‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 34 sur 112 · HAPPOHT LU LE 17 AOUT · texte numérisé non relu

HAPPOHT LU LE 17 AOUT

Messieurs,

L'année qui s'est écoulée depuis la dernière séance générale (le la Société asiatique a été remplie de si grands événements politiques, que toute association, si paisible, si éloignée du Mt populaire, si exclusivement dévouée aux intérêts de la ^ieoce qu'elle soit, a dû se ressentir des suites de Fébranlement général de TEurope. La tourmente politique a surpris la Société dans un moment où elle devait croire sa prospérité assurée pour longtemps; le nombre des membres augmen- ^iil, toutes nos ressources s'accroissaient ; le gouvernement noas avait rendu les encouragements qu'il avait fait cesser depuis deux ans, et votre Conseil croyait que le moment était venu de donner à vos publications une impulsion nouvelle. Le voyage de Schulz, trop longtemps ajourné, devait être mis sous presse, el l'impression des deux derniers volumes de l'Histoire du Kachmir de M. Trover venait d'être décidée, lorsque la révolution de février éclata. En face d'un événeinent aussi considérable, votre Conseil a cru que son devoir était d'attendre, de suspendre provisoirement toute dépense nui n'était pas aécessaire à l'existence même de la Société, et

de veiller avant tout au maintien du Journal asiatique dans son étendue actuelle. Le Conseil a fait tout ce que les circonstances exigeaient; il a obtenu du premier ministre de Tinstruction publique de la République la conservation de la souscription accordée à votre Journal. La réserve qu'il a accumulée, et dont la commission des censeurs va vous rendre compte, met la Société au-dessus des besoins à prévoir, et avant tout il espère dans votre zèle. La révolution de 1830 avait produit un ébranlement semblable; toutes vos ressources s'étaient amoindries instantanément^ mais vous avez lutté contre les difficultés, et la Société s'est relevée en moins de temps qu'on ne l'aurait cru possible au premier moment.

Votre Société a entretenu, pendant l'année dernière^ les rapports les plus amicaux avec toutes les autres sociétés asiatiques, qui forment à présent un réseau embrassant le monde entier, provoquent partout des recherches, offrent partout des moyens de publication à des travaux isolés, et fournissent des matériaux abondants pour la connaissance de TOrient dans toutes ses parties. Il y a trente ans, il n'existait que deux sociétés asiatiques; aujourd'hui, il y en a seize, et les deux premières, au lieu de souffrir de cette concurrence, en ont acquis une énergie plus grande. La Société de Calcutta a continué la publication de son Journal S toujours si riche en matières neuves et importantes, et elle a recommencé à publier des textes orientaux, dont elle avait interrompu l'impression pendant quelques années, pour consacrer toutes ses ressources à d'autres besoins extrêmement urgents; caria mission delà Société de Calcutta est beaucoup plus grande et plus complexe que celle d'aucune autre Société asiatique : elle est pour llnde le foyer de toutes les sciences de l'Europe ; elle entretient un musée d'histoire naturelle et de géologie, et forme un comité consultatif {k)ur toutes les matières scientifiques dont le gouvernement la saisit.

1. Journal of the atiatie Society ofBengaL Calcutta, in->8o. (Le dernier

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La Société de Hadras a repris depuis quelque temps la pubticatioo de son Journal S qui s'est inèine visiblement aroé* Horéy et qui contient des articles très-eurieux sur les antiquités du midi de Tlnde. La Société asiatique de Bombay' continue à nous fournir des mémoires sur les inscriptions des rois bouddhistes de Tlndc, sur les Djains, sur les antiquités des côtes de Malabar, de l'Arabie et de l'Afrique orientale ; et la Société de géographie de Bombay' nous donne d'excellents travanx sur la géographie de ces mêmes pays. Qu'il me soit permis d'exprimer ici, de nouveau, le désir qu'elle veuille bien établir «n dépôt de ses Transactions en Angleterre, afin que les établissements auxquels elle ne les distribue pas, comme elle a la bonté de le faire pour notre Société, puissent les acquérir.

La Société de Dehli parait avoir commencé ses publications, mais il n'en est encore rien arrivé en Europe. La Société de Batavia, sous Timpulsion vigoureuse que lui a donnée M. Yan Hoêvell, a fait paraître deux nouveaux volumes de ses Transactions^, dont j'aurai à vous entretenir dans la suite, de ce rapport. La Société asiatique de Londres'^ a terminé le premier volume des Mémoires de M. Rawlinson sur les inscriptions de Bisoutoun; c'est le plus grand service qu'elle pouvait rendre à la science. Le Comité des traductions et celui des textes orientaux ont publié quelques volumes sur lesquels j'aurai à rêve-

numéro qui 5oit arrivé à Paris est le numéro CLXXXVii, ancieane série, Knier 1848.)

La Société publi«ra dorénaTaot, tous les six mois, un cahier de six feuilles de textes orientaux; on peut jf souscrire pour 30 francs par an.

t- Madriu Journal of literalure arui science. Madras, in-S". (Le dernier numéro que nous ayons reçu est le numéro 32, juin 1847.)

^ Journal of the Bombay branch of the royal atiatic Society. Bombay. In-8». (Le dernier numéro connu à Paris est le numéro xi, 1847.)

3. Transactiom of the Bombay geographieal Society y from february to «iecember 1846. Bombay, 1846, in-8».

4. Verhandelingen van het Bataviaasch Genooischap van Kunslen et» HW«wcAappen, t. XXI, vol. I et H. Batavia, 1&47, in-8o.

^. Journal of the royal asiatic Society of Great Britain and freland^ »oi- IX et X. Londres, 1847, in-S».

tit VINGT-SEPT ANS D*H1ST0IRR DES ÉTUDES ORIENTALES.

air plus tard. La Société orientale allemande a donné à son journal' une étendue plus grande, et a commencé à appliquer son système d'encouragements pour la publication des textes orientaux par le moyen de souscriptions.

Il ne s'est formé, pendant la dernière année, aucune nouvelle Société asiatique; mais la fondation de TAcadémie impériale de Vienne' promet'à la littérature orientale un nouveau et puissant auxiliaire, et la nomination de M. Ham— mer-Purgstall à la présidence de l'Académie prouve que lapatrie de Meninski ne veut pas rester indifférente aux études sur l'Asie. Le gouvernement autrichien a donné encore une autre preuve d'intérêt pour la littérature orientale, en autorisant, il y a quelques années, H. Auer, directeur de l'Imprimerie impériale de Vienne, à compléter la collection des poinçons orientaux de cet établissement. M. Auer s'est mis à l'œuvre avec un zèle et une intelligence remarquables; il a fait graver, en peu de temps, des caractères de toutes les langues orientales, et a publié, à la fin de Tannée dernière, un spécimen^ de ces nouveaux types, à la richesse duquel ne peut se comparer que celui de llmprimerie nationale, publié aussi Tannée dernière. On aperçoit peut-être, dans le spécimen de Vienne, quelques traces d'un désir trop ambitieux de se comploter rapidement, mais c'est un ensemble magnifique, qui fait le plus grand honneur au gouvernement autrichien et à H. Auer. C'est, de tous les encouragements que le gouvernement pouvait donner, le plus efficace, surtout combiné avec les intentions annoncées par M. Auer, de se charger des impressions orientales à des prix extrêmement modérés, et le résultat a été tel, qu'en moins de deux ans il a paru à Vienne seize ouvrages dans

i. Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft, vol. II, cahiers 1 et 2. Leipzig, 1848, iii-8*. Jaliresbericht der deutschen morgenlandUchen Gesellscfiaft, fur das Jalir 1816. Leipzig, 1847, in-8». (243 p.)

t. Siiiungsberichte der kaiserliciten Akademie der WisunschafteH. Cahier 1. Vienne, 1848, in-S". (168 p.)

3. Sprachenhalle. Vienne, Imprimerie impériale, 1847, in-fol.

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différentes langues de l'Asie, et il en est un, dans le nombre, qui n^aurait pu paraître dans aucune autre imprimerie du

monde.

Je devrais peut-être compter parmi les Sociétés asiatiques la réanioQ des savants hollandais qui publient le recueil intitulé Orientalia^j dont le second volume contient des mémoires de Haraaker, Weijers, de MM. Roorda, Dernburg, Juynboll, \Vu&tenfeld et Dozy, qui, pour la plupart, sont relatifs à Thistoire littéraire des Arabes.

J ai maintenant à mettre sous vos yeux le tableau des progrès qu'a faits la littérature orientale depuis deux ans, parce que, dans le rapport de Tannée dernière, des matières plus urgentes avaient occupé la place ordinairement réservée à rénumération des ouvrages imprimés pendant Tannée. Cette liste, nécessairement plus longue qu*à l'ordinaire, sera néanmoins, je le crains, encore plus incomplète, et je sollicite d'avance votre indulgence pour les omissions que vous pourfez remarquer et que j'aurai commises très-involontairement.

La littérature arabe s'est enrichie d'ouvrages nombreux, considérables, et embrassant presque toutes les parties de Thistoire et des lettres des Arabes. L'illustre Reiske avait composé, il Y a maintenant un siècle, un ouvrage sur l'histoire ^cienne des Arabes, qu'il n'a pas eu le temps de publier, et qui, après sa mort, passait pour perdu. Il avait lui-même communiqué les matériaux, qu'il avait réunis, à Eichhorn, qui s'en est servi dans ses Monumenta antiquissimœ historiœ Aral^uïïif et les mêmes cahiers ont été plus tard mis à profit par Rasmussen. Mais, il y a peu d'années, M. Wustenfeld découvrit dans la bibliothèque de Goettingue, une copie de l'ouvrage

^ Orienialia, edentibus Juynboll, Koorda, Weijers. Vol. II. Amsterdam <8i6. (600 p.)

tu VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

même de Reiske, et se décida à le publier, par piété pour la mémoire de Tauteur, en le complétant par de nombreuses additions ^ On ne doit pas s*étonner qu*un travail d'érudilion qui ne parait qu'un siècle après avoir été composé, et surtout un travail dont les matériaux manuscrits avaient déjà été exploités par deux auteurs différents, ait perdu une partie de son importance; c*est au contraire une preuve éclatante de la solidité du savoir et de Tcxcellence de la méthode de Reiske, de pouvoic dire qu'un livre publié dans ces circonstances n'est pas devenu inutile après tant de travaux qui ont jeté des lumières sur les différentes parties de l'histoire ancienne de l'Arabie.

Il manquait, malgré tous ces travaux, un ouvrage sur l'ensemble de cette partie obscure de Thistoire. Les difficultés inhérentes au sujet sont extrêmement grandes ; il fallait suivre le sort d'une multitude de tribus qui ne formaient pas un corps de nation, et dont les chroniques consistaient en tables généalogiques, en traditions populaires, en fragments de poésies improvisées et conservées seulement dans la mémoire des familles; il fallait coordonner ces faits incomplets, en juger l'authenticité, en tirer tout ce qu'ils contiennent de vérités sans en exagérer la portée; les contrôler l'un par l'autre, les compléter par les témoignages épars que nous fournissent les annales des peuples qui ont été en contact avec les Arabes avant Mahomet; enfin, réunir tous ces traits isolés dans un tableau général qui pût donner une idée de l'état de la race arabe au moment où elle devient une nation unie, conquérante, et prenant sa place dans l'histoire universelle. Cette grande entreprise a été tentée par M. Caussin de Perceval et conduite à sa fin par un travail de plus de dix ans, dont il vient df publier le résultat sous le titre trop modeste d* Essai sur rhU-

1, J.J. Ràskiiprimœ lineœ hUtoriœ regnorum arabicorunif ei rtrum ai Arabibus medio inter Christum et Muhammedemtempore yestorirm, cum tabulis cfenealogicis e libro nianuacripto edidit P. Wûsteiilbld. Goettiogen, 1847, in^. (xvi el ÎU p.)

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ioire des Arabes avant Vhlamisme^. On y trouve toutes les données que fournissent sur ce sujet les poêles, les commentateurs, les généalogistes et les chroniqueurs des Arabes, et toutes celles que les auteurs grecs et latins y ajoutent, éclairées parnne critique sage, ordonnées avec le plus grand soin, et présentant un ensemble qui restera la base de tous les travaux futarssur ce sujet; car la découverte de nouveaux manuscrits arabes et l'étude des inscriptions himyarites pourront servir à préciser des points indécis, lever des difficultés aujourd'hui insolubles, aider à remplir le cadre dans lequel l'absence de matériaux laisse nécessairement beaucoup de vides; mais rien ne pourra changer l'ensemble de ce tableau si savamment ordonné.

A cette introduction à l'histoire des Arabes se rattachent naturellement les travaux nombreux qui ont été faits sur les époques postérieures de l'histoire de ce peuple et de sa religion. La première mention est due à la continuation de l'Histoire des khalifes', par M. Weil, à Heidelberg, dont le second volume vient de paraître. M. Weil a lire les matériaux de son ouvrage, en grande partie, de manuscrits des bibliothèques publiques de Paris, de Leyde et de Gotha, qui lui ont été confiés de la manière la plus libérale; et la communication qu'il en a obtenue^ impossible il y a vingt ans, témoigne hautement des progrès que la république des lettres a faits de notre temps. On connaît la jalousie étrange avec laquelle on gardait autrefois les manuscrits dans les bibliothèques publiques; on les Sillachail avec des chaînes, comme à Florence ; on en cachait le catalogue ou on en reniait Texistence, comme à Rome et à

^'E»9aisur Vhistoiredeê Arabes avant VMamisme, pendant l'époque <te Mahomet et ju8qu*à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane, par A P. Gaussin de Perceval. Paris, 1847, in-8*; vol. I, p. xii, ^-Itet H tableaux; vol. H, p. 702. (Le troisième et dernier volume est MU» presse.)

«• GetrJUchte der CMifta, aus handsciiriftiichcn groesstcntheils noch QDbenuUten Quellcn bearbeitei von 1)^ G. Weil. Mannlieim, 1848, in-S»; ^1. II. (702 p.)

l'Ëscurial; on en refusait presque partout le prêt au dehors; on avait l'air de les regarder plutôt comme des reliques que comme des instruments de travail. Aujourd'hui, la plupart de ces barrières sont tombées, et même dans les bibliothèques où l'on ne prête pas encore au dehors, comme dans presque toutes les bibliothèques publiques de l'Angleterre, ce n'est plus cette superstition farouche qui l'empêche, mais des lois anciennes, qui s'effaceront devant l'esprit du temps, et déjà la communication dans les établissements mêmes est partout devenue aussi facile et aussi prévenante que possible. Dans d'autres bibliothèques, comme celles deSaint-Pétersboui^,(ie Berlin, de Gotha, de la compagnie des Indes, de la Société asiatique de Londres et autres, on a acquis assez de respect pour la science, et assez de confiance dans les savants, pour prêter des manuscrits, même en pays étranger, aux personnes dont le nom et le caractère inspirent de la confiance,* et c'est ainsi qu'aujourd'hui M. Weil a pu écrire, dans une ville dépourvue de manuscrits orientaux, une Histoire du Khalifat, tirée des sources, riche en faits auparavant inconnus ou mal jugés.

Le second volume de l'ouvrage de M. Weil contient l'histoire politique du Khalifat d'Orient depuis la chute desOmmiades jusqu'à la mort du vingt-deuxième khalife de la dynastie des Abassides. C'était l'époque de la plus grande splendeur extérieure de l'empire des Arabes, où leur pouvoir, et en même temps leur culture intellectuelle et littéraire, atteignirent leur point culminant, mais où déjà des causes secrètes de dépérissement se développaient rapidement et conduisaient à la défection des provinces éloignées de Bagdad. M. Weil suit en détail l'histoire de chacune de ces révoltes ; mais ensuite, pour conserver l'unité de son plan, il abandonne ces nouveaux états aussitôt qu'ils ont conquis leur liberté, et ne s'en occupe plus que dans leurs rapports avec le Khalifat. Il a parfaitement jugé en cela, car la plupart de ces états n'avaient de coinosun avec l'empire de Bagdad que leur origine et une ressemblance fondamentale dans les institutions; mais leur sort et leur

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dorée dépendaient de circonstances entîëFement étrangères au

Khalifat.

L'histoire de tous ces états mérite d'être traitée à part, et ne sera bien comprise que quand on en aura fait le sujet d'ouvrages spéciaux; aussi voyons-nous paraître presque tous les ans des travaux considérables destinés à fournir des matériaux pour l'histoire de l'une ou de Tautre de ces dynasties musulmanes. M. Defrémery a donné dans le Journal asiatique une histoire des Sajides et une des Seldjoukides, et il Tient de publier un savant mémoire sur les Émirs al-oméra', les maires du palais des khalifes Abassides, mémoire destiné à servir d'introduction à une histoire détaillée de la dynastie des Bouides, qu'il nous promet. M. Dozy, de Leyde, a fait imprimer, aux frais du Comité des textes orientaux, le texte de Thistoire des Almohades d'Espagne, par Abdoul-Wahid al- Marrekoschi', composée l'an 1234, et contenant la vie des six premiers rois de cette dynastie. L'auteur était contemporain d'une grande partie des événements dont il parle, et son ouvrage est d'une impartialité rare. En outre, M. Dozy, dont le zèle est infatigable, nous a donné le premier volume d'une collection d'ouvrages arabes dont il a entrepris la publication '. Ce Tolume contient le poëme d'Ibn-Abdoun, composé au commencement du XIII" siècle, à l'occasion de la chute des princes Aphlasides de Badajoz, et renfermant une espèce d'abrégé de Thisloire des chutes des princes et des monarchies. Ce poème, froid et artificiel, obtint une grande renommée, grâce à la retherche du style de l'auteur et au mauvais goût d*une époque

1. Mémoires 8ur les Émin al^omèrû, par M. Defrémery. Paris, 1848, in- ^'- ^^ p.) (Extrait du t. H des Mémoim préêentéê par divers Savants à f Académie des inscriptions,)

•' The History of the AlmoMdes, prcceded by a sketch of the hîstory o| Spain, from the times of the conquett tiU the reign of YusoMbn-Tas- Wfia, and of the hîstory of the Almoravîdes, by Abdol-Wahid al-Marrekoshi, edited by Dozy. Leydc, 1847, in-8». (xxii et «90 p.)

3. Ouvrages arabes, publiés par M. Dozy. Leyde, 1846-7, in-8*. Liv. I, "■ (5Î2 et 128 p.)

de décadence, et il devint une sorte de manuel d'histoire universelle, à l'aide d'un commentaire savant qu'un autre auteur arabe-espagnol, Ibn-Badroun, y ajouta vers la fin du même siècle. C*est dans ce commentaire que réside le véritable intérêt du livre; on y trouve une foule de faits et d'anecdotes historiques qui l'ont fait rechercher par les lecteurs en Orient et par les savants en Europe. M. Dozy publie, pour la première fois, le poëme et le commentaire, et y ajoute des notes critiques et historiques.

Niebuhr, Thistorien de Rome, avait traduit dans sa jeunesse rhistoire de la conquête de la Mésopotamie par Wakedi; ce travail était resté manuscrit, et M. Ewald a publié, il y a quelques années, une traduction d'une partie du même ouvnige. Maintenant H. Mordtmann, drogman des villes hanséatiques à Constantinople, et avantageusement connu par sa traduction d'Istakhri, a fait paraître le travail de Niebuhr, en le complétant et en raccompagnant d'une introduction et de notes'. Wakedi a joui en Europe d'une grande réputation, depuis que Ockley s'est servi de son histoire de la conquête de la Syrie, comme source principale, pour la composition de son Histoire des Sarrazins. Mais des extraits ne peuvent donner qu'une fausse idée d'un auteur aussi singulier. Wakedi était kadi de Bagdad dans la la dernière moitié du ii° siècle de l'hégire. II prit plaisir à réunir les traditions populaires sur la conquête des provinces principales qui formaient alors le Khalifat. C'est ainsi qu'il composa des ouvrages sur la conquête de la Syrie, de l'Egypte, de la Mésopotamie et de la Perse. Il suivit le système général des Arabes des premiers siècles de l'hégire, qui composaient leurs livres d'histoire d'une série d'anecdotes, dont chacune portait en tête la liste de tous ceux qui l'avaient transmise, en remontant jusqu'à un témoin oculaire. Wakedi se conforme

i. Geschichte der Eroberung von Me$opoiamien und Arménien^ too Mohammcd-ben-Omar-el-Wakedi, aus dem arabischen iibersetzt, von B. G. Niebuhr, herausgegebea und mit Erlauterungen ver8eheD,Yon D' Mordtmann. Hambourg, 1847, in-4*.

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en général à cette méthode, et cite dans beaucoup de cas les garants des anecdotes qu*il fait entrer dans son récit ; mais il ne se contente pas de ces matériaux; il cherche à leur donner de la vie et à les compléter en y joignant une foule de récits évidemment apocryphes, ou au moins embellis par la tradition orale. Aussi ses ouvrages devinrent-ils bientôt populaires et servirent de texte aux conteurs publics, qui, à leur tour, paraissent les avoir enrichis de leurs interpolations. Il n'est pas facile dedistinguer aujourd'hui ces additions, mais elles ne paraissent pas avoir changé le fond même de l'original, et au moins l'histoire de la conquête de la Mésopotamie me parait n*avoir été, dès le commencement, qu'un roman historique, dans lequel l'auteur a sans doute fait entrer des parties vraies, mais qu'il serait difficile de séparer des fables qui les entourent, parce que nous manquons presque entièrement de renseignements pour cette partie obscure de l'histoire des conquêtes des Arabes.

La géographie des Arabes a eu sa large part dans les progrès qu*a faits Tétude de toutes les branches de la littérature arabe. M. Reinaud vient de faire paraître la première moitié de sa traduction de la Géogr<aphie d'Aboulféda *, ouvrage dont il s'est occupé depuis le pioment où il commença à travailler à l'excellente édition du texte d'Aboulféda qu'il a publiée avecM. de Slane, et qui a paru aux frais de notre Société. La traduction, accompagnée de violes et d'éclaircissements, achève de rendre accessible à tous ceux qui s'occupent des sciences historiques, l'ouvrage du prince de Hama; mais H. Reinaud ne s'est pas contenté de traduire seulement son auteur, il lait précéder sa traduction d'un travail très-considérable sur l'histoire de la géographie chez les Arabes. C'est la première fois que ce sujet important est traité d'une manière aussi (complète. M. Reinaud y expose les origines de la géographie

1- Géodraphle d'Aboulféda^ traduite de l'arabe en français, par M. Rei- ^<i. T. I et II, p. 1. (CDUV et 3Î7 p.)

des Arabes; il examine ^t analyse les ouvrages de leurs prin- , cipaux voyageurs et géographes; il discute en détail toutes les parties de leur doctrine, leurs méthodes astronomiques et mathématiques, en tant qu'elles influent sur la géographie, le système de leurs cartes, retendue et les progrès de leurs connaissances géographiques, l'origine de la boussole, enfin, toutes les matières qui rentrent dans ce vaste sujet. Il a ajouté à son ouvrage des cartes qui représentent la terre selon les systèmes et les connaissances d*Istakhri, d*Édrisi, d*Albateni et de Masoudi.

Je ne dois pas quitter ce sujet sans mentionner que M. Schier, à Dresde, a publié la dernière livraison de son édition lithographiée du texte d'Âboulféda'.

H. Wustenfeld a achevé son édition du texte du Moschtarik de Yakouti ^. Cet auteur appartient à Tépoque extrêmement importante de la littérature arabe qui a précédé immédiatement les conquêtes de Djinguiskhan, époque où le savoir des Arabes avait acquis son plus grand développement et où des bibliothèques, plus riches et plus nombreuses qu'elles n'avaient jamais été, fournissaient aux érudiis des matériaux abondants. On pourrait comparer cette époque à celle des Alexandrins ; il y avait une décadence politique complète dans la nation, accompagnée d'une grande ardeur pour les lettres. Les défauts inhérents à une pareille période littéraire, l'esprit de compilatioa et de plagiat qui dominait alors dans les écoles des Arabes, sont devenus pour nous des qualités précieuses, parce que ces auteurs nous ont conservé une quantité de passages copiés dans des écrivains plus anciens et meilleurs, dont les ouvrages ont péri dans l'épouvantable destruction qui accompagna les

1. Ismaël Aboulféda, Géographie en arabe, publiée d'après deux manuscriU, par Ch. Schier, édition autographiée. Liv. III, IV. Dresde, 18i7, in-fol.

2. Jacttt*8 MoKhtarik, das ist Lexicon geographischer Homonyme, ans den Handschrinen zu Wien und Leyden, herausgegebca von F. Wiisteofeld. Cahiers II et III. GoUingea, 1846, in-S«.

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invasions et le commencement du règne des Mongols. Au reste, Yakoati lui-même est un auteur remarquable et non pas un simple compilateur. Il était grec de naissance et devint Tesclave d'un marchand musulman qui lui fit donner quelque éducation et l'employa dans ses affaires et à des voyages que Hécesâtait son commerce. Plus tard, devenu libre, Yakouti se livra à son goût pour le savoir, et devint copiste et libraire. Il parle avec des regrets touchants des années qu'il avait passées dans les bibliothèques publiques de Herv, d'où il avait tiré la plus grande partie des matériaux pour ses ouvrages, et dont il fut chassé par l'arrivée des Mongols. Yakouti est un auteur éclairé et honnête; il a soin de citer ses sources, il en discute Tautorité, les rectifie quand ses nombreux voyages lui en fournissent le moyen, et classe méthodiquement les renseignements qu'il trouve sur l'histoire ancienne des localités dont il parle. Enfin, c'est un des meilleurs géographes de son temps et de sa nation. Le Moschtarik, que publie M. Wustenfeld, est un extrait du grand dictionnaire de Yakouti, et ne traite que des noms qui sont communs à . plusieurs localités. L'utilité évidente d'un pareil ouvrage l'a rendu très-populaire en Orient, et elle sera certainement reconnue en Europe par les savants auxquels M. Wustenfeld le rend accessible. Il faut espérer que ce travail provoquera une édition du grand dictionnaire de Yakouti ; mais il faudrait, avant de l'entreprendre, faire rechercher en Orient des manuscrits plus complets et plus corrects que ceux qui se trouvent aujourd'hui dans les bibliothèques de l'Europe. C'est un de ces objets que le gouver* nement français devra indiquer aux voyageurs qu'il envoie dans le Levant, et qu'il pourrait désigner à l'attention de ses agents diplomatiques.

M. Wustenfeld, après avoir achevé cet ouvrage, a commencé immédiatement, et avec les encouragements de la Société orientale allemande, une édition de la Cosmographie de Kazvini K n comprend sous ce titre deux ouvrages du même au-

t. Z9lMriia4>en'Muhammed'benrMahmMd'd^CauiHM*$ Kotmofgrapkie,

teur : son célèbre TraUé des merveilles de la créationy et le ^Livre des m&numeîUs des pays. Il pense que, dans Tintention de l'auteur, ces deux ouvrages n'en faisaient qu'un seul ; et, dans tous les cas, nous ne pouvons que gagner à les posséder tous les deux. Kazwini est un compilateur dans le genre de Pline et des encyclopédistes du moyen âge, réunissant dans un cadre méthodique les observations et les opinions d'une quantité d'auteurs; son Traité de9 merveilles de la création surtout est extrêmement curjeux, parce qu'il nous donne une masse de renseignements sur les théories et les observations des Arabes dans toutes les parties des sciences naturelles. Les fables mêmes qu'il a adoptées ne sont pas sans intérêt pour le naturaliste, qui y cherche la trace d'un fait vrai, mais mal observé, et pour l'historien, qui y trouve la preuve de la transmission des erreurs populaires de peuple en peuple. M. Wustenfeld a commencé sa publication par le second volume, qui contient Les monuments des pays, c'est-à-dire la partie géographique proprement dite de l'ouvrage, et son activité extrême nous fait espérer qu'il mettra bientôt entre nos mains Les merveilles de la création, qui doivent former le premier volume.

Je passe des sciences historiques immédiatement à la poésie arabe; car aujourd'hui on s'occupe de la poésie orientale, avant tout, dans un but historique. Autrefois on étudiait la poésie arabe presque exclusivement pour y trouver des comparaisons avec le Vieux Testament et l'explication des termes bibliques; plus tard, on la cultivait dans un but d'esthétique et par admiration pour une poésie originale, exprimant fortement, dans une forme énergique et quelquefois parfaite, quelques-uns des sentiments communs à l'humanité entière; aujourd'hui, on y cherche principalement la trace des mœurs des Arabes, les sentiments caractéristiques de cette race et

herausgegeben von F. Wastenfeld. Deuxième vol. Gôttinfren, 1847, in-S. (418 p.)

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les souvenirs de leur histoire. La nature de l'ancienne poésie arabe se prête parfaitement à cette manière de voir; car, pendant bien des siècles, tout le travail intellectuel des Arabes se résumait en vers; chaque événement donnait lieu à un morceau de poésie, chaque homme marquant chantait ses faits ou ceux de sa tribu, et chaque tribu avait son diwan, qui contenait ses titres à la gloire guerrière et littéraire. Le nombre infini de ces pièces détachées et des collections qui en ont été faites, produisit le goût des anthologies, dans lesquelles on réunissait les meilleures pièces, et qui peu à peu faisaient tomber en oubli les collections originales, dont un très-petit nombre s'est conservé, de sorte que c'est surtout dans les anthologies que nous avons à chercher Tancienne poésie des Arabes. Un des plus célèbres de ces recueils est celui qui porte le titre de Harnasa. Il a été composé dans les premières années du m" siècle de Thégire, par le poëte Abou-Temmani, qui, revenant du Khorasan, fut arrêté par les neiges à Hamadao, où il occupa ses loisirs forcés à faire, dans la riche bibliothèque d'Aboul-Wefa, des extraits des nombreuses collections de poésies que ce savant avait réunies. Il composa ainsi cinq anthologies, dont le Hamasa est la plus connue. Elle contient des pièces entières ou des fragments appartenant à cinq cent quinze poêles, tous ou antérieurs à Mahomet, ou ses contem* porains, ou appartenant à la génération qui Ta suivi immédiatement. Le Hamasa devint bientôt un livre classique, qui obtint l'honneur de nombreux commentaires, et attira l'intérêt des savants de l'Europe aussitôt qu'on eut commencé à s'oc-* euper de l'ancienne littérature arabe. M. Freytag en publia, en 18^, une édition complète, avec le commentaire de Merkoui^ et récemment il en a paru deux traductions et des fragments d'une troisième. M. Rûckert en a publié une version complète en allemand, accompagnée de quelques notes historiques ^«

i. Hamasa, odor die âlteslen arabUchen Volkslieder, gesammelt von Abu-Temmam, tibersetzt und erlautert von Riickert. Stuttgart, 184ft« * vol. in-»».

Vous savez avec quel merveilleux talent H. Rûckert a rendu en allemand les Séances de Hariri; ici il avait à lutter contre d^autres difficultés, car il s'est imposé une traduction en vers, et souvent dans le mètre de l'original. C'est une entreprise dont la réussite parait presque impossible, à cause de la brièveté et de la concentration du style arabe de cette époque, qui place le traducteur sans cesse entre les deux écueils de la prolixité ou de l'obscurité. M. de Hammer, qui paraît avoir traduit de son côté, il y a longtemps, une grande partie de ces poésies, en a publié, à Toccasion du travail de H. Rûckert, de nombreux spécimens, aussi en vers'.

M. Freytag avait annoncé déjà, dans la préface de son édition du texte, qu'il se proposait d'en publier une traduction latine', et il vient d'en faire paraître la première moitié. Si H. Rûckert adresse son travail aux lecteurs en général, à tous ceux dont le goût est assez cultivé pour rechercher, dans des poésies étrangères, l'expression vive de sentiments passionnés, comme on en trouve dans la poésie arabe, M. Freytag, au contraire, se propose de satisfaire aux besoins des savants qui veulent étudier dans l'original ce livre difficile. Il leur offre d'abord une traduction latine très-littérale, et, pour les aider à se servir du commentaire de Merkoui, qui fait partie de son édition du texte arabe, il traduit en entier les cent premières pages de ce commentaire; ensuite il continue sa traduction du texte, en faisant suivre chaque vers d'un ample commentaire historique et grammatical de sa propre composi^ tiouy destiné à lever les nombreuses difficultés qu'offre 1^ lecture du Hamasa.

Dans les temps qui suivirent la compilation du Hamasat I^ poésie arabe continua à fleurir, et le nombre immense des

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