‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 32 sur 112 · ANN&K · texte numérisé non relu

ANN&K

df Gotha. M. Moeller en a fait paraître, ily a quelques années, une Mttîon liihographiée, qui offre un calque exact de roriginal; et c'est ce qui pouvait se faire de mieux, caries imperfections nombreuses du manuscrit, et surtout Fabsence des points diacritiques sur les noms propres, exigeront des travaux de critique longs et répétés ayant que l'on puisse en donner une édition par la voie de rimprimerie. M. Mordtmann a lutté avec beaucoup de bonheur et de savoir contre ces difficollés, quoique, en maint endroit, il se voie obligé de renoncer à fixer la lecture des noms de lieux. Il faut espérer que Tattention que ce travail remarquable doit exciter conduira à la découverte d'autres manuscrits du même ouvrage, qui permettront de fixer avec certitude la lecture de ce livre important.

ï. Kurd de Schlœzer a fait, des fragments d'un voyageur' arabe du x* siècle de notre ère, le thème d'une dissertation inaugurale. Abou-Dolef-Mis'ar avait entrepris, vers le milieu de ce siècle, un voyage en Tartarie, dans le Tibet et dans l'Inde, dont il paraît avoir consigné les résultats dans un traité aujourd'hui perdu. Les géographes postérieurs en ont incorporé des parties ou des extraits dans leurs ouvrages, et le fragment que M. de Schlœzer nous fait connaître est tiré du Ajalb-el-Hakhloukat de Kazwini. Il est publié avec une traduction et on commentaire.

M. Wûstenfeld, à Gœttingue, a commencé la publication du Moschtarik de lakouti*. C'est un dictionnaire d'homonymes géographiques, tiré, par l'auteur Iui*méme, de son grand dictionnaire de géographie. Quiconque s'est occupé de l'histoire de l'Orient a dû être souvent embarrassé par la fréquence de cetle homonymie, et l'on comprendra facilement l'intérêt d'un

1- Abu DolefÈiisaris her^Mohalhal, de itinere a»iaiico Cmnmentariuit edidit Kurd de Schlœzer. Berlin, 18 të, in-4*. (41 p )

i. JêcuV» Mo9chtarik; do» ui Lexiccn geographUeher Homonyme, herausfegcben von Wûslenfeld. Cahier 1. G5Uinfen, 1S45, mA\ (xTi, 8 et 160 p.)

livre destiné à lever les diflicuUés qui en résultent. M. Wustenfeld a trouvé deux rédactions du Moschtarik, dont la seconde contient des changements et des additions très-considérables faites par Iakouti lui-même; mais, comme elle offre en même temps des omissions, l'éditeur a trouvé nécessaire de combiner les deux rédactions, de manière à réintégrer dans la seconde, qui forme la base de son texte, les parties omises. Il a obvié aux inconvénients de ce procédé par un système assez compliqué de signes typographiques qui permettent au lecteur de distinguer la nature et Torigiiie des additions. Iakouti est un auteur du xm" siècle, qui a beaucoup voyagé et beaucoup écrit, et il serait très à désirer qu'on entreprit une édition de son grand dictionnaire géographique.

La dernière addition à nos connaissances géographiques que nous devons aux Arabes, est le Voyage au DarfouTy par le scheikh Mohammed, de Tunis, traduit par M. Perron, directeur de l'école de médecine au Caire, et publié par H. Jomard^ il est rare que nous ayons à citer l'ouvrage d'un auteur oriental vivant, et il a fallu un concours de circonstances singulières pour faire composer celui dont il s'agit ici. Lorsque M. Perron arriva au Caire, il prit le scheikh Mohammed pour maître d'arabe, et, s'élant aperçu qu'il avait fait des voysiges cx>nsidérables dans les parties les plus inconnues du Soudan, il le pria de lui en rédiger la relation pour lui servir de thème. C*est ainsi que fut compo;sé et traduit à mesure un ouvrage extrêmement curieux, dans lequel on sent parfaitement l'influence de l'intelligence européenne qui a forcé le scheikh à reporter ses souvenirs sur une quantité dépeints qu'un voyageur musulman, écrivant pour ses compatriotes, aurait certainement négligés. Le volume qui vient de paraître traite du Darfour, et donne la première description détaillée que nous ayons de ce pays ; le second traitera du Borgou et nous fera connaître une

1. Voyage au Darfour, par le Cheykh Mohammed ebn-Omarel Toans;. traduit de l'arabe par le Dr. Perron, et publié par les soins de M. Jomard. Paris, 1845, in-S».

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partie de TÂfrique qui nous est aujourd'hui entièrement inconnue et que jamais le pied d'un Européen n*a foulie. Il est probable que la nouvelle preuve que M. Perron a donnée de ce qu'on peut tirer des voyageurs musulmans dans Tintérieur de rAfrique^ et de la facilité avec laquelle ils visitent des pays qui nous sont fermés, portera d'autres fruits; je pourrais même annoncer dès aujourd'hui des tentatives semblables, si je ne craignais de nuire à leur réussite par une publicité prématurée.

Les ouvrages qui se rapportent à l'étude philologique de l'arabe ont été nombreux et en partie importants. 11. Fleischer a fait paraître la 4* livraison de son excellente édition du Commentaire sur le Koran par Beidhawi', et vous apprendrez sans doute avec plaisir que ce livre a déjà acquis une grande popularité parmi les mollahs des provinces musulmanes de la Russie. M. Flngel, à Heissen, a publié une édition des Définitions de Djordjani'. Le schérif Zeîn-eddin, de Djordjan, était un des savants que Timour amena à Samarkand pour en orner sa nouvelle cour. Djordjani y composa des ouvrages sur presque toutes les parties des sciences connues dans les écoles mosulmanes, sur les mathématiques, la théologie, la philosophie, telle qu'elle était enseignée alors, et la grammaire. C'était un temps de décadence où l'érudition se contentait, en général, de compilations et de commentaires. Le seul ouvrage de Djordjani qui ait conservé de la popularité parait être le Tarifât^ c'est-à-dire les définitions. M. de Sacy a donné une notice et des extraits de ce livre et en a démontré l'importance pour la lexicographie et la grammaire arabes. Depuis ce temps, il a paru à Constantinople une édition de l'ouvrage; mais, comme elle est assez incorrecte et qu'elle est devenue

1. BeidhawU Commentarius in Coranum ex codicUfut Paru. Dre$d. et LiptientibuSf edîdit, indictbusque instruxit H. 0. Fleischer, Leipstg, in-4*.

2. DefinUUmtê viri meriiiêsimi Sejjid Scherif Dickordichanij acceduni definitUmei theompki Mohammed vulgo Ibn Arabi dicti, Primum cdidii etadnotatiooe critica instruxit G. Fltigel. Lipsi®, 1845, ln-8'. (xxxviii et 336 p.)

rare, vous avez accordé, il y a deux ans, à M. Dernburg, une souscription pour une nouvelle édition qui doit être accompagnée d'une traduction française et d'un commentaire. M. Flûgel, qui, de son côté, s'occupait de cet ouvrage, vient de faire paraître, à l'aide des manuscrits de Paris et de Vienne, une édition très- supérieure à celle de Conslantinople. Djordjani, malgré tout son mérite, n'était qu'un compilateur et avait emprunté la plupart de ses définitions à des ouvrages plus anciens, qu'il ne parait pas toujours avoir copiés exactement, et que nous avons, par conséquent, intérêt à retrouver. M. Flûgel en a découvert un et Ta ajouté à son édition. C'est un petit livre, dans lequel Ibn-Ârabi, mystique du XIII'' siècle, a donné deux cents définitions de termes dont se servent les Soufis. C'est la première fois que ce petit livre est imprimé, malheureusement d'après un seul manuscrit qui a dû souvent laisser au savant éditeur des doutes sur le sens de l'auteur. Un autre des ouvrages dont s'est servi Djordjani, et dont on peut faire usage pour contrôler le Tarifai^ vient d'être publié à Calcutta, aux frais de la Société du Bengale, par M. Sprenger, directeur du collège de Dehli; c'est le Dictionnaire des termes techniqtiss des Soufis par ÂbdourrezakS auteur qui parait avoir vécu au commencement du xiv*" siècle. Ce livre doit avoir joui d'une certaine rcputiition parmi les Soufis, car il a été, un peu plus tard, remanié par d'autres auteurs.

Le Dictionnaire arabe-français de M. Kazimirski est arrivé à sa treizième livraison^, et le même savant vient de publier un conte tiré des Mille et une Nuits % dans le but de fournir aux commençants un texte d'arabe vulgaire. Enfin, au moment où je termine la liste des ouvrages arabes, je reçois le

1 . Abdu-r-raiiaq^ê Dictionary of the teclinieal terms of the Sufies^ edited in the arabic original by D' A. Sprcngcr. GalcuUa, 1845, in-8*. (167 p.)

2. Dictionnaire arabe^françaU, par M. Kaiimirski. Paris, in-^.

3. La belle Persane^ conte tiré des Mille et une NuitSy publié et traduit par M. Kazimirski. Paris, 1846, in-8».

AHlfËB MM94». il»

KetUmnaire détaillé des noms des vétemmU chez les Arabes^ par M. Dozy, à Leyde'. C'est un ouvrage considérable qui a été couronné par llnstitut royal des Pays-Bas, et dans lequel M. Dozy recherche le sens exact de chaque terme dont les Arabes se servent pour une partie quelconque de leurs vêtements. On sait combien les dictionnaires sont incomplets pour tout ce qui se rapporte i la vie réelle, et combien il est rare qu^on y trouve la définition exacte d'un objet d'usage habituel. M. Doiy a combiné partout les passages des auteurs arabes qui parlent d'un vêtement, avec les descriptions qu'en donnent les voyageurs européens, et il est parvenu de cette manière à indiquer, dans la plupart des cas, l'étymologie du mot, la forme exacte du vêtement, le pays et le temps où il était en usage. Je ne dois pas quitter M. Dozy, sans avoir rappelé l'inlenlion qu*il a annoncée de publier, par voie de souscription,, le Commentaire historique d'Ibn-Badroun sur le poème d'Ibn- Âbdonn, les voyages d'Ibn^Djobaîr, et une histoire de l'Afrique et de l'Espagne, d'un auteur inconnu. Vous avez trouvé dans le Journal asiatique^ les détails de cette entreprise, et le concours de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des Arabes ne manquera pas à M. Dozy.

La plupart des autres dialectes sémitiques ont aussi occupé les savants, sans parler des nombreux travaux que provoque tous les ans l'étude de l'hébreu ancien et moderne, et qui appartiennent au moins autant à la théologie qu'à la littérature orientale. M. Ewald a publié dans le Journal de M. Lassen une dissertation sur les textes puniques de Plante, et M. Movers en a fait l'objet d'un ouvrage particulier ^ C*est le texte phénicien le plus considérable que nous possédions, et il mérite, sous ce rapport, certainement toute la peine qu'on s'est donnée

1. Ùieiionnaire déMlé de» tiOfiM Aes tféUmênU cke% le» Arabe», par M. Dozy. Amsterdam, 1845, in-8*. (446 p.)

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