‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 44 sur 112 · i-j«ljai yU-fi v^; Bomba,, 1304. in-W. {33f p · texte numérisé non relu

i-j«ljai yU-fi v^; Bomba,, 1304. in-W. {33f p

AMU t85M8â3. m

trauvera un libraire européea assez ^ntelligept et assez actif pour nous servir d'ialerraédiaire.

Les études sur l'Inde sonldirig^ées de plus en plus vers Texplû^a^ou de U littérature védique» et ce n*Qst ni Sc^ps raison ni sans nécessité. Au cQn[)(uencement de Tétude du sanscrit, OQ s'est adressé aux fleurs ei aiix fruits de l'arbre, i la poésie et la législation, mais peu à peu ou a vu que toute cette civilisa* (ion n'était intelligible q\i'en remontant jusqu'à ses origines. Heureusement c'est une chose possible dans l'Inde, parce t^we non-seulement les plus anciens hymnes, les produits les plus primilirsde rçspritintfieusqntparveuus jqsqu ànous^ mais encore tous les degrés que la nation avait à parcpurir pour arriyor au développement des idées philosophiques et législatives qui ont donné une forme définitive à |a civilisation indieqne, tous ces degrés sont marqués par de^ ouvrages, heureusement conserves, relatifs, au culte, aux premiers essais (fe raisonnement Ihéologique et philosopljjque, et aux premiers travaux sur la langue.

l'histoire de ce développement de l'esprit indien, qui r^mplilce qu'on appelle |'éppque yédique, est encore très-obscure on enlrevqit à peipe comment, en partant des hymnes si simples des Yéda^, on a a|)quti à des systèmes philosophiques coramp ceux que nous voyons forniulés dans l'époque suivante. C'eîjt en analysant les parties plus récentes des Yédas, et les ouvrages qui s'y ratt^ic|]ent, jes Prahmanas, les Sutras, les Upanischads, et en recueillant tous les indices que les premiers Irav*w des grqmrpajriens nous trans|petjent, que l'on se rendra compte comment le culfe multiple des phénon^èpes naturejs a fini par être absorbé dans le panthéisme des Upanischs^ds, et comment celui-ci a donné naissance aux systèmes philosophiques, qui, à leur tour, ont exercé une si grande influence directe et indirecte sur l'esprit de tous les peuples de cette fa- '^ille. La littérature indienne est la seule qui nous permette de remonter jusque dans l'enfance de la pensée humaine, ef

d'en suivre la croissance jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à sa maturité, et c'est là ce qui lui donne une valeur si haute dans l'histoire de Thumanité.

Toute la série des ouvrages védiques trouve aujourd'hui des éditeurs et des traducteurs. M. Langlois a terminé sa traduction du Rigréda \ la première complète qui aitété faite du premier et du plus considérable des Yédas. Il y a suivi la tradition indienne, telle que les meilleurs commentateurs, surtout Sayana, la donnent. C'était la marche naturelle ; il faut d'abord savoir comment les Indiens eux-mêmes entendent ces hymnes, et puis la critique européenne examinera si cette tradition a substitué des idées et des tendances modernes au sens antique.

Le quatrième Véda, VAtharra, le seul dont on ne se fût pas encore occupé, a trouvé des éditeurs excellents en MM. Rolh et Whitney. Ce Véda, le plus moderne de tous, n'a jamais été mis parmi les Brahmanes sur la même ligne que les trois premiers, et n'a même jamais été commenté. Il diffère désastres sensiblement par sa composition, qui, outre des hymnes empruntés auxautresVédas, comprend, d'un côté, unequantité de formules de magie, de l'autre des hymnes qui trahissent déjà une pensée philosophique. Il appartient évidemment à une époque de transition où le sentiment religieux se décomposait, allant d'un côté vers les superstitions du vulgaire, de l'autre vers les spéculations philosophiques des penseurs. Ce caractère intermédiaire rend l'Atharva Véda infiniment curieux. Les éditeurs se proposent de l'accompagner d'un commentaire.

M. Weber, à Berlin, continue sa publication du Yadjur Véda blanc', et M. Roer, à Calcutta, s'est chargé de faire impriffl^'' le Yadjur noir, aussitôt qu'il aura réuni des manuscrits suffi-

i. Le Rigvédat ou le livre des hymnes, traduit du sanscrit, par M. I^"" glois; vol. IV, Paris, 1851, in-S» (544 p.).

2. The while Yajurveda, cdited by A. Weber. Vol. Il, cah. 2,3; Berl»"' 1853, in4« (p. 135-433).

ANNEE I85S-(853. 5tS

sanls, ce qui complétera entièrement la série des Védas proprement dîls, c'est-à-dire des hymnes. Hais il se rattache à ce noyau un nombre considérable de traités de diverses espèces dont une des principales consiste en Upanischads, qui RonI le résultat eU'espressiondu travail théologique que les Drahmanes ont fait sur les hymnes pendant toute la durée de l'époque védique, et peut-être encore plus tard. Ils trailent en partie du culte et des devoirs des Brahmanes, mais surtout de ta nature de Dieu et de ses rapports avec te monde. Ils forment le passage des hymnes aux systèmes philosophiques, et sont peutêtre en partie déjà l'eflet d'une réaction philosophique contre les croyances primitives. Il s'est conservé à peu près cent de ces traités, qui forment pour les Brahmanes la règle de leur foi, et pour la critique européenne le moyen principal d'analyser et de suivre la formation graduelle des idées indiennes. Pour les Européens dans l'Inde, la connaissance des Upanîschads a une importance toute particulière, parce qu'elle leur permet de pénétrer jusqu'au fond etàla véritable source de la manière de penser et sentir de ceux qui onl une éducation savante, et elle est drvenue une véritable nécessité dans le contact plus intimede ces deux races. Le premier qui ait fait connaître les Upanischads est Anquetil du Perron, dont VOupnekhat est tiré d'une traduction persane de cinquante-deux de ces traités. L'ohscurite presque impénétr.ible de cet ouvrage n'était pas faite pour attirer l'attention sur un sujet qui d'ailleurs ne se rattachait à presque rien de ce qu'on savait alors de l'Inde. Plus tard on a publié plusieurs fois dans l'Inde et en Europe cinq de ces traités, les plus courts et les plus populaires. Maintenant M. Roer a entrepris d'insérer dans la BibUotheea itulica lasérie complète desUpanischads, accompagnés de commentaires indiens et suivis d'une traduction an)çlaisc. Jusqu'à présent il en a fait paraître onze, dont sept avec une traduction'.

Il serait impossible de donner en peu de mots une idée nette de Vardeur avec laquelle les savants remuent aujourd'hui toutes les questions ;qui s'attachent aux Védas; mais le journal que M. Weber publie, et qui est entièrement consacré à TlndeS et surtout un volume qu'il vient de faire paraître sur l'histoire de la littérature indiejine ', et àont ta plus grande ]partie est consacrée àl'époque védique, sont des ouvrages qui contiennent un tableau très-intéressant de Timportance, de la méthode et de

'Essai sur lalittérature indienne est écrit avec Tentri^înante vivacité d'un homme qui se voitàTeft- Irée d'une nouvelle science et tâche d'en mesurer les profondeurs. Il expose les résultats obtenus, discute les points douteux, indique les lacunes à remplir, les 'secours qui manquent encore, et cherche à s'orienter dans une époque littéraire à laquelle l'absence de toute date historique donne au premier abord l'apparence d'un chaos. Probablement bien des points qui paraissent aujourd'hui décidés seront modifiés plus tard ; mais quand on se rappelle l'état de la science il y a trente ans, où le spécirnen de la traduction du Higvéda de Rosen était un véritable événement littéraire, on ne peut qu'admirer les progrès qui ont été faits et rester convaincu que les grands problèmes historiques dont il s'agit seront résolus.

Détentes les parties de lalittérature sanscrite postérieure à l'époqne védique, c'est la partie philosophique qui a attiré rêcemmentle plus d'attention. Les Mémoires de Colebrooke, qui donnent un résumé très-exact, quoiqu'un peu sec, des doctrines des grandes écoles, avaient longtemps suffi à la curiosité (le l'Europe ; mais, dans ces dernières années, il s'est élevé, de la façon la plus inattendue, un confiit très-vif entre ces vieilles philosophies et les doctrines européennes, et aujourd'hui Aristote et Bacon sont l'objet de discussions presque passionnées

1. Indische S Indien, Beitrœge fiir die Kunde des indischcn AlterUiutns, von Br À. Wcber, vol. Il; Berlin, 1852, in-8o (484 p.)-

2. Akademiscfie Vorletungen ûber indische LiteraiurgesclUchtei von D' A. Weber; Berlin, 1852, in-8o (vi et 284 p.^

dans la sainte ville de Bénarès, à'où était sorti autrefois le .^rrne de toutes ces spéculations, qui y reviennent aujourd'hui développées, dépouillées de leur vieille écorce indienne, qu'il est si difficile de percer, etrendues plus claires par le génie européen. La Compagnie des ïndes avait fondé en 1791 à Bénarès, uhcollégedehautesétndesindiennes où toulesles sciences furent enseignées par des Brahmanes, d'après leurs propres métliodcs et entièrement à leur ancienne manière; on alla si loin que l'astrologie y aété enseignée offîciellement presque jusqu'à notre temps. Plus tard, on établit des classes anglaises à côté des elâsses brahmaniques, et récemment ïe savant directeur de Vécolc, M. Ballantjne résolut àe faire l'essai de greffer sur le Ms brahmanique les progrès que les sciences avaient faits en Europe. Il prit pour base le système du Nyaya, qui offre le plus âe teiTain commun aux deux partis, parce qu'il consiste essentiellement dans la logique et ne traite que subsldiairement des matières métaphysiques. Il publia* les Aphorismes du Nyaya ivec une traduction anglaise et en fît le thème de sa discussion.

i- Voici la liste des publications de H. Ballantyne qui se rapportent à ^e snjel, autant que j*ai pu me les procurer :

Ueiures on tite Nyaija philoMphy, embracing thc text of the Tarica Sajigraba; Allahabad, 18^9, in-S" (63 p.).

TV Aphorisms of the Nijaya philosophy by Gautamaf ^ilh illustrativc *^tracts frotn the commentary of Wiswanatha. lu sanskrit and engtisfa; Allahabad, 1850, in-8«> .56 p.).

A lecture on the Sankhya philosophy y embracing tbe text of the Tattwa SaiDisa; Mirzapopc, 1850, in-8- (65 p ). 1

'^e Aphorisms of the Mimanta philosophy by Jaimini, witb extracts ^''om the cominentarics in sanskrit and en£çlish: Allahabad, 1851, in-S" (36 p.).

Tlie Aphorisms of the Vedanta philosophy by Badarf^yana^ witb illus- ^'■^live exlracts ftom thc commentary. In sanskrit and english; Mirzapore, '851, in-S*» (51 p.).

A itctwrt on the Vedmta, embracing thc text of the Vedanta Sara; Al%bad, 1851, in-8M8i p.).

'^he Aphorisms of the Vaiseshika philosophy of liandaf wilh iUustrativc 'îïfracls froni the romnicntary by Sankara Misra; Mirzaporc, 1851, ia-8''

^'*« Tarka Sannraha or Amçim Bhatta, witb a hindi paraphrase aiid «"glish v.Tsion; Allahabad. 1851, in-8" (21 et 4« p.). A Dialogue in sanskrit^ witb an english version on tbe new Nyaya of

Bientôt il se vit entraîné à étendre sa controverse an cercle entier de la philosophie indiennne, et j*ai devant moi les Aphorismes des cinq écoles principales, du Sankhya, du Nyaya, du Mimansa, du Védanta et du Yaiseschika, publiés par lui avec une traduction anglaise et accompagnés deleçons sur quelquesuns de ces systèmes. M. Ballantyne dit qu'il ne les a fait imprimer que pour les soumettre à ses antagonistes brahmanes et faire critiquer par eux sa manièrede les interpréter; plus lard, et quand la discussion ardente que soulève le conflit aura bien fixé le sens des termes, il se propose de publier un ouvrage complet sur tous les systèmes de la philosophie indienne, et je vois, par une annonce, qu'il est sur le point de faire paraître la traduction d*un exposé du Sankhya.

Ce même système du Sankhya a été, à Paris, robjetd'un mémoire étendu de M. Barthélémy Saint-Hilaire', qui «avait déjà publié, il y a quelques années, une étude semblable sur le Nyaya. Il s*est servi des vers mnémoniques du fondateur de Técole, Kapila, dont il donne une nouvelle traduction, et se livre à l'examen le plus détaillé du système. Ensuite il discute l'époque de Kapila et les conséquences historiques de son enseignement; il croit que Bouddha Sakiamouni lui a emprunté la base philosophique de son enseignement religieux; s'il en était ainsi, Kapila serait de tous les philosophes certainement celui qui aurait exercé la plus grande influence sur le monde.

thc Bagc Pratnavidyalayiya, published for the édification of ihe Bcnares pandits; Benares, 1849, in-S** (5 et 8 p.).

Conceming criticism on oriental matters in gênerai and ihe Nyaya in particular; Mirzapore, in-8o, 1849 (15 p.), tiré du Benares Magasine.

On the argumentative portion of the Nyaya philosopky (9 p.), sans date ni lieu d'impression.

On the Nyaya System of philosophy, and the correspondence of ils divisions with those of modem science (18 p.), sans lieu d'impression ni date.

1. Premier Mémoire sur le Sankhya, par M. Barthélémy Saint-Hilaire; Paris, 1852, in-4« (456 p.), tiré des Mémoires de VAcadémie des sciences morales et politiques.

Noire connaissance de la poésie épique des Hindous a gagné pr le progrès qu'ont fait les traductions du Uamat/ana. M. Gorresio a publié le second volume de sa belle Ireduciion ilaltenite de ce poème', et H. Parisot a fait paraître le premier volume de sa traduction française, contenant le premier livre du Ramayana'. M. Parisot a adopté le texte de M. Gorresio, qui, comme vous savez, représente la rédaction ben^li du poterne. M. Parisot accompagne son travail de notes courtes, inais nombreuses, dans lesquelles il indique ses raisons quand ilsVcarte de la traduction de H. Gorresio, et donne d'autres l'claircissements quand ils peuventse résumer en peu de mots; il renvoie l'eitamen des grandes questions qui se rattachent à ce poL-me a des dissertations qui doivent précéder chaque volume. Cette traduction commence d'une façon assez bizarre iwr un poëme sanscrit du traducteur à la mémoire de M. BurnouF.

J'arrive aux travaux sur les Pouranas, ces derniers monumiTits de la littérature sanscrite, pour me servir d'une eitpresma empruntée à une brochure récente de M. Nève % expression qu'il ne faut au reste accepter qu'avec certaines restrictions. Ce sont dix-huit recueils immenses dont l'objet principal est la mythologie, surtout la vie de Krischna, mais dans lesquels on a trouvé moyen d'encadrer des traditions de tout genre; de l'histoire, des généalogies, di's dogmes, de la métapliysique, des descriptions poétiques de toute espèce ; ce sont des livres qui n'ont d'analogie avec aucun autre dans aucune littérature, et où tout se lient, parce que tout est sorti du mouvement unique d'une civilisation quin'avait jamais subi d'influence étrangère.

I. Ramayana, poema lanicrito di Valmici. iraduvono iialtnna eon noie liai II". to délia «cuola Gaudaiia, pfr Gnsparc Corrcii", vul. il; Paris, ISTil. iii-M (1.ÏXV el361p.).

i- Le Ramagana de YatmUti, Irniluil pour l.i [iremièrc fois du sanscrit en [riinçai*. avec du étuil<-s lur 1rs iiiiestioiti li'S ptus graves relatives k 't pQëme, par V;il. t'ariaol, I. I; farit, lliKI, in-8 (util et 33i p.).

'i. La Pouratiat, éliiile sur les itcrniprs nioniimRnIs rlu la littÉraturn i^nucrite, fur H. Ni^ve; Paris, IMSâ, iti-M (55 p.).

duo VINGT-SEPT ANS D'HlSTOiRK Dfeft ÉTUDES ORIENTALES.

Une grande partie des matériaux des t'ouratias est ancienne, mais la forme dans laquelle nous les avons parait être l'exprès* sion du brahmanisme après sa lutte avec le bouddhisme, de sorte qu'on y trouve des débris de toutes les époques de la civilisation indienne et des réminiscences de tous les temps. Ces litres U*ont pas Tautorité sacrée des Védas et des Upaniscbads; mais la religion du peuple est entièrement basée sur eux, et leur influence sur les croyances, les sentiments et la morale des Hindous est immense. M. Wilson a publié la traduction du Vischnûu Pùurana; M. Bernouf a fait paraître une grande partie du texte et de la traduction du Bhàgavata Pouranay et, en attendant qu'on se décide à faire achever cette grande entreprise, M. Pavie a donné la traduction du dixième livre de ce Pourana, d'après la rédaction populaire faite en hindi par Lalatch Kab'. tl a voulu otTirir aux lecteurs européens Thisloire mythologique de Krischna, dans une forme plus concise que ne le sont les récits des Pouranas. La grande étendue de ces poêmês est le véritable obstacle qui s*est opposé jusqu'ici à leur publication; M. Wilson avait entrepris le travail énorme d^eh falr^ une traduction, partiellement abrégée, qui est restée en manuscrit, le traducteur ayant reculé devant rimpressipii d^un ouvragée aussi considérable; mais aujourd^iui l'avidité de la science européenne de tout connaître et le besoin des Anglais dans l'Inde d'approfondir les croyances de leurs sujets, vont triompher de celte difficulté. La Société asiatique de Calcutta a décidé qu'elle publierait la collection entière des Pouranas, texte et traduction, dans sa Bibliolheca indicd- Elle en a chargé un brahmane converti, le révérend K. M. Bânerjeâ, qui a commencé par le Markandeya^ le plus ancien des Pouranas. Il n'est arrivé en Europe, jusqu'à présent, que

1. Krichna et sa ioclnne^ Bhagavat dasam askand, dixième litre w Bhagavat Pouràna, traduit sur le manuscrit hindotii de Lalatch Kab, par Th. Pavic; Pari», 1858, in-S (lX et 420 p.)-

2. Purina Sangrâha^ or a dôllertion of tlie Pirânas. in thc origiMi satiBcHt» With an ongli<h translation, ediled by rev. H. M Bancigea N' i« Markandcya Purana; Galcuta, tSSi, )n*>8 (XI et 88 p.).

ANNKB 1S5S-1863. sSl

le premier cahier de celte immense publication. Le tcilc et la (raduclioii se trouvent lur la même page et entre [es deux son {ilacées un petit nombre de variantes.

Les moyens d'é(udes se multiplient, pour le eanscrit, en proportion de l'aclivîté des indianistes, et il est rare qu'une année se passe sans produire de nouTelles grammaires. M. Dallanljne a fait paraître une édition el une traduction dn Lagkou Kamoudi, de Yahadaradja', grammaire indigène très ea usage dans les écoles brahmaniques, et qui a été composée dans le but de rendre plus syslémalique l'arrangement de Panim, afin de soulager ainsi la mémoire de l'élève, que la complication des règles et des exceptions chet Panini surcharge. H. Ballantjne, pour donner de nouvelles facilités aui ém- <liants, a ajouté à chaque règle des exemples, un commen- Uire conciit et des renvois aoi règles précédentes. Son inlen* tionaprubablement été bien plus d'abréger, pour les élèves indiens qui sauraient l'.inglais, le temps très-coRsidérabl« <|u'ils étaient obligés de dévouer à In grammaire sanscrite, i|ue d'inviter les Européens à se servirdu Laghou Kamoudi. M. Benfey, à Gœltingue, a publié une nouvelle grammaire sanscrite en allemand', où il B'eiïorcp de réunir, dans un ordre et sous une Terme qui ne répugnent pas aux habitudes •lu leclenr européen, toutes les règles indiquées pur les grammairiens indiens (à l'exception de celles qu'il croit inventées pour des cas imaginaires), et celles que la lecture des Védas H des poëmes épiques lui a suggérées.

La dilTiculté de se procurer des dictionnaires sanscrits, qui ileptiis quelques années est devenue un véritable obstacle-

- VoiUtaeitdig4 Gr^nututik der Saïukriiipracht, mm llcbraiicli hei Iciuneen and (uoi Solbitiludiam, von Th. Henfer: Leiptiii, l%bi iD-8 el m p.).

ya VINGT-SKPT ANS D'HISTOIRIi DES ÉTUDtS ORIENTALES. pour l'étude de celle langue, va disparaître i non-sculem^iil M. Wilsoii prépare la troisième édition do son dictionnaire. mais MM. Bœthlingk et Roth vont commencer la publicatimi d'un Thésaurus sanscrit, dans leqnel chaque significalion sera accompagnée de phrases et de preuves empruntées au\ Véiias et à la littérature classique des Hindous. Cet ouvrage paraîtra aux frais de l'Académie de Saint-Pétersbourg. H. Honicr Williams a publié à Londres un dictionnaire anglaîs-sanscril', ouvrage auquel certainement bien peu de personnes se seronl attendues. Le but immédiat de l'auteur est de fournir aux élèves de Haileybury un aide pour leurs thèmes sauscrils; maisri' livre sera en outre utile à beaucoup de personnes dans l'Indf. surtout aux missionnaires pour leurs discussions avec les brahmanes, et il servira en Europe aux savants qui s'occupent dr grammaire comparée et d'élymologie; car aujourd'hui que la connaissance du sanscrit a donné une base scientifique aui étymologie?, on remplace partout les fantaisies qui avaient fait le bonheurdes anciens étymologistes, en établissant les vérilnbles rapports des langues européennes avec le sanscrit. C'est dans cette intention que M. Hoimboé a publié une excellente comparaisongrammalicaleellexicographique des dialectes Scandinaves avec le sanscrit*, travail qui s'étend aux étyuiologies des autres langues de la même souche, et M. Delàlre 3 commencé à rendre le même service à la langue française^.

te résultat le plus frappant de ces études si variées et si profondes delà littérature sanscrite est le rétablissement gra-

1. A Dietionanj englith anU sait$tril, by Monîer Willîinu ; Loodres, iïôl . ii>-4 (XII cl 859 p.].

i. Del norifté Sprogs uxaentliQile Ontforraad, sammenli^et ninl Sanakril og andrc Sprog 3t anmins Ml. a( Clir. And Holmboe; Vîpniit. \SS!i, iii-4 (Xi cl 4% p.). Cet oiivTiii;e sort des preste* de l'imprinienc ini|iéri»le de Vieiinr;.

3. La laiigite françaiie dans ses rapiturls avec le lanicril el lex auliri langues cunipétnnts. par M. ixiiiis Delitre; Paris, t853, in^S (livraison!

AyStK iH-'H-imi 533

diifl de l'hisloirc de l'Inde ancienne, ou plutôt la crralion île relie liisloire, car les Indiens eux-mêmes n'ont jamais eu l'idée de l'écrire ni d'aider en rien à ce qu'elle se conserve. Âiilanl ils ont tenu à préserver de l'oubli ce que leurs ancêtres a'i'aient pensé, nulaiil ils ont traité avec une sorte de mépris ce 'ju'ils avaient fait. Il a donc failli essayer de reconstruire leur passii avec les traces que chaque siècle laisse nécessairemenl surles œuvres de tout genre qu'il produit; il a fallu refaire une histoire approximative et souvent piir époques plutôt que par règnes et par années, avec les indications que l'on peut tirer lie la langue et des formes grammaticales, avec l'histoire ■les idées, avec les données que contiennent les ouvrages de législation, avec des généalogies vagues et confuses, avec les faillies échos que les événements ont laissés dans la mythologie et dans les pommes épiques des temps postérieurs, avec lies inscriptions, avec des allusions dramatiques, nvec des actes do ventes uu de donations qu'on a trouvés sous terre, avec les iiilices que fournissent des médailles, avec les récits que nous uni laissé des conquérants ou des voyageurs étrangers, avec l«s (laies que nous fournissent les bouddhistes qui heureusement, ont toujours été moins insouciants de chronologie que les brahmanes. Il liaut lire les Antiquitésde l'Inde ' par H. Las- '«», |>our se convaincre de ce que le savoir et [la critique européenne ont jusqu'ici pu tirer de ces élémenls ; on ; voit avec étonnemenl une histoire de l'Inde sortir de ions ces matériaux héléri^énes; un voit renaître un tableau intelligible de ces temps anciens ; comme une sorte de mosaïque où les circonstances les plus minimes en apparence, les indications les plus isolées trouvent leur place et se groupent autour d'un petit nombre de points de repère. Le sujet n'est pas épuisé; chaque année apporte un nouveau tribut défaits pour remplir les lai:unes de cette histoire, mais il est surprenant qu'on ail pu créer >^e cadre, réunir tout ce qui est déjà réuni et circonscrire

il Cliri«tian l^9ien, vol. Il; Bonn, 11)53,

l'inconnu comme on l'a circonscrit. Cerlainement Tbisloire politique '\e l'Inde restera toujours fort incomplète et pleine de lacunes; mais il est probable que son bisloire morale el sociale seraun jour mieux connue que celle d'aucun peuple de la haute antiquité, el l'on ne peut trop savoir gré à M. Lassen de n'avoir pas désespéré d'un pareil sujet et d'agir, le premier, osé refaire l'histoire de l'Inde.

Je n'ai parlé jusqu'ici que d'ouvrages appartenant à la lilléralurc brahmanique ; il me reste à dire quelques mots sur ceux qui traitent du bouddhisme. Le seul parmi eux qui soit lin*' du sanscrit est l'ouvrage posthume du grand savant que nnus avons perdu si prématurément et qui a laissé un si grand vide parmi nous; c'est le i.otug (je la 6onn« loi, par M. Burnour*. L'auteur s'était proposé de publier une traduction complète 1 d'un des ouvrages népalais que la Société doit à H. lIo<lt;»nn: I il devait la faire précéder d'un essai sur l'histoire du bouddhisme et traiter dans les notes des questions de détail. Mai.' l'introduction dépassa bientôt les proportions que l'auteur lui avait assignées, et il se détermina à la publier â part en dcui volumes, qui devaient contenir l'histoire du bouddhisme du nord et du midi. C'est ainsi que parut le premier volume de Vlntruduclionà l'histoire du buddhisme indien, qui fut arcueilli avec tant de joie pur tout ce qu'il y a de savants en Europe et dans l'Inde. Avant de publier le second volume, qui devait traiter de l'histoire du bouddhisme du midi, M. Burnonf reprit le Lotus, qui était imprimé depuis longtenaps, ei qu'il voulut accompagner de quelques mémoires sur des sujets qui exigeaient trop de développement pour, qu'ils eussent pu entrer dans l'Introduction, mais auxquels il avait besoiri de renvoyer dans le second volume. Cet ouvrage s'accrut sous ses mains comme la première fois, et l'auteur n'eut pas le temps de le terminer entièrement. La fatigue de ce travail,

1. Ij« LoIui de ta bomie loi, traduit du sanscrit, ai^cnmp.igné d'un ri>mmeiilaire Et de vingt et un mémoires rclatih nu buddhisme, par M. t. 1 Burnouf Paria, 1S5J, in-i (897 p.|.

AtNN££ 185Mi)58. 535

doQi il pouvait l'achèvement avec une ardeur fiévreuse^ lut ifop pour lui, et il mourut de répuisement produit par une application trop continue. Il faudrait avoir bien plus d'espace ()ae je n'en ai ici pour donner une idée exacte de ce volume, ({ui contient, outre la traduction et le commentaire du Lotus, vingt et un mémoires sur des sujets très^variés et, en partie, d'une étendue très^onsidérable. C'est une mine de renseigne- Q^nts historiques et philologiques sur le bouddhisme indien, dans laquelle on trouvera Texplication d'un grand nombre de points obscurs, éclaircis avec cette netteté qui était un des premiers besoinsde l'esprit de M. Burnouf et la véritable source de« grandes découvertes qui l'ont illustré. Quand il était arrêté par une difficulté, si petit que fût en apparence le point dont il s'agissait, il n'avait de repos qu'il ne s'en fAt rendu compte, ne se contentant jamais d'un à peu près, mais creu* ttnt la question jusqu'à ce que le sujet fut épuisé. Aussi ne doit*on pas s'étonner de trouver dans ce volume les disserta** Uiioos les plus importantes pour Tbistoire ou l'intelligencft du bouddhisme, amenées par la nécessité d'expliquer ua mot, comme, par exemple, cette grande et belle discussion m les édits d'Asoka, L'auteur a laissé des matériaux immenses préparés pour le second volume de l'Introduction, ai consis tant principalement dans des traductions d'ouvrages en pâli, eo singalais et en birman. Il est probable qu'on en publiera une partie; mais ils ne pourront jamais tenir lieu de l'histoire du bouddhisme. du midi, k laquelle ils étaient destinés.

Il a paru récemment un travail sur le bouddhisme de l'Inde méridionale, qui ne remplit pas non plus cette lacune, parce qu'il est pris d*un tout autre point de vue, mais qui n'en est pas moins un ouvrage fort remarquable. Ce sont les deux volumes que M. Spence Hardy a publiés, et dont l'un porte le litre de Monachisme oriental^ et l'autre de Manuel du boud-

1. EMtcm kfotiadiwn, an accpunt of the origin, lawii, tiisciplinn» gacred writings, mystcrious rites, rcligjous carenionieii an4 prosont circunutancei

dhisme. M. Spence Hardy a été vingt ans missionnaire à CeylanyOÙ il apprit le singalais et réunit une bibliothèque trèsnombreuse de manuscrits relatifs au bouddhisme. Il étudiâtes doctrines bouddhistes à Taide des prêtres singalais, et prépara ainsi des matériaux nombreux dont il a tiré ces deux volumes à son retour en Angleterre. Le volume qu'il intitule Honachisme traite de l'organisation extérieure du bouddhisme, des prélres, de leur ordination, de leurs vœux, de leur manière de vivre, des livres sacrés et du culte, pendant que le Manuel du boudr dhisme est consacré exclusivement à la doctrine, telle qu'elle est aujourd'hui acceptée et enseignée à Ceylan. M. Hardy se sert des traductions singalaises des livres écrits en pâli; mais comme elles sont toujours très-littérales et généralement accompagnées de commentaires, il n*y a là que peu de danger d'erreurs, d'autant plus que des recherches historiques ou philosophiques, qui pourraient exiger la connaissance de la langue des livres originaux, n'entrent pas dans le plan de M. Hardy. Son exposition des doctrines bouddhistes consiste presque entièrement dans des traductions, dont il indique chaque fois la source, de sorte que son Manuel représente à peu près une chrestomatbie méthodique du bouddhisme singalais, et forme l'ouvrage le plus complet et le plus instructif que nous ayons sur ce sujet.

H. Latter, Fauteur de la meilleure grammaire birmane qui existe, a fait imprimer à Maulmein trois ouvrages bouddhistes en birman', dont le premier contient une collection d'anecdotes pieuses, le second, la vie et les discours de Sakiamouni, et le troisième l'explication des termes techniques de la théologie. Cet ouvrage est destiné aux écoles birmanes du gou-

of the order of niendicant* founded by Gotama Budha, by R. Spence Hardy; London, 1850, in-8 (443 p.).

A Manual of Bwlhism in Us modem development, translated from singhalese mss., by R. Sponce Hardy; London, 1853, in-8 (xvi et 533 p.)-

1 . Sélections from the vemacular hoodhist literature of Bùrmah, by T. UUer; Maulmein, 1850, in-4 (vm et 199 p.).

îemement anglais, et ne peut, dans son état actuel, servir ime au delà de leurs murs, car les textesqu'il donne ne son! pis accompagnés de traduction.

M. Chester Bennet, missionnaire américain, a traduit du b'rman une vie de Bouddha'. Cette biographie est, comme toutes celles que nous connaissons jusqu'à présent, noyée dans des flots de légendes et de mythologie, dans lesquels le personnage naturel de Bouddha disparait en grande partie. )n y trouve de temps en temps des traits et des discours évilernmenl vrais, tels qu'on en attend de la part d'un grand Mmme qui a su se mettre au-dessus des habitudes d'esprit le son temps et de sa race, et qui a exercé une influence si lumaine, si durable, et je crois en somme si favorable sur me partie considérable du genre humain. Il faut espérer ]tt'on recomposera un jour sa vie véritable à Faide des récits lue contiennent les ouvrages de ses premiers disciples, car >lus on s'éloigne de son époque, plus on trouve les souvenirs le l'homme défigurés par l'amour du merveilleux et les prorrés d'une mythologie monstrueuse.

Enfm nous arrivons à la littérature chinoise, où nous retrouvons le bouddhisme dans un travail trës-rcmarquable, publié par M. Stanislas Julien, sous le titre d'Histoire de la vie de Oiouen-thsang*. On sait combien M. Rémusat attachait de prix aux relations écrites par les pèlerins bouddhistes chinois ^e leurs voyages dans l'Inde. Il annonça, quelques mois avant

1. Life ofGaudama, a translation from Ihe burmese book entiUcd Ma- ^'letfhga-ra Wottoo, by the rev. Chester Bennet (dans le Journal of the American oriental Society^ vol. lïl, p. 1-164).

t Hitloire de la vie de Hiouen-thsang et de ses voyages dans l'Inde, **«pui8ran 620 jusqu'en 645, par Hoeï-li et Yen-thsong, suivie de documents et d'éclaircissements géographiques tirés de la relation originale ^«Hiouen-thsang, traduite du chinois, par Stanislas Julien; Paris, 1853, ^-^ (uxxiv et Ait p.).

U8 VINGT-SEPT ANS D'HISTOÏKB ÛEB ElDOES ORIECNTALES.

sa mort, qu'il mellrail prochainement sous presse un ouvrag? sur les voyages des Samanéens dans l'Inde. Malheureuse menl il mounil avant d'avoir achevé la traduction et le commentaires du Foë kouci ki, qui devait former le premier volume de cette publication. Le dévouement de ses amis pourvut À l'achèvement et è. l'impression du Foé kouei ki, que Im indianistes recurent comme une véritable conquête pour l'histoire de l'Inde, malgré des défauts inévitables dans tout oavrage posthume. Le second volume devait contenir la discussion de la partie géographique du voyage de Iliouen-lbsan^. dont H. Rémusat ne parait pas avoir possédé la relation entière. C'est dans cet état que ces études passèrent entre les mains de M. Julien, qui ne tarda pas i, se procurer, non-seulenient la relation complète de Uiouen-thsang lui-même, mait encore sa biographie, écrite après gamort par deux de ses i\r ciples. Mais il trouva de grandes difScultég dnns ces ouvrages, difficultés qui venaient avant tout de la transcription chinoiu des noms propres, des noms de lieux et des litres de livret sanscrits. Le son des mots chinois était un indice incertain el souvent trompeur; le système de transcription avait été chan|t plusieurs fois, de sorle qu'un résultat obtenu pour un livr<< récent ne servait à rien pour un plus ancien, et pour ajouter à la confusion, très-souvent des mots chinois, qui paraiisaieni une transcription du son, étaient, au contraire, la traduction d'un nom indien significatif. H. Rémusat n'avait réuui qu'iinparfaitemenl â vaincre cette diflicullé, et N. Julien se hvra avec une ardeur et une constance admirables à des travaui longs et ardus pour découvrir une règle sûre qui pût le guider i travers ce dédale. Je ne puis le suivre dans l'exposé de tous les efforts qu'il fit pour surmonter ce formidable obstacle; qui' me aufOse de dire qu'il put, en 1849, imprimer dam le Journal asiatique la transcription de neuf cents litres de livres bouddhistes sanscrits, qu'il Rvail tirés du chinois. Il raprit alors In publication du voyage de Hiouen-thiang ; mais il le possédait sous deux formes : dans la rédaction du voyageur mémei «t dans celle de ses biographes. On se serait attendu h ce qu'il

eùl choisi U première, et ae fdt servi de la seconde comme supplément el pour en lirer des éclaircissemenlH, car il s'agissait d'un document historique de la plus grande importance, qu'on devait désirer posséder dans sa forme la plus ancienne et la plus authentique. M. Julie» choisit comme texte à traduire la biographie, en réservant la relation du vojageur marne pour les éclaircissements et les suppléments. Les ni- 8an3 qui t'auront déterminé à cette déviation de la marche que la nature des choses paraissait prescrire, doivent être trës~ fortes; mais je regrette qu'il n'ait pas cru devoir les indiquer. (Juoi qu'il en soit, l'ojivrage que publie H. Julien est du plus haut intérêt. Hiouen-thsang quitta la Chine l'an 629, et y revint après dix-sept ans de voyages en Tartarie, dans la Bactriaee et dans la plus grande partie de l'Inde. Une grande réputation de savoir et de sainteté l'avait précédé ; il fut reçu par l'empereur comme un père spirituel, comblé de plus d'honneurs qu'il n'en voulait accepter, et employé à traduire et i faire traduire les ouvrages bouddhistes sanscrits. Ces rapporls entre l'empereur et le vénérable pMerin sont un épisode très-curieux et très-caractéristique des mœurs de ce temps; mais le grand intérêt du livre consiste dans ce qu'il noua apprend sur l'Inde. Il y a, il est vrai, un inconvénient dans tous ces voyageurs bouddhistes : iU ne s'occupent que de leurs coreligionnaires, et l'on croirait, en lisant Hiouen-thsang, qu'au T|]' siècle rinde était entièrement bouddhiste, ce qui est loin d'être la vérité. Il en est d'eux comme des voyageurs juifs du moyen âge, qui font tellement abstraction des chrétiens, qu'on dirait, d'après leurs livres, que l'Europe n'était alors peuplée que par des Israélites. Celte tendance d'esprit nous a privés sans doute de beaucoup de renseignementsque Hiouen-thsang aurait pu nous donner sur l'Inde brahmanique; mais elle ne nuit en rien h l'oxaclitude de ce qu'il dit sur l'Inde bouddhique, et â l'importance des Taitl et des dates qu'il nous fournil pour l'histoire d'un pays qui nous en donne si peu luimême. Chaque nom d'homme ou de livre dans l'Inde, qui acquiert une date fixe, est un jalon de plus pour l'histoire de ce

StU VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRt DE^ ËIIIDËS UKItNTALES. pays, et l'on comprend aisément de quelle imporlance est le travail ingénieux de H. Julien, qui nous permet de les retrouver. Dans tous les cas où l'auteur chinois indique le sou cl le sens d'un mot sanscrit, on peut être à peu près sûr de la restitution de M. Julien; quand l'auteur n'indique que In son, les règles de transcription que M. Julien a trouvées déterminent encore presque avec certitude le mot sanscrit; mais quand il n'indique que le sens, il peut resler des doutes sur les noms formés par le traducteur d'après cette donnée nécessairement un peu vague. Mais ce qui est positivement acquis à l'histoire est un gain énorme, et des rensei},'nements venu:: d'autres côtés contribueront probablement à mettre hors de contestation les points qui aujourd'hui ne peuvent pas encore être fixés avec certitude, et que M. Julien a eu soin de marquer lui-même. Il termine son volume par un appendice géographique arrangé alphabétiquement el tiré du grand ouvrage (le Hionen-llisang lui-même. Il nous fait espérer un second volume, qui contiendra une analyse délailléede l'ouvrage original, une traduction complète de la description du Maghada, les voyage'^ et les vies des autres pèlerins chinois dans l'Inde, des renseignements bibliographiques sur les ouvrages sanscrits qu'ils citent, une chronologie bouddhiste, la vie des patriarches et deux caries chinoises de l'Inde, de sorte qui? le lecteur aura sous les yeux tous les renseignements sur l'Inde que peuvent fournir les bouddhistes chinois. Je ne puis terminer mes remarques sur ce livre sans un mot de regret sur la manière dont l'auteur parle de M. Rémusat. Je crois que beaucoup de lecteurs de l'ouvrage auront trouvé, comme moi, que le nom du restaurateur des lettres chinoises en Europe a droit à être prononcé avec plus de respect.

Sur la littérature chinoise proprement dite, il n'a paru, &ma connaissance, que le Siècle des Youén de M. Bazin*. C'est la

t. Lt Siècle des Youén, ou tiblenu liitloriqu» de la littùralura cliinoiw depuis l'avi-nEmenl ilei empereurs mognli juaqu'i U reslauialion doi

ANNEE ]853-lg.S3. 5t1

réunion d'une série d'articles que vous aurez remarqués dans le Journal asiatique, et dans lesquels M. Bazin nous a retracé lelnbleau de la littérature savante et populaire des Chinois sous la dynastie mongole. Les notices sur les ouvrages savants sont pour la plupart empruntées au catalogue raisonné de la bibliothèque impériale de Pékin, et elles réunissent naturellement un degré d'exactitude et de connaissance de la bibliographie chinoise qu'il eut été impossible d'acquérir dans une bibliothèque en Europe ; elles nous donnent en même temps un spécimen fiivorable de la critique littéraire de ce peuple lettré ; les notices sur les ouvrages populaires sont le résultat des lectures personnelles de M. Bnzin, car In bibliothèque impériale de Pékin dédaigne, à ce qu'il paraît, les romans et les pii'cesde théâtre, et cela nous a valu des extraits et des notices Caitr^dans le sens européen, et inlîniment plus curieuses pour nous que si elles avaient été empruntées aux meilleurs crili- <|ues chinois. C'est la première fois qu'on met devant les yeux lie l'Europe le tableau complet d'une époque littéraire de la CIjine.

J'ignore quels travanx les Européens en Chine ont pu faire p-^-aitre récemment: nos communir-nlions sont si imparrailes et si lentes que e ne puis annoncer qu'un uuvrage qui a été imprimé il y a déjà six ans, c'est le Dictionnaire anglais-chinois lie H. Medhurst', qui forme la contre-partie du dictionnaire i*Ninois-anglais que le même auteur avait publié quelque temps auparavant. Ce livre est tiré en granile partie du Oictionnaire de Kaiig-hi, mais non pas exclusivement; il est très-riche en phrases, et sera sans doute d'un grand secours aux Européens eu Chine.

Je dois m'arréter ici, quoique je sache que celte énumératïnn

'Uing. par H. Bazin; Pnris. 1859, <ii-H 1514 p.). Exlr.tit du Journal asiali'liif , le tiirc parte par erreur la dale de tSSO.

I' Sngliih and cAineie diclicnuiry, \>r W. H. Mcdtiuriil; deux vol. in-tl; Shanghai, IMÏ (v ni 113P. p ..

&4S VINGT-SEPT ANS D*HI8T0IRB DICS fiTUDËS ORIENTALES.

est encore plus incomplète que dans les années passées, car non-seulement la connaissance de beaucoup d'.ouvra^es m'aur* manqué, mais j'ai été obligé de passer sous silence des partio entières de la littérature orientale pour ne pas augmenter en core l'étendue de ce Rapport, déjà trop long. J'espère qia« vous me permettrez de réparer l'année prochaine ces omissions involontaires.

ANNÉE l835-18S-i

Ri vous rfindant comple de l'étal lit ifot affiim a* trente deuxième tnniTersaire de Ih TondaliDn de la Société utiatiqua, le Conseil n'a qu'A vous réliciler du maintien de U proapénlù de la Sociéld malgré lescirconstancei, qui, dam toute l'Eu* rope, oui été peu favorables à la culture des lettres. La plus gnvc de cM circonitances, la guerre d'Orient, finira m0me, ^■1» aueUii doute, par exercer un* inHuence puissante sur le >lévelopp«menl dee élude! orientale! en Europe, et, parconaéquenl, des inslituliont qui son), comme la uAtre, fondées poar f«iliter et propager ces études.

U Société a fait quelques perles sensibles pendant celte tnoée; M. Harcel, qui était du nombre des fondalean de la Soci^lé qui nous restent, a succombé à des infirmités icctimvléei, qui l'avaient affligé depuis longtemps sans pouvoir «teindre en lui une ardeur de travail qu'il a conservée juslu'au dernier moment, et dont témoignent les nombreut ou- "fifw qu'il a publiés sur la langue et l'bisloire des Arabes.

5ii VINGT-SEPT ANS D*H1ST0IRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

Il a été longtemps membre du conseil et de la commission des censeurs. Je ne m'étendrai pas sur sa vie littéraire, parce que le Journal asiatique vous donne un travail détaillé d'une main amie, qui sait infiniment mieux que moi rendre justice aux travaux de M. Marcel.

Si l'âge avancé et Tétatde la santé de M. Marcel faisaient de sa mort un événement auquel nous devions nous attendre, il n'en élait pas ainsi de la perteque nous avons faite en H. Cor, premier interprète aux affaires étrangères. II était revenu depuis peu de Constantinople, où il avait passé de longues années, d'abord comme secrétaire de Reschid Pacha et ensuite comme drogman de l'ambassade de France, fonctions dans lesquelles il avait coopéré de tous ses efforts aux tentatives de régénération de l'empire turc par l'introduction d'idées et d'institutions modernes. Il venait d'être appelé à la chaire de turc au Collège de France et se préparait à reprendre ses travanx littéraires, que ses occupations avaient interrompus, lorsqu'il fut emporté en peu de'jours par le choléra, avant d'avoir pu ouvrir son cours. C'était un homme instruit, intelligent, d'une bonté de cœur peu commune et du commerce le plus sûr ; sera longtemps regretté par tous ceux qui l'ont connu.

Nous avons perdu un associé étranger, le D' Samuel Lee, longtemps professeur à Cambridge, et, pendant les dernières années de sa vie, chanoine à Bristol. M. Lee offre un des exemples les plus remarquables de ce que peut faire la volonté d'un homme malgré les circonstances l£s plus décourageantes. Il était né de parents pauvres et devint ouvrier charpentier; à l'âge de vingt ans, et étant, si je ne me trompe, déjà marié, sa piété lui inspira le désir de lire la Bible dans l'original. Il acheta une Vieille grammaire latine, et dérobant à son sommeil le temps nécessaire, il apprit bientôt assez de latin pour se servir des ouvrages écrits en cette langue ; puis, élargissant graduellement le cercle de ses travaux, il étudia le grec, l'hébreu, le syriaque, Tarabe et le persan, avec tant de succès, qu'il fut

ANNBE 1853-1854. S45

nommé, à l'âge de vingt-cinq ans, professeur k Cambridge. Sa Grammaire hébraïque, sa traduction d'un Abrégé d'ibn BalODtah, son édition de la Grammaire persane de Jones, et bien il'aulres publications, ont justifié la réputation qu'il avait acquise de bonne beure par la singularité de sa carrièrç. Hais la plus grande partie de son activité littéraire était consacrée à la révision des traductions delà Bible que la Société biblique publiait en dilTérentes langues orientales. Il avait, pendant longtemps, voulu aller lui-même, comme missionnaire, en Orient, 6t les représentations de ses amis, lui démontrant qu'il pouvait rendre à la cause des missions des services plus grands en rvslant en Angleterre, n'ont vaincu que lentement sa résolulioDde partir pour l'Asie. C'était un homme plein de dévouemenl pour la science et très bon, malgré un reste de rudesse qu'une jeunesse passée si durement avait dû laisser en lui, et que les discussions littéraires, cette cruelle pierre de touche des savants, réveillaient quelquefois. Je ne veux pas dire par là que M. Lee supportait les critiques avec plus d'impatience <|ue beaucoup d'autres savants; maison est plus frappé de celle infirmité dans un homme si doux d'ailleurs etd'une piété si sincère.

La lillérature orientale a encore à déplorer la perte d'un hommequi n'a pas appartenu à la Société et qui aurait dû se trouver sur la liste de ses associés étrangers. Permettez-moi de réparer cet oubli, bien involontaire, par quelques mots d'faomma)(e posthume adressés à la mémoire de M. Grotefend. H était né à Munster le 9 juin 1 775 et il est mort à Hanovre, le 15 décembre 1853. Il y a peu à dire sur une vie passée dans l 'enseignement et dansune activité littéraireincessanle. H. Grotefend a publié des ouvrages remarquables sur la grammaire latine, sur les langues et les inscriptions italiques, et sur l'ancien allemand, dont l'élude savante a trouvé en lui un de ses premiers promoteurs. Mais sa véritable gloire repose sur un mémoire de quelques pages qu'il a lu, en 1802, dans une séance de l'Académie des sciences, à Gôttîngue, et qui traite

du déchiffrement des inscrîplions cunéiformes de Persépolis'. Ces ioscriptions étaient restées illisibles depuis le temps d'Alexandre le Grand el semblaientdéfier iapënélration humaine. Quelques-UQS les prenaient pour les traces de coquilles fossiles dans les pierres ; d'autres, pour des arabesques arbitraires; le^ savants ne s'en occupaient pas, parce qu'ils regardaient li réussite comme impossible. Lorsque Niebuhr en eut rapporté 1 des copies faites avec l'exactitude que ce grand voyageur mettait à tous ses travaux, et qu'Anquelil eut découvert le Zenil- | Avestu, on reprit courage, et plusieurs savants d'ungrand mé- , rite, comme Tjchsen, Mûnter et M. de Sacy, s'occupèrenl sérieusement de ces monuments, mais sans réussira les interpréter; et M. LicKtiiitstein venait de publier un mémoire daM lequel il voulait prouver que ces ioscriptions étaient en écriture cuflque, quand le travail de M. Grotefend parut. Les inscriptions pehlewies, déchiffrées par H. de Sacy, lui avaieal indiqué, par analogie, la place où il devait trouver, sur les ioscriptions perse poli tain es, le titre de roi des rois, et les faibles ressources qu'Anquetil du Perron lui fournissait sur le tend I lui permirent de reconnaître approximativement la prononciation de ces mots ; la place où se trouvaient les titres lui donoail avec certitude celle que devaient occuper les noms du roi el de son père, et il sut faire de ces indications un usage si intelligent, qu'il réussit à lire les noms d'Hjslaspes, de Darius ei At Xerxès, et à produire un alphabet persépolitain, ainsi que \i traduction de deux inscriptions. Il nous est facile, aujourd'hui, déjuger de sa découverte; nous savons qu'elle est imparfaite; mais nous savons aussi qu'il a fait tout ce qu'il était possible de faire dansson temps; qu'aucun degré de sagacité nepouvail le conduire plus loin qu'il n'est allé, etqu'il a fallu que Tétudf du sanscrit eût amené la connaissance réelle du zend avant qu'on put reprendre les travaux de M. Grotefend, les apprécier,

I. Ce miiiDoire devint céJèbrc avant d'uvoir été ioiprimé. les jounui» littéraires el les correspondances du lonips en ayant fait connaître la sutsUnee. 11 fnt publié pour la première rois dans la seconde édition ilff Iditi île Hceren; GajtUnpie, 1805; 1. 1, p. S31-96U.

AKNÉE l853-18.->4. 54T

les reclilîer et les compléter. Sa découverte était tellement en avance de soq temps, qu'elle est restée pendant trente-deux ans dans l'état d'un problème que personne n'avait les moyens de résoudre ou de réfuter. J'ù eu l'honneur de voir H. Grotefeod en 1847, et il m'a exprimé, dans les termes les plus touchants, le plaisir que lui avaient fait éprouver les découvertes de H. Burnouf et de H. Lassen, et la satisfactioti avec laquelle il avait alors compris pourquoi tous ses elTorts postérieurs pour perfectionner son premier travail, étaient restés infruc- Ineut. Il in 'a dit qu'il n'avait jamais douté de la réalité de sa découverte, mais qu'il avait presque désespéré de voir le jour où elle serait jugée avec connaissance de cause; qu'il voyait celte étude maintenant dans des mains plus habiles que les siennes, qu'il ne s'occupait plus des cunéiformes persans, mais qu'il croyait avoir auUnt de chance que tout autre pour résoudre le problème des cunéiformes assyriens. EITectivement, j'ai trouvé sa table couverte d'inscriptions de celte classe, qu'il avait reçues autrefois de Bellino, le compagnon de Rich. Il ne confia l'idée qui le guidait dans ces nouvelles recherches eiqiie je puis maintenant publier sans indiscrétion; il pensait i]ue tes inscriptions de Wan devaient élre écrites en languear- ■nénienne. Il a publié, depuis ce temps, tous les ans, un mémoire sur les inscriptidns assyriennes; mais je crois qu'il n'est jamais arrivé à des résultats capables de le déterminer à appliquer ou à abandonner cette idée.

Les autres Sociétés asiatiques nous ont envoyé, cette année, moins de preuves de leur activité qu'à l'ordinaire, soit qu'elles préparent des ouvrages qui exigent plus de temps, soit que les préoccupations politiques aient ralenti leur travail. La Société (l« Calcutta a publié le volume XXIl' de son Journal', et terminé deux nouveaux volumes de sa BibliotS/ea tndica*; elle

t. Journal of the atiatk Society of Bengal. Le dernier numéro arrivé ï Pari) ni le n° ccixxvu, t. VI, n> 6. CalciitU, 1S51.

i. BibiiothiKa éndiea, publiilied bj tlie Ailatic Society of Beogat. Le di^mier nuiuéro urité à Pwii eit le a' Lxi. Cilcutta, 1U3.

548 VINGT-SEIT A»S D'HISTOIRE; DES ÉTUDES ORIEIIITAIXS. a, en outre, commencé plusieurs ouvrages qui doivent prendre place dans cette belle collection. Le conseil de la Société s'a]>plique constamment à développer et à améliorer le plan de la Bibliothèque indienne; il exige maintenant, sinon une traduction, au moins une analyse en anglais de chaque ouvrage qui doit y entrer -, il a réduit d'un tiers le prix des volumes, et en a établi un dépôtàLondres. On ne sauraittrop louer ces améliorations; mais me sera-t-il permis de Taire une obserTation qui a dû Frapper tous ceux qui se servent de cette collection, sur la variété des formats qui s'y introduit graduellement? Quelle peut être la raison de changemcnls en apparence si peu motivés et si incommodes dans une collection'?

La Société orientale allemande a publié régulièremenl son Journal, dont le contenu est toujours enraiement varié et lii>tructir*;etla Société asiatique de Londres nous a envoyé un excellent catalogue des manuscrits historiques arabes et p«tsans qui se trouvent dans sa bibliothèque ^ Ce catalogue e^i l'œuvre de M. W. Morley, et peut servir de modèle pour celle classe importante de publications. H. Mnrley donne le titre d« l'ouvrage, te format, le nombre des TeuiUes du volume et celui des lignes de la page, le nombre et le contenu des chapitres: il ajoute quelques indications sur l'auteur, quand il est connu. et mentionne les parties de l'ouvrage qui ont déjà été publiées.

La Société archéologique de Debli nous a fait parvenir le

1. Le format do la plupart des cahiers est un in- 8 ordinaire ; nnu Itliuméroii ILtU, lx,lxi cl lux sont grand in-8,et les numéros Lviil et l.\^ sont in-4.

%. Zàtuhrift dtf dtuttehtn morgaHandiiehtn GtielUchaft- T. Vlli. cabier 3. Uipiig, 1H51, in-8.

3. A deteriptive catalogue of Ifte hiitoricol manuieripU in thc mé?" rnid penian lattguagc», preaerved in Ihe libnry of tha roial ftiialte Socifii ot Great Britaia and Ircland, by W. U. Horlej. Londres, 1851, ùH' {ISU p.).

ANNte 1853-ISGl. Si9

premier cahier de son Journal', qui conlient îles mémoires sur les antiquités de Dehii, des fac-itmite d'inscriptions et de médailles et des extraits de manuscrits historiques. Cette |iublicalion répond bien à ce qu'on est en droit d'attendre d'une a-^sociation placée dans la pnsition la plus favorable pour des reclierches historiques, et composée de l'élite des hommes que M. Ttiomason avait formée, et avec le concours desquels ce grandhomme d'État avait fondé, dans les provinces supérieures ie l'Inde, l'administration la pins éclairée qu'on ait jamaiseue dans ces paifs.

La Société asiatique de Bombay a fait paraître un numéro df son Journal', et la Société des sciences, & Datavia% un rioiivpau volume de ses Transactions, contunani le texte d'un pofme kawi él d'un ouvrage javanais. Elle a aussi publié une seconde édition du Catalogue de sa bibliothèque *.

A cAté des Sociétés asiatiques anciennes, se sont formées en An<:le(crre, depuis un an, deux nouvelles associations qui se proposent de faire explorer, l'une la Mésopolnmie, et l'autre ia l'alnstine, avec des fonds provenant de souscriptions, et qui ont l'inlenlion de déposer au Musée britannique les résultats lie leurs fouilles et de leurs découvertes. Ces associations ont fté provoquées par l'intérêt qu'ont eicité les découvertes d'nnliquilés assjrieimes commencées par H. Botta, et celles que M. de Saulcf a annoncées dans son Voyage en Palestine. En l^rance, nous nous bornons à demanderau gouvernement de faire ce que nous désirons voir exécuter ; et quand il ne veut ou

t Journal of the arcUologiail Society af Delhi. Janvier 1853, in-8, Dchli.

i. Journal of the Bombay Brandi of the royal a*iatie Society. Bombay, ISM. in-8. n- XVIII.

3. VertiandeUngen «on hel Balaviaai Gmoottchap van Kvniten en VV«- ItriKhapen, t. XWV, \n-i. Batavia, laSi.

1. BiblioUteea Soeielatii artium Mientiantmque qua Batavia floret Calilogu» >fntematini$, cnnnte P. Bleeker, llUC. Edilio altéra curante Hunnlch. BaUvia, 1S&3, in-8 (4f et 156 p).

ne peut pas le faire, nous nous plaignons et nous nous rési^ gnons. En Angleterre, où Ton est d'avis que la fortune impose des devoirs publics, on sait se substituer à faction du gouvernement et accomplir, par des sacrifices individuels, ce que le gouvernement n'entreprend pas. M. Loflus, le chef des explorations en Mésopotamie, est arrivé au moment où l'expédition française dans le même pays se dispersait, et où le gouvernement suspendait les fouilles de M. Place à Hossoul; il a commencé ses travaux dans la basse Mésopotamie, d'où il a déjà fourni à M. Rawlinson des monuments tirés des ruines de Warka et de Senkerah, qui paraissent très curieux, et M. Rassam est occupé à explorer un palais dans le Koyoundjik, que M. Place avait entamé, mais qu'il a été obligé d'abandonner faute de fonds, et qui paramètre le plus complètement conserré de tous les palais assyriens découverts jusqu'aujourd'hui. L'activité de M. Loftus, que nous connaissons par ses découvertes antérieures à Warka et ses fouilles à Suse, et les fonds très amples mis à sa disposition par l'association, donnent l'espoir presque certain que sa mission produira des résultats considérables.

J'ai peu à vous dire de votre propre Journal ; vous le connaissez tous, et c'est à vous à juger si le Conseil remplit vos intentions par la manière dont il s'acquitte du plus important de ses devoirs : la publication du Journal asiatique. Il ne paraK pas toujours avec la régularité que l'on a le droit d'exiger d'an recueil périodique; mais, malgré toutes les précautions qu^ peut prendre votre Commission, elle est obligée de se soumettre à des retards inévitables, qui proviennent le plus souvent des auteurs eux-mêmes. Nous luttons en vain contre ces retaitls; et tout ce que nous pouvons obtenir est de les circonscrire dans des limites telles, qu'ils ne puissent pas nuire aux intérêts se' rieux de la Société. La Commission s'efforce de donner an Journal le plus de variété qu'elle peut, et d'y comprendre des travaux qui embrassent toutes les parties de nos études. t<^ composition des deux volumes qui ont paru depuis notre der-

niére réunion prouve que les auteurs l'ont bien secondée. Ces Tolanoes contiennent des lettres de M. Fresnel sur les antiquités babyloniennes; le texte assyrien de Tinscription de Darius àBehistoun,avec la traduction de H. de Saulcy; les recherches de H. Defrémery sur le sultan Barkiarok; des études de M. Sédillot sur l'algèbre aVabe;des documents sur l'hérétique Âbou Ifezid, traduits de la Chronique dlbn Hammad, par H. Cher- Mncau; des travaux de MM. Dugat et Sanguinetti sur la mélecine des Arabes; la suite du tableau de la littérature du [horasan, par M. Barbier de Meynard; l'histoire de Bodja, roi le HaWa, par M. Pavie; le curieux travail de M. Bazin sur l'or- ;anisaiion municipale des Chinois; un mémoire de M. Renan lor un livre gnostique en syriaque, et un grand nombre de lotices de moindre étendue, que je ne puis énumérer toutes.

Le Journal asiatique restera nécessairement notre publication principale, le premier objet de nos soins; car une société littéraire ne vit que par son journal; c'est par lui qu'elle est Bn rapport avec le monde savant. La rapidité avec laquelle il sert à répandre une idée nouvelle, la facilité avec laquelle il se prête à des travaux d'une étendue fort variée, le peu de solennité de sa forme, qui admet des études fragmentaires encore insuffisantes pour un livre, qui permet la discussion et la réplique, en font comme une conversation en public. Mais vous avez pensé que les forces de votre association vous permettaient de faire davantage, et parmi les nombreux services qu'une ^tude nouvelle et immense comme la nôtre attend de l'avenir, vous avez jugé que le plus pressé était de contribuer à la publication d'une partie des richesses infinies que contiennent les manuscrits des bibliothèques, qui, dans leur forme actuelle, ne servent qu'à un petit nombre de savants favorisés par leur position, et que même les plus privilégiés ne mettent en œuvre qu'avec une perte de temps extrêmement regrettable. Vous ^^us êtes donc décidés à publier une Collection d! auteurs orien- ^^uxj et l'année qui vient de se terminer sera mémorable dans ^os annales par l'achèvement des deux premiers volumes de

cette œuvre. Ce sont les deux premiers volumes des Voyages d'Ibn Batoutah^ publiés et traduits par MM. Defrémery et Sanguinetti. Ces deux volumes contiennent la route de Fauteur à travers l'Afrique du nord, la Syrie, la Mecque, la Mésopotamie, où il visite Bagdad et Hossoul; son retour à la Mecque, ses voyages à la côte orientale de TAfrique, dans 1^ midi de l'Arabie, en Asie-Mineure, sur les bords de la mer Caspienne età Constantinople;de là il part pour la Transoxiane, où nous le retrouverons dans le troisième volume. Il me serait impossible de mettre en évidence ce qu*il y a de nouveau et d'important dans un pareil ouvrage. Certainement un voyageur du xiv^ siècle n'observe pas de la même manière qu'on observe aujourd'hui, et un voyageur musulman insiste sur des points qui seraient indifférents à un chrétien, et néglige souvent ce qui importerait à celui-ci ; mais tout cela accordé, nous n'en avons pas moins le récitdétaillé d'un voyageur sincère, homme de sens et de savoir, poussé, à travers le monde entier alors connu aux musulmans, par une curiosité insatiable. Nous avons une description souvent détaillée des villes les plus célèbres du monde, des pays les plus curieux, avec des renseignements historiques sans nombre et, plus que tout cela, ces mille indications qui échappent à la plume d'un voyageur à son insu, et qui sont souvent plus précieuses que ce qu'il nous raconte avec intention. Je crois que vous rendez à l'histoire un grand service par cette publication, et quand les cinq volumes qui contiendront tout l'ouvrage d'Ibn Batoutah seront terminés, vous n aurez point à vous repentir des sacrifices qu'ils auront pu vous imposer.

• Le second ouvrage dont vous avez décidé l'impression dans la Collection, sont les Prairies d'or de Masoudi que M. D^' renbourg publie et traduit. Vous savez que c'est une sorte

1 . CoUection d'ouvra«es orientaux : Voyages d^Ibn Batoutah, texte arab*' accompagné d'une traduction par MM. C. Defrémery et le D' B. R. Saoguineltir Paris, 1863. in-S, t. 1 (xlvi et 443 p); t. II (xvi et 465 pf

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d'histoire uiÙTerselle, écrite au t' siècle de notre ire par un des plus grands voyageurs arabes, et composée en partie d'après des ouvrages historiques aujourd'hui perdus. Masondi a toujours été regardé par les musulmans comme une autorité do première importance, et Ibn Khaldoun lui-même le traite comme le premier des historiens. Nous le connaissons en Europe par une notice de de Guignes, par quelques chapitres publiés par divers savants, et par le premier volume d'une traduction anglaise que M. Sprenger avait commencée et qui a été abandonnée après son dépari pour l'Inde. C'était évidemment un ouvrage qui s'offrait à nous comme un des premiers à faire paraître dans la CoUeclion, et j'ai la satisfaction de vous annoncer que c'esl aujourd'hui même que l'on en commence l'impression.

L'idée de réunir en collection les principaui ouvrages d'une littérature est si naturelle, qu'elle s'est souvent présentée, même pour des littératures orientales, où la difficulté est pourtant fort grande, parce que, dans l'état actuel des choses, la dépense en temps et en argent est telle, qu'un seul homme ne peut guère s'y aventurer. Aussi vojons-noug que ce sont presque sans exception des gouvernements ou des sociétés savantes qui ont exécuté ces grandes entreprises, et ce sont les gouvernements orientaux eux-mêmes qui en ont donné l'i'iemple, à mesure que l'art de l'imprimerie s'est répandu. Les plus anciennes de ces collections sont, je crois, celles des Chinois, qui en ont exécuté à différentes reprises et de différentes espèces. Les empereurs de la dynastie tartare surtout en ont fait imprimer plusieurs dans des proporfions énormes, telles que l'exigeaient une littérature immense et la dignité d'un empire fondé essentiellement sur la culture des lettres. La collection que Kien-long fit exécuter par une armée de savants et sous la direction de deux princes impériaux consiste, à ce que l'on assure, en cent soixante mille cahiers, qui représenteraient environ trente mille Tolumea. européens par exemplaire. Les Thibétains ont formé deux grandes collections

551 VmCT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES OIl!E!»TALES. d'onvrages bouddhiques qui ont été reproduites au Thibel, ea Chine et dans le Boutan. Le gouTernement turc a fait imprimer à Constant! no pie une série des principaux historiens otlomans, en neuf volumes in-folio. Les Arméniens de Venise publient une collection des auteurs de leur nation dans une série de volumes déjà très considérable et qui s'augmente tons les ans. Les missionnaires allemands dans l'Inde méridionale ont commencé une collection des auteurs qui ont écril ea langue canara, sous le titre de Bibliotheca ranarensis, dont il a paru trois volumes in-folio. Sir Henry EUiot, dont la mon récente est la plus grande perte que les lettres orientales aient faite dans l'Inde, avait préparé une collection des historiens persnns de l'Inde; entreprise colossale, que son énergie el les encouragements de la Compagnie des Indes auraient probablement menée à bonne fin.

Toutes les collections entreprises en Orient, ou par des Orientaux, se bornent naturellement aus ouvrages dans une seule langue, el ne comportent pas de traductions, puisqu'elles sont destinées aux savants des pays mêmes qui les exécuteal; néanmoins elles sont d'une grande valeur pour l'Europe, non seulement parce qu'elles rendent accessibles une foule d'ouvrages qu'il serait impossible de réunir, mais encore parre que le travail critique des éditeurs donne une sécurité et, pour l'usage, une facilité que les manuscrits ne fournissent presque jamais. La belle Bibliotheca indien de la Société asiatique de Calcutta est encore un peu sous cette influence orientale, ce qui est parfaitement naturel dans sa position. Le but de celte collection est avant tout de Faciliter, aux lettrés du pays, l'acquisition du savoir oriental dont ils ont besoin, de diminuer la perte de temps qu'entraînent les études poursuivies à l 'aide de manuscrits, de restreindre de cette manière le nombre des années qu'exige aujourd'hui l'éducation d'un musulman ou d'un brahmane, de leur rendre ainsi possible de sortir de la routine 4]e leurs- études, où leur esprit était renfermé dans un cercle de fer, et de s'approprier les sciences des Européens.

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C'est dans ce but qne la Compagnie des Indef a alloué la lotnme consacrée annuellement A celte collection, et c'est pour cela qne la Société n'exige pas de traductions des ouvrages à publier, quoiqu'elle les admette.

Les c<rflections entreprises en Europe suivent nécessairement uue impulsion uil peu diflérente, leur but étant, d'un cblé, de faciliter l'étude des langues asiatiques, et, de l'autre, de répandre la connaissance de l'Orient en dehors de l'étroite enceinte des écoles, où elle est circonscrite aujourd'hui. Le Comité des traductions de Londres n'a admis que par eice[H lion les textes originaux et en a laissé le soin au Comité des textes, qui a été fondé pour le compléter. Le gouvernement français, en commençant sa Collection orientale, s'est proposé de réunir les deux points de vue, et a fait publier les textes accompagnés de traductions. Ce plan semble, dans l'état actuel des choses, le meilleur, et s'il avait été exécuté aussi simplement que le voulait H. Saint-Martin, quand il proposa celte entreprise au gouvernement de la Restauration, il est probable qne la Société asiatique n'aurait pas eu l'idée de fonder une collection nouvelle. Hais après la mort de H. Saint- Martio, d'autres idées ont prévalu et d'autres besoins se sont fail sentir, et la conséquence a été l'exécution trop magnilîque d'ouvrages qui, originairement, avaient été destinés k être placés dans les mains des étudiants et de tous ceux qui s'intéressent aux langues et à l'histoire de l'Orient.

Vous avez repris le plan primitif, vous l'avez encore simplifié pour l'approprier aux besoins actuels, vous voulez faire connaître le plus d'ouvrages importants possible dans des textes corrects, accompagnés de traductions exactes, publiés' dans la forme la plus modeste et à des prix qui les rendent accessibles à tous. Vous voulez fournir aux philologues des textes inédits, aux historiens de nouvelles sources, h tous les moyens d'étudier l'Asie, et jamais il n'y a eu de temps où des services pareils devraient être reçus par le public avec

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plus de recoBnaissance que dans le nAlre,- car il est évident que nous touchons au moment où les intérêts de l'Occident et de l'Orient vont se confondre plus intimement que jamais, et où l'influence de l'Europe va pénétrer et dominer tout ce qui, jusqu'ici, s'en est défendu en Asie. Celle influence est dorénavant irrésistible ; mais elle ne peut être bienfaisante que quand elle est éclairée ; on ne peut réformer que ce que l'on connaît et comprend, el le grand danger pour l'Orient consiste bien moins dans sa Faiblesse que dans l'ignorance de ceux qui entreprennent de le régénérer. Pour comprendre l'Orient, il faut l'étudier dans son passé; mais quand on le voit dans sa décadence actuelle, l'orgueil européen n'est que trop lente de faire table rase de ses institutions, et de détruire les germes et les débris précieux d'une civilisation qui demande des mains plus tendres et plus savantes pour l'aider à revivre. L'Europe a jusqu'ici beaucoup trop négligé l'étude de l'Orient, et a passé avec indifférence auprès des travaux immenses qu'un petit nombre de savants ont eu le courage d'entreprendre. Les langues orientales ne peuvent jamais occuper en Europe la place que les langues de l'antiquité classique ont prise; mais elles méritent une place plus grande que celle qu'on leur a faite, et tout ce qui peut contribuer à les répandre a droit à l'intérêt des gouvernements, et surtout à la sympathie du public, laquelle est le seul encouragement asseï puissant et assez vivifiant pour produire un effet durable, et pour donner les moyens et le courage de faire ce que nous tous savons devoir être fait. Continuons donc dans la mesure de nos forces à contribuer, pour notre part, au développement de ces études, et appelons-en à la sympathie et à l'aide de tous ceux qui ont l'esprit assez élevé pour comprendre l'importnncede ces efforts.

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