Voyez les Annales de Vienne^ 18i
2. Hamoêœ Carmina cum TebrisU 9cholii$ integris éditai versione latH^ commentarioque Ulustravit G. G. Freytag. Vol. II, continens versiooei^ latinam, commentarium et indices. Bonn, 1847, in-io. (xxx, 651 p.)
ANNÉE 18i7.1g4& 28$
pièces qu'elle produisit fit naître de nouvelles collections où
I on réunit celles qui avaient eu le plus de succès. Le goût des Arabes avait d'ailleurs changé, et la poésie des cours du i^ siècle de Thégire était moins âpre et moins énergique, mais plus savante et plus artificielle que n avait été celle du désert.
II se forma des écoles de critique, et l'on vit naître quelque chose d*assez semblable à la guerre entre les classiques et les romantiques de notre temps. Un des hommes qui prirent le plas de part à ces discussions fut Abou-Mansour Tsa*libide Kischapour, lequel maintint la supériorité des poètes de son temps sur les poètes anciens, et composa, pour la prouver, une grande anthologie tirée des œuvres des poètes contemporains et intitulée Laperle. Il accompagna les extraits qui forment le fond de son ouvrage de la biographie des auteurs à qui il les emprunte et d'une appréciation de leurs œuvres. C'est un livre curieux, sous bien des rapports, par les détails qu'il donne sur la vie des gens de lettres et de cour dans le iv* siècle de Thé* gire, par le choix des poésies qu'il nous conserve et par les théories littéraires qui y sont exposées. Ce grand recueil est inédit, mais M. Dieterici vient de nous le faire connaître par une notice générale accompagnée du texte et de la traduction du second chapitre du premier livre, qui traite de Mote** nabbi'.
Celte seconde phase de la poésie arabe n'a pas cessé de se développer, et les qualités aussi bien que les défauts qui la distinguent ont continué à grandir, jusqu'à ce que ce genre artiûciel ail atteint son plus haut degré de perfectionnement dans les Séances de Hariri, ouvrage étonnant par la finesse de Tesprit, larecherche de l'expression, l'emploi savant de toutes les ressources d'une langue riche et souple. C'est le chefd'œuvre du raffinement. Ce monument remarquable de l'abus de l'esprit et de l'affaiblissement du goût chez les Arabes a été
1. Mutanahhi und Seifuddaula, aus der Edelperle des Tsa&libi dargeitettt voR Dieterici. Leipzig, 1847, in-8*. (!Î00 p.)
publié par M. de Sacy avec un commentaire, en partie extrait des commehtaires originaux, en partie composé par lui-même. Cette édition a acquis une grande et juste renommée en Orient, où tout ce qu'il y a encore de savants s'est ému à cette concurrence d'un Européen dans cette partie du savoir qu'ils honorent le plus, parce que c'est la seule qui leur reste, l'intelligence des délicatesses de la grammaire arabe. Il vient de paraître une preuve de l'intérêt qu'ils ont pris à ce grand travail, sous la forme d'une lettre qu'un grammairien arabe, Nasifi de Beyrouth, adressa à H. de Sacy. Cette lettre a été publiée à Leipzig par M. Mehren *■ ; elle contient des remarques critiques sur le texte de Hariri et sur le commentaire de M. de Sacy; mais elles sont peu importantes, quelquefois inexactes, et ne prouvent pas beaucoup en faveur du savoir des Arabes d'aujourd'hui. L'ouvrage de M. de Sacy a été, en Europe, l'objet d'un travail plus utile. L'édition de Hariri étant épuisée, MH. Reinaud et Derenbourg' en ont entrepris une seconde, dans laquelle ils ont revu, sur les "inanuscrits, les nombreux vers cités dans les commentaires et ont rétabli, dans un certain nombre de cas, les véritables leçons; ils ont, en outre, corrigé ces fautes légères qui échappent toujours à l'attention d'un auteur dans la première édition de son livre. Le texte et le commentaire arabe de la nouvelle édition sont achevés, et les éditeurs vont y ajouter un commentaire français de leur composition.
Avant de quitter la poésie arabe, je dois mentionner une curiosité littéraire; c'est un drame arabe en vers^, précédéde
1. Epistola criiica Nasifi al-Iaiigiy Berytensig ad De Sacijum, versione latîna et adnotationibus iilustravit indiceinque addidit A. F. Mehren. Leipzig, 1847, in-8\
2. Les Séances de Hariri, publiées en arabe, avec un commentaire choisi par M. S. de Sacy, 2» édition, revue sur les manuscrits et augnieotée d*un choix de notes historiques et explicatives en français, par M. Keinaud et H. Derenbourg. Paris, 1848, in-4% t. I. (687 p.)
3. alkMj] **aà^ t^lxjbX^ i^tv3 Alger, 1818, in-i% lithographie. (III et
Texposé de la situation, de la liste des personnages, enfin un drame en règle, au moyen duquel Fauteur, M. Daninos, à Alger, parait vouloir essayer de donner aux Arabes le goût du spec* tacle et de la poésie dramatique.
La théologie musulmane s*est enrichie de quelques publicatioBs qui rentrent dans la branche de cette science que les Arabes appellent kalam et qui est née de leur contact avec les écoles philosophiques des Grecs. Ces écoles ayant fourni aux sectes musulmanes schismatiques des armes contre la théologie orthodoxe, celle-ci a été obligée, à son tour, de se servir de la philosophie pour défendre son interprétation du Koran, etilest né de ce conflit une philo$ophie de la religion toute semblable à celle des scolastiques du moyen âge. On voit encore aujourd'hui, dans tous les rapports que les missionnaires chrétiens ont avec des musulmans lettrés, et par les listes des livres qui s'impriment au Caire et à Constantinople pour les écoles savantes, avec quelle ardeur on y étudie ce mélange de dialectique et de théologie, et Ton discute aujourd'hui, à Damas et à Dehii, avec la même gravité, sur Tétre et le non>étre, la quiddité et la causalité, qu'on le faisait à Paris il y a cinq siècles. Il a paru récemment en Allemagne deux ouvrages de ce genre. H. Wolf a publié une nouvelle édition du texte et une traduction allemande des éléments philosophiques de Senoasi^ dont il avait déjà paru une édition au Caire. Ce petit manuel est bien fait pour montrer la méthode suivie dans celte théologie scolastique. Le second de ces livres porte le titre i^ Stations (TAdhad-eddin^el^Idji ', ouvrage du viii* siècle de l'hégire et célèbre dans les écoles musulmanes. Il avait été déjàiroprinié à Constantinople, et M. Soerensen vient de publier
1- El SenwCi Begriiftentwiekelwèg des Muhammedanisehên Gtaubent- ^dsemUmtsei, arabisch and deaUch von D' WolflT. Leipxig, 1848. (vni, 22 et 10 p.)
S. Statio quinta et uxta et appendix libri Mevakif, auctare Adhad^eddin ^/gi, citm commentario GorganUy ediditTh. Soerensen. Leipzig, 1848, m-8'. {LU et 372.)
une nouvelle édition du texte des deux derniers livres, accompagné du commentaire de Djordjani. Les trois premiers chapitres, qu'il ne reproduit pas, forment un de ces traités si communs dans la littérature scolastique sur la nature et la qualité des choses existantes, et les deux chapitres qu'il publie contiennent Tapplication de ces principes à la nature deDieo etau dogme musulman. L'édition de H. Soerensen, faite d*après des manuscrits, diffère avantageusement de l'édition de Constantinople. 11 nous promet une traduction allemande de l'ou- .vrage.
Le droit musulman est devenu, pour l'administration française en Afrique, un objet d'étude, comme il l'est depuis longtemps pour l'administration anglaise dans l'Inde, et la science profitera de ce besoin des gouvernements, car les Arabes ont toujours eu le génie législatif, peut-être plus qu'aucune autre nation, à l'exception des Romains, et la connaissance intime de leur droit est indispensable pour l'intelligence de leur histoire, de leurs mœurs et de leur vie intérieure.
Le ministère de la guerre, qui sent la nécessité de puiser aux meilleures sources du droit arabe, a chargé M. Perron de publier la traduction du Mouktasser de Sidi Khalll, qui jouit de la plus grande autorité dans les tribunaux de la secte des Malékites. Jusqu'ici nous n'avons eu de renseignements détaillés que sur la jurisprudence de la secte des Hanéfites, qui prédomine en Turquie et dans l'Inde; et, quoique certainement la législation procède, dans toutes les branches de la grande famille musulmane, d'après les mômes principes généraux, ily a pourtant des différences assez marquées dans le développement et dans l'application de ces principes ; différences qui influent assez puissamment sur l'état civil des divers peuples pour qu'il nous importe de posséder un code complet de chacune des quatre sectes orthodoxes, ainsi que de la secte des Schiites. Votre bibliothécaire, M. Kasimirski de Bieberstein, s'occupe du Code schiite; mais je n'ai à vous parler aujou^
ANNf!;E 1817-1848. â89
irhui que du travail de M. Perron sur Sidi Kkalil, travail qui fait parlie de l'ouvrage de la commission dVxploration de l'Algérie ^, et qui est achevé dans ce moment, ou le sera in* cessamment. Sidi Khalil était un jurisconsulte du vin' siècle de rhégire; il a composé plusieurs traités de jurisprudence, qui tous ont acquis une grande réputation dans les pays du rite malékite; mais le plus répandu, et celui qui a le plus d'autorité, est le Mouktasser, ou Compendium, traité méthodique, comprenant tout le système de la jurisprudence, il se compose de déûnitions que les élèves apprennent par cœur avant de suivre les cours qui doivent leur en donner Tintelligence. C*est un des livres les plus difliciles à traduire à cause de Textréme concision des formules, c Les mots, dit M. Perron, ne semblent pas sufGre au sens, qui partout les déborde et leur reproche sans cesse leur étroite parcimonie. » Aussi cet ouvrage a-t-il trouvé un grand nombre de commentateurs, à Taide desquels M. Perron s'est heureusement tiré de sa tâche épineuse.
11 est probable qu'il a paru à Alger, où le besoin s'en fait sentir le plus directement, des travaux spéciaux sur divers points de la législation musulmane; mais il n'est arrivé à ma connaissance qu'un traité de MM. Solvet et Bresnier sur le droit de succession', et un petit livre autographié par une main mogrebine peu élégante, lequel contient trois chapitres >ur le mariage, tirés du Tohfet al Arous du scheik Mohammed el-Ti(ljani '.
Un contact plus fréquent et plus intime avec les pays arabes provoque néces^irement la publication d'un grand nombre de livres élémentaires, destinés à faciliter la connaissance de la
1. Expiorationêcientilique de l'Algérie. Sciences htiroriques et géogra> phique», wl. X. Paris, 18i8, in-4°.
1 Notice iur les 9ucce$êi<m$ muiulmanes^ par Solvet et Bresnier. Alger. 1846, in-8-.
3. Touhafat al Aroui, oa le Cadeau des époux, par le scheikh Mohainmed-ben-Ahmed-al-Tidjani. Paris et Alger, 1848, in-8". (8 et 64 p.)
langue. Il en a pru pour tous les degrés d'instruction; ceux qui ne veulent pas même se donner la peine d'apprendre à lire le caractère arabe peuvent arriver à savoir, au moyen des Dialogues arabes-français de M. Martin ^, un certain nombre de phrases usuelles en dialecte mogrebin; tandis que le manuel de MM. Hofstetler etHudaj d*Alep* leur fournira les connaissances les plus élémentaires du dialecte syrien. Ceux qui désirent aborder Tétude de la langue écrite trouveront, dans la Chrestomalhie d'arabe vulgaire de M. Bresnier', dans les fables de Lokman de M. Cherbonneau*, ou dans l'édition des mêmes fables par MM. Hélot% et dans les Anecdotes musulmanes de M. Cherbonneau ^, les principaux éléments de la lecture et de la grammaire. Enfin, les personnes qui se proposent d'étudier la grammaire arabe d'après le système même des Arabes pourront se servir utilement de l'édition du Djaroumia publiée avec une traduction par M. Bresnier ^
M. Kasimirski a achevé la première moitié de son Dictionnaire arabe-français ^, qui comprend les mots de la langue savante et de la langue vulgaire, et, en outre, les proverbes et
i. Dialogues arabes-français, avec la prononciation arabe figurée en caractères français, par A. Martin. Paris, 48^, in-8^.
2. Handbuch der arabisehen Volksspradie mit deutscher und ilalienischer Erklaning sammt bcigesctzler Aussprache cines jeden arabisehen Wort<>, \erfas8t Tiir Reisende, Pilger, Kaufleute und Scefahrer von HofsteUcr und Uudaj aus Aleppo. Vienne, 1846, in-S». (368 p.)
3. Chrestomathie d'arabe vulgairCt recueil d'écrits divers, lettres et actes arabes de différents styles, par M. Bresnier. Alger, 1845, io-8*.
4. Fables de Lokman, expliquées d'aprôs une méthode nouvelle, par Cherbonneau. Paris, 1846, in-12.
5. Fables de Lokman, surnommé le Sage, en arabe et en français, avec la prononciation figurée, ainsi que la traduction en français mot jiour mot, par MM. Léon et Henri Hélot. Paris. 1846, in-8<>.
6. Anecdotes musulmanes, ou cours d*arabe élémentaire, suivi d*uQ dictionnaire analytique des mots, des formes et des idiotismes conteoai dans le texte, par A. Cherbonneau, Paris, 1847, in-8* (149 p.).
7. Djaroumia, grammaire arabe élémentaire de Mohammed- ben-Davoudel-Sanhadjy, texte arabe et traduction, par Bresnier. Alger, 1840.
8. Dictionnaire arabe- français, par Kasimirski de Bieberstein. Paris, 1847, in-8o, t. I (1392 p.).
ANNÉE iWT-ISW. 291
es phrases idiomatiques les plus usuelles; c'est le premier liclionnaire qui donne Finterprétation des mots en français. I. Marcel en prépare un autre, arrangé |alphabctiquement, liin de faciliter la recherche des mots aux personnes qui ne lont pas assez versées dans la grammaire pour les trouver fa- :i)emcnt sous leurs racines ; il comprendra tous les dialectes mipiires africains. L'impression du dictionnaire de M. Marcel tst (rès-avancée, mais il n'en a encore paru aucune partie. iinûn, M. Pihan a publié un Glossaire des mots français tirés le Tarabe, du persan et du turc ', qui forme une contribution ilile à un futur dictionnaire étymologique de la langue franaise.
Si nous passons de la littérature arabe à celle des autres lialectes sémitiques, nous trouvons deux ouvrages sur les Samaritains, par H. Juynboll : l'un est une histoire de cette ribu, composée par lui-même, et l'autre une édition de la Ihronique de Josué. Le savant auteur a rassemblé, dans le remier, tout ce que nous savons de l'histoire de cette tribu ', ui joue un si grand rôle dans la Bible, mais q)ii parait desinée à s'éteindre de nos jours, après avoir, grâce à son obs- Qrité, résisté à la domination de tant de maîtres étrangers et osliles. Lorsqu'on découvrit, du temps de Scaliger, qu'il se onservail, parmi les survivants de cette nation, non-seulelent une version de la Bible dans l'idiome samaritain, mais ussi des ouvrages historiques, on conçut naturellement Tesoir d'y trouver des renseignements importants, et pour ainsi ire un supplément à l'Ancien* Testament. Cependant, lorsu'on connut un peu mieux ces chronique, on s'aperçut ueiles étaient relativement modernes, qu'elles reposaient resque entièrement sur des traditions populaires qui elles- )êmes n'étaient qu'un reflet de la Bible, et qu'on ne pouvait
1. Glù$s€Ùre des mots français tirés de Varabe, du persan et du turc, ir A. 1>. Pilian. ParU, 1847, in-8- (312 p.).
t Tli. G. J. Jujnboll, Commentarii in historiam gentis Samaritmœ. 5)de, 1W6, in-4* (xn, 168 p.).
en tirer qu'un pelit nombre de faits nouveaux. Telle est aud rimpression qui résulte de la lecture du livire de JosuéS qn vient d'être publié pour la première fois par M. Juynboil ave toute la patience et l'exactitude que l'école hollandaise inonlr dans ses travaux d'érudition. Il existe encore un^ chroniqu samaritaine inédite, qui porte le titre dlAnnales d'Âboul fatha, et dont on annonce une traduction anglaise par ^. Jai ret.
L'étude de la langue phénicienne a fait, depuis deux aos des progrès incontestables. M. Judas ^ a publié un recueil (i( monuments phéniciens plus complet que celui de Gesenius il les classe géographiquement, et les explique par tous k moyens que l'histoire, la linguistique et la comparaison de! monuments eux-mêmes lui fournissent. Parmi ces monuments il en est un surtout qui a fort occupé les savants : c'est l'iiv scription découverte, en 1846, à Marseille. Il était naturel qu'elle attirât une grande attention, car elle est beaucoup f\^ longue que toutes les autres inscriptions phéniciennes qii nous restent ; et comme les difficultés dont l'étude de celU langue est entourée proviennent surtout de la brièveté de^ textes que nous en possédons, on était en droit d'espêrtf qu'une pièce relativement aussi considérable servirait à dê^ cider beaucoup de questions douteuses. M. Limpery, le gén^ rai Duvivier', mort depuis si glorieusement, M. Judas, M' Saulcy, en ont donné des traductions ; M. Movers ^ en a fait li sujet d'un petit volume, et vous-mêmes avez imprimé, da
1 Chronicon- samarUanurrit arabice conscriptumf cui titulus esi ^^ Josuœ, ex unico codice Scaligeri nunc primum edidit, latine vertit Ju.^ boll. Leyde, 1848, in-4<' (369 et 55 p.).
2. Étude démofustrative de la langue phénicienne et de la l<x^ ^ hyque, par M. Judas. Paris, 1847, i vol. in-4» (238 p. et 32 pi.)-
3. Les inscriptions phénicievnes, puniques^ numidiques, expliquée r une méthode incontestable, par le général Duvivier. Paris, 1846, ÎQ*"
4. Das Opferwesen der Karthager, Commentar «ur Opfertafel voo •'*^ seillc, von D' Movers. Breslau, 1847, in-8* (137 p.).
ANNÉE Igi7-ia48. 293
lotre Journal*, un mémoire très-remarquable de M. Munk sur ce monument. Quelques-unes de ces traductions, comme eeiies de HH. Limpery et Duvivier, sont tout à fait imaginaires, el pourraient faire croire au public [que Tinterprélation des textes phéniciens ne s*appuie encore sur aucune donnée certaine, qu'elle est entièrement livrée à l'arbitraire etàfimagination. Mais il n'en est pas ainsi, et les travaux des rentables savants sur cette inscription même prouvent qu'on ifait des progrès réels à cet égard; beaucoup de points sont kors de contestation, et il ne nous manque que des textes plus Miisidérables encore pour que la plupart des difficultés dispa- Aissent. On peut en voir la preuve dans le parti que M. le duc le Luynes a su tirer du phénicien dans son Essai sur la numismatique des Sc^trapies et de la Phénicie sous les Achémétides^ Il y a rassemblé, classé et interprété un grand nombre ^ médailles portant des légendes phéniciennes, et protenant tant des rois et des villes de la Phénicie, que des iatrapes persans, non-seulement en Syrie, mais sur tout le ittoral oriental de la Méditerranée.
J'avais espéré pouvoir vous annoncer de nouvelles décou- ^rtes himyarites, M. Arnaud m'ayant appris, par ses lettres de &fin de Tannée, qu'il traitait avec un chef arabe maître d'un istnct très-riche en monuments himyarites; mais, jusqu'à ffsent, il n*est arrivé à Paris aucune copie de nouvelles incriptions. On doit toujours craindre que des négociations avec n barbare avide et soupçonneux comme le sont ces petits lîefs arabes n'aboutissent qu'à lui donner une opinion si aute des trésors stériles qu'il garde, qu'il devienne imposable de satisfaire ses exigences.
iJu côté opposé de la mer Rouge se trouve un autre voyageur
J Voyez le Journal asiatique (décembre 1847).
- Eiiai sur la numismatique des Satrapies et de la Phénicie sous les
[w Adiœménidesy par H. de Luynes. Paris, 18i6, gr. in4o (12i p. et ' pli.
29i VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
français, M. d'Abbadie, qui avait passé, pendant plusieurs années, pour perdu. Il était dans Tintérieur, dont il est re^ venu à Axum, vers la fin de Tannée dernière. Il va rapporlej en France deux cents ouvrages sur trois cent trente dont s< compose la littérature des Abyssins ; mais il ne parait pas es pérer lui-même qu'on puisse en tirer beaucoup de résultai historiques. Ces littératures secondaires de peuples dépourvu de culture indigène, et sous la dépendance intellectuelle il quelque nation plus civilisée qu'eux, n'ont réellement d'inlé rét que quand elles nous conservent des idées, des fails ou def livres du peuple qui était leur maître, et que l'on ne possèik plus que dans les traductions et les compilations du pe imitateur.
C'est ce qui donne de l'importance à la littérature syriaque; car le savoir fleurissait en Syrie à une époque où il eiïslà encore beaucoup de livres persans, et surtout ^de livres greci qui sont perdus aujourd'hui, et dont on trouve, ou la menliofl, ou des traductions dans les ouvrages syriaques. Aussi est-c< avec un grand plaisir que je puis vous annoncer la découverte inespérée d'un nouveau trésor de manuscrits syriaques Vous savez qu'en 1842, M. Tattam avait acheté la bibliothèque du couvent de Sainte-Marie Déipara, dans la Thébaïde, et q* les trois cent soixante-six manuscrits syriaques qu'il av«i rapportés furent acquis par le Musée britannique, qui croy ainsi posséder tout ce qui s'était conservé des bibliolhèqu formées, il y a mille ans, dans le désert de Nitrie. Mais, «l** puis ce temps, M. Pacho découvrit que les moines avançai trompé M. Tattam et gardé la moitié des livres, après sèir fait payer la totalité; il trouva moyen d'acheter le reste,* prit des précautions pour tout obtenir. Aujourd'hui, ces noa veaux manuscrits sont réunis aux premiers dans le Musée bn tannique, où ils serviront infiniment mieux la science et religion que dans le cellier à huile où ils étaient relègues p* leurs possesseurs ignorants. M: Cureton, à qui l'Anglel^''^ doit principalement l'acquisition de ce trésor littéraire, i^
ANNÉE 18i7.iai8. 295
il a déjà tiré les Lettres de saint Ignace, publie maintenant les Lettres paseales de saint Athanase^ dont l'original grec était perdu. L'appréciation de ce volume appartient aux théologiens,
11 en est à peu près de même des hymnes syriaques que H. Splieth a tirées en partie des collections d'Âssemani et de Renaudot, et en partie de manuscrits inédits, et qu'il a insérées dans un des volumes du Trésor des hymnes, que publie M. Daniel à Leipzig'.
Mais on ne saurait douter que Thistoire orientale ne partage avec la patristique les résultats qu*on obtiendra de cette masse de livres syriaques conquis sur les moines égyptiens; et, dans tous les cas, la langue syriaque doit acquérir une nouvelle importance, par l'aide que l'oii peut en attendre pour It lecture d'une partie des inscriptions cunéiformes, qui sont, depuis quelques années, l'objet d'une curiosité si impatiente et si légitime. Les découvertes, la publication et l'étude des monuments de la Mésopotamie ont fait depuis deux ans des progrès considérables, et l'ardeur que l'on a mise à s'en occuper doit paraître bien naturelle, quand on pense à l'inattendu de ces découvertes qui ont fait sortir de terre les palais des rois d'Assyrie, couverts de sculptures et d'inscriptions; quand oïl pense aux éclaircissements que ces monuments fournissent à la partie de l'histoire ancienne qui a le plus de prise sur notre imagination, parce que les Grecs et les Hébreux nous en entretiennent également, sans satisfaire la curiosité qu'ils éveillent.
Les fouilles que M. Layard avait entreprises à Nimroud sont
1. The feftal letters of AthanasiuSt disrovcred in an ancient syriac version and cdited by Cureton. Londres, 1848, in-8".
3. Thésaurus hymnologicus, sive hymnorum, canticonim, soqiientiarum circa annum MD usîtatanirn, collcctio ainplissima, edidit H. A. Daniel. Tome ni. Leipzig, laW, in-8» (295 p.).
achevées et ont été couronnées d'un succès aussi grand que celles de M. Botta. Une partie de ces antiquités est déjà exposée dans le Musée britannique; une autre a malheureusement fait naufrage, au mois d'avril, pendant le trajet de Bombay à Londres. Le navire portait soixante caisses de sculptures, et l'on ne sait pas encore ce qui peut en avoir été détruit par l'eau de mer qui y est entrée. Heureusement le célèbre obé- Ksque en marbre noir qui s'y trouvait ne peut avoir souffert de la submersion. Au reste, M. Layard a porté à Londres des dessins très-exacts de toutes ces antiquités, et il annonce la publication prochaine de deux ouvrages : l'un contiendra l'histoire des fouilles et la description des antiquités; l'autre sera formé de cent planches gravées représentant les monuments les plus remarquables de Nimroud.
Lé grand ouvrage de M. Botta avance avec une rapidité qu'on pouvait à peine espérer : toutes les planches qui contiennent des inscriptions et la plupart de celles qui représentent les sculptures sont terminées, le texte descriptif est sous presse, et l'ouvrage entier sera achevé bien avant le terme fixé par la loi*. La commission académique qui en surveille la publication a eu soin de faire exécuter un tirage à part et à bas prix de toutes les planches qui contiennent des inscriptions, ppur rendre au moins cette partie du livre accessible aux savants qui s'occupent de ces études, et auxquels l'acquisition de l'ouvrage entier est impossible ^
Le déchiffrement des inscriptions cunéiformes a fait des progrès sensibles, mais fort inégaux quant aux différentes branches dans lesquelles se subdivise cette étude. Toutes les inscriptions cunéiformes persanes connues sont aujourd'hui publiées et expliquées. M. Lassen a achevé l'impression des
1. Monument de Ninive, découvert et décrit par M. Botta, mesuré et dessiné par M. Flandin. Liv. 1-69. Paris, 1848, in-fol.
â, Inscriptions découvertes à Kltorsabad, par P. E. Botta. Paris, 1848, in-fol. (2i0 pi.). Prix 60 francs.
ANNÉE iai7-mi8. 297
nouvelles copies de toutes les inscriptions de cette classe que U. Westei^aard avait rapportées, et il les a traduites et commentées avec son savoir et sa sagacité ordinaires ^ Il ne manquait à cette collection que la grande inscription de BisoutouUy que M. Rawlinson seul possédait, et dont il a fini par publier la partie persane, accompagnée d'une transcription, d'une traduction et de plusieurs dissertations ^ Celte proclamation, dans laquelle Darius rappelle ses ancêtres et énumère ses provinces, ses ennemis et ses conquêtes, est certainement un des monuments les plus singuliers et les plus importants que l'antiquité nous ait transmis, et c'est une grande victoire pour l'érudition moderne que la certitude avec laquelle on lit un document qui était resté inintelligible depuis le temps d'Alexandre le Grand. Au reste, tout n'est pas encore dit sur ce sujet, qui n'a pas cessé d'êlre l'objet de nouveaux travaux ayant pour but de préciser les points délicats de la grammaire et de l'écriture persanes. M. Hitzig^ a publié un travail spécial sur l'inscription funéraire de Darius; M. Benfey * a réuni la transcription de toutes les inscriptions des Achéménides, y compris celle de Bisouloun, et les a accompagnées de nouvelles gloses ; M. Oppert ^ a expliqué l'usage des consonnes en apparence homophones de l'alphabet cunéiforme persan, en déterminant, avec beaucoup de sagacité, leur emploi pour la formation des diphthongues. D'autres travaux achèveront de dissiper les doutes de détail qui peuvent encore rester; des inscriptions nouvelles ajouteront peut-être de nouvelles formes à la grammaire, de nouvelles lettres à l'alphabet.
1. Uebir die Keilinsdiriften der enten und zweiten Gattung, von Chr. Ussen utid N. L. Westergaard. Bonn, 18i5, in-S» (302 et 130 p.).
t. Journal of ihe royal aaiatic Society of Great Britain and Ireland. Vol. X, Undres. 18i7, in-8o.
3. Die Grab»chrift des Dariui tu Nakichi Ruslanit erlautcrt von Dr Hitzig. Zurich, 1846, in-8^
i. Dte penitchen Keilin$chriften^ mit Ucb3rsetzung und Giossar, von Th. Benfey. Leipzig, 1847. in-8« (97 p.).
5. Dot Lautsyêtem des AUpenisclien, von D^ Julius Oppert. Berlin, 1847, in^« (56 p.).
de nouveaux mots au vocabulaire; mais c'est un Tait incontesté que nous sommes en possession de la lecture et de la langue de ces inscriptions, avec une certitude telle, que nous pouvons nous appuyer sur elles pour essayer Tinterprétation d'inscriptions plus anciennes appartenant A -un autre système d'écriture.
L'heureuse vanité de^ rois Achéménides, qui faisaient traduire leurs proclamations dans les langues des peuples vaincus, nous donne le moyen d'aborder les inscriptions médiques et assyriennes, qui, sans cette circonstance, n'offriraient aux efforts des savants aucune prise ; car ces inscriptions, avec leurs alphabets si compliqués et l'incertitude qui reste sur les langues dans lesquelles elles sont rédigées, nous opposent, même avec l'aide de la partie persane, des difficultés presque insurmontables. M. Westergaard, après avoir fait lui-»môme, sur les lieux, des copies plus exactes de ces inscriptions, s'est essayé sur la partie médique^Il a analysé l'alphabet trèscompliqué et probablement en partie syllabique de ces légendes, dont il reconstruit, autant que possible, les mots et les formes grammaticales. La conclusion historique à laquelle il est arrivé est la supposition que la langue médique appartenait à la famille scythique, et que les Mèdes, par conséquent, devaient être des Touraniens. C'est à peu près le seul résultat que nous puissions attendre, quant à présent, de la lecture des inscriptions médiques, parce que toutes celles que nous possédons appartiennent aux rois Achéméuides, et que, par conséquent, la partie persane en fait connaître le contenu; mais on peut prévoir que le déchiffrement de cette sorte d'inscriptions acquerra un jour une importance bien plus grande, quand on aura fait des fouilles dans les ruines d'Ekbatanc,
1. On the deciphering of the second achœmenian or médian tpedes of arrowheaded writing, by N. Weslergaard. (Dans les Mémoires de la Sociélé royale des antiquaires du Nord. Copenhague, 1841, in-8^)
Zur Eni%ifferiing der achœmenidischen Keilschrift suveiter Gatlungi von Westergaard. (Dans Touvrage de Lassen, cité ci-dessus.)
qai probablement nous gardent un trésor d'antiquités médiques.
En attendant, Tintérèt des savants se porte naturellement, avant tout, sur les inscriptions assyriennes, qui, parleur âge, leur nombre, leur contenu probable et les difficultés qu'en présente la lecture, réunissent tous les attraits que peut offrir un problème scientifique. La preoiière idée de tous les savants qui s'en occupent est nécessairement de former un alphabet par la comparaison des inscriptions trilingues. M. Grotefend^ avait déjà fait des tentatives dans cette direction, et MM. LôwensternS Longpérier% de Saulcy* et Hinks% engagés dans la même voie, ont publié les premiers résultats de leurs travaux. Tous ces savants rattachent l'assyrien aux langues sémitiques, et M. de Saulcy a même donné, d'après ce système, la transcription et la traduction complète d'une inscription de Yan. M. Ilinks^, seul, croit avoir reconnu une langue arienne dans la colonne des inscriptions trilingues qui est écrite en caractères assyriens. La grande difficulté qu'on éprouve pour Ja lecture de ces^ inscriptions
1. Xetie BeitragB iur Erlàuterung der pertepolitanhchen Keihchrift, von Grotcfend. Hanovre, 1837, in-A" (18 p.). — Seue DeUruge inr Erlàuterung der babylonischen Keilschrift, von Grotefend. Hanovre, 1840, in-4* (72 p.).
2. Exposé des éléments constitutifs du système de la troisième écriture cunéiforme de PersépoliSf par I. Lowenslorn. Paris, 18i7, in-S" (101 p.).