. Jaubert s'est déterminé à faire paraître la grammaire et le vocabulaire berbères composés par Venture de Paradis' pendant son séjour à Alger dans les années 1788-1790. On avait parlé plusieurs fois de l'impression de' cet ouvrage, mais les circonstances n'étaient pas favorables, et c'est seulement depuis que la possession de l'Algérie a donné au gouvernement un intérêt direct à favoriser l'étude du berbère, qu'il a pu être publié. La grammaire de Venture est une esquisse très-rapide, qui ne contient que les règles les plus élémentaires, mais le vocabulaire est d'une étendue assez

1. Lettre de M, de Saulcy à M. Guigniaut tur le texte démotique du dêatt de Rosette. Paris, 1843, In-4'* (35 p.)-

t- Grammaire et Dictionnaire de la langue berbère^ par teu Venture de Paradû, revus par A. Jaubert et publiés par la Société do {géographie. Paris, 18U. In-4M xxni et 236 p. ).

considérable; il est double, français-berbère et berbère4ranpais. Ces langues africaines ne rentrent pas strictement dans le cadre de vos travaux, toutefois les peuples qui les parlent ont été si longtemps et si intimement mêlés aux Arabes, que nous ne pouvons pas nous dispenser de prendre intérêt aux études dont elles sont le sujet. Mais il est temps que je revienne aux langues asiatiques proprement dites.

En quittant' les peuples sémitiques et en nous tournant vers les pays qui ont été occupés par la race indienne, nous trouvons sur notre route la Mésopotamie où, dès la plus haute antiquité, ces deux races se sont mêlées et ont fondé des centres de civilisation qui ont rempli toute l'antiquité de leur gloire, mais dont les langues, les littératures et les arts ne paraissaient pas avoir laissé d'autres traces que quelques inscriptions et des tertres artificiels composés de briques estampillées. Il était réservé à un membre de votre Société, M. Botta, consul de France à Mossoul, de soulever un coin du voile dont le temps avait couvert l'histoire de ce pays. Vous vous rappelez que, dans votre dernière séance annuelle, il vous a été fait lecture de la première lettre par laquelle M. Boita vous annonçait qu'il avait trouvé sur la colline de Khorsabad, à cinq lieues de Ninive, les ruines d'un édifice dont tous les murs sont entièrement couverts de sculptures et d'inscriptions. Les fouilles qu'il a faites depuis ce temps n'ont pas cessé d'ajouter à l'importance de sa découverte, et les quatre lettres qui ont successivement paru dans votre Journal, et qui seront prochainement suivies par d'autres, ont excité dans toute l'Europe l'intérêt le plus vif.

Tout jusqu'à présent indique que ces ruines sont assyriennes, et les conséquences historiques que l'on peut tirer, tant des bas-reliefs, que du mode de construction de Tédificc, sont extrêmement importantes; mais il y a tout lieu de croire que d'ici à votre prochaine réunion M. Botta vous aura livré des matériaux encore beaucoup plus abondants; car jusqu'ici

il n*a déblayé qu'un quart de la surface du monument, et le gouvernement français, quia mis le plus louable empressement aie seconder, a alloué des fonds pour la continuation de ces fouilles et y a envoyé H. Flandin comme dessinateur. M. Botta a acheté le village entier qui est assis sur les ruines, et le pacha de Mossoul, qui s*opposait aux travaux avec toute l'âpreté que rîgnorance et la cupidité réunies peuvent inspirer, étant mort, il y a tout lieu de croire que rien n'interrompra plus le cours de cette belle découverte, et que Paris possédera bientôt un musée de sculptures assyriennes qui donneront de la vie à ce que Thistoire nous enseigne sur Tempire de Sémiramis. Cette découverte ne produira au reste tous ses fruits que lorsqu'on sera parvenu à déchiffrer les longues et nombreuses inscriptions que vous avez publiées. Jusqu'ici, de quatre ou cinq systèmes d'écriture cunéiforme, il n'y a que le système persépolitain qui nous soit accessible, grâce à la sagacité de MU. Burnouf etLassen; mais heureusement les rois de Perse avaient l'habitude déplacer sur leurs monuments des inscriptions bilingues ou trilingues, et il est difficile de croire qu'à Taide du caractère persépolitain on ne finisse pas par lire les autres. H. Rawlinson, consul général d'Angleterre à Bagdad, qui a employé les facilités que lui donnait autrefois le commandement d'un régiment persan pour relever toutes les inscriptions qui se trouvaient à sa portée, annonce la publication prochaine d'un grand travail sur les inscriptions cunéiformes, travail dont il s'occupe depuis plusieurs années et qui est attendu avec une vive curiosité. M. Rawlinson possède, entre autres, la seule copie connue de la grande inscription que Darius fit graver en trois langues sur le roc de Bisitoun, et je ne puis m'empècher d'espérerqu'elle lui donnera la clef des inscriptions assyriennes. Un grand nombre d'autres inscriptions cunéiformes et pehiewies, en partie déjà connues, mais imparfaitement copiées, en partie entièrement nouvelles, vont paraître dans le Voyage de HM. Coste et Flandin S que

1- Votfoge en Peru, par MM. Flandin et Costc. Paris, 18ii. Gr. in-fol. (On dit que sept livraisons ont paru, mais je n'ai pas réussi à voir l'ouvrage.)

publie actuellement le gouvernement français, malheureusement avec un tel luxe qu'il ne sera accessible qu'à peu de personnes. Un savant danois, M. Westergaard, a parcouru de son côté une grande partie de la Perse et rapporte en ce mo^ ment une riche collection d'inscriptions cunéiformes,

On pouvait espérer que l'ancienne littérature persane continuerait à profiter de la controverse qui s'était établie entre les Parsis dans l'Inde et la mission protestante de Bombay, et que tout ce qui reste des livres sacrés des Persans serait publié et commenté par un parti ou par l'autre. Mais les choses se sont passées autrement, car les Parsis, qui, par suite de ces discussions, se voyaient menacés d'un profond schisme dans leur propre sein, se sont décidés, non-seulement à interrompre le cours de leurs publications, mais à détruire tout ce qu'ils avaient imprimé pendant ces dernières années.

Tout le monde connaît les travaux de M. de Sacy et de H. de Longpérier sur les médailles des Sassanides, mais il restait à expliquer les légendes pehiewies de quelques médailles frappées par les derniers Sassanides et par les premiers khalifes et leurs lieutenants en Perse, légendes écrites dans un caractère plus moderne. M. Olshausen a résolu ce problème avec beaucoup de bonheur, et il déduit de ces légendes quelques faits nouveaux relatifs à l'état de la Perse sous les premiers khalifes, état de lutte entre les principes de r^incienne monarchie 'persane et les exigences de la conquête arabe *. On n'a pas encore tiré des médailles de ce temps tous les renseignements qu'elles renferment sur cette époque de transition, et M. Olshausen lui-même soulève quelques questions qu'il n'a pas encore pu résoudre faute de matériaux; mais les appendices qu'il a ajoutés à son mémoire font es-

1. Die Pehlewi Legenden auf den3fûnien der Uiten Sasaniden, auf deti àltesten MUmen der arabUchen Clialifen y. s. w, ium erstenmale gelesen und erklœrtt von Dr. Justus Olshausen. Copenhagucs 1843. In-S** (8^ p.).

pérer qu'il continuera à creuser cette mine et qu'il étendra ses recherches aux médailles de toutes les provinces persanes, surtout aux provinces orientales, où nous voyons des mo« numents de toute espèce dans lesquels le pehiewi et le déva^ nagari dégénéré des bouddhistes se confondent d'une manière étrange et jusqu'aujourd'hui inexplicable. Je pourrai probablement bientôt soumettre à la Société quelques-uns de ces moQumentSy dont M. Hasson m'a fait espérer la conimunica* tion. Un autre travail sur les médailles des Sassanides a paru tout récemment à Saint-Pétersbourg. C'est un mémoire de M. Dorn S dans lequel il propose de nouvelles interprétations de plusieurs médailles déjà connues et publie quelques nouvelles médailles tirées des collections de Saint-Pétersbourg, qui s'enrichissent avec une rapidité qu'expliquent la proximité de rOrient et la faveur que la numismatique a trouvée depuis longtemps en Russie.

La littérature persane moderne a été l'objet de quelques travaux considérables. M. Troyer a publié le premier et le troisième volume de sa traduction du Dabistan ', dont le second avait paru l'année dernière, de sorte que l'ouvrage est maintenant complet. Le traducteur a fait précéder son travail d'une introduction dans laquelle il discute différentes questions que soulève naturellement la lecture de ce curieux livre, telles que le nom de l'auteur, l'authenticité des sources dont il s'est servi, l'existence historique de la prétendue religion des Mahabadiens,le caractère et le contenu de l'ouvrage, etc. Il établit, avec un soin particulier, la position dans laquelle se trouve la question de l'authenticité du Désatir, qui a été controversée et qui donnera, sans doute, lieu à de nouvelles recherches. Le Dabistan lui-même est une histoire des reli-

1. Bemerkungen ûber Sasaniden'MUnien, von Dr. B. Dorn. Saint- Pélersboarg, 1844. In-8o (33 et 7 p.). (Tiré du Bulletin do rAcadémio de Saint-Pétersbourg.)

3. The DabUtan or tchool of numnerêt tranalated by Dr. Shea and AoUiony Troyer; edited with a preliminary discourse by the latter. Londres et Paris, 1843. 3 vol. in-8«.

iiO VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

gions, la plus complète qu'on ait écrite en Orient, et comprenant une quantité de sectes sur lesquelles nous ne possédons que peu ou point d'autres renseignements. Les grandes religions, comme le brahmanisme, le bouddhisme et Tislam, ont laissé des monuments authentiques dans lesquels on doit les étudier; mais l'exactitude avec laquelle l'auteur du Dabistanen parle, donne la confiance pour les renseignements qu'il nous fournit sur des sectes peu connues, à l'exception toutefois du chapitre sur les Mahabadiens, qui paraît être une fable com* plète. Le travail de M. Troyer est d'autant plus méritoire, que leDabistan est un livre difficile, rempli de vers abruptement cités et de termes techniques empruntés à toutes les religions et sur lesquels tout lecteur sera bien aise de trouver l'opinion du traducteur, quand même elle serait quelquefois en désaccord avec la sienne.

M. le baron de Hammer a fait paraître le second et dernier volume de son Histoire des Mongols de la Perse*, qui forme, avec son ouvrage sur la Horde-d'Or publié auparavant, une bistoirecomplète desMongols occidentaux. Ce livre estentièrement tiré des sources originales et ajoute beaucoup à .nos connaissances sur cette partie de l'histoire orientale, qui pourtant est une de celles sur lesquelles on possédait déjà les meilleurs travaux. M. de Hammer s'est attaché à relever tout ce qui se rapporte à l'histoire littéraire, à l'organisation de l'empire mongol, à l'éral des mœurs de cette époque; il expose, avec un soin particulier, la généalogie compliquée des Djenguiskhanides, et parvient à placer devant le lecteur un tableau vivant de cette dynastie, dans laquelle le caractère personnel de quelques grands princes contraste étrangement avec la barbarie invincible d'une race qui s'est trouvée incapable de garder un empire qu'elle avait fondé en inondant de sangla moitié du monde.

1. Gfichichie der Ilchane, von Hammer-Purgslall ; t. II. Darmstadt, 1843 (563 p.)

A?INÉE 1813-1844. 141

H. Quatremère a fait paraître, dans la Collection des Notices et Extraits, une biographie détaillée de Schahrokh, fils et successeur de Timour, tirée ou plutôt traduite du grand ouvrage de Kemal-eddin Àbderrezak^ Ce livre commence par la vie d'AboQ Saîd, l'un des dernier Djenguiskhanides, et comprend rbistoire de la dissolution de Tempire des Mongols de la Perse, et les règnes de Timour et de Schahrokh. H. Quatremère s'est attaché, avec grande raison, à la dernière partie de l'ouvrage, non-seulement parce que l'auteur y parle d'événements dans lesquels il a été acteur et spectateur, mais surtout parce que nous possédons, dans les instituts et l'autobiographie de Timour, dans Arabschah et dans Scherefeddin, d'amples renseignements sur le règne de Timour, tandis que celui de son successeur Schahrokh a été singulièrement négligé par les orientalistes européens; on ne connaissait jusqu'à présent que les extraits de Khondemir donnés par Price, et quelques épisodes curieux, mais tout à fait insuffisants pour faire apprécier ce long et heureux règne, pendant lequel la Perse commença à sortir de la désolation où l'avaient plongée les longs déchirements qui précédèrent et suivirent la destruction de la dy« nastie de Djenguiskhan et les guerres de Timour. Schahrokh était un prince brave, modéré, ami des lettres, et qui paraissait propre à consolider l'empire fondé par son père. I/inhabileté de ses successeurs détruisit cet espoir, mais son règne n'en forme pas moins une des époques les plus brillantes de rbistoire du moyen âge de l'Orient. Abderrezak est un auteur remarquable, dont on n'avait publié jusqu'à présent que deux morceaux célèbres, le Voyage des ambassadeurs de Perse en Chine, et celui d'Abderrezak lui-même dans l'Inde, morceaux dont M. Quatremère donne, dans sa Notice, le texte et une traduction plus exacte que celles qu'on possédait déjà. On ne peut que regretter que H. Quatremère se soit arrêté au milieu de

1. Notice de l'ouvrage persan qui a pour tiire : Matla-assaadeïn ou Madjina-albahreïn, et qui contient t* histoire des deux stUtans Schafirokh et Abou-Sàidy par M. Quatremère. Paris, 1843. ln>4*(514 p.j. (Celle notice forme la première partie du t. \1V des Notices et Extraits. j

la biographie de Schahrokh, et il faut espérer qu'il voudra bien la terminer dans un volume prochain des Notices et Extraits.

M. Dorn a publié, à Saint-Pétersbourg, deux mémoires dont les matériaux sont tirés de sources persanes. Le premier traite de l'histoire de la Géorgie dans lesxvi' elxvii* siècles *, et forme la contre-partie et le contrôle des Matériaux pour servir à Thistoire de la Géorgie d'après les sources géorgiennes, par M. Brosset. M. Dorn donne en détail le récit des auteurs persans sur les rapports existants entre la Perse et la Géorgie, et ce récit confirme en général el complète souvent les données fournies par les Géorgiens eux-mêmes. Le second mémoire contient des matériaux pour l'histoire des Khazars ', sujet qui a déjà été traité par MM. de Frsehn et d'Ohsson. M. Dorn imprime, pour compléter les renseignements transmis par ses devanciers, tous les passages qu'il a trouvés relatifs à l'histoire des Khazars, dans les ouvrages de Thabari, de Hafiz Abrou, d'Ibn-Aasem de Koufa;il y ajoute la traduction allemande de ses extraits de Thabari et la traduction en turc oriental de ces mêmes passages. Ces deux écrits, ainsi que d'autres qui les ont précédés, font partie d'une série de mémoires destinés à renfermer les matériaux d'une histoire générale des peuples du Caucase, que M. Dorn se propose de publier, et pour laquelle sa position en Russie lui donne des facilités qu'on ne possède dans aucun autre pays. Le soin avec lequel il s'avance graduellement, et la manière consciencieuse dont il fait connaître la base de son travail futur, portent à espérer que son succès sera proportionné à la difficulté de la tâche qu'il a entreprise.

La littérature proprement dite de la Perse n'a reçu que

i. Ersler Deitrag zur Gtschichte derGeonjier, \on Dr. B. Dorn. Saint- Pétersbourg, 1843. In-4o (119 p.). (Tiré des Mémoires de rAcadérait.)

2. Nachrichten iiber die Chasaretif von Dr. fi. Dorn. Saint-Pétersbourg, 1844. In-4' ( 157 p. ). ( Tiré des Mémoires de l'Académie.)

peu d'accroissements. Le rajah d'Aiwar, dans l'Inde, a publié uae édition du Gulistan de Sadi. On en possède déjà un grand nombre, et il faut espérer que ce prince se servira plus tard de la presse qu'il a établie dans son palais pour reproduire des ouvrages moins répandus. Au reste, c'est toujours d'un bon exemple quand un prince indien consacre ses loisirs à des travaux littéraires, au lieu de les employer à des amusements frivoles ou criminels, comme ce n'est que trop souvent le cas. La Compagnie des Indes devrait encourager une pareille tendance partout où elle la rencontre, et la faire naître où elle n'existe pas. M. Rosen, à Berlin, a fait imprimer une collection de contes persans, précédée d'un abrégé de grammaire et suivie d'un vocabulaire '. Les contes eux-mêmes avaient déjà paru en grande partie dans le Persian Moonshee de Gladwin; M. Rosen ne s'en est aperçu que lorsque l'impression était achevée ; mais cette circonstance n'ôte rien à Tutilité de ce petit livre pour les commençants, qui y trouvent tout ce qui leur est nécessaire pour acquérir les premiers éléments de la langue. Enfin un Parsi de Bombay, Dosabha'i Sohrabji, a fait paraître un recueil d'expressions idiomatiques persanes, hindoustanies et guzzaraties, traduites en anglais '. Cet ouvrage, que je n'ai pas encore pu voir, parait être composé par ordre de matières.

Je ne connais aucun ouvrage relatif à la littérature turque qui ait paru en Europe pendant Tannée dernière. J'avais espéré pouvoir vous annoncer la publication du second volume du Dictionnaire français-turcdeH. Bianchi. L'impression n'en est pas encore achevée ; mais vous trouverez, dans les feuilles déposées sur la table du Conseil, la preuve qu'elle est trèsavancée. Quant aux ouvrages qui ont été imprimés à Cons-

1. BUmerUa periica, cdidit G. Roseti/Berolini, 1843. Iii.8<' (196 p.). Ce livre porte encore un second litre : Hikayatl parsi, i. e. Narrationet penicœ.

9. Idiomatical sentences in tlie englisht hindoslanees gooiratee and persian languagest by Dossabhae Sohrabjcc. Bombay, 1^43. In-fol.

lii VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES.

tantinople, je ne puis mieux faire que de renvoyer à la notice que M. de Hammer nous fait Thonneur de publier tous les ans dans le Journal asiatique, et dans laquelle il traite ce sujet avec un savoir et des détails qui doivent satisfaire le lecteur le plus difficile. Hais je ne dois pas quitter TAsie occidentale sans dire un mot du seul ouvrage traduit de l'arménien dont la pu* blication pendant Tannée dernière soit venue à ma connaissance : c'est l'Histoire du prince Vartan par le vartabied Elisée, traduite en français par M. Tabbé Grégoire Karabagy Garabed*. Elisée est un auteur du v® siècle, élève de Hesrob, l'inventeur de l'alphabet arménien, et secrétaire de Vartan le Mamigonien, qui se mit à la tète du soulèvement des Arméniens contre lezdejird, roi de Perse. L'ouvrage d'Elisée a toujours joui d'une popularité fort méritée chez les Arméniens, qui voient dans cette histoire de leur délivrance temporaire du joug persan le type de leur renaissance nationale avenir. Aucun auteur arménien, à l'exception de Moïse de Khorène, n'a été l'objet d'autant de travaux qu'Elisée; et l'importance de l'époque dont il traite, l'exactitude de ses renseignements, l'intérêt des détails dans lesquels il entre, et la méthode presque classique de son récit, justifient cette préférence. Son ouvrage a été imprimé à Constantinople en 1764. M. Saint-Martin s'en est beaucoup servi dans ses savants Mémoires sur l'Arménie; M. Neuman l'a traduit en grande partie en anglais, et M. Capeletli, en italien. M. Garabed le reproduit maintenant dans son entier en français. C'est pour lui un acte de patriotisme, et l'on sent, dans les remarques dont il accompagne sa traduction, toutes les espérances qui soutiennent une race dispersée, divisée et opprimée, et qui font qu'elle n'a pas perdu sa nationalité au milieu de tous les maux qui l'accablent.

M. KrafTt, à Vienne, a traité, dans un mémoire, de la nu-

1. Soulèvement national de V Arménie chrétienne contre la loi de ZoroastrCf ouvrage écrit par Elisée Varlabcd, traduit en français par M. Tabbo Grégoire Karabagy Garabed. Paris, 1844. In-S" ( 358 p.).

mismatiqiie arménienne ^ Il donne la série des médailles de la dynastie arménienne des Rupéniens de Cilicie, et raccompagne de deux planches qui représentent les plus curieuses (le ces médailles.

En arrivant dans l'Inde, nous trouvons un petit nombre d'ouvrages, mais de trés-considérables. M. Lassen, à Bonn, a publié le premier volume de son Archéologie indienne ', dans lequel il traite de la géographie et de la première époque de Thistoire indienne. Il y expose, dans un ordre systématique, les faits que les études des indianistes ont établis jusqu'ici, discute les points encore sujets à controverse et y ajoute les résultats de ses propres éludes. Il serait inutile d'insister sur rimportanced'un pareil travail, entrepris par un homme aussi savant et par un aussi bon esprit que M. Lassen.

M. Gorresio a achevé l'impression du second volume de l'é* ditioQ du Ramayana, qu'il publie à Paris aux frais du gouver-^ nement sarde. Ce volume n'a pas encore été livré au public, et je ne puis qu'en annoncer la publication prochaine.

M. Burnouf a fait paraître le second volume du Bhdgavata Puràna ', qui fait partie de la magnifique (Collection orientale publiée aux frais de l'Imprimerie royale. Ce poème est de tous les livres brahmaniques le plus populaire ; il a été traduit dans les principaux dialectes provinciaux ; il forme la base de l'instruction dans toutes les écoles de la secte des vischnouites, secte qui embrasse la majeure partie de la population indienne; enfin, il sert à la grande masse des Hindous

1. Armenitche Mikn*en der rupenmhen Dynattie in Cilieien, von A. Kraffl. Vienne, 1&43. ln-So(29 p. et t pi.). (Tiré des Annales de Vienne.)

?. In^sche Alierthumskunde, von Christian Lassen. Bonn, 18id. In-8°.

3 Le Bhdgavata Pwûna, ou Hist. poéL de Kriehnat trad. et publié par M. £. Barnouf; t. II. Paris, 18M. In-fol. (xvi et 709 p. ). (L'imprimerie royale iaît paraître en même temps une édition in-4** de ce môme ouvrage, édition qui se recommande par la commodité de son format et la modicité dt son prix. )

lie VINGT-SëPÎ ans D*HtST01RË DES ÊTDDES ORIENTALES.

d'encyclopédie religieuse, . historique et philosophique. On trouve dans ce poêine des restes de toutes les phases qu*ont parcourues les doctrines brahmaniques; et s'il est indispensable, pour bien comprendre celles-ci, de remonter jusqu'à leur source et de les étudier dans leur forme la plus primitive, il ne Test pas moins de les suivre jusque dans leur dernière expression, telle que nous les donnent les Purànas ; car les dogmes qui, dans les Védas, apparaissent à peine, n*ont acquis leur véritable valeur historique que par le développement qu'ils ont reçu et par l'influence qu'ils ont exercée; et c'est en cela queconsiste la véritable importance de l'étude des Purànas.

H. Pavie nous a donné un recueil d'épisodes traduits du Hahabharat'. Il a voulu livrer aux lecteurs quelques-uns des morceaux les plus marquants de celte immense collection de traditions, qui renferme de si grandes beautés poétiques et des données historiques si importantes. Je prends ici le mot historique dans son sens le plus large, en y comprenant tout ce qui nous indique l'état d'une civilisation, la tournure des idées d'un peuple, les indices de son organisation civile; et, dans ce sens, aucun livre n'est historiquement plus important que ie Mahabharat. Le travail de M. Pavie est un des premiers fruits qu'a portés en Europe la publication du texte de ce poème, que l'on doit à la Société de Calcutta et au généreux dévouement de M. Prinsep ; et il faut espérer que les savants voudront bien persévérer dans cette voie, et nous donner, non-seulement des épisodes, mais la traduction complète de ce monument de l'esprit hindou.

Les ouvrages dont je viens de parler appartiennent à la forme brahmanique de la civilisation hindoue, celle qui est pour nous la plus importante, parce qu'elle a exercé la plus grande influence sur tous les pays situés à l'ouest de l'Indus et

1. Fragments du Mahabharata, iraduilscn français par Tli. Pavie. Paris, 1844. lD-8M339p.).

ANNÉE i84a*18U. 147

a contribué, plus que tout autre élément, au développement de Tesprit philosophique de l'humanité. Le second rameau de la civilisation hindoue, le bouddhisme, a joué un rôle semblable, et à peine moins important dans l'histoire du monde, ea établissant sadomination chez toutes les nations au nord et à Test de la presqu'île indienne, et en les initiant à des idées mélaphysiques, autant que le comportait leur génie, naturellement inférieur à celui de la race hindoue. On avait observé, jusqu'à présent, ce grand fait historique plutôt dans la circonférence que dans le centre du cercle qu'il a décrit autour de l'Asie orientale. H. Rérousat a étudié le bouddhisme en Chine, HM. Schmidt et Csoma de Kôrôs chez les Mongols et les Tibétains, Turnour chez les Cingalais; d'autres l'ont observé plus imparfaitement chez les Birmans, les Siamois et les Kalmouks. Ces recherches amenèrent à constater des divergences très-considérables entre les doctrines des pays bouddhiques, et Ton se convainquit facilement qu'on avait devant soi des documents de temps et d'origines très-divers, et des dogmes interprétés de la manière la plus variée. On possédait une collection de livres, écrits en pâli, qui portent toutes les marques d'une haute antiquité et d'une authenticité parfaite, et qui sont communs à toutes les nations bouddhiques du midi; mais on trouvait chez les bouddhistes du nord une littérature différente et qui provenait de traductions de livres autres que les livres pâlis du midi, et les questions qui naissaient de cette différence et de l'incertitude de l'âge des livres des deux grandes divisions des nations bouddhiques ne trouvaient aucune solution. Â la fin, H. Hodgson découvrit dans le Népal une collection immense d'ouvrages bouddhiques écrits en sanscrit. Sa générosité mit votre Société en possession de la plus grande partie de cette collection, et M. Burnouf, que ses travaux antérieurs surles livres pâlis portaient naturellement à s'occuper de ceux-ci, est sur le point de publier un ouvrage, endeuxvolumesin4%soiisletitred7nfroducito» à Vhistoire du buddhisme indieiij dans lequel il examine en détail et compare les livres bouddhiques du nord, écrits en sanscrit, et

étendu de la langue des îles Marquises et Sandwich, qui, faisant partie des dialectes malais, rentre ainsi dans le cercle de vos études. C'est la collection de mots la plus considérable que Ton possède encore de ces dialectes, et l'éditeur a eu le bon esprit d'adopter pour la transcription un système aussi simple que satisfaisant.

Il me reste à parler de ce qui a été fait pour la littérature chinoise, que les circonstances actuelles sont bien propres à mettre en évidence. Hais le hasard a voulu que Tannée dernière n'ait fourni qu'un petit nombre d'ouvrages. M. Medhurst a publié à Batavia le second et dernier volume de son dictionnaire chinois-anglais ^ qui contient tous les mots compris dans le dictionnaire de Khang-hi. Au commencement de son travail, M. Medhurst avait pris pour base le dictionnaire phonétique de Morrison, et ne se proposait que de le mettre par ordre de radicaux; mais, à mesure qu'il avançait, il ajoutait de nouveaux mots et de nouvelles significations; de sorte qu'à partir du quarante-sixième radical, son dictionnaire est devenu un ouvrage presque entièrement nouveau. La publication de ce livre est un véritable service rendu à la lillérature chinoise, d'autant plus que les dictionnaires du père Basile et de Morrison ne se trouvent plus qu'avec difficulté.- M. Medhurst prépare dans ce moment un dictionnaire anglais et chinois, dont le besoin se fait vivement sentir depuis que la Chine est devenue accessible sur des points où le jargon anglo-chinois de Canton ne peut pas servir il'inlermédiaire entre les Européens et les indigènes. Personne ne peut encore prévoir foules les conséquences que produiront les événements de ces dernières années, mais il est certain qu'ils doivent ouvrir la Chine, non-seulement au commerce, mais à l'influence intellectuelle de l'Europe ; et les Chinois comprennent cela si bien, que l'étude de la langue anglaise commence à se répandre chez

1. Chinese and english Dictionary, contaiiiing aU thc words in thc chînese impérial dictionary arranged according to tlie radicals, by W. H. Medhurst. Batavia, 1843. 2 vol. ia-8^

ANNËE 1843-1844. 151

eux. C'est pour la faciliter que M. Thom, consul d'Angleterre à Ning-po, a publié, à Canton, ia première partie d'un livre élémentaire anglo-chinois'. Les difficultés d'une pareille entreprise sont très- considérables; la première et la plus grande de toutes consiste dans l'incompatibilité des sons anglais et chinois, et dans le peu de facilité qu'ofTre l'écriture chinoise pour la transcription des sons étrangers. M. Thom explique dans une préface chinoise le but de son livre ; ensuite, il donne l'alphabet anglais avec la transcription en chinois et en mandchou, des exemples de prononciation aussi en chinois, en mandchou et en anglais, et, à la fin, une collection considérable de mots et de phrases anglaises traduits et transcrits en chinois. Le livre est gravé sur bois et imprimé à la manière chinoise ; la gravure en est exécutée par des Chinois, ce qui fait que les caractères anglais n'ont pas toujours réussi. Mais on obtiendra mieux une autre fois, et la difficulté n'est paslà, mais dans la création du meilleur système de transcription possible des sons anglais. On n'arrivera probablement pnssurle-champ à une solution définitive et complète, mais la route est ouverte, et l'expérience ne tardera pas à montrer les perfectionnements qu'il faut adopter.

Le département des affaires asiatiques à Saint-Pétersbourg a fait publier, l'année dernière, le catalogue des livres chinois, mongols, tibétains et sanscrits ' qu'il possède, et, très-récemment, il y a ajouté un supplément ' qui contient les titres originaux, que le catalogue n'avait donnés qu'en transcription russe. lia fait imprimer de même une description des procédés agricoles des Chinois, traduite par l'archimandrite Hyacinthe^

1. Chinese and engliah Vocabulary; flrst part. Canton, 1843. In-8* (lUp.).

â. Catalogue des livret et manuscrits chinois^ mandchous, mongols, tibétains et sanscrits de la bibliothèque du département asiatique à Saint-- Pétersbourg. (En russe.) Saint-Pétersbourg, 18i3. In-8* (102 p.).

3. Supplément à ce catalogue, contenant les titres originaux des ouvrages. Saint-Pétersbourg, 1841. ( 81 p.).

4. L'Agriculture en Chine, accompagnée de li flgurcs d'instruments d'agriculture. ( En russe. ) Saint-Pétersbourg, 1844. ln-8« ( 100 p.).

15i VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

et accompagnée de planches qui représentent les instruments d'agriculture dont on se sert en Chine. M. le baron de Chaudoir * a fait graver à Saint-Pélersbourg un recueil de monnaies chinoises, japonaises, coréennes et javanaises, accompagné d'une introduction historique. Je regrette de ne pouvoir que citer le titre de cet ouvrage dont je n'ai pu parvenir avoir un exemplaire.

Enfin, M. Endlicher a fait paraître à Vienne la première livraison d'un atlas de la Chine ^ C'est la reproduction exacte des cartes chinoises qui ont servi à d'Anville, et qui étaient le résultat des opérations trîgonométriques faites par les jésuites, d'après l'ordre de Kang-hi, pendant les années 4707- 1717. M. Endlicher public ces cartes dans la forme et lagrandeur de l'original, sans rien changer aux points qui ont été depuis ce temps fixés plus exactement, surtout par les relevés des côtes qu'ont faits les Anglais; il veut leur conserver leur caractère primitif pour qu'elles puissent servir de matériaux pour nos cartes futures de la Chine. Le texte de son livre contient un index des cartes distribué par provinces et donnant les noms des districts, des villes et des montagnes en chinois avec la transcription, et indiquant les longitudes et les latitudes. L'ouvrage entier formera six livraisons, et sa publication est due aux encouragements du comte Dietrichstein, conservateur de la bibliothèque impériale de Vienne.

Telle est, messieurs, la liste des ouvrages qui sont parvenus à ma connaissance pendant l'année dernière ; et quoique cette liste soit nécessairement incomplète, elle suffira pour prouver les progrès rapides que font les études orientales. Ce

1. Recueil de monnaies de la Chine, du Japon, de la Corée, d^Annamel de Java^ précédé d'une introduction historique par le baron de Cliaudoir Saint-Pétersbourg, 184â. In-fol. (Avec 61 pi.).

t. Atlas von China nach der Aufnahme der Jesuiten MissUmare, herausgegeben von St. Endlicher; liv. I. Vionno, 1843. ln-4« (28. 56 et 24 p.). Ce cahier est accompagné d'une livraison de cartes grand in-fol.

ANiNÉE 18^-1844. 151

fox. C'est pour la faciliter que M. Thom, consul d'Angleterre à !nD^-po, a publié, à Canton, la première partie d'un livre élémentaire anglo-chinoise Les difficultés d'une pareille entre- IHtse sont très-considérables; la première et la plus grande de toutes consiste dans l'incompatibilité des sons anglais et chinois, et dans le peu de facilité qu^offre récriture chinoise poar la transcription des sons étrangers. M. Thom explique dus une préface chinoise le but de son livre ; ensuite, il donne Tâlphabet anglais avec la transcription en chinois et en mand* chou, des exemples de prononciation aussi en chinois, en mandchou et en anglais, et, à la fin, une collection considérable de mots et de phrases anglaises traduits et transcrits en chinois. Le livre est gravé sur bois et imprimé à la manière chinoise ; la gravure en est exécutée par des Ctiinois, ce qui bit que les caractères anglais n'ont pas toujours réussi. Mais on obtiendra mieux une autre fois, et la difficulté n'est paslà, mais dans la création du meilleur système de transcription possible des sons anglais. On n'arrivera probablement pas surle-champ à une solution définitive et complète, mais la roule fsl ouverte, et Texpérience ne tardera pas à montrer les perfectionnements qu'il faut adopter.

Le département des affaires asiatiques à Saint-Pétersbourg 2 fait publier, l'année dernière, le catalogue des livres chinois, noDgols, tibétains et sanscrits" qu'il possède, et, très-récemment, il y a ajouté un supplément ^ qui contient les titres originaux, que le catalogue n'avait donnés qu'en transcription rnsse. Il a fait imprimer de même une description des procédés agricoles des Chinois, traduite par l'archimandrite Hyacinthe^

1. Chinese and english Vocabulary; flrst part. Canton, 1843. In-8*

1 Catalogue des livres et manuscrits chinoiSy mandchousy mongols, i^tains et sanscrits de la bibliothèque du département asiatique à Saint" Ntersbourg. (En russe. ) Sainl-Pétorsbourg, 1843. In-8» (102 p.).

3. Supplément à ce catalogue, contenant les titres originaux des ouvrages. Saiol-Pétcrsbourg, 1844. (81 p.).

4. L Agriculture en Chine, accompagnée de li Heures d'instruments d'africulture. ( £n russe. ) Saint-Pétersbourg, 1844. ln-8' ( 100 p.).

15i VINGT-SEPT ANS DHISTOIRK DES ÉTDDES ORIENTALES.

toutes les langues de rOrienty tant mortes que vivantes; il fait entreprendre de nombreux voyages; il offre à nos études, dans la Bibliothèque du roi, la collection de manuscrits la plus riche et la plus libéralement administrée qu'il y ait; il rend possible, par ses souscriptions ou par l'impression gratuite, la publication d'un grand nombre d'ouvrages qui s'adressent exclusivement au public savant ; il possède dans l'Imprimerie royale un établissement qui est plus riche en types orientaux qu'aucun autre au monde, et qui emploie ses fonds disponibles de préférence à l'encouragement des lettres asiatiques ; il donne, par ses corps savants, un centre et un objet d'ambition honorable à tous les efforts; enfin, il a ce respect de la science qui, plus que tout secours matériel, vivifie les travaux de l'esprit. On pourrait cependant désirer qu'il fût fait davantage pour les lettres orientales en France; que tous les encouragements qu'elles reçoivent ne fussent pas concentrés à Paris; qu'elles pénétrassent un peu dans l'instruction publique ; mais ce n'est pas le gouvernement qui nous fait défaut en France, c'est le public, qui, en général, ne prend qu'un médiocre intérêt à tout ce qui regarde l'Orient.

En Angleterre, nous trouvons exactement tout le contraire de ce qui existe en France. Le gouvernement n'y fait rien pour la littérature orientale, comme, en général, il ne fait rien pour la science. Son principe est de laisser ce soin aux corporations savantes. Il est vrai qu'en se déchargeant sur celles-ci de ce devoir, il les a dotées abondamment ; et les universités d'Oxford et de Cambridge sont, sans aucune exception, les établissements littéraires les plus riches du monde. Mais leur organisation est telle, qu'elle ne se plie que lentement et difûcilemenl au progrès des sciences; et ces moyens surabondants, qui frappent d'étonnement les étrangers, sont en grande partie paralysés par des routines séculaires. On a établi anciennement quelques chaires d'Iiébreu et d'arabe; mais, depuis lors, rien n'a plus été fait; et les universités

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a contribué, plus que tout autre élément, au développement (ieresprit philosophique de l'humanité. Le second rameau de la civilisation hindoue, le bouddhisme, a joué un rôle semblable, et à peine moins important dans l'histoire du monde, eo établissant sa domination chez toutes les nations au nord et à Test de la presqu'île indienne, et en les initiant à des idées mélaphysiques, autant que le comportait leur génie, natureliement inférieur à celui de la race hindoue. On avait observé, JQsqa'à présent, ce grand fait historique plutôt dans la circonférence que dans le centre du cercle qu'il a décrit autour de TÂsie orientale. M. Rémusat a étudié le bouddhisme en Qiine, HH. Schmidt et Csoma de Kôrôs chez les Mongols et les Tibétains, Turnour chez les Cingalais; d'autres l'ont observé plos imparfaitement chez les Birmans, les Siamois et les Kalroouks. Ces recherches amenèrent à constater des diver- Sences très-considérables entre les doctrines des pays bouddhiques, et Ton se convainquit facilement qu'on avait devant soi des documents de temps et d'origines très-divers, et des dogmes interprétés de la manière la plus variée. On possédait Bœ collection de livres, écrits en pâli, qui portent toutes les marques d'une haute antiquité et d'une authenticité parfaite, et qui sont communs à toutes les nations bouddhiques du midi; mais on trouvait chez les bouddhistes du nord une littérature différente et qui provenait de traductions de livres autres que les livres pâlis du midi, et les questions qui naissaient de cette différence et de l'incertitude de l'âge des livres des deai grandes divisions des nations bouddhiques ne trouvaient aucune solution. A la fin, M. Hodgson découvrit dans le Népal une collection immense d'ouvrages bouddhiques écrits en sanscrit. Sa générosité mit votre Société en possession de la plus grande partie de cette collection, et M. Burnouf, que ses tmraui antérieurs surles livres pâlis portaient naturellement à s occuper de ceux-ci, est sur le point de publier un ouvrage, tnàeuxyohimes iti-À'' y soMsleiiive d'Introduction à rhistoire du buddhisme indien j dans lequel il examine en détail et compare les livres bouddhiques du nord, écrits en sanserit, et

Snciétés des missions anglaises ont pu, non-seulement faire traduire la Bible dans toutes les langues de TOrient, mais publier, en même temps, un nombre considérable de grammaires et de dictionnaires de dialectes auparavant inconnus.

Mais il y a en Angleterre un autre pouvoir qui était appelé, par sa position, à faire ce que négligeaient TËtat et les universités, et qui, pendant longtemps, a glorieusement rempli le rôle que lui imposait la nature des choses, c'est la Compagnie des Indes. Elle a exigé de ses employés la connaissance des langues savantes et vulgaires de TOrient; elle a fondé les collèges de Haileybury et de Fort-William, où ces langues étaient enseignées par les meilleurs maîtres européens et indigènes; elle a stimulé l'ambition des élèves par l'avenir le plus brillant, et encouragé, par des souscriptions extrêmement considérables, tous les ouvrages relatifs aux langues et à l'histoire de rOrientqui paraissaient dans Tlnde. Ces efforts ont produit les résultats qu'on pouvait en attendre. On a vu, pendant trente ans, paraître une suite de dictionnaires, de grammaires et d'ouvrages classiques dans presque toutes les langues de l'Asie, et les Mémoires des Sociétés de Calcutta, de Bombay et de Madras témoignent de l'ardeur qu'on avait su inspirer aux officiers civils et militaires pour toutes les recherches qui pouvaient jeter du jour sur l'état ancien et moderne de l'Inde. Mais, depuis le gouvernement de lord William Bentink, ce système a été abandonné ; on a interrompu brusquement l'impression des livres destinés à l'instruction publique ; on a renoncé aux souscriptions; on a négligé les éludes orientales et découragé les recherches, et, s'il s'en fait encore aujourd'hui, c'est que le zèle généreux de quelques hommes d'élite ne s'est pas laissé refroidir par des dédains officiels. Au reste, c'est un étal de choses qui ne peut pas durer; on reconnaîtra que, pour faire faire des progrès à un peuple, il faut se servir de sa langue et des idées qui lui sontfamilières; que, pour le gouverner, il faut l'avoir étudié ; et Ton reviendra, s^us une forme ou sous une autre, au système dont on s'était écarté.

En Allemagne, la littérature orientale n'a pas été favorisée par des intérêts politiques comme en Angleterre, ni par une grande centralisation comme en France ; mais le pays entier s'est montré disposé à l'accueillir avec faveur, parce que les éinies théologiques, philologiques et philosophiques y sont plus avancées que partout ailleurs. Les lettres orientales ont trouvé dans les universités un appui bienveillant, et sont entrées plus avant dans Tinstruction publique que dans aucun autre pays. Les différents gouvernements allemands, à l'exception de l'Autriche, ont fait pour cela à peu près tout ce que permettait leur position. Ils ont créé un nombre considérable de chaires, ils ont encouragé les voyages de leurs savants en Orient, et quelques-uns ont réuni des collections considérables de manuscrits. Au reste, c'est à cet égard qu'ils ont le plus à faire. La plupart des universités allemandes sont encore mal pourvues de manuscrits orientaux, et il n'y a pourtant aucun gouvernement qui ne soit assez riche pour former une collection qui donnerait à ses savants des instruments indispensables pour leurs travaux. On ne réfléchit pas assez que le dépérissement des lettres en Orient est tel, que les manuscrits se détruisent et ne se remplacent plus, et que les établissements qui ont soin de les réunir maintenant resteront les foyers du savoir, aussi certainement que ceux qui, à l'époque de la restauration des lettres, ont réuni des manuscrits grecs et latins, sont restés, pendant des siècles, les centres des études classiques. Le devoir des gouvernements allemands, sous ce rapport, est d'autant plus évident, que nulle autre part la littérature orientale n'est, si j'ose m'exprimer ainsi, aussi populaire qu'en Allemagne, et ne coïncide sur plus de points avec la direction naturelle des esprits. Ceci est tellement vrai, que, quelque part qu'on publie un livre oriental, l'auteur se tourne instinctivement vers l'Allemagne, comme le pays où il peutespérer principalement un public.

Parmi les États qui suivent en général l'impulsion donnée en Allemagne, tels que la Suède et le Danemark, ce dernier s'est

toujours distingué par la protection qu'il accorde aux études orientales, par les soins qu'il a mis à créer une bibliothèque de manuscrits, et par les voyages scientifiques qu'il a fait entreprendre. Le temps n'est plus où M. de Sacy pouvait proclamer que le Danemark avait fait plus pour les lettres asiatiques que tous les autres pays de l'Europe ; mais ce n'est pas que le Danemark fasse moins, c'est que les autres font plus qu'ils ne faisaient alors. La Hollande, qui a de si grands intérêts en Orient, abeaucoup fait pour l'étude des dialectes malais, et l'université de Leyde a été depuis deux siècles un des centres les plus considérables pour les études arabes, que la richesse de la bibliothèque et une suite presque ininterrompue de grands savants y favorisaient également; mais on peut à bon droit s'étonner que les Hollandais ne se soient pas empressés de nous rendre accessibles la littérature de l'empire du Japon, où eux seuls ont accès. Les employés du gouvernement à Nagasaki ont public quelques ouvrages curieux sur l'état du Japon; mais comment se fait-il que nous soyons encore réduits aux grammaires et aux dictionnaires japonais publiés par les jésuites il y a deux siècles, et qu'un pays illustre par son savoir ait négligé une gloire que les circonstances lui avaient réservée ?

L'Espagne et le Portugal n'ont produit depuis longtemps que quelques traductions d'ouvrages arabes; maison peut espérer que, si le repos se rétablit en Espagne, ce pays complétera, sur l'histoire des Maures, ces travaux pour lesquels il possède de nombreux matériaux.

L'Italie, où plusieurs membres des ordres religieux et la Propagande ont autrefois rendu de si grands services à l'étude des langues et de l'histoire de l'Orient, commence à donner des signes d'une nouvelle activité. Quelques travaux entrepris en Lombardie, l'expédition toscane en Egypte et les encouragements efficaces que le gouvernement piémontais commence à accorder aux lettres orientales, donnent l'espoir que cette

nation, peut-être la mieux douée de toutes par la nature, reviendra aux travaux de haute érudition qui ont fait autrefois une de ses gloires.

Il ne nous reste à parler que de la Russie, pays nouveau, où les travaux de l'esprit ont encore de la peine i trouver place à cdté des tendances militaires de la nation et du gouvernement, mais qui a désintérêts extrêmement graves en Orient et qui doit forcément protéger les études qui s*y rapportent : aussi voyons-nous que le gouvernement russe a fait une grande part à l'enseignement des langues de l'Asie dans toutes ses uni- Tersités ; qu'il a fondé des écoles spéciales pour tous les dialectes qui sont parlés dans l'empire, qu'il a créé à Saint-Pétersbourg un institut oriental attaché aux affaires étrangères; qu*il a fait imprimer un nombre assez considérable d'ouvrages orientaux; qu'il a réuni des collections de manuscrits et de médailles de la plus grande valeur ; qu'il fait entreprendre de nombreux voyages, et qu'il a donné, dans l'Académie de Saint-Pétersbourg, un puissant appui aux éludes orientales. Les travaux exécutés en Russie ont porté généralement sur la numismatique, sur le bouddhisme, sur les littératures mongole, tibétaine et géorgienne, et sur l'histoire et la description des pays qui sont soumis au sceptre de la Russie. Si le nombre et l'importance de ces travaux n'égalent pas encore ce qu'on peut attendre d'un grand empire, cela tient à la nouveauté des études et à l'absence d'un public savant ; mais il n'y a aucun pays dont le gouvernement soit plus en mesure et qui doive être plus empressé de faire beaucoup pour la littérature orientale que la Russie. Les besoins de l'administration et de la diplomatie, le contact perpétuel avec les peuples asiatiques, les intérêts du commerce et l'ambition naturelle à un puissant empire de remplir sa place dans le monde civilisé, produiront certainement chez les Russes de grands efforts pour s'emparer d'une branche de connaissances pour laquelle leur position leur offre tant d'avantages, et qui, pour eux, a une importance si manifeste.

La conclusion à tirer de toutes ces observations est évidemment que ni les gouvernements, ni le public européen, n'encouragent encore les études orientales autant que l'exigeraient les besoins de la science ; mais il est tout aussi certain qu'il y a un progrès réel et qui ne peut qu'aller en augmentant. Ce qui se fait aujourd'hui paraissait impossible il y a vingt ans, et des entreprises qui maintenant sembleraient chimériques seront devenues faciles dans vingt ans d'ici. Les résultats des recherches historiques et philologiques sur l'Orient entrent peu à peu dans la masse des connaissances que l'on exige de tout homme instruit, et le temps n'est pas loin où l'histoire de l'Orient, entièrement reconstruite d'après les découvertes de la génération actuelle, occupera sa place naturelle dans l'histoire universelle. Alors vos travaux seront appréciés par un cercle de plus en plus étendu, et vous aurez conquis le plus grand de tous les encouragements, le seul qui puisse récompenser les veilles des savants : l'attention et le respect du public.

(RAPPORT LU LE i7jUIN.)

Messieurs,

Depuis votre dernière séance générale, ii n*est survenu au* cuo événement qui ait exercé une influence notable sur la situation de la Société asiatique. On aurait pu craindre que les changements successifs qu'a amenés dans votre agence le décès de M. Cassin n'eussent occasionné quelque dérangement dans vos affairas ; mais votre Commission des fonds, en faisant un sacrifice de temps assez considérable, a pu obvier aux inconvénients qui résultaient de l'incertitude de cette situation, et aujourd'hui l'agence est constituée de manière à nous donner l'espoir que la surveillance ordinaire de vos commis* sions sufQra pour maintenir l'ordre dans votre administration.

Mais au-dessous du courant régulier de vos affaires, qui ne difllère pas notablement d'une année à l'autre, il se manifeste un mouvement qui provient des progrès généraux des études orientiiles et dont l'influence se fait naturellement sentir avant tout dans votre Société. Ce mouvement se montre principalement dans l'accroissement incessant des travaux qui

162 VlNGT-SËPT ANS D HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

sont remis à la Commission du Journal, et qui augmentent d'année en année, non-seulement en nombre, mais en étendue et en importance. Si Ton jette les yeux sur les mémoires qui remplissent les dernières années de votre Journal, on y remarquera plusieurs séries d'articles dont chacune aurait pu former une publication à part. Autrefois, et il n'y a pas longtemps encore, quand on entreprenait un travail sur un point quelconque de la littérature orientale, on était à peu près sûr de ne s'y rencontrer avec personne, et on pouvait s'en occuper à loisir, comme de sa chose propre. Aujourd'hui, grâce à l'impulsion donnée à ces études, on est plus pressé de publier, car on doit s'attendre à ce que les mêmes raisons scientifiques qui ont déterminé un auteur à traiter un sujet, auront engagé d'autres savants à s'en occuper également.

Cette concurrence, signe de la vie d'une science, est toute à son profit; mais elle impose à une Société comme la vôtre de nouveaux devoirs. Le cadre du Journal, quoiqu'il ait été presque doublé depuis notre fondation, ne suffit plus à l'activité de votre travail, et le Conseil de la Société aura sans; doute de nouvelles mesures à prendre pour mettre le Journal asiatique en état de satisfaire à ce mouvement qui le déborde aujourd'hui. C'est une tâche qui offre de grandes difficultés, mais on peut espérer de les vaincre graduellement.

Le Conseil a fait, dans l'année qui vient de s'écouler, une grande perte dans la personne de M. Fauriel, un des fondateurs de la Société. Ce n'est pas ici le lieu de dire tout ce que la science a perdu par la mort de ce grand savant. La curiosité insatiable de son esprit l'avait porté à faire une étude très-sérieuse des littératures sanscrite et arabe. Il s'en occupait, comme de celles de l'Europe ancienne et moderne, pour y chercher l'histoire de la civilisation et les traces obscures de l'origine des idées qui ont gouverné le monde. Il a laissé sur ces deux littératures des travaux très-considérables, mais qui n'étaient point destinés à être publiés; c'étaient des

matériaux dont le résultat entrait dans ses ouvrages, sans ostentation, et là seulement où le sujet Texigeait. On sait quel usage il a fait, dans son histoire de la Gaule méridionale, de la littérature arabe, pour éclaircir une partie de l'histoire de la France et de TEspagne, et Ton verra, dans les cours qu*il a faits à la Sorbonne et qui vont être imprimés, avec quelle sa* gacité il emprunte à l'histoire littéraire de TOrient des faits destinés à porter la lumière dans les parties les plus obscures de l'histoire des lettres en Europe. M. Fauriol, dans son testament, a donné à la Société asiatique une preuve de' l'intérêt qu'il prenait à ses travaux, en lui léguant tous les livres orientaux de sa bibliothèque, qui était surtout riche eu bu* orages imprimés dans l'Inde. Ce legs pourra être remis à la Société très-prochainement.

La Société vient de perdre encore plus récemment un de ses plus illustres membres étrangers, M. Guillaume Schlegel. Je n'ai pas à rappeler les travaux de critique, d'érudition et de littérature qui ont rendu son nom européen; je ne puis dire que quelques mots sur ses études orientales. M. Schlegel aeu, dans un âge où il était déjà célèbre, le courage de recommencer, pour ainsi dire, sa vie littéraire, et de se jeter avec l'ardeur d'un jeune homme dans les travaux difficiles de la littérature sanscrite, alors si peu accessible. Il se rendit bientôt maître de cette langue, fonda l'enseignement de la littérature indienne à Bonn, commença une édition du Ràmàyana, dont deux volumes, précédés d'une introduction très-remarquable, ont paru; fit graver les premiers caractères sanscrits qui aient été exécutés en Europe, et dévoua les vingt dernières années de sa vie entièrement à ses études orientales, dans lesquellies il se distingua par la même sagacité, la même finesse d'esprit et le«méme tact littéraire qui avaient fait sa gloire dans les grands travaux critiques de la première moitié de sa vie. Les iofirmités croissantes d'un âge avancé l'ont empêché de terminer son édition du Râmâyana ; mais on peut espérer que M. Lassen, (|u'il s'était associé dès le commencement de cet

164 VINGT-SEPT ANS DlilSTOlRË DES ÉTUDES ORIENTALES.

ouvrage, trouvera au milieu de ses nombreux et importants travaux le temps de Tachever.

Votre Société a maintenu les rapports les plus amicaux avec les autres Sociétés asiatiques, et le nombre toujours croissant de ces associations est un nouvel indice de l'intérêt qu'excitent de plus en plus les études orientales.

La Société de Calcutta^ continue ses travaux, et son Journal paraît régulièrement. Elle a été pendant longtemps seule dans rinde à défendre les intérêts de la science contre Tindifféreifce des gouverneurs généraux, préoccupés de soins plus pressants et aveuglés par le désirde substituer l'anglais, comme langue savante, aux anciennes langues du pays. On a tout lieu d'espérer que le gouverneur général actuel. Sir H. Hardinge, qui s'occupe avec le zèle le plus généreux de l'éducation de toutes les classes du peuple indien, aidera la Société asiatique dans ses efforts pour ne pas laisser tomber dans l'oubli les restes du savoir antique de l'Inde.

La Société de Madras parait avoir renoncé pour le moment il faire paraître son Journal. Quelles que soient les causes qui ont amené cet abandon, il est à désirer que cette compagnie reprenne la publication de ses travaux, car les provinces qui forment le ressort naturel de ses observations offrent des matériaux pour la solution de beaucoup de questions importantes sur Tanciennc bistoire de l'Inde. Les brahmanes ne sont jamais parvenus à effacer dans le Deccan les langues et une partie des institutions des aborigènes, et on ne peut retrouver que là les traces de l'état de la péninsule avant l'arrivée de la race sanscrite. Ce problème a occupé la Société de Bombay, et de savants missionnaires lui ont fourni quelques mémoires très-curieux sur ce sujet, qu'elle a insérés dans son

1 . Journal of the Asialic Society of Bengal, Calcutta. In-8*. Le dernier numéro qu*on ait reçu ù Paris est le 149, ancienne série, ou 65, nouvelle série.

Journal', publication qui acquiert déplus en plus d'importance. La Société de Bombay n'aura certainement qu'à s'applaudir de la résolution qu'elle a prise de recommencera faire paraître elle-même les travaux de ses membres. Les corps savants ne peuvent vivre qu'en mettant sans cesse sous les yeux du public le résultat de leurs recherches.

La Société de géographie de Bombay, qui, elle aussi, avait pendant quelques années envoyé ses mémoires en Angleterre, pour y être insérés dans le Journal de la Société géographique de Londres, a trouvé nécessaire, depuis 1836, de les publier directement ^, et les lettres orientales lui doivent, à partir de celte époque, une suite de travaux très-importants sur l'histoire et la géographie de la côte de Malabar, de la vallée de rindus, de l'Afghanistan, de la Perse et de l'Arabie. Depuis longtemps vous désiriez posséder ces Transactions ; la Société de Bombay a bien voulu vous en envoyer un exemplaire corn* plet, de sorte que nous n'avons plus, en la remerciant, qu'à lui exprimer le vœu d'en voir établir un dépôt en Europe, où les bibliothèques et les savants puissent se procurer cette importante collection. Je sais que l'avantage pécuniaire que les Sociétés retirent de ces dépôts lointains est presque nul, mais il importe à la science et à la gloire des corps savants que leurs travaux soient accessibles à quiconque s'occupe d'une branche du savoir qu'ils peuvent servir à éclaircir.

La Société des arts et des sciences de Batavia ^no us a fait panenir deux nouveaux volumes de ses mémoires, dont l'un

1. Journal of the Bombay braneh of the Hoyal Asialic Society. Bombay, in-S». On a reçu à Paris six numéros de ce journal.

-. Traïuactions of the Bombay Geographical Society. Bombay, in-S». 1837-1843. 11 est difijcile d'indiquer ce qu'il faut pour former un exemplaire complet de cette collection, car les cahiers se suivent sans aucun numéro 'Vordre, et les premiers ont été réimprimes en 18i4 en un volume. Tout <^e qui a paru jusqu'ici forme quatre forts volumes.

3. Verhandelingen van het Bataviaanch Gettootschap. Batavia, in-8*',18i'2« i.XVIIï (pagesii? et 487), et 1843, t. XIX (p. xcviîi, 128; XLii, 177 ci 4il a»ec ÎO pi. ).

contient un vocabulaire d'un dialecte de Formose, l'autre le texte et la traduction d'un poëme nialai, par M. Van Hoevell, et un mémoire sur les ruines très-curieuses d'un ancien temple sivalte trouvé à Soko, dans l'ile de Java. La description de ce temple, que Ton doit à M. Van der Vlies, est accompagnée de planches représentant les restes de Tédifice, les sculptures dont il était orné, et une copie des inscriptions que l'on y a trouvées, avec un alphabet pour les lire, et leur traduction.

La Société asiatique de Londres a publié le XV° volume de son Journal S ot le Comité des traductions et celui des textes orientaux ont fait paraître plusieurs ouvrages sur lesquels j'aurai à revenir plus tard.

L'Association littéraire d'Egypte a publié à Alexandrie la première partie de ses mémoires ^, qui se composent surtout de travaux géographiques sur l'Egypte, la Nubie et l'Abyssinie. Cette Société a établi une atelier de lithographie et a préparé une collection miiinlée Miscellanea hieroglyphica ; mais les difficultés matérielles qu'elle a rencontrées et le défaut de ressources dans le pays ne lui ont pas encore permis de la faire paraître, malgré tous les eObrls qu'elle a faits.

Nous n'avons reçu aucune nouvelle production de la Société orientale américaine. La Société asiatique allemande, qui a tenu à Leipzig, au mois d'octobre dernier, sa première assemblée, est occupée à s'organiser et à se centraliser. Elle se réunira cette année à Darmstadt, où elle se constituera sans doute définitivement. Il est probable que ses séances annuelles auront lieu tour à tour dans les différents centres du savoir en Allemagne, tandis que le siège de son administra-

1. The Journal of the Royal Asiatic Society of Great-Britain and Ireiand n** XV ( en deux parties ). Londres, in-8% ISM.

2. Miscellanea cegyptiacat anno 184â. if^yptiaca consociatio litteraturîe. Alexandrie, grand in-S» (1â4 p. ). II y en a un dépdt à Paris, chez M. Leleux, libraire.

tion sera fixé à Berlin, où paraîtra son Journal, Je gouvernement prussien lui ayant oiïert pour cela les secours dont elle anrait besoin. La division de TAllemagne et la position excentrique de Berlin rendent cet arrangement presque indispensable. D'an autre côté, le gouvernement autrichien paraît s*étre décidé à son tour à encourager les études orientales, pour lesquelles il n'avait jusqu'à présent fait que très-peu de chose. L'Imprimerie impériale de Vienne tait des préparatifs qui semblent annoncer des plans littéraires de beaucoup d'importance; les employés de cet établissement suivent des cours des langues diverses de l'Asie, depuis l'arabe jusqu'au japonais, et Ton exécute la gravure des caractères de toutes les écritures orientales; mais on ne sait pas encore comment seront appliquées les ressources que l'on se crée dans ce moment en Autriche.

Enfin, il a été fondé à Londres une nouvelle Société, sous le titre de Société Syro-Êgyptienne^ dont le but est de servir de point de réunion à tous ceux qui ont voyagé dans les pays de race sémitique, et de publier leurs recherches sur cette grande et importante branche de l'archéologie orientale. Cette Société parait n'avoir encore rien publié.

J'arrive maintenant à l'énumération des ouvrages orientaux qui ont paru depuis votre dernière séance, et je commence, comme à l'ordinaire, par la littérature arabe.

M. Gottwaldt, à Saint-Pétersbourg, a publié le texte de la Chronique de Hamzah d'Isfahan^ Cet auteur du x* siècle est un des premiers parmi les Arabes qui ait essayé d'écrire une histoire universelle, telle que la comportaient les connaissances de son temps, et de la baser sur un système de chronologie comparée. Son ouvrage devint bientôt célèbre et acquit

1. Hamtœ lipahanemii Annaliumlibri X cdid. I. M. E. GoUwaldt, t. 1, lE^xtas arahicus. Saint-Pétenbourg, in-S», 1844 (xxvui et 243 p.)

168 YiNOT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

une grande autorité chez les Arabes. Il est vrai que, lorsqu'on commença à s*en servir en Europe, on lui reprocha un graod manque de critique ; mais il est juste de faire observer que Tittat des sciences historiques, à Tépoque où il vivait, n'offrait à Tauteur que fort peu de moyens pour contrôler les sources dont il se servait, et que des erreurs, même fort graves, dans un sujet aussi vaste et aussi difficile, n'ont pas le droit de nous étonner. De plus, M. Gotlwaldt cherche à ét<iblir qu'une partie des fautes qu'on a reprochées à son auteur proviennent du copiste du seul manuscrit dont on s'était servi avant lui. Dans tous les cas, les sources où avait puisé Hamzah étant en grande partie perdues, on est trop heureux de retrouver dans son ouvrage les données historiques et chronologiques de ses devanciers, et c'est à la science européenne de les juger et de les mieux coordonner. Hamzah avait attiré de bonne heure l'attention des orientalistes ; Reiske, Schultens, Rasmussen et M. Gottwaldt lui-même avaient publié divers chapitres de son ouvrage ; mais une édition complète et correcte i^tait un véritable besoin que M. Gottwaldt est venu satisfaire. Il se propose de faire suivre le texte d'une traduction latine et d'un commentaire.

M. Reinaud a réuni en un volume les extraits d'auteurs arabes et persans relatifs à l'histoire de Tlnde ^ qu'il avait insérés d'abord dans votre Journal. Tout le monde sait que le grand défaut de la littérature indienne consiste dans l'absence presque entière de données chronologiques pour les temps un peu reculés. On peut établir par les ouvrages brahmaniques une chronologie relative, déterminer que tel fait est antérieur à tel autre; mais on ne peut leur assigner une date absolue. Il est vrai que la littérature des bouddhistes remédie à un certain degré à ce défaut, et qu'elle donne un nombre considérable de synchronismes ; mais dans une matière si vaste tout

1. Fragments arabes et persans inédits relatifs à VInde, recueillis par M. Reinaud. Paris, 1845, in-S» ( xxxv et 2^8 p. ).

ANNËE 1841-1845. 169

nouveau secours est précieux. En général, les peuples étrangers ont mal compris l'Inde, et ce qu*ils en disent est ordinairement à côté de ce qui nous intéresse le plus dans l'histoire de ce pays; mais un fait positif, rapporté par un étranger, sert toujours à établir un synchronisme et à donner une date fixe à un nom ou à un incident autour desquels une foule de faits relatifs à rhistoire indigène peuvent se*grouper. Quel parti la critique historique n'a-t-elle pas tiré de ce que les Grecs, et plus encore de ce que les voyageurs chinois nous ont dit de rinde! Il était donc naturel qu'on s'adressât aussi aux Arabes, quoique venus les derniers. C'est dans cet esprit que M. Gildemeister a publié, il y a quelques années, une collection des passages les plus importants des auteurs arabes sur rinde ; et aujourd'hui M. Rcinaud nous donne le résultat de sesrechercheshistoriques et géographiques sur le même sujet, en les appuyant sur les textes qu'il a découverts. M. Reinaud annonce dans sa préface un mémoire étendu sur l'état de l'Inde avant le xi* siècle de notre ère, mémoire dont il a déjà lu une grande partie dans les séances de l'Académie des inscriptions.

Les ouvrages historiques arabes, dont les commencements avaient paru dans ces dernières années, ont presque tous fait des progrès; ainsi, M. Wûstenfeld a publié le septième cahier des biographies d'Abou Zakariah al-Nawawi^, M. Kosegarten la cinquième livraison du Kitab al-aghani ', et le Comité des traductions de Londres est sur le point de faire paraître la première moitié du troisième volume du Dictionnaire biographique d'Ibn-Khallikan ^ traduit par M. de Slane. Ce savant lui-même a été envoyé par le gouvernement français à Constantinople, pour acheter, ou faire copier dans les bibliothè-

1. The biographical DicUonanj, by Abu-Zakariya-Yahya cl-Nawawi, odiled by WU$tenf<>Id. Part. vu. Gutting(?n, \Ui, in-S» ( p. 577 h 672 ).

2. Alii hfahanenm Liber cantilenarum, cdidit Kosogartcn. Fa^^c. v. Crcifswaldc, IRU, îii-4''.

3. Ihn-KhallikarC't biographical Diclionanj, translatod by barm Mac Guckin de Slano. Paris, 1845, in-4% vol. Ut., part. I ( 38i p.).

ques des mosquées les manuscrits arabes qui manquent à la Bibliothèque royale, et Ton ne peut qu*applaudir au but de ce voyage, ainsi qu'au choix du voyageur.

Avant de quitter la littérature historique des Arabes, je crois devoir annoncer la publication prochaine d'un ouvrage qui est vivement désiré par tous les hommes qui s'intéressent au progrès des lettres; c'est l'édition des Prolégomènes d'Ibn- Khaldoun que prépare M. Quatremère. Ibn«KhaIdoun est, de tous les auteurs arabes, celui qui a l'esprit le plus large ; son génie est très-supérieur à celui de son temps et de sa nation, et l'on est tout étonné de trouver, parmi les chroniqueurs et les beaux esprits qui forment les deux classes principales des historiens arabes, un homme recherchant les lois qui gou^ vernent le développement et décident du sort des races hu< maines. On a publié depuis vingt ans de nombreux extraitsdu grand ouvrage d'Ibn-Khaldoun : le gouvernement piémontais a fait commencer par feu M. Arri une édition de la partie qui traite de l'histoire ancienne; le gouvernement français a chargé M. de Slane de publier ce qui concerne l'histoire des Berbers; M. Schulz avait préparé une édition des Prolégomènes, que son voyage en Perse l'empêcha de mettre sous presse; et aujourd'hui M. Quatremère va publier le texte et la traduction de ces Prolégomènes dans la collection des Notices et Extraits. C'est dans cette partie de son travail qu'Ibn- Khaldoun a consigné ses principes de critique et ses vues générales, et il n'y a peut-être aucun ouvrage oriental qui soit aussi propre à être goûté par des lecteurs européens que celui-ci, qui est l'œuvre d'un esprit, si je puis m'exprimer ainsi, tout européen.

L'étude du Koran a fait un progrès important par la publication du commentaire de Beidhawi que M. Fleischer vient de commencer à Leipzig *. Beidhawi, auteur du xiii* siècle de

i. BeidhawHcommentarius in Coranum, ex codicihus Parisiensibus, Ores-

A!fNeK 1844-1845. 171

notr} ère, était un des plus grands grammairiens arabes, et k$ Lumières du Koran et les mystères de son interprétation y tel est le titre de son commentaire, sont une mine inépuisable de recherches grammaticales et de traditions musulmanes. On ne pouvait trouver, pour ce livre important et difficile, un éditeur plus consciencieux et plus maître de son sujet que M. Fleischer, qui s'est dévoué à ce grand travail pendant un nombre considérable d'années. M. Weil, à Heidelberg, a publié deux petits ouvrages qui se rattachent à l'étude du Koran. Le premier est une introduction historique et critique S qui se compose en partie d*un extrait de la vie de Mahomet du même auteur, en partie d'un supplément à cet ouvrage, surtout pour le chapitre qui traite de la critique du Koran, de la formation de ce livre et de la succession chronologique des chapitres et des versets déplacés. Le second ouvrage de M. Wei! est intitulé L^gr^nd^Â bibliques des musulmans ^ compilées d'après des sources arabes et comparées aux traditions juives*. Quiconque a lu une seule page du Koran, sait que ce livre est rempli d'allusions à des légendesjuives sur des personnages du vieux Testament. Ces légendes n'ont aucune valeur historique, mais leur connaissance est indispensable à Tintelligence du Koran, et M. Weil a rendu service aux lecteurs de ce livre qui ne peuvent recourir aux commentaires originaux, en les tirant de divers recueils de traditions arabes et en les réunissant dans une espèce de manuel.

Les sciences des Arabes ont été l'objet des études de plusieurs savants; ainsi, l'histoire des mathématiques chez les Arabes a fourni à H. Sédillot la matière d'un ouvrage dont il vient de faire paraître le premier volume ^ L'objet de l'auteur

densibus et LipsieruibuSt éd. indicibasque instruxit H. Fleischer. Fascic. i et II. Leipzig, 18U-1845, in-4» ( 3^0 p.).

f. Hi»tùri9ch4nritiiche Einlêilung in den Koran, vonD' C.Weil. Bielofeld, 18-44, in-12(xxict 121p.).

â. BMiêche Legenden der Mu»ulmanner, von Dr G. Weil. Frankfùrt, 1845 iii-8* (298 p. ).

3. Matériaux pour servir à Vhiitoire comparée des sciences mathématiques

172 VINGT-StPT ANS D'HISTOIRE DKS ÉTUDES ORIENTALES.

est de prouver, par l'examen comparé des monumenls, que Técole deBaglidad a su perrectionner les connaissances en astronomie, en mathématiques et en géographie, dont elle avail reçu le dépôt des Grecs. Il recherche de plus quelle a été la part des Indiens et des Chinois dans les progrès des sciences exactes. Une partie des mémoires qui composent cet ouvrage avait déjà paru séparément dans divers recueils scientifiques, et quelques-unes des opinions émises par M. Sédillot ont donné lieu à une polémique qui ne parait pas encore épuisée.

M. de Sontheimer, à Stuttgart, a publié la traduction allemande du cinquième livre du Canon d'Avicenne^ qui traite des remèdes composés des Arabes. Il a complété par cet ouvrage sa traduction du grand Traité d'Ibn-Beithar sur les simples. On peut dire que c'est la première fois que cette partie des œuvres d'Avicenne parait dans une langue européenne, car la traduction qu'en a publiée au xvP siècle Gérard de Crémone est trop inexacte pour pouvoir être comptée. Les deux ouvrages de M. de Sontheimer embrassent toute la matière médicale des Arabes, et fournissent de riches matériaux pour l'appréciation des progrès que ce peuple avait faits dans une science dans laquelle il fut pendant des siècles le maître de l'Europe.

M. Favé, capitaine d'artillerie, qui s'occupait depuis longtemps d'un ouvrage sur l'histoire de l'artillerie, ayant consulté M. Reinaud sur les machines de guerre des Arabes, M. Reinaud lui communiqua les matériaux qu'il possédait sur celte question et traduisit un ouvrage du xiii' siècle, par Hassan el-Rammah, sur l'art de la guerre. Le résultat du travail des deux collaborateurs fut un traité sur Torigine de la poudre à

che% les Grecs et les Orienlaitx, par M. L. A. SédiUot. Paris, 18i5, in-8* (466 pa^es. Le volume n*est pas achevé).

1. Zitsammengesetite Heilmiliel der Araber nach dem fùnflefi Buch des Canon von Ebn Sina^ iibcrsetzt von D^ Sontheimer. Fribourç, 1845, in-H* (288 p.).

ANNEE ]8U-iai5. 173

canon 'y traité qui vient de paraître, et qui forme la première partie de l'Histoire de l'artillerie de H. Favé. Il ressort de ce travail que, selon toute probabilité, la poudre à base de salpêtre fut inventée par les Chinois et employée par eux aux feux de guerre ; que les Arabes et les Grecs la leur ont empruntée et en ont perfectionné tous les deux les applications; mais que l'artillerie, c*est-à-dire l'emploi de la qualité explosive de cette poudre, ne fut découverte qu'en Europe, vers la fin du XIII* siècle. C'est un livre curieux, dans lequel on trouvera plusieurs données nouvelles sur l'histoire de la chimie chez les Arabes, et où Ton observera avec intérêt la sagacité avec laquelle H. Favé a su appliquer les connaissances pratiques et scientifiques qu'exige son arme à Texplication des textes orientaux et grecs qui traitent des feux de guerre.

H. le baron de Hammer a publié un petit volume en arabe et en allemand, portant le titre de Rendez-vous de la prière * et contenant sept prières en prose riinée, pour différentes heures de la journée. M. de Hammer ne s'explique pas sur l'origine de ce volume, qui me parait entièrement composé par lui-même et publié en commémoration d'un deuil de famille. Je passe avec un silence respectueux devant ce monument d'une pieuse tendresse.

Les ouvrages destinés à faciliter la connaissance delà langue arabe sont assez nombreux et témoignent de l'extension croissante que prend cette étude. M. Caussin de Perceval a publié la troisième édition de son excellente Grammaire arabe vulgaire 3. H. Bled de Braine a fait paraître un Cours d'arabe %

1 . Du jeu grégeois, des feux de guerre et des origines de la poudre â canon, par M. Reinaud et M. le capitaine d'artillerie Favé. Paris. 1845,1 n- 8» (M7p. cH7 pi.).

i. Zeitwarie des Gebets, in sieben Tagesieilen, Ein Gebetbuch arobisch und deutschherausgegeben, von Hainmer-Purgstall. Vienne,! 844, in-8o(56ct 76 p ),

3. Grammaire arabe vulgaire pour les dialectes d'Orient et de Barbarie^ par M. Caussin de Perceval. Paris, 1854, in-S» ( 175 p. ).

4. Cours stjntkétiiiue, analytique et pratique de la langue arabe, où les

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