‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 45 sur 112 · C. HEIHWALD, LlBRAIRE-ËDITEUn · texte numérisé non relu

C. HEIHWALD, LlBRAIRE-ËDITEUn

15, Bl'E DEK lAlNTS-PËRCl, I •'i

Toni droltt riw^fa.

?3 Z '>'-6 -'/af VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE

Xï

Messieurs, Nous célébrons aujourd'hui le trente-troisième anniversaire lie ta fondation de la Société asiatique. Un tiers de siècle est une vie asseï longue pour une association libre, pour prouver <|u'elle repose sur un besoin réel ; car, dans cetintenalle, elle s'est nécessairement renouvelée presque en entier, et elle aurait cessé d'exister, si elle n'avait dil sa création qu'à une impulsion artificielle ou à l'influence personnelle de ses Tondaleur.i. Mais d'un autre côté, quand on réiléchit que notre Sonété est la première qui ait été fondée en Europe pour la propagation des lettres orientales, on ne peut être que Trappe <le la nouveauté de ces études el de la rapidité avec laquelle elles se sont répandues, et cette considération doit nous soutenir dans la lutte contre les dirOcullés de toute nature que nous rencontrons.

L'année qui vient de se passer n'a pas amené de change-

mcnts notables dans vos affaires, et l'état de guerre dans lequel l'Europe se trouve, si peu favorable qu'il soit aux études, n'a pas ralenti vos travaux. La mort a encore diminué le peti^ nombre des membres fondateurs qui nous restaient. Nous avons surtout à regretter la perle de M. Langlois, membre dn conseil de la Société. Son éloignement de Paris l'avait empêché, depuis quelques années d'assister à vos séances; mais il n'a cessé de suivre vos travaux avec le plus grand intérêt, et il s'est livré, jusqu'au dernier moment de sa vie, à ses études sur l'Inde. M. Langlois s'est fait connaître surtout par deux ouvrages considérables, sa traduction du Harivansùy qui est une continuation du Mahabharal, et la traduction dnRigreda, la première qui ait paru complète. M. Langlois était l'élève favori de M. Chézy, et appartenait à l'école qu'on peut appeler littéraire, en opposition à l'école historique. Le maître et le disciple cherchaient dans les œuvres des Orientaux, avant tout, les productions littéraires qui pouvaient se placer à côté des littératures classiques, et cette tendance les portail à s'attacher, dans leurs traductions, plutôt à l'élégance qu'à l'exactitude. Cette école est aujourd'hui presque entièrement morte; l'école historique Ta emporté pour longtemps, et M. Langlois lui-même en a ressenti les influences dans ses derniers travaux. Au reste, si cette tendance littéraire reprend faveur un jour, je crois qu'elle renaîtra avec des vues plus étendues et en s'appuyant sur une exactitude plus scrupuleuse; il n'y a aucune raison pour que les écoles historiques et littéraires soient séparées et ennemies, comme elles l'ont été pendant quelque temps sous l'influence de circonstances accidentelles-

La Société a fait une autre perle dans la personne de M. Ariel, à Pondichéry, un de ses collaborateurs les pl^^^ dévoués : c'était un élève très distingué de M. Burnouf, et q^^ profitait de son séjour dans l'Inde pour appliquer sa connaissance du sanscrit à l'étude du tamoul, selon les mélhodes A^ son maître. Vous avez trouvé quelques-uns des résultats de scs travaux dans votre Journal, surtout une traduction du Kur(i^

de Tiruvallucar. Son système d'interprétation était l'extrême opposé de celui dont je viens de parler; jamais nous n'avons pu imprimer ses traductions sans y faire des remaniements, cari! suivait Toriginal jusqu'à reproduire la position des mots dans la phrase, ce qui rendait la lecture inutilement pénible. II avait réuni uAe bibliothèque tamoule presque complète, tant en livres imprimés qu'en manuscrits, que par son testament il a mise à la disposition de la Société asiatique, pour en faire le meilleur usage qu'elle pourrait en faveur des lettres. Il est bien à regretter que cet homme modeste, savant, ardent et jeune, n*ait pu terminer lui-même les grands travaux qu'il avait entrepris sur le tamoul, le plus cultivé des dialectes aborigènes de l'Inde, travaux qui auraient eu tant d'intérêt dans ce moment, où les recherches de HM. Briggs, Hodgson «tLogan ont donné une véritable importance à la question des

langaes aborigènes de l'Inde, si longtemps méprisées.

Yos travaux se sont poursuivis sans interruption. Les votâmes III et IV de la cinquième série de votre Journal contonent des mémoires sur presque toutes les branches de la liltérature orientale, comme les Nouvelks recherches sur les hmaéliensy par M. Defrémery; le Mémoire sur les noms propres et les titres chez les musulmans^ par M. Garcin de Tassy; les Recherches de M. de Tchihatcheff sur les Anti- ^itésde V Asie-Mineure y recherches très utiles aux voyageurs parce qu'elles indiquent le site de nombreux restes de l'antiquilé qui n'ont pas encore été examinés, et que l'auteur a re- "^arqués pendant ses longs voyages géologiques dans toutes ^^s parties de l'Asie Mineure; une Notice sur les voyages d'Ab- ^ dans r Afrique septentrionale, par M. Cherbonneau; la ^niinuation des Extraits de Vhistoire des médecins d'Ibn ^h Ossaïbi'ahy par M. Sanguinetti; la fin des Recherches de M. Bazin sur les Institutions municipales de la Chltie; une ^^rie de Recherches sur Vhistoire des sciences mathéma ^ues chez les Arabes, par M. Woepcke; une notice très démaillée du Rhodjaprabandha, par M. Pavie; un mémoire de

H. Belin sur le Fac-similé d'une lettre de Mahomet adressée au gouverneur général de l'Egypte. Le contenu de cette lettre se trouve très exactement rapporté dans les historiens arabes; mais M. Barthélémy a eu le bonheur d'en découvrir l'original dans une vieille reliure d'un manuscrit arabe, tt Belin a très bien établi l'authenticité de cet autographe, unique en son genre, et tous les docteurs musulmans qui ont pu examiner l'original ont confirmé son opinion^ M. Lancereau vous a donné le texte et la traduction d'un Traité de prosodie sanscrite, attribué à Kalidasa; M. de Saulcy a inséré son Lexique de la grande itiscription assyrienne de Behistoun; M. J. Hoffmann, à Leyde, a traduit du japonais une Notice sur les fabriques de porcelaine au Japon; M. Langlois a publié son Voyaye à Sis, accompagné de nombreuses inscriptions arméniennes, et M. Dugat a imprimé son Mémoire sur le poêle arabe Hodba, qu'il avait lu dans la séance annuelle de l'amiée dernière.

Votre Collection d'auteurs orientaux se continue selon le plan que vous avez sanctionné. Le troisième volume des Voyages dlbn Batoutah, par MM. Delrémery et Sanguinelti, est sous presse et très avancé, et le premier volume de Masoudi, par M. Derenbourg, est imprimé à peu près à moitié; ces deux volumes paraîtront probablement avant la fin de l'année. Votre Conseil n'a pas encore réussi à obtenir du ministère de l'instruction publique les encouragements qui, en France, manquent rarement à des entreprises aussi sérieuses et aussi désintéressées que la nôtre; mais nous ne pouvons pas admettre qu'ils nous soient toujours refusés. Par une circonstance fâcheuse, M. le ministre de la justice n*a pas pu sanctionner l'allocation que la commission des impressions gratuites était disposée à nous accorder pour venir en aid^ à l'impression du troisième volume Albn Batoutah : les fonds se trouvaient épuisés. Le Conseil n'a pas cru devoir s'arrêter devant ce défaut de concours; il continuera la Collection, avec ou sans aide, en comptant sur la faveur du public savant. E"

ANNËE 1854-1855. 5

elTety tout le monde a approuvé le plan et l'exécution de cette entreprise, et juge bonne cette tentative de rendre accessibles, dans la forme la plus simple, des ouvrages d'une grande valeur ; c'est au public à nous aider, à prouver que les prix auxquels on offre les livres orientaux sont inutilement exagérés, et à contribuer ainsi à écarter un des plus grands obstacles qui s'opposent à la prospérité des lettres orientales.

Votre Conseil a encore décidé l'impression du texte arabe (la Traité de la législation musulmane^ par Sidi Khalil. Vous savez tous que M. Perron a publié, sur la demande du nùnistëre de la guerre, une excellente traduction de ce traité, iiccompagnée de notes et d'une sorte de commentaire intercalé très habilement dans le contexte même de ce livre, presque inintelligible à force d*étre concis. Cette traduction sert aux tribunaux français en Algérie; mais M. le ministre, qui délirerait aussi avoir une éditon du [texte pour les kadhis et les liommes de loi arabes, s'est adressé à la Société asiatique, et Iqî a demandé de se charger de cette publication. Le Conseil, ^«pouvant recourir à M. Perron, que son intime connaissance (leTouvrage désignait naturellement comme éditeur, mais qui ^6 trouve en Egypte, a confié cette publication à M. Gustave Aichebé. C'est une tâche assez délicate, à cause de la difficulté d'un texte plein de sous-entendus, et à cause de la ja- '<>usie avec laquelle les hommes de loi indigènes contrôleront cette édition. Le Conseil a pris les précautions qu'il pouvait Pour assurer l'exécution satisfaisante de ce travail, et M. Reil^aud a bien voulu en accepter la direction. Il est peut-être ^ïiuiile de dire que les conditions auxquelles la Société s'est chargée de cette publication ont été fixées par le Conseil de 'Manière à ce qu'elle ne puisse, en aucun cas, en tirer un avantage pécuniaire.

}' Sludii orienlali e linguistidf raccolta periodica di G. J.Ascoli, fasc.I. *7*an, 1854, in-8. (Ce recueil doit parailre tous les trois mois, mais il ^*^st venu à ma connaissance que le premier cahier.)

fi VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

Les autres Sociétés asiatiques se sont toutes maintenues, mais il n'en a pas été formé de nouvelles; seulement il a été fondé, à Milan, un journal asiatique', le premier qui ait paru en Italie, et qui est peut-être le précurseur d'une Société orientale italienne. La plupart des Sociétés ont fait paraître des publications qu'elles ont bien voulu nous envoyer. La Société asiatique de Londres a publié la première partie du volume XVI de son Journal *, et son Comité des traductions le premier volume du Diwan des Hodeïlites, qui était attendu de puis longtemps, et sur lequel j'aurai à revenir plus tard.

La Société asiatique de Calcutta a publié le volume XXlil de son Journal *, qui est, comme toujours, rempli des matériaux les plus intéressants, recueillis daus toutes les parties de l'Inde et communiqués en général avec une absence de prétentions littéraires qui est naturelle à des hommes occupés de graves devoirs d'un autre genre et trouvant à peine le temps de consigner par écrit leurs découvertes, de sorte qu'ils ne disent que ce qui est neuf et réellement curieux, et \^ disent avec une simplicité qui en augmente le prix pour nous, en Europe, qui vivons au milieu des vanités littéraires 1^^ plus fatiganteso La Société a continué la publication de sa Bibliotheca indica ^ avec beaucoup d'activité; elle en a publié trente-huit cahiers dans une seule année. Jamais patronage n'a été mieux justifié que celui que la Compagnie des UA^ accorde à cette collection. J'aurai à donner, un peu plus tard, quelques détails sur les parties récentes de cette excellente publication.

1. Ti^e Journal of thé royal asiatic Society of Great Britain and l^^ land, l. XVI, p. i. Londres, 185i, in-S (228, xxxii, et 19 p.). ,

2. Journal of ihe asiatic Society of Bengal. CalcuUa, 1851. in-8 (\M et 89 p.).

3. Bibliotheca indica, a collection of oriental works, pulilished una tlic patronage of the Hon. Court of directors of the East India Co'^P*"^ and the superintendancc of llie asiatic Society of fieiigal. Ca^f"^^**,].. dernier cahier que j'ai vu porte le numéro xcin.) On trouve, soit la «''" lion entière, soit les cahiers isolés, à Londres, chez William et No'"?'* libiaircs au prix de 2 francs.

La Sociélé de Dombay a fait paraître le 11° 11) du son Journal', rempli, comme toujours, d'observalioiis sur les anliqnilés et riiistuire politique et naturelle de la partie occidentale de l'Inde. Cette Société a nommé, il y a quelques aimées, un comité spécial pour l'examen des temples souterrains, et chaque numéro de son Journal contient des rapports de ce comité, accompagnes d'inscriptions trouvées dans ces cavernes et du plus haut intérêt pour l'histoire ancienne de l'Inde. Paisse la Compagnie des Indes, qui fait depuis nombre d'années explorer ces monuments souterrains et en Tait copier les fresques, les sculptures et les inscriptions, nous donner bientôt le résultat de ces travaux.

Je n'ai pas réussi à obtenir des nouvelles de la Société asiatique de Hong-Kong, qui paraît dcdaignerentièrement l'Europe; elle n'a pas de dépôt de son journal* à Londres et ne met personne en état de profiter de ses recherches. C'est d'autant plus étrange, que ses travaux seraient recu^ en Europe avec la plus grande curiosité. 11 est diTHcile de comprendre qu'une association fondée pour étudier un pays qui cirre à l'observation un champ varié etillimité, et pour répandre les observations qu'elle peut réunir sur les lieux mêmes, ne fasse rien pour propager ses découvertes.

La Société orientale allemande a publié les deux premiers cahiers du volume IX de son journal*, qui contiennent des mémoires sur les sujets les plus variés et une correspondance extrêmement intéressante. Rien ne peut donner une meilleure idée que ce journal de l'activité des savants allemands et des progrès que fait la littérature orientale.

I. The Journal 0/ (fte Bombay Braneh of Ihe royal aiiatic Socitlg :;•> XIX, Bomhay, 1854, m-8.

i. Trantaetiom of tke China Braneh of Ihe royal aiiatie Society. Hongkong. iii-8. (Il rtoil en avoir paru trois volumci.)

•i. ZeiUJirift lier Deultehen IfttrgmUndiJcAen GeseUiehaft. T. II. Li!i[izî^', 1855, iii-«.

La Société orientale américaine a fait paraître le volume IV de son Journal ^ ; il est, comme les précédents, consacré surtout aux travaux des missionnaires américains, et ce volume est particulièrement riche en communications sur les langues et les littératures du midi de l'Inde et de l'Inde au delà du Gange. Des établissements mutipliés permettent à ces missionnaires de pénétrer partout dans ces contrées, et il est probable que, grâce à eux, nous finirons par connaître le curieux groupe des dialectes que parlent les nombreuses tribus des montagnes le long des frontières de la Chine et de la presqu'île au delà du Gange jusqu'au Thibet. Ces dialectes contiennent vraisemblablement la clef du problème obscur de rori« gine de la population de la presqu'île et de la formation des langues qu'on appelle indo-chinoises.

La Société des arts et des sciences de Batavia a publié le volume XXIY de ses Mémoires^ contenant un grand nombre de dissertations sur la géographie et l'histoire naturelle des Indes hollandaises, et deux textes considérables d'ouvrages anciens, datant de l'époque où le brahmanisme régnait à Java. Le premier estune rédaction javanaise,intitulée : Manik Majdf d'un poème originairement composé en kawi, sous le titre de Djitapsara, et remanié en javanais l'an 1650 par Karta Mosada; M. Winter en avait déjà publié une traduction en hollandais. Ce livre est du aux soins de M. HoUander. Le second

texte est celui du Borna Kawja, poème mythologique en kawi, sur un fils de Yishnou et de la terre, dans lequel on voit reparaître un grand nombre des personnages du Mahabharat.U publication de ce texte appartient à M. Friederich, quia exploré à plusieurs reprises l'île de Balî, pour y retrouver les restes de la littérature kawi ; il se propose de donner une traduction du Borna Kawja.

1. Journal of the amerUian oriental Society. New- York. 185i, in*^ T. IV. (480 et XXVI p.).

2. Verhandelingen van ftet Bataviaash G^nootschap van Kunsten ^ Wetenschappen. T. XXIV, iii-4. Batavia. 1852.

Amt£ 1854-185S. 9

Enfin, rinstilnt royal pour l'élude des langues, des pays el des populations des Indes hollandaises, qui siège à la Haye, nous a fait parvenir le volume III de ses mémoires ', qui est rempli de matériaux, en général inédits, sur la géographie et l'ethnographie des Iles hollandaises.

J'arrive, Messieurs, à l'énuméraUon des ouvrages orientaux qui ont paru depuis deux ans, car l'état de ma santé ne m'avait pas pennis, l'année dernière, de m'acquitter de ce devoir. Je crains que la liste que je vais donner ne soit encore plus incomplète que d'ordinaire, et qu'un nombre considérable d'ouvrages n'aient échappé à mon attention. Je vous prie seniemeat d'attribuer les lacunes que vous pourrez remarquer à mon manque de renseignements et non à deTiodilTérence de ma part.

En commençant, suivant une habitude déjà ancienne, par les lefires arabes, je dois, avant tout, rendre compte du progrès qu'a Tait YHtttoire de la tittérature des Arabet, par M. de Hammer*, l'ouvrage le plus étendu qui ait jamais étécomposé par un Européen sur une branche quelconque de la littérature orientale. H. de Hammeren a publié le cinquième et le siiième Tolume, qui comprennent les années 338-530 de l'hégire. Dès le commencement de celte époque, l'empire arabe était déjA frappé au cœur, et sa décadence intérieure avait commencé; mais, selon une loi commune aux empires et aux individus, son action au dehors continua i grandir encore longtemps, malgré l'affaiblissement de sa vie intime, et le monde musulman gagnait en pouvoir et en étendue pendant que le khalifat dépérissait. Il en était de même de la littérature ; elle avait

I. Biidragen loi de Taal-Land en Volkenlcunde eaa NeerUndKh Indie, Tijdichrift van hel Koninglijk Institut. T. iti. U fliije, 1856, in<8. Uxx\ et 489 p.).

t. LlUralurgaehiekU der Araber ; von ilirein Beginnï bis tu Knde tiei xwbincn J ail rh un de ri s dcr Hidsctirft,van Hammer-Purgslall. Vienne, in-4. T. V, 1854 (1115 p.); t. VI, 1854 (1169 p.}.

10 VIKGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIEKTILES.

pevdu de son originalité et de la saveur âpre de sa première sève; mais elle devenait plus savante etpluRCOtnplète, et ajjîssait davantage sur les peuples étrangers; le grand centre qu'elle avait Formé à Bagdad n'était plus aussi brillani que du temps de Haroun et de Mamoun ; mais il s'en établissait d'autres dans les extrémités orientales et occidentales de l'empire arahe, et elle pénétrait davantage dans toutes les classes de la société.

C'est cette époque que M. de Hanimer nous met sous les yeux dans ces deux nouveaux volumes, en suivant la même méthode qu'il avait employée antcrieuremenl. Il commence cliaqne volume par un exposé sommaire de l'état de la littérature pendant la période dont il traite, et donne ensuite les vies des auteurs, distribuées tantdt selon les classes de la société auxquelles ils appartenaient, tantôt selon la nature de leurs travaux; il ajoute généralement la traduction de quelques-unes de leurs poésies, de sorte que l'ouvrage forme en même temps une sorte d'anthologie et ressemble plus à un immense tezkireh qu'à une histoire littéraire, telle que nous la concevoii!^ Cette Forme est la conséquence presque inévitable du plan que l'auteur s'était tracé; il veut nous donner le tableau de la littérature arabe, en y comprenant, non pas seulement les ourrages qui se sont conservés jusqu'à nos jours, ou qui sont aujourd'hui accessibles, mais tout ce qui a été écrit par le^ Arabes et a laissé trace de son existence. Ce plan offre au premier aspect l'inconvénient de faire entrer dans l'ouvrage une foule d'auteurs oubliés, dont les œuvres sont probablement perdues; mais en y réfléchissant un peu, on aperçoit facilement les avanta(;es d'une liste la plus complète possible, et fournissant une indication au moins approximative du contenu des ouvrages et de la valeur qu'ils auraient pour nous ; car personne n'est aujourd'hui en état de dire quels auteurs arabes se sont perdus ou non, et ce que les bibliothèques publiques et privées, depuis Fez jusqu'à Calcutta, contiennent encore d'ouvrages inconnus. Nous voyons tous les jours que des livres qui, même en Orient, passaient pour perdus depuis des

siècles, se retrouvent quand une fois ils sont signalés à l'attention du monde savant, et Je sois convaincu que l'œuvre de M. de Hammer contribuera puissamment à Taire combler les lacunes immenses qui existent dans nos collections de manuscrits arabes, et à conserver une foule de livres qui sont en danger de se perdre. M. de Hammer parle, dans les six volumes qui ont paru aujourd'hui, de plus de sept mille auteurs arabes; il est probable que les volumes suivants porteront ce nombre au double, et que des suppléments, tirés de sources nouvelles, l'augmonteroat encore considérablement. 11 est vrai que des milliers de ces auteurs n'ont laissé que quelques vers; que d'autres, en grand nombre, n'ont été que des imitateurs servîtes, des compilateurs et des plagiaires de leurs prédécesseurs; que beaucoup d'autres se sont occupés de sujets d'un médiocre intérêt pour nous ; mais, si sévère qu'on soit dans le choix à faire, il restera toujours un nombre énorme d'auteurs qui ont raconté des faits importants, de poètes qui ont exprimé avec talent les sentiments qui agitaient leur nation el leur temps, de penseurs originaux qui, par leurs idées et par leurs travaux, ont exercé une iniluencc perceptible sur une partie considérable de l'humanité, ou nous ont conservé des observations dont la science peut profiter. Au reste, si j'envisage de préférence sous ce point de vue l'ouvrage de M. de Hammer, ce n'est pas que ce soit le principal; seulement il m'est plus facile d'appeler l'attention de ce c6té, que de donner une idée des recherches et des nombreux faits historiques, géographiques et chronologiques contenus dans ces volumes.

M- Kosegarien a commencé la publication des poésies des Hodellites'. On sait avec quelle ardeur les savants de Bagdad ont recherché, pendant les ii' et ili' siècles de l'hégire, les

I. The potna of Ihe HudtadU. edlted in Ibe trabic, Trom an original inanuKript in the univenity or Lej^ilea, anJ Iransidcd wilh ;innotalioii* b; J. G. I Koiegurtcn; I. I, containing llic flnt partortlic arabic Icxl. t»n<lrci, tS54, in-4 (liii^t »S p.)-

a VINGT-SEPT ANS D*H[STOIRE DES ÊTGDES ORIENTALES.

poésies des Arabesdu désert. TIsy trouvaient, non seulement les uniques documents de l'ancienne histoire de leurs ancêtres, mais encore les éléments de la langue classique, les véritables nuances de la signiûcation des mots, des exemples pour les règles de la grammaire, et surtout des modèles pour leur poésie. A la cour de Bagdad, le parler desBédouins était le langage classique, et tout homme qui voulait se distinguer dans les lettres était obligé de faire ses études dans le désert. Ils ne pouvaient pas mieux faire sous le rapport de la langue; mais malheureusement ils portèrent l'engouement si loin, qu'ils adoptèrent le cadre fort simple de ces chansons populaires comme la forme presque unique de leur poésie, qui ne tarda pas à périr par le raffinement excessif dans lequel elle fut jetée, parce que les poètes n'avaient pas d'autre moyen de varier l'expression des mêmes sentiments et presque des mêmes images, stéréotypées et restreintes. Mais, si nuisible qu'ait pu être celte mode à la littérature arabe, elle a été fort utile à la postérité, parce qu'elle a sauvé d'une destruction presque inévitable au moins une partie de ces chants réellement populaires dans lesquels les tribus célébraient leurs hauts faits et dépeignaient leur état moral. L'incurie des siècles postérieurs, dont le goût rafQné préférait les exagérations modernes aux modèles anciens, a laissé périr la plupart des collections des poésies des tribus; pourtant nous avions déjà les Moallakats, le Haniaso^ et le Kitab al-Aghani, dont H. Kosegartena commencé la publication, et maintenant le même savant nous donne le premier volume du Diwan des Hodeïliles, Des nombreux diwans que

Ton avait réunis et dont chacun contenait la collection, aussi complète que possible, des poésies d'une tribu, c'est le seul qui soit connu aujourd'hui, et encore n'est-il pas complet, car la bibliothèque de Leyde n'en possède que le second volume; mais ce n'en est pas moins un précieux trésor, d'autant pla^ que le manuscrit est ancien et comprend le commentaire d'Assukari, le compilateur de l'ouvrage. M. Kosegarten promet de donner dans le second volume la traduction entière, et dans le troisième la fin du texte. Cette publication est faite aux

ITINEE 1S51-18$5. 13

Trais du comité des Inductions de Londres. L'énergie de ces poésies primilives, la naïveté et un certain art sauyage avec le- (|uf1 iiUes remettent sous nos yeux les passions et toute la vie (l'une race qui, peu de temps après, est venue envahir le monde, donnent une valeur incomparable à tout ce qui nous reste de cette époque; il faut espérer que le Lirr^ff^s/ourn^^s def Arabes, que M. Fresnel a découvert et dont il a Tait connailre une partie avec tant de grâce, l'anthologie intitulée : Let Mufaddalian, dont M. Wetzsteîn 3 trouvé récemment un manuscrit à Damas, et la Hamasa de Bohtori, mentionnée fréquemment par H. de Hamraer, trouveront bientôt des éditeurs et des interprètes. Bien d'autres débris de celle littérature répara Uront probablement, k mesure que des Européens instruits pénétrcrontdansles bibliothèques musulmanes. Heureusement, presque tous les gouvernements s'attachent aujourd'hui Remployer dans leurs chancelleries du Levant des hommes versés dans les langues savantes de l'Asie et capables d'apprécier les trésors littérairesqu'ilspourront rencontrer. Ce que HH. Botta el ItawlinsoQ ont fait sur le sol de l'Assyrie, HH. Ch. Schefer, Belin, Barbier de Meynard, Kbanikoff, Rosen, Sprenger, Kreiner, Blaw, Schlechta, Wetsstein et autres le font dans les bibliothèques de la Turquie et de la Perse. Autrefois, quand la civilisation avait son centre à Bagdad, les khalifes envoyaient (les missions en Europe pour acheter des manuscrits grecs lue la barbarie occidentale négligeait, etmainlenaniri<Lurope emploie des missionnaires littéraires pour sauver les restes de la littérature ancienne des Arabes que ces mêmes khalifes avaient fait rechercher et réunir.

En dehors des anciennes poésies, il ne reste, des Arabes avant l'islam, presque d'autres souvenirs historiques que leurs généalogies, auxquelles ils attachaient une importance extrême, et qui forment le fil qui, seul, peut nous guider dans le dédale de leur chronologie.

Ces listes ont servi à tous les savants qui se sont occupés de

l'hisloire ancienne Ai l'Arabie, et quelques-unes ont été puliliées; mais on avaitbesoin de matériaux plus amples. M. Perl'OD avait préparé, il y a déjà quinze ans, une édition d'une des colleclions les plus complètes de ces Anaab ; mais les dîT- Picultés qui s'opposent malheureusement trop souvent k l'impression des textes orientaux l'ont fait renoncer à cette publication. Aujourd'hui M. WAsIenfeld nous donne deux ouvrages surcesujet.uneédilion des Généalogies d'InbDoreid', et des Tableaux généalogiques^ destribuaarabescomposésparlui-méme. Mohammed ben al-Hasan Ibn Doreid était un poète et un philologue du m' siècle de l'hégire. Il composa sur la généalogie des tribus et des hommes célèbres, et sur l'étjiaologie de leurs noms, un ouvrage dans lequel il fit entrer une foule de renseignements historiques et bibliographiques. M. Wâslenfeld a publié le texte d'Ibn Doreid; mais ne le trouvant ni assez complet, ni assez systématique, il a compilé lui-même, d'après une douzaine d'ouvrages arabes, des tableaux généalogiques qu'il a fait suivre de tables alphabétiques relatives aux tribus ismaélites et yeménites, et dans lesquels il nous donne, sou$ chaque nom, des détails plus ou moins amples sur les personnages, et des renseignements historiques sur les tribuî^ arabes et leurs migrations.

J'ai déjà mentionné plus haut la lettre de Mahomet qui a paru dans votre Journal '. Je crois que tout le monde partage l'opinion de M. Beliu sur l'authenticité de ce document; mats je ne sais si l'opinion des savants sera aussi favorable à deux autres lettres du même geure, que Sohrabji Jamselji Je-

1. Abu Bekr Mohammed ben el-Hasan Ibn Doreid's genealogi'ch-tty' mologUehti Handbudt, herausgegaben von Ferd. WuKenrdd. Gôtlineeu. 1854, in-t! (vn[,370p.|.

3. Gemalogudte Tabellen der arabUchen Stœmme und Famititn, aut dcn Qoetlen xua(mineiig:cselit von D' Fera. Wilsleafeld. GdUinfeD, iSAi in-folio, lieux cahier*, suivis du Réguler lu <kn geMalogitehen Tabellen mit bisloriiclien und geographiMhRn Bemerhungen. liullingen, 1653 in-i {xinel 470 p.|.

Page 1