Voy. Calcutta Review des années 1853 à
â. Je n*ai pas réussi à voir ce livre, de sorte que je ne puis en donner le litre exact.
3. A Biographical dictionary of persans who knew Mohammed, by Ib" Hîyar, edited in arabic by Mawlawies Mohammad Wajyh, Âbd al-Ha4<I and Gholam Qadir and Dr A. Sprenger. Calcutta, in-8, 1853-1854. (H ^ paru jusqu'ici six cahiers de cet ouvrage, qui occupent les numéros Uii Ltix, Lxxv, Lxxxiii, Lxxxvi et xcin de la Bibliotheca indica.)
ANKËE 185i>l85S. 17
détails, aujourd'hui inconaus, sur les premiers lemps de l'is- Um, nous aideront à Taire revivre l'iicage d'une époque si curieuse et d'hommes dont les passions et les qualités, honnes et mauTaises, ont influé si puissamment sur l'avenir moral at politique de nombreuses nations. M. Sprenger se propose d'ajouter à ce livre une liste complète des Jsnad, c'est-à-dire des noms de tous ceux par la bouche desquels ont passé les traditions avant qu'elles fussent consignées par écrit. Les Arabes sont, je crois, le seul peuple qui ait entouré ses souvenirs de re contrôle, sans lequel aucune tradition n'était admise par eux, et qui déterminait le degré d'authenticité de chaque récit selon la valeur du riom des garants. Ils se sont, par nécessité, beaucoup occupés du classement de ces témoins, et le besoin qu'éprouve aujourd'hui la critique européenne de contrôler à son tour le jugement des Arabes sur ce point important, fournil en lui-même une preuve très frappante des progrès qu'a faits chez nous l'étude de l'histoire ancienne de l'Arabie. On peut voir un emploi très satisfaisant de ce moyen de critique dans la manière dont M. Lees s'est servi des Isnad pour fixer la date des deux ouvrages qu'il publie dans la Bibliotheca indica. Le premier est i'Histoire de la conquête de la Syrie, par Abou Ismall Mohammed de Basra'. Le manuscrit a été trouvé par M. Sprenger à Delili, chez uu pauvre vieillard, Schah Kali, le descendant d'une longue lignée de guides spirituels des empereurs mogols, qui, poussé par le besoin, avait graduellement vendu sa belle bibliothèque héréditaire, et dont il ne restait que des débris lorsque M. Sprenger alla le voir et acheta ce manuscrit, incomplet au commencement et à la fln, mais jusqu'ici unique. On ne sait rien del'auleur; mais M. Lees rend probable qu'il a écrit vers le milieu du ii' siècle de l'hégire et que son ouvrage est, par conséquent, le texte historique
I. r/w Fotooli al-Sham, being .in acconnl of Ihe moslim conqiicils in Sjria, by Aboo AsiuliII Mohaminad biii Abd Allait al-AzJi at-Baçri, who nuui'îshed abaut the miildle at tlii^ se^'ond century of Ihe Mobammeitan .:ra. Ediled whitb a tew notes b; Enaign V, H. Uea. CalculU, 1851, in-S ^il}^, 58 et 43 p.).
t8 VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTODES ORIENTALES.
arabe le plus anpien que nous connaissions jusqu'ici. L'éditeur a eu à lutter contre des difficultés de tout genre, n'ayant quua seul manuscrit incomplet et tombant en pièces de vétusté. lia fait tout ce qu'on pouvait; il a inséré à la fin les passages trop dégradés pour pouvoir figurer dans le texte, et ajouté à l'ouvrage une analyse et un index complet. Ce livre nous offre une histoire très simple et évidemment véridique d'évéuements que les Arabes se sont amusés plus tard à embellir par des fictions et des romans. Ces premières conquêtes forment l'époque héroïque de Tislamisme, et il était naturel que Fimagination des peuples aimât à se reporter à ce temps de gloire et de succès inouïs et à le parer d'incidente romanesques. La sobriété des premiers choniqueurs négligeait, ou leur véracité repoussait ces récits; mais ils ont été écrits plus tard et ont formé une littérature nombreuse, ayant pour objet les conquêtes de chaque province que les armes des Arabes avalent envaliie, et contenant plus ou moins de fables. Une grande partie de ces ouvrages est aujourd'hui ou perdue ou inconnue, mais il y en a un qui a attiré l'attention depuis très longtemps, c'est la conquête de la Syrie, qui a été attribué à Wakidi ; Ockley en a fait la source principale de son histoire des Sarrasins; mais aujourd'hui on traite ce livre d'imposture et de romaa historique. M. Lees a commencé à en publier le texte*, qui n'avait jamais été imprimé; dans une savante et modeste préface, il discute la valeur de l'ouvrage, reconnaît qu'on Ta faussement attribué à Wakidi, croit que le véritable auteur était Ahmed ben Obeïd, vers l'an 235 de Ihégire, et défend, dans une certaine mesure, le caractère historique du récit. Dans tous les cas, il est bon que l'ouvrage soit publié» roman ou histoire.
La célébrité quecetouvrage pseudonyme a donnée au nomde
1. Theconquest o f Syria^ commonly ascribed to Aboo Abdallah Mohammed ben Omar al-Wakidi. Editcd witli notes by W. N. Lees. Calcutta, in-8. (Les deux premiers cahiers forment les numéros Lix et Lxvi de la Bibliotheca Uidica.)
AKHËE lSU-1855. 1»
Wakidî, â inspiré aux savants ud vir désir de retrouver ses ouvrages réels, qui passaient pour perdus depuis longtemps, et ia position que l'auteur avait occupée, l'époque où il a vécu et la nature des ouvrages qu'il a composés, justifient éftalement cette curiosité. Mohammed Wakidi était né l'an 130 de l'hégire; il fut kadhi k Bagdad du temps de Mamoun, qui l'honorait de son amitié; propriétaire d'une bibliothèque célèbre dans son temps, il composa uue trentaine d'ouvrages, en grande partie historiques, dont les titres sont laits pour exciter les plus vifs regrets sur la perte de ces ouvrages. M. de Kremer a réussi derniëreraeot à en découvrir un à Damas, le Kitab al-Magkza, le livre des campagnes de Mahomet, qu'il va publier dans la BièUotheca indtca de Calcutta.
C'est peut'étre ici la meilleure place pour dire quelques mots d'unlivrequiresteramalheureusementàl'étafdefragment,r//iS' loin des Arabes dans le Siitdh, par M. Elliot. L'auteur avait commencé à publier un travail considérable sur les historiens musulmans de l'Inde ; le succès très mérité qu'a eu le premier volume de cet ouvrage donna à l'auteur l'idée de composer une histoire complète de l'Inde sous les musulmans; mais l'état de sa santé l'obligea à quitter l'Indt! et à cheiclier le rétablissement de ses forces au Cap, où il mourut, après avoir fait imprimer ce fragment sur la conquête du Sindh par les Arabes et leur établissement dans ce pays *. Il y complète les relations très maigres des Arabes sur cette partie de leur histoire par lies renseignements tirés des sources indiennes, et les fait suivre d'uo appendice composé de notes extrùmemenl curieuses sur des points de détail. Ce petit livre n'est qu'une ébauche, tirée à peu d'exemplaires, que l'auteur a distribués à des amis ; mais il ne peut qu'augmenter nos regrets de la mort d'un homme qui, au milieu de ses devoirs politiques etadministra-
1. Apptndlx to the Arabt in Sind- T. III, pari, I of (lie Hiilorians of Iiidia.bj Sir Hear; Eiliol. Cape-Town, lt)53, in-S (iH3 p.; iinprimii i
iO VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ftTCDES ORIENTALES.
tifs, a trouvé le temps d'entreprendre d'aussi grands iraraui d'érudition. On a trouvé dans ses papiers deux volumes de Notices sur les historiens de i'Inde, prêts pour la presse, ainsi que le troisième volume de l'Histoire de l'Inde musiàmane, qui traite des Ghaznévides, et le neuvième traitant de Djihanguir. Il est vivement k désirer que ces travaux ne soient pas perdus pour le monde savant et pour ta mémoire d'uR des hommes qui ont su le mieux faire servir au bien public les connaissances qu'ils devaient à leur amour de la science.
Au commencement du v* siècle de l'hégire se trouvait i > Bagdad un célèbre kadhi et professeur de jurisprudence, | Aboul Hasan Ali ben Mohammed ben Habib al-Hawerdi, de la ' secte des Schafeîtes|. C'était un homme d'un savoir rare cl d'un courage civil plus rare encore; ses profondes études sur le droit public le nrent employer dans les négociations dinicites des khalifes avec leurs dangereux sujets et soutiens, les princes Bouldes. Il avait composé un gi'and nombre d'ouvrages, i mais sa modestie l'avait empêché de les publier; à la finil permit, sur son lit de mort, à un de ses disciples de les rendre publics. Plusieurs de ces ouvrages sont parvenus jusqu'à dou$, et il y en a un surtout qui a attiré l'attention des savants: c'est son Manuel du droit public musulman, dans lequel il traite de la souveraineté, de l'administration, de la j^uerre, des impAts, du pouvoir judiciaire, de la propriété terriloriale, etc., enfin, des droits et devoirs respectifs de l'État et des individus. Toutes ces matières avaient été discutées et élaborées par les jurisconsultes, d'autant plus qu'une partie des différences qui séparent les quatre grandes sectes orthodo!« reposent sur la manière de considérer ces points ; mais elle^ n'avaienl pas été, je crois, réunies en corps de doctrine avant Hawerdi. Rien ne saurait être plus curieux pour nous qu'un ouvrage de ce genre, qui nous facilite l'intelligence intime de
mmentatio. Scrijeit
AKHfiE 1854-1855. St
l'hisioire des Arabes, nous présente les idées de droit qui ont malivé les actes des prÎDces et de leurs sujets de différentes claies, et donne ainsi la clef d'événements qui, autrement, straienl restés pour nous des incidents inexpliqués. Le petit nombre de savants qui se sont occupés de l'organisation de l'empire arabe, comme H. de Sacy, H. de Hammer et &■ Worms, ont puisé de précieux renseignements dans l'ouvrage dr Mawerdi. M. de Kremer en a traduit un chapitre; vousiDèmes avez voulu le comprendre dans votre Collection d'aufurj oriailaux, et n'avez abandonné le travail déjà commencé par H. Dereobourg que pour ne pas fairo concurrence â l'édition que M. Euger avait déjà préparée et qui a paru mlDtenant '. L'éditeur s'est servi de manuscrits d'Oxrord et <ie Leyde, et d'une traduction persane dont il donne des Trag- ■ncnt dans l'appendice, et il a ajouté à son texte un choix de vïrianles et quelques notes. Mais un ouvrage comme celui de Mawerdi n'est pas destiné uniquement aux orientalistes, il traiie de matières qui intéressent toute l'Europe, et l'intéresseront de plua en plus, à mesure qu'elle sera entraînée à s'occuper plus à Tond de l'état intérieur des pays d'Orient et des lois qui règlent les rapports des sujets chétiens avec les gouvernements musulmans. Il importe donc que ce livre soit tratluil ; M. Enger lui-même, par une modestie que je crois exagérée, désire que ce travail soi( exécuté par un autre, et annonce qu'il espère que H. de Slane s'en chargera; mais il est douteux que le savant traducteur d'Ibn Khaldoun trouve le temps défaire ce travail, et H. Enger doublerait le service qu'il » rendu à la littérature orientale par l'édition du texte de Ha- "erdi, s'il voulait nous en donner aussi la traduclion.
I. Mastrdtà conililHlionei polUioB, et, recentione Haï. lùigeri; aeco-
dgnl adnuUliones et glnigarium. Bonn, 1853, in-^ |xv[, 433, 3 et U P .1 Le nom de l'^ditiur me rappelle nn autre livre qu'il a réceoiment publié tout le (ilTfl de : Jmmnu ApinloU de traniilu bealœ Marim Virgi- »u librr, ex receniione et Kum inlerprelatione Mix. Engeri. EHwrfeld, au, in-g fiix el lOT p.). C'eit un dei nombreux upacrjphet qui m rat- Uc\kM au Komeau TesUment, et dont ta critique et l'appréciation appartiennent plutdt à 1> théologie qu'à la litléralure orientale.
PT ANS D'HISTOIRE DES ETUDES ORIENTALES, icle suivant, je trouve la publication des œuTres qui, sans élre historien, Tournit pourtaDi d«s ;ssaires au tableau de la société arabe de cts >mar ibn el-Faridh, poète célèbre de la fin du vir ;ire, qui a été étudié, copié et commenté plus qae qui partage encore aujourd'hui l'admiration its lariri. MN. de Sacy et G. de Lagrange avaienl puunes de ses poésies, et il a paru à Damas une raphiée du diwan entier (en 1841); mais elleesl près inconnue en Europe. Récemment M. t\t blié, à Vienne, le poènre le plus considérabk b, intitulé le Ta'iyeh ', auquel il a joint une Inrs allemands, un commentaire et une iatrodurioufisme cbeï les Arabes; et dernièrement I* ald el-Dadah a fait imprimer, à Marseille, l« e Faridb *, tel qu'il a été réuni par le petit-fils du iccompagné de deux commentaires arabes, llm i ie cbcz les Arabes pour l'interprète le plus élu- 1 us profond du soufisme, et son petits-fils Ali ncomposait ses poèmes que quand il se Ironnit .se ; mais l'impression que cause la lecture des el-Paridh ne me paraît pas tout à fait favonbU ions mystiques. Quelques-unes donnent Viik rés peu absorbé dons la contemplation de Dieu. "a'iyeh, quoique une œuvre entièrement soufi, ir l'artiste en paroles, l'homme rie lettres qni i toutes les ressources de son esprit et toutes \ff \
;A« hohe Lied der LUbe, d
'Beltung lierauspeçtben vi
, 70 et 53 p.). Ce volume es>. imprimé avec bejsnnF
lei iiDUvetux Ijpps ta'Uk de l'imprimerie inpiriile it
t leheikh Omar Um el-Faredh, accompagné du corniBn- Hatstn «l-Bourinj pnur le seni llttitral, et de ettui dt v;iiciiiii nuii ci-ùhanj en-NRhlamy pour le sens mystique, texte anb', édili' par les «oini et aux Trais du icheîkh Forhii'id ed-DaJah. arer wv préface écrite en franfaii par M. l'ibbé Bar^. IMris, IfôS, sr. ia4(m. 34 el «03 p.).
finesses du langage sur un fand donné et convenu de sentiments, que l'homme qui cherche une expression pour les émotions de son cœur. Au reste, il nous est difficile d'en juger ; l'extase et tous les sentiments qui peuvent y conduire ont élé classés, travaillés et définis par les soufis, qui, par une préoc* CQpation constante, devenaient, sans aucun doute, plus aptes à une surexcitation de l'esprit, peut-être maladive, mais réelle; d'an autre côté, la mode s'en mêlait, et l'on voit souvent des poètes arabes et persans adopter le soufisme et l'extase comme un moyen de se distinguer, même quand la tournure de leur esprit était fort éloignée de toute tendance vers le mysticisme ; de sorte qu'il est presque impossible d'indiquer, dans un cas donné, où finit le naturel et où commence l'artifice littéraire. Dans tous les cas, c'est un phénomène très curieux à observer, et nous devons de la reconnaissance aux savants qui nous fonrnissent les moyens de l'étudier dans les auteurs qui sont reconnus par les initiés comme leurs chefs spirituels.
Ibn el-Faridh était un des derniers grands écrivains du khaiifat d'Orient; peu d'années après sa mort, Bagdad fut prise par les Mongols et cessa d'être le centre de l'empire. Un siècle plus tard, un voyageur musulman nous décrit la ville comme à moitié en ruines, et l'appelle un vestige oblitéré et un spectre qui s'évanouit. C'est ainsi qu'en parle Ibn Batoutah, dont MM. Sanguinetti et Defrémery ont publié le second volume ', dans lequel nous parcourons avec le voyageur toute la Mésopotamie, une partie de la Perse, l'Arabie, la côte orientale de TAfrique, l'Asie-Mineure et la Russie méridionale. Son récit laisse sur tout ce parcours comme une traînée lumineuse, imparfaite, il est vrai, mais qui néanmoins éclaire pour nou l'état singulier que la chute du kbalifat, les conséquences des croisades, et le pouvoir encore fort grand, mais mal assis, des
i. !îm Batotttahy texte et traduction, par C. Dcfrémerv et le 1)' B. R. ;an^aiaeUi. T. II. Paris, Imprimerie impériale, 1854, in-8 (xiv et 465 p.). »rix : 7 fr. 50.
U VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DE ËTDDES ORtENTALKS. Mongols, avaient produit sur toute l'Asie antérienre. Cet étal des choses a eu les conséquences les plus considérables; car il a amené la fonnation de l'empire turc et l'agrandissement de la Russie, et rîen n'est plus curieux que de pouvoir suivre les impressions que reçoit un voyageur, hdmme de sens, en traversant cette multitude d'États qui tons vont s'écrouler.
Le second volume de la traduction de VBistoire de$ Berben, par Ibn Khaldoun', le compatriote et le contemporain d'Ibn Batoutah, vient de paraître. Ce volume contient les dynasties des Zirites, des Hammadiles, des Almohades et des llafzides, outre une foule de petites tribus et de principautés éphémères, dont le nombre et l'instabilité Tout de celte époque | de riiisloire de rAfriquc un chaos presque îneslricable. Il j ] avait là des éléments d"un empire puissant, s'il s'était trouïf , une main assez forte pour réunir ces populations et assez habile pour éteindre la lutte des nationalités berbères et arabes. La résistance secrète et ouverte des populations indigènes a toujours empêché les conquérants de l'Afrique du nord de consolider leur domination. Les Carthaginois et les Romains l'ont éprouvé; les Arabes avaient une meilleure chance, puisqu'ils avaient réussi à convertir les Berbers, et h leur imposer leurs idées et leur civilisation ; mais la fusion n'était pourtant pas complète, et la lutte obscure, instinctive et incessante des Berbers contre eux a fini par miner la domination arabe en Espagne, maintenir faible et divisée l'Afrique, et la préparer pour ta conquête des Turcs, qui, à leur tour, n'ont pu j prendre racine. C'est dans cette lutte sourde ou ouverte que consiste l'intérêt réel de l'histoire des Berbers. Ibn Khaldoun est un guide précieux k travers ce labyrinthe de complications et de déchirements qui remplissent l'époque de l'histoire du Maghreb dont il traite, et l'on doit s'estimer heureux qu'il ait trouvé un traducteur aussi habile que H. de Slane.
1. Hiêtùire dtt Berben et de* dymulie* tniMNlnumet de VAfHfut tf ttntrioMlt, par Ibn Klialdoun, traduite de l'anbe par H. le baron d« Slanc. T. II. Alger, 1S54, \n-% (63r> p.).
AKNBl I854.1B55. S5
Pendant qu'Ibn Khaldoun terminait sa vie agitée, un écri- Tain, un peu plus jeune que lui, cornpusait, au Caire, des oavrages qui ont acquis de bonne heure, en Europe, nne réputation mérilée. Lescheikh Takiedilin Makrizî était né au Caire, entre les années 760-770 de l'bégire ; il Ruirit la carrière régulière d'un musulnian lettré, devint (radîtioniste dislingné, jurisconsulte savant et historien célèbre, fut professeur et kadhi, et parait avoir passé sa lon^e vie dans la (ruiquillHé des i'iudes et au milieu de ses livres, sans autre agitation que relie qui naissait des controverses religieuses auxqnelles il prit part avec une passion que ses biographes lui reprochent. Il a laissé un nombre cnnsidorable d'ouvrages, dont la plus grande partie se ra|)porIe à l'Egypte; quelques traités de lui ont été publiés, il j a longtemps, par Tycbsen, de Sacy et Itink. et Ji- Quatremére a fait paraître une partie de la traduction de son histoire des sultans mamiouks; mais la prin- Hpale œuvre de Makrizi, sa description historique et topogn^ pli [que de l'Egypte et du Caire, no nous était connae que par une notice de H. Langlès el des extraits de M. de Sacy. C'est lin livre très important, qui donne, dans le plus grand détail, la description du pays et des coutumes, et l'histoire des monumenls de l'Egypte musulmane. Il vient de paraître, à l'imprimerie de Boulak, une édition de cet ouvrage', el l'éditeur, à enju[,'er par ses notes marginales, paraît s'être donné delà peine pour établir un texte correct, quoiqu'il n'ait eu à sa disposition qu'un seul manuscrit. On sait que, de tons les manuscrits de l'ouvrage connus en Europe, aucun ne contient la septième et derniùre partie, qui devait traiter des raisons de la dépopulation de l'Egypte. Le nouvel éditeur ne paraît pas ivoir eu non plus le bonheur de la découvrir, el il devient probable que celte partie curieuse de l'ouvrage a été supprimée pour des raisons politiques ou parla vanité des khalifes.
J'arrive à on ouvrage dont l'origine est asseï curieuie et
1- ^jtjVf JltUjJJ kk£ Boulak, 1854,! vol. in-M. (T. I, 7. 4* i98 p.; 1- 11,16.4. 581 p.).
se VIMGT-SBPT ANS D'HISTOIRE DES £TCDES ORIENTALES.
RSseï caractéristique des mœurs liltéraires des Arabes pour qne j'en dise quelques «nots. L'an 1628 de notre ère, arriTaili Damas un gavant maghrébin, qui venait de Taire un pèlennage à Jérusalem. C'était un homme déjà connu par des productions littéraires ; il était né à TIemcen, avait achevé ses éludes à Fez et 7 avait vécu de longues années, occupé de théologie, de littérature et d'histoire, et avait écrit, entre autres onvrages, un commentaire sur Ibn Khaldoun. Des persécutions, on ne sait de quelle nature, l'envoyèrent en exil ; il alla en pèlerinage ï la Mecque, s'établit au Caire et s'y maria. De là, il entreprit de nombreux pèlerinages, dont un le conduisit i Damas, où il fut reçu à bras ouverts. Le chef du collège de Yakmak lui assigna un appartement dans le collège, et il passait ses matinées à Taire, dans une mosquée, des conrs sur les Traditions de Bokbari, lesquels Turent suivis par plusieurs milliers d'auditeurs; le soir, il entretenait ses amis des gloires politiques et littéraires des Arabes d'Espagne et surtout des ouvrages du vizir et historien Lisan eddin ibn al-Kballib. Il avait antrerois écrit un ouvrage sur ce sujet, et quoiqu'il eo edt laissé le manuscrit à Fez, sa mémoire et quelques matériaux qu'il avait apportés lui suffirent pour intéresser la se-; ciété lettrée de Damas. C'était d'autant plus facile, que l'Espagne est un thème toujours populaire chez les Arabes, qui n'ont jamais cessé de regretter la perte dn ce beau pays, et le voyageur sut le rendre encore plus attrayant pour son auditoire en insistant sur le grand nombre de Syriens et surtout d'hommes de Damas qui avaient brillé en Espagne. On lui lîl promettre de rédiger, k son retour au Caire, ce qu'il avait 51 bien raconté, et il employa trois années à ce travail ; puis il se déeitia à s'établir à Damas, divorça et fit ses préparatifs de voyage; mais la mort le surprit au Caire en 1641 de notre ère. L'ouvragftdoBt je viens de raconter l'origine est Y Histoire df* àyntuties nmsvlmanes d'Espagne, et la Biographie de Lisa» iddin ibn al-Kkattih, par Ahmed ben Mohammed al-Hakkari. Ce livre consiste en une série d'extraits pris dans les historiens arabes-espagnols originaux, liés ensemble par quelques
ANIIÉE 1854-1855. 27
phrases de l'auteuir, et amplement parsemés de morceaux en vers. Nous avons ainsi un récit embrassant toute l'histoire politique et littéraire de l'Espagne musulmane, dans les paroles mêmes d'auteurs dont les ouvrages ont péri en grande partie, et cette compilation vaut, sans aucun doute, mieux pour nous et pour la mémoire de Hakkari, que s'il avait retrouvé cette Mie prose raffinée qu'il avait élaborée à Fez, et dont il regrette tant la perte. M. Gayangos a publié, il y a quelques années, une traduction de Makkari, en remettant dans leur ordre naturel les chapitres de l'original, en omettant une partie des vers et des détails littéraires, et en retranchant la biographie de Lisan eddin. Il a fait ce qu'il fallait pour que I oavrage pût attirer les lecteurs européens et servir à Thistoire des Arabes d'Espagne; mais les orientalistes désiraient en posséder le texte même, et MM. Dozy à Leyde, Dugat à Paris, Wright à Oxford et Krehl à Dresde, ont formé une association pour cette publication, dont ils se sont partagé le travail. La première moitié du premier volume \ rédigée par M. Wright, vient de paraître, grâce à l'esprit d'entreprise de H. Brill, libraire de Leyde, et, si je suis exactement renseigné, à un encouragement fourni par le fonds Warner, à Leyde. Ce fonds, qui n'est pas très considérable, a déjà rendu de grands services, et paraît être administré avec un soin qui pourrait servir d'exemple. Il serait bien à désirer qu'une grande partie des sommes qui sont distribuées en Europe sous forme de priXj Mt dépensée en encouragements pour l'impression d'ouvrages inédits. Le système des prix a fait son temps; il ne s'agit pius de stimuler la production littéraire, qui, aujourd'hui, est surabondante, mais de rendre possible la publication d'ouvrages qui forment les matériaux premiers de l'érudition, et qui s'adressent à nn trop petit nombre de savants pour que leur impression soit possible par les voies ordinaires.
1. AfuUectes sur V Histoire et la littérature des Aralfes d'Espagne^ par Àl-liakkari, pubUés par MM. R. Dozy, G. Dugat, L. Krehl et W. Wright. T* I, 1*" partie, publiée par M. WiUiain Wright, Leyde, 1855, in-4 (vi,
4esp.).
28 VIKGT-Sein' ANS D'HISTOIKE DES ÉTUDES ORIENTALES.
L'hisloire des Arabes de Sicile a été l'objet de plusieurs ouvrages considérables, mais néanmoins insuflisanls. Un jeune savant sicilien, jeté en France, il y a donste ans, par une persécution politique, se détermina à faire sertir son exilàfélnde de l'histoire de son pays sous la domination musulmane. Il a étudié dans ce but l'arabe, exploré les bibliothèques de France et d'Angleterre, recueilli tout ce qui se rapporte à son sujet, fit commence maintement k nous faire jouir du résultat de ses . travaux. Il vient de publier le premier volume de son Hittoire des Musultaans en Si'cifc'. Ce n'est pas uniquement la mise en œuvre des récits musulmans sur celle partie de leur histoire; l'auteur a fait un exposé complet, tiré de sources orientales et occidentales, de tous les événements, souvent fort lointains, qui ont exercé derinHuence^ur ce qui se passait en Sicile; mais il a conservé l'unité de son but et ne s'occupe des affaires extérieures qu'autant que l'exige l'intelligence de l'histoire de l'Ile même. Les sources arabes auxquelles puise N. Amari comprennent tous les auteurs qui se sont occupés de son sujet et qui sont aujourd'hui accessibles ; il en énumëre soixante et dix, dont la plupart sont inédits. L'ouvrage entier formera trois volumes et fera honneur à l'Italie, quand il sera terminé. H. Amari ne se contente pas de la mise en œuvre de ces matériaux arabes, il a commencé à faire imprimer le texte et la traduction de tous les ouvrages on parties d'ouvrages dont il a fait usage, sous le titre de Sibliotheca aicula, qui paraîtra aussi en trois volumes, sous les auspices de la Société orientale allemande. Enfm, H. Amari voudrait réunir, dans un trot- .sième ouvrage, les inscriptions, les médailles et les pièces diplomatiques arabes-siciliennes; mais il craint que les moyens d'exécution ne lui fassent défaut.
Il me reste à mentionner un ouvrage historique que je n'aî pu placer dans un rang chronologique, parce qu'il s'occupe de
AIfN£E 185I-186S. »
plnneuTB époques, c'est la collection de roicnoirei sur différentes parties de l'histoire musulmane, dont M. Defrémery a publié la première partie'. Quelques-uns des morceaux contenus dans ce volume vous sont déjà connus par le /ournalatiati^ue;ma,iile plus grand nombre est entièrement neuf ou reproduit d'après d'autres recueils périodiques, et revu et augmenté. On y trouve, traités avec le savoir varié et l'exactitude qui distinguent l'auteur, un grand nombre de pointa de l'histoire orientale, dont quelques-uns sont entièrement neufs et constituent de véritables découvertes. H. Defrémery annonce une suite, composée d'études en grande partie inédites, et se rapportant surtout aux dynasties qui ont succédé en Perse à la puissance des khalifes de Bagdad .
J'ai à mentionner maintenant les ouvrages qui ont paru sur ' les sciences des Arabes. Nous savons tous qu'ils sont dans les sciences les élèves des Grecs et des indiens et les maîtres de l'Europe du moyen âge ; mais ont-ils été seulement les héritiers, ou sont-ils les continuateurs des Grecs, et, dans ce dernier cas, combien ont-ils ajouté au fonds déjà acq uis par des découvertes qui leur appartiennent? Cette question, longtemps négligée, a de nos jours donné lieu à un examen plus attentif des sources, et HH. Sédillot père et fils se sont dévoués à l'étude surtout des astronomes arabes, pour lesquels ils ont revendiqué des perfectionnements considérables, tant dans la théorie que dans la pratique de la science. M. Sédillot a fait paraître un nouvel ouvrage sur ce sujet, c'est la traduction des Prolégomènes d'Olough Beg*. Je ne croîs pouvoir mieux faire que de placer ce livre parmi les ouvrages arabes, quoiqu'il soit composé en langue persane par un prince mongol ^ car toute la science d'Olough Beg est arabe, et il n'est lui-même que le disciple
1. Mimoiret d'hutoire orienlate, loivis de mélange» de critique, de philologie et de géofniphie, par M. C. Defrémcrj. 1" partie. Pari>, 185i, iD-8 (VI et SI6 p.J.
î. ProUgomèMi de* T(ti)Ui atlrottomiquet d'Otoug Beg, trailuction et tommaoUiire par L. Ain. Sdilillot. fiiris, 1853, in-B {wxmi et 293 p.).
et le continuateur de l'école de Bagdad. Olough Beg était petitfils de Timour et prince de Samarkand, au commencemeatdu xv*" siècle de notre ère. Il s'occupa d'astronomie avec passion, établit un célèbre observatoire, et laissa des tables astroaomi-* ques, construites à Taide des instruments les plus parfaits du temps et d'observations continuées pendant tout son règne. Ce fut à peu près le dernier grand travail scientifique des Arabes. Olough Begfaii précéder ces tables d'une introduction étendue, dans laquelle il traite des calendriers, de la construction des tables astronomiques, de la théorie des planètes et de l'astrologie. Quelques parties de l'ouvrage d'Olough Beg ont été publiées par Hyde et par Greaves, et H. Sédillot en prépare une édition complète. Il a fait paraître, il y a quelques années, le texte des Prolégomènes et maintenant il en publie la traduction, accompagnée d'éclaircissements tirés d'autres astronomes arabes et surtout du commentaire de Meriem el-Tchelebi. Son volume est précédé d'une lettre à M. de Humboldt, dans laquelle il expose de nouveau les droits des Arabes à être reconnus comme inventeurs scientifiques, et où il résume, s^ Ion son point de vue, les débats ardents auxquels a donné lieu cette question ^
Pendant que M. Sédillot défend ainsi les astronomes arabes, M. Woepcke s'applique à nous faire connaître les progrès qu'ils ont fait faire aux mathématiques pures. Il avait déjà publié, il y a quelques années, l'Algèbre d'Omar al-Khayyam, et vous avez trouvé, dans le Journal asiatique, d'autres de ses recherches sur ce sujet; maintenant il nous donne un extrait d'un traité d'algèbre par Alkarkhi, du commencement du XI'' siècle de notre ère''. Ce serait une grande témérité de ma part de vouloir parler de sujets pareil^, et je ne puis que renvoyer le lecteur à l'ouvrage de M. Woepcke ; mais je désire
1. Voy. aussi : Histoire des Arabes, par L. Am. Sédillot. Paris, 185^» in-8 (vu et 510 p.).
t. Extrait du Fakhri, traité d^ Algèbre par Abou Bekr Mohammed Btn Alkaçan Alkarkhi (ms. 95â, suppl. arabe de la Bibliothèque impériale)» précédé d'un mémoire surTalgèbre indéterminée chez les Arabes, paf ^' Woepcke. Paris, 1853, in-8 (viii et 152 p.).
ANNÉE 18di-1855. M
pourtant indiquer le point de vue sous lequel ces recherches intéressent même les personnes étrangères aux mathématiques. Tout le monde sait qu'il existe une grande lacune dans This* toire de Talgèbre, entre les derniers algébristes grecs et les premiers Italiens qui enseignèrent cette science en Occident. Oq trouve dans Fibonacci une algèbre plus avancée que celle des Grecs, et la question est de savoir si cet auteur a eu connaissance d'ouvrages grecs aujourd'hui perdus» s'il a fait des emprunts aux Arabes, ou s'il a perfectionné lui-même la science? Or M. Woepcke trouve dans Alkarkhi une série de problèmes algébriques, dont une partie est empruntée à Diophante et dont l'autre est originale, et ces mêmes problèmes ont été empruntés par Fibonacci à Alkarkhi, ce qui prouve que les ^bes ont réellement étendu et perfectionné l'algèbre de leurs maîtres, les Grecs, et l'ont livrée aux Italiens dans un état plus avancé, ce qui n'empêche pas que ceux-ci, loin de se l'approprier d'une manière servile, ne s'en soient servis d'une ma- Qîère originale, et n'aient fait faire de nouveaux progrès à cette science. Il faut suivre l'éclaircissement graduel de ces points délicats dans les publications de H. Woepcke S et l'on ne peut <|ue féliciter l'histoire des mathématiques d'avoir trouvé un ttOQvel explorateur aussi savant et aussi consciencieux.
M. Sprenger a commencé, à Calcutta, aidé de deux docteurs Musulmans, la publication d'un grand Dictionnaire des sciences philosophiques, mathématiques et légales des Arabes ^
C'est un certain cheïkh Ali al-Tahannawi qui a composé ce
*• Voy. Sur un essai de déterminer la nature de la racine d'une équa^ »ion du troisième degré, contenu dans un ouvrage de Léonard de Pise dé- ^««erfpar le prince B. Boncompagni, par M. Woepcke; dans le Journal ^ ^thématiques pures et appliquées, décembre 1854. Ensuite : Notes ^^ ie traité des nombres carrés de Léonard de Pise; ibid., février ^855.
^' A Dictionary of the technical terms %ued in the sciences of the Musul' ^% ediled by Mawlawy Mohammad Wajyh, professor of law, Mawla- ^'«s Abd al-Haqq and Gholam Kadir and D' A. Sprenger. GalcuUa, 1853 ^ ^«iv., in-4. (Les cahiers que j'ai en main forment les n'» 58, 65, 82, ^ ^^ la Bibliotheca indica.)
dictionnaire dans le dernier siècle; il y a inséré les définitions des termes techniques, telles que les donnent les auteurs les plus en renom; mais comme c'est un écrivain tout moderne, les éditeurs ont pensé qu'il leur était permis de compléter son ouvrage en corrigeant, d'après les originaux, les pas- . sages cités, et en ajoutant, toujours d'après les auteurs originaux, des termes qu'il avait négligé de comprendre dans son travail. C'est donc une encyclopédie par ordre alphabétique de la philosophie et des sciences, qui formera un supplément fort utile à tous les dictionnaires arabes, dont aucun ne donne le sens précis et la définition de ce vaste nombre de termes techniques que l'étymologie n'explique que bien vaguement. H. Sprenger accompagne cette publication d'un appendice destiné à contenir le texte de quelques-uns des manuels les plus usités dans les écoles musulmanes. Le premier cahier, le seul que je connaisse, contient le traité de logique intitulé : Ri$aleh schamsiyehy de Nadjm eddin Katiby de Kazwin, auquel l'éditeur a joint une tradition anglaise et des notes. Ce traité est suivi du texte du Sollatriy autre manuel de logique très en vogue dans les écoles musulmanes. On sait avec quelle ardeur les Arabes se sont occupés de la dialectique et de la logique, qui ont un attrait puissant pour leur esprit subtil. Cette tendance leur a été aussi funeste qu'aux scolastiques du moyen âge; les uns et les autres se sont perdus dans les formes et ont négligé la substance. Nous avons vaincu depuis longtemps cette tyrannie d'un instrument qui était devenu le maître, mais il règne encore en souverain dans l'éducation en Orient, comme ont dû s'en apercevoir tous ceux qui ont essayé d'argumenter avec un musulman bien élevé. Ces traités n'ont pour nousqu^un intérêt philosophique; mais leur publication est un grand service rendu aux écoles de l'Inde, comme tout ce qui aide les élèves à passer plus rapidement par ces études scolastiques, et leur laisse plus de temps pour les parties réelles et utiles de la science.
Enfin j'arrive à un auteur qui, par la langue et la science,
ÀIJNÉE 1854-i855« 33
tient étroitement aux Arabes, quoiqu'il soit de race différente, c'est Hoîse Maimonide, le plus illustre écrivain juif du moyen âge. il était né à Cordoue, dans cette première moitié du xii* siècle où les juifs, grâce à la littérature des Arabes, étaient arrivés à une culture bien supérieure à celle qu'ils pouvaient acquérir sous la tyrannie dégradante des princes chrétiens d'alors; ils étaient nourris de la littérature et des sciences des Arabes, étudiaient la philosophie grecque dans les écoles musulmanes, et se servaient souventde la langue arabe dans leurs ouvrages. Mais pendant que Maimonide était encore enfant, le fanatisme envahissait aussi TEspagne, et l'intolérance des Almohades forçait les juifs, ou de se faire musulmans, ou d'émigrer. Maimonide quitta l'Espagne pour Fez, Qj, plus tard, le Maghreb pour rÉgypte, où il enseigna d'abord la théologie et les sciences, et devint, plus tard, médecin de Saladin et de ses successeurs, C'était un temps de grande fermentation parmi les juifs; Fin* Ûuence de la philosophie arabe, qui avait pénétré dans les rangs élevés de ce peuple, avait fait naître chez les uns du scepti* cisme, chez les autres une adhésion d'autant plus rigide aux doctrines et aux pratiques du Talmud. Maimonide désirait rapprocher ces partis si éloignés l'un de l'autre; il était lui-même ^taché à l'école rabbinique; mais il l'était comme pouvait l'être un homme que son savoir profond, son esprit philosophique et sa tolérance naturelle élevaient au-dessus des superstitions et des passions de la multitude. Il commença par exposer systématiquement la doctrine talmudique dans son grand ouvrage, le Mischneh Tora^ qui lui donna une influence très <^nsidérable chez ses coreligionnaires, puis il expliqua, dans ^^ Guide des égarés L^^[Jl jj^^), ses vues sur la conciliation
de ces croyances avec la raison, ou plutôt avec la philosophie
arislotélienne. Ce livre est l'ouvrage le plus important qu'ait
produit l'école brillante qui résulta de l'influence des Arabes
sur les juifs; son effet fut extraordinaire; il devint l'objet d'une
controverse passionnée, continua à exercer son influence à
travers les excommunications et les réhabilitations dont il fut
alternativement l'objet, et est resté un monument littéraire des u 3
34 VINGT-SEPT ANS D*AISt01RE DE8 ftTCDES ORIENTALES.
plus remarquables. Jusqu'ici, il a avait été connu que par uns traduction en hébreu, du rabbi Samuel Ibn Tibbon, faite encore du temps de l'auteur et imprimée plusieurs fois en hébreu et dans des versions latines et allemandes^; mais le texte arabe s'était conservé dans de nombreux manuscrits, et il était à désirer qu'il fût imprimé, d'autant plus que la traduction dlbn Tibbon n'est exempte ni d'obscurité, ni d'erreurs. M. Hunk a entrepris cette œuvre', à laquelle il était plus préparé que qui que ce fût par les études de toute sa vie, et il avance dans son travail, quoiqu'il soit frappé de la plus grande infirmité dont un savant puisse être affligé, infirmité à laquelle il oppose on courage qu'on ne saurait trop honorer.
Je ne dois pas quitter le terrain des Arabes sans avoir annoncé un ouvrage de H. Renan, dont le premier volume vient de paraître 30us le titre d^Histoire générale ei système comparé dei langues sémitiques^. Ce premier volume traite de l'histoire pour ainsi dire extérieure de ces idiomes, du caractère général des peuples et des dialectes sémitiques, de l'histoire de chacun de ces dialectes et des monuments écrits qui noas en restent; des influences qui les ont modifiés et de l'étendoe qu'ils ont acquise, et il se termine par des considérations sur les lois générales de ces langues et sur leurs rapports avec les langues indo-européennes. L'auteur embrasse tous les idiome sémitiques, à l'exception du babylonien, sur lequel il croit fti-
1. On a publié récemment une partie d'une autre version en hébroU; faite sur l'arabe, par R. Salojnon Alkharizi, le célèbre traducteur et imitateur de Hariri.
2. J'ai entre les mains le premier volume, encore incomplet, du Gu^^ de» égaréSy qui contient cent vingtrhqlt feuillets du texte arabei ioiprï^ en caractères hébreux, et deux cent cinquante-six pa^es de la tpducljo" française, accompagnée de notes étendues qui doivent contribuer à 1"^' tcUigence de ce texte difficile, et à mettre constamment on lumière )<* rapports qui existent entre la philosopbic grecque cl les diverses doctrines des Arabes.
3. Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, p'"' Kraest Henan. Ouvrage couronné par l'Institut. Première partie. Hisloi^ générale des langues séqaitiques. Paris, 1855, in-3 (vu, et 499 pO-
in:«U iS5i-tsb5. w
maluré de Faire des théories dans t'élat actuel de noB éludea. On voit coiubieciiui pareil plan soulève do (jueslions historique! ei iioguigliques, Bt l'on Irouvera que U. Benan les aborde, à l'aide d'une excellenle méLhoda, Gageaient, courageusement et quelquefois liardiment. il recueille ce qu'il trouve vrai dans les idées des autres, il y ajoute les siennes, et noua présente ainsi un tableau extrêmement intéressant. Le second volume traitera da la Gramtnaire comparée des langues sémitiques.
t^ii tournant Ters la Mésopotamie, je n'ai qu'un petit nombre de travaux k mentionner sur les Inseriptions cunéiformes. M. de Saulcy a donné, dans le Journal asiatique ', sa version de la partie assyrienne de l'inscription de Bisoutoun et le vucabulairo de tous les mots qui s'y trouvent. M. Hoitzmann', à lleidelberg, s'est occupé de quelques inscriptions cunéiformes qui ont été publiées dans un livre fantastique" dont j'aurais cru iautile de faire mention, si H. Holumann n'avait revendiqué raulhentidté de quelques monuments qui y sont rcpré- . sentes pour la première foiâ. Enfm H. Hultzmnnn a continué ses études im la seconde classe des cunéiformes; il émet des doutes sur la théorie qui admet que ces inscriptions sont composées dan» un dialecte flnnoia-tartare, et penche pour l'idée qu'elles sont écrites dans la langue parlée fc la cour de Suze, Cl) opposition à la langue savante et sacrée. Au reste, il énonce cctt£ opinion avec beaucoup d'hésitation, comme il est naturel dans une matière aussi obscure '. Mais, pendant ce temps, les malériaux pour continuer ces études se sont accumulés en abondance, et commencent à arriver dans les musées européens. H- Place, qui a terminé, avec un dévouement rare cl au
1. Tnéitetion rie rinwrtpfiini Mn/Hcnne de BehUioun, par H. de Saulcj; Journal diMlifUt, të'ii, Février €l suit.
■i. Neue Intduiften In KtilKhrifl von Hallxmnnn. Zeitichrift der l). Morgontàn^ieHeit GaelUclinfl. tXM, t. VttI, p. H^ta el suiv.
3. Ltclure litlérale da liléroglypltei r.t det eanHfunaet, |inr l'auti'iir àc 1.1 baelglolngU. I^^riii, \6h'.\. tn-i (KO p. et 18 [>!.).
-i. Va;. ZeilKhrifl der DeuUchen Horgenlândlieheit Getetticliaft, 1854, p. 3i9 et BUiv.
milieu des plus grandes difficultés, les fouilles de M. Botta à Khorsabad, était sur le point de déblayer un palais dans une autre localité, lorsqu'il reçut Tordre d'abandonner ses entreprises. Nous attendons prochainement au Louvre une riche cargaison d'antiquités résultat de ses travaux; des statues, des inscriptions, des bas-reliefs en grand nombre, des outils extrêmement curieux en acier, et peut-être la belle porte voûtée et émaillée qu'il a trouvée i Khorsabad^ L'expédition française en Babylouie n'a pu faire de fouilles en Chaldée, à cause de la guerre qui désolait le pays; mais elle a exécuté des travaux considérables à Babylone, et nous recevrons prochainement les antiquités qu'elle a recueillies, et dont M. Fresnel vous a annoncé une partie dans un mémoire sur les antiquités de Babylone^. M. Loftus a exécuté de grandes fouilles en Assyrie et dans la basse Mésopotamie, où les ruines de Mogheir, d'Abou Schareïn, de Tel Sifr, de Senkerah, de Warka et de Nifler lui ont fourni des antiquités de toutes sortes, des inscriptions sur marbre et sur tablettes et cylindres en terre cuite, des instruments, des vases et des ornements de toute espèce, dont une partie est déjà arrivée au Musée britannique, et dont le reste, attendu de jour en jour, augmentera encore de beaucoup les richesses surprenantes de cette collection. M. Rawlinson a examiné à son tour, et après l'expédition française,
1. Ce rapport était déjà sous presse lorsque j*ai appris la déplorable nouvelle que les collections d'antiquités réunies avec tant de peine et de dangers par M. Place et par M. Fresnel ont péri ensemble dans le Ti^re. Il parait qu'elles étaient chargées sur un grand bateau et quatre radeaux; le bateau ayant échoué accidentellement contre la berge du fleuve, près de Konia, les Arabes des environs Tout détruit, de môme que les radeaux, pour s'emparer du bois et du fer, et ont jeté les antiquités au fond de Teau. Une petite partie seulement de la cargaison a pu être sauvée et est arrivée à Bassora, où elle a dû ôtre embarquée. H est probable qu'il existe des photographies de tous ces monuments; car M. Place a toigours eu la précaution d'en prendre avant de déplacer les marbres; je ne crois pas que les antiquités réunies par M. Fresnel aient été photographiées; mais il en existe probablement des dessins exécutés par M. Thomas, ^a^ chitecte attaché à IVxpédition; malgré tout cela, c'est uue perte irrépaable.
â. Voy. e Journal asiatique j année 1853 (juin et juillet).
ANHBE 1854-1855. 3T
les localilés de Babjlone. Aujourd'hui, (aales ces fouilles sont abandonnées plutAl qu'épuisée». M. Place est allé occuper un consulat sur le Danube; l'expédition française en Babylooie esl rappelée; M. LofLus et ses collaborateurs sont reienus, elM. Rawlînsona quitté l'Orient; mais le sol de la Mésopotamie couvre sans doute encore de nombreux monuments qui serviront k compléter la série de ceux que nous derons à H. Botia et k ses imitateurs. Jusqu'ici, i) n'y a que Il France et l'Anf^leterre qui aient enrichi leurs muséei! de ces dépouilles opimes de Babylone et de Ninive ; mais il y a d'autres nations possédant des trésors d'art et d'antiquités, qui seront, je l'espère, jalouses de les augmenter k leur tour de quelques restes de cette civilisation antique, et la science prolltera de cette ambition; car il ne faut pas croire que ce que l'on trouvera dorénavant ne sera que la répétition superflue de ce que nou^ possédons aujourd'hui; au contraire, cbaque inscription nouvelle, chaque brique d'un endroit qu'on n'a pas encore fouillé, apportera son contingent à la reconstruction de l'histoire ancienne, contingent d'autant plus important que les lacunes qui resteront à combler seront devennes moindres, et que nous aurons plus de moyens de comprendre ces documents et de classer les données qu'ils nous fournissent. Ce travail d'interprétation sera nécessairement long et graduel ; mais il fait des progrès à mesure que les matériaux s'accumulent et peuvent être examinés. M. Oppert a lu ' devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres des mémoires sur la topographie de Babylone et sur l'interprétation des inscriptions assyriennes, et H. Rawlinson en a lu plusieurs devant la Société asiatique de Londres, sur l'histoire de Borsippa et sur l'histoire ancienne de Babylone, dans lesquels il remonte, à l'aide de monuments découverts par M. Loftus, à plus de dejx mille ans avant notre ère, et retrouve une série de rois cbaldéens, aujourd'hui si peu connus qu'on ne peut pas encore les classer chronologiquement. Aucun des travaux don t Je viens d'indiquer le sujet n'est encore imprimé;mais ils seront probablement publiés avant pea, et le Musée britannique
va mettre à la disposition des savants les matériaux mêmes sar lesquels reposent ces éludes, en faisant lithographier, sous la direction de MM. Rawlinson et Norris, deux volumes d'inscriptions assyriennes et babyloniennes ; le premier contiendra les annales des rois, écrites sur des cylindres de terre cuite, et les légendes des briques des différents règnes, et le second, les inscriptions sur tablettes de terre cuite, contenant des syllabaires et des vocabulaires, des formules astronomiques, les noms et attributs des dieux, des listes de rois, de provinces, etc. L'ouvrage entier formera environ quatre cents planches de fac-similé, sans aucune interprétation, le Musée voulant très sagement se borner à livrer ces trésors scientifiques à l'investigation des savants. Ce sera un service immense rendu à la science, et il ne reste plus qu'à prier l'administration du Musée de ne pas suivre Texemple si souvent donné à Paris et autre part, où Ton a rendu presque infructueuses des publications semblables parle prix insensé auquel on a voulu les vendre.
L'étude du zend et des dialectes qui s'y rattachent est en progrès rapide, et je ne pense pas que la thèse de M. Roraef *, à Bombay, qui continue à vouloir prouver que le zend et le pehiewi sont des langues inventées, ait aujourd'hui beaacoup d'adhérents. M. Westergaard, à Copenhague, a acheré
la publication du premier volume de son Zend-aresta ^ q^i comprend tous les textes en zend qui nous restent. C'est la première édition complète de ces textes, et M. Westergaard h accompagnée d'un ample choix de variantes des manuscrits de Copenhague, de Paris, de Londres et de Bombay. Le second volume contiendra la traduction et les notes, et le troisième une grammaire et un dictionnaire. Jusqu'ici, on s'était contenté de
1. M. Romer a fait encore récommeot lire un mémoire sur ce «ujet i la Société asiatique de Londres.
2. Zftnd-avesta or the religious books of the Zoroastrians, editcd and interpretnd by R. L. Westergaard. Vol. I. The Kend text. Copenhague. 1854, in-4 (â6 et 343 p.).
ASNÈE 1854-I8M 39
reproduire des manuscrits; mais depuis que M. Biirnour nous a rendu rintclligence de ta langue, le temps f tail venu, pour la critique européenne, de constituer des textes corrects, à l'aide <le la comparaison des manuscrits, des traductions anciennes et des lumières que la connaissance dn sanscrit védique et des inscriptions persépolitaines et les procédés de la grammaire eomparéedonnentaujourd'hui. C'est cequc Ton t M. West erçaard etM. Spiegel, chacun de son cbU\ dans leurs éditions critiques. Ils classent les manuscrits par familles, selon la méthode qne les théologiens ont appliquée au lexte du Nouveau Testament ; ils étudient les nuances desdialectes différents qoe l'on remarque dans ces litres; ils rétablissent les lacunes et la sujte des textes là oâ la comparaison des manuscrits leur en ronmil les moyens, ils fixent les leçons d'après les règles de la grammaire et les habitudes de la langue, autant que l'état de la science le permet aujourd'hui; enfin, ils commencent à nous donner leurs idées sur l'origine et l'iiîstoire des textes zcnds '. On romprend qu'une pareille entreprise soU pleine de difficultés et de tâtonnements inévitables, et qu'il y ait place pour la discussion sur un grand nombre de points, dans un sujet aussi neuf et dans des problèmes historiques el philologiques aussi compliqués. On peut voir un exemple des obscurités qui entourent encore ces telles, dans l'excellente dissertation sur un des chapitres du Venditlad, par M. Spiegel".
L'élude du zend amène nécessairement celle du pehlewf, c'est-à'dirc des dialectes do frontières qui se sont formés par le mélange des races et des langues ftrienncs et séraitiquM. Tout ce qui nous reste de la tittéralure de l'époque des Sasanides est écrit dans ces dialectes, que nous comprenons tous aous ié
I. Vu.v. la Piiface ào M. WoslergMrJ et loi Stuiien iiber dat /«nilarala. par M. Splaccl, ilaii) le Journal dt la Société orientale ail* mande, vol. IX. |>. 174 et auiv. ; va;. aus«i la iradurlion el lei noici dn M. Mjrlin llaiig. uir le cti, XLIV <1u V*çna ia.ta lei Hettililudien. (Jourital (le ta Société orimlate allemande, vol. VII cl VIII).
i. Der Heuauhntt Fargard lUi Vendidad v»n D' Fr. Sjiîi'gcl. Munich, IMt, in-t(l76 p.).
nom commnn de pehlewi. Pendant longtemps on ne possédait d'autres matériaux pour cette étude que quelques inscriptions et les légendes d'un petit nombre de médailles; mais la publication du Bundeheschy par M. Westergaard, et du commentaire pehlewi du Vendidad, par M. Spiegel, ont procuré des facilités plus grandes, et Ton commence à pénétrer dans cette matière obscure et à distinguer les différents dialectes d'après l'exemple donné par M. Huiler dans son mémoire sur l'alphabet pehlewi, et par M. Spiegel dans la Grammaire du dialecte parsi. M. Haug a publié une dissertation sur le Bundehesch^y et M. Mordtmann, à Gonstantinople, a fait imprimer un mémoire très considérable sur les médailles à légendes pehlewies *y dont il décrit et explique près d'un millier. I^ promet de compléter son travail par un nouveau mémoire sur les inscriptions des Sasanides et les légendes gravées sur pierres fines. L'étude des dialectes pehlewis ne fait que commencer, et pour qu'on puisse s'; avancer avec sécurité, il faudrait, avant tout, la publication ^ de la collection complète de tous les livres que les Zoroastriens désignent comme étant écrits en pehlewi et en pazend.
La littérature persane moderne n'a été l'objet que d'un assez
1 . Ueber die Pthlewisprodie und den Bundeheach von D' Martin Haug- Gottingen, 1854, in-8(46p.).
2. Erklarung der Mûnzen mit Pehlvilegendeti von D' MordtmanD. Leipzig, 1854, in-8 (198 p. et 9 pi.), tiré du Journal de la Société orientde allemande.
3. Ce rapport était déjà lu, lorsque j'ai eu connaissance de la publication d'un texte pehlewi, sous le titre de Vendidad Sade, traduit en langue huzvaresch ou pehlewie. Texte authographié d'après les manuscrits lendpehlewis de la Bibliothèque impériale de Paris, et publié, pour la première fois, par M.Jules Thonnelier. Première livraison. Paris, 1855, infol. C'est un fac-similé lithographie, qui porte sur la couverture l'avis suivant : c Destiné à faire suite au Vendidad, publié en langue zende paf M. Burnouf, ce présent ouvrage formera un volume d'environ 300 pa^t lequel sera publié en quinze ou seize livraisons, chacune de dix feuijlcsou vingt pages de texte, et tirées dans le môme format que le Vendidad zend. Prix de chaque livraison 20 fr., l'ouvrage complet 300 fr. Le présent ouvrage est tiré à cent exemplaires seulement. » L'exécution est très satisaisante ; mais il est à craindre que le prix ne nuise à l'utilité du livre.
ANKBE IRSt-lH-U. 41
petit nombre de travaux. Un membre de votre Conseil a publié le quatrième volume du Lirre de» Roit de Firdousi *, qui conduit l'histoire de la Perse jusqu'à la mort de Rustem et de Guschlasp, c'est-à-dire presque jusqu'à la Hn de l'ancienne el véritable tradition épique. C'est à la même Époque que s'arrête le second choix d'épisodes de Firdousi, que H. de Schack a publié en vers allemands*. M. de Schack n'a pas choisi le mètre de Firdousi, ce qu'on lui a reproché sans raison; le mètre qu'il a préféré est aussi approprié à la langue de la traduction que celui de Firdousi l'était au persan; la Torme qu'il 3 adoptée lui a permis de donner à sa versioa une rare élégance, et lui aurait même permis, s'il aiait voulu, de la rendre plus littérale qu'elle ne l'est.
H. Nasariani, professeur au collée arménien de Latareiï, à Moscou, a publié deux dissertations en russe sur Firdousi, et sur l'histoire de la poésie persane jusqu'à Djami; je ne connais que )a seconde', qui contient une appréciation de Pirdousi et de Niumi, et quelques remarques sur les poètes lyriques.
H. Sprenger el Agha Hohammed de Schouschter ont publié, â Calcutta, le Khired nameh de Nitami*. Abou Mohammed Nizami naquît au commencement du ti* siècle de l'hégire ; on sait peu de sa vie, et les maigres récits que nous en avons sonldéligurès par des fables, pareilles à celles que contiennent les vies de tous les soufis de cette époque ; ar il réunissait les deux qualités, en apparence contradictoires, de poêle de cour
I' Lo Liere de* Rott, par Aboulkaiim Kirilousi, publiti, Iraduil et corn* iMDlépar M. lo\ca Motil. T. IV. Paris, IN.» (jv et 731 p.).
i. Epitebe Dichlunçen aui dem Periiichtn dei Firdmi, von A. ¥. von Srback. i vol. in-8. Berlin. 1S53 (xxt, 363, 448 p j.
3 tSà^^iLi J*-Jl u^jj Jsf)- ^^ iSriV f-^^ »jl i.f*'**- j* '-**"*' ^U Uïj- yUj b ^jly .Ijjtij jji^jl^ jj. Moscou, 1851, Lri-8- (ft* p.)
i. Kliinul Hamaht Itkandary, alto called tbe Sîkat^ar Nathalie Bahry, h Kiiamy, editcd hj D' Sprenger ami Aga Moljamm'id Shoostitorcir. F'Kic. I. Cakulta. 18S1, in-8 (!(6 p.), formnnt In n* 4.1 de la Biblhthtea
4S VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE t»ES ÉTUDES ORIENTALES.
de plusieurs prinees sedjoukides et de myatique. La mode <)e ce temps farilitait et provoquait même celle combinaison étrange, et les œuvres de Niîami fourniraient les matérinut d'une étude très curieuse sur le soufisme des hommes df. lettres et de cour. Chez lui, l'homme de lettres prédomine de beaucoup, malgré toutes ses assertions et l'espèce d'auréole Af sainteté que SCS disciples paraissaient avoir répandue autour de lui ; mais ce n'est pas ici le lieu de s'étendre Ib-ilessus. Ce qui est certain, c'est que Niiami était un poêle d'un grand talent, qui a su créer une école littéraire. La poésie épiqueétAil épuisée en Perse, Niiami en a gardé la forme, qu'il a appliquée: à un fonds essentiellement lyrique : son talent de narration ë de description est très remarquable, et la richesse de sa diction très frappante; les ornements, les allusions et lesjeuxdetnits, dont il abuse quelquefois, sont le défaut de son temps et de ea nation, et sont encore aujourd'hui 1res admii-és par sts compatriotes, quoiqu'ils répugnent h notre goût. Le Khirri namek est la seconde partie de son poème semi-épique sur Alexandre le Grand; il tire son titre du mot par lequd i) commence el ries nombreuses conversations d'Aleinnilreavec les philosophes de tous pays qu'il contient. Je pense que M. Sprenger public ceUepartie du Siton^Arnameft, parce qiit la première partie avait paru k Calcutta il y a déjà longlemps ; mais il serait à désirer que la Bibliotheea indica, qui a jusqu'ici fait très peu pour les lettres persanes, publiât «n enlier les cinq grands poèmes de Niiaml, qui forment une partie Sn1po^ tante de la littérature persane et méritent, sous beaucoup it rapports, d'être plus connus qu'ils ne le sont.
M. Brockhaus a commencé, h Leipzig, une édition duDiwan de Hafiz'. C'est la première qui paraît en Europe ; l'éijileura joint au texte le commentaire turc de Soudi, d'après l'édiliM de Boulak, et suit par conséquent la rédaction adoptée par n*
1. Die LittUr de» Hafit periiseh mit dem Commcntar dri Suit, lierjusgf-gphpn von Hcrmiinn Brockham, vol. 1, Mhii>r 1. Leipzig, IWl, p''' iii-4 (xjiet 7! p.]. Prix.- 10 tr.
ANNÉE 1S5i-1855. 43
coDimeniateur. C'est un excellent guide pour l'intefligence de Sâhy car il s'attache avant tout à l'explication philologique, ï. Brockhaus publie le texte avec beaucoup de soin ; non seument il indique le mètre de chaque ode, ce qui est très utile, mais encore il imprime toujours les voyelles, ce qui est possible dans un livre de peu d'étendue, mais serait presque impraticable dans un ouvrage considérable; heureusement ce n'est pas nécessaire, puisque le doute ne porte que de temps en temps sur un mot, et que le mètre suffit très souvent pour e?er ]a difficulté.
H. Eastwick, professeur à Haileybury, a publié la première Iraduclion complète du Aîiwari Soheili de Hussein Waïz*, une des nombreuses traductions persanes de la collection d'apologues indiens, dont la première rédaction connueêstlePantchatantra, qui a passé graduellement par toutes les langues, a été adapté au goût de tous les peuples, et est certainement de tous les ouvrages orientaux celui qui a acquis la plus grande popuhmté. La vérité du fond et la grâce de la pensée le rendent immortel et ne s'effacent jamais entièrement, même sous les broderies les plus élaborées dont on l'a quelquefois surchargé. 11 est inutile de suivre ici ce livre à travers tous les cbaog.ments qu'il a éprouvés, car^M. de Sacy en a fait Thistoirc avec un soin et une exactitude qui ne laissent rien à délirer. Hussein Waiz a rédigé, au x" siècle de l'hégire, YÂn- «art Soheilif d'après la traduction arabe du Pantchatantra ; >0Q bat était de rendre la lecture de l'ouvrage plus facile et plus agréable qu'elle ne Tétait dans hn traductions persanes antérieures, et il a certainement réussi à produire un livre d'une élégance remarquable, quoiqu'il n'ait pu ou voulu se soustraire entièrement à l'abus du style fleuri que les princes
1. The Anvar-i Suhaili or the lights of Canopus, beinj? Ihe pcrsian vorsion of thc fnblez of^Pilpay, or tlie bock Kalilah and Dimnah, rendered inln persian by Husdin Va'iz ul-Kâshifi, lilerally translatcd înto prose and verse, byE. B. Easlwick. Herlford, 1854, in-8 (xxviiel650 p.). Prix : 52 fr.
tares avaient introduit, ou au moins favorisé en Perse. Je crois que ces apologues auront, dans la forme que Hussein Waiz leur a donnée, moins d*atlraits pour les lecteurs européens, que dans les rédactions plus simples de VHitopadesa et de Calila et Dimna; mais le rédacteur persan a ajouté aux contes indiens un assez grand nombre de nouveaux récits, qui ne sont point indignes de figurer à côté des anciens et qui donnent une valeur indépendante à son livre. Le but de M. Easlwick a été muins de rendre YAnwari Soheili accessible aux lecteurs européens, que d'offrir aux personnes qui s'occupent de littérature persane un secours pour Tintelligence d*un des textes qui leur serviront le plus à acquérir une connaissance approfondie de cette langue. Dans cette intention, il a rendu sa traduction aussi littéraleque possible, eta accompagné de quelques notes philologiques ce travail d'une utilité incontestable.
Je ne puis annoncer qu'en quelques mots la publication prochaine du premier volume de l'Histoire des Mongols de Perse par Wassaf, dont H. de Hammer fait imprimer le texte et la traduction allemande. Wassaf, qui vivait à la cour du Djingtti^ khanide Âbou Saîd, a composé, par ordre de ce prince, un ouvrage qui est d'une grande importance historique, mais d'un style orné à l'excès et hérissé de difficultés. M. de Hammer s'en est servi dans plusieurs de ses ouvrages, et les renseignements qu'il en a tirés sont de nature à donner une haute idée de sa valeur historique. M. de Hammer avait, il y a déjà vingt ans, annoncé son intention de le publier; le premier volume est entièrement imprimé aux frais de l'Académie de Vienne et ne tardera pas à paraître.
M. Berezine, professeur à Casan, a fait paraître un ouvrage dans lequel il a réuni les études grammaticales et lexicographiques qu'il a faites sur les différents dialectes provinciaux persans^; le tate, le talisch, le guilani, le mazenderani, 1^
1. Recherches tur les dialectes persans, par E. Rërezine. Casan, 1853 in-8 (158, 29 t^i U9 p.).
kurde orieDtal el le djaleclf^ des Guèbres. Outre ses propre* obsËFTalions, il a prolité des renseignements que Gmelin, Garzoni el H. Chodiko avaient déjà fourni sur ce sujet, et dont il i pu vérifier l'eiactitude. Il divise son travail en trois parties, dont la première contient des remarques grammaticales, la seconde, des textes, sous forme de conversations el de chansaDs,et la troisième, un focabulaire comparatif. Ces recherches sont extrêmement curieuses, surtout dans ce moment, où les anciennes langues de la Perse sont l'objet de tant d'études, car les dialectes des siècles très peu lettrés conservent généralenaent de vieilles habitudes grammaticales et de vieux mots qui ont disparu dans la langue de la littérature et peuvent jeter une lumière inattendue sur les langues anciennes. Il serait très à désirer que des voyageurs qui auraient les connaissances nécessaires voulussent suivre H. Berezine dans cette voie, étudier le langage des tribus méridionales et orientales de la Perse, rapporter des chansons populaires et des observations sur les difTérences grammaticales et lexicograpbiques entre le persan classique et les dialectes provinciaux.
M. Vullers, àGiessen, continue la publication de son Dîclionnaire persan'. L'auteur prend pour base principale de son ouvrage les dictionnaires composés en persan, auxqueb il emprunte leurs définitions el, en partie, les exemples qu'ils citent; il jajoute des exemples tirés de sa propre lecture, qu'il choisit, avec beaucoup de raison, dans des ouvrages imprimés, de sorte que son travail forme le premier essai qui ait été publié d'un Thésaurus de la langue, quoique les ouvrages il'où sont tirés les exemples soient trop peu nombreux pour alleindre complètement le but qu'il s'est proposé. Il pourrait, je crois, en augmenter utilement le nombre et mutipUer les eiemples, sans dépasser l'étendue qu'il veut donner à son volume, en omettant le texte des déRnitions persanes dont il
I . ^uaimii Augiuti VulUn Uxieon pertiethlatinum eli/moiogkum, >cccdit appcndi\ vocum diaiccti anliquioris lend e( fiaiend diclm. Fuc. I-UI. ïonn IK.U irr iika (Kat n.k.
(loaoe la traduction^ et en retranchant des remarques de peu d'importance ou quidépassent les exigences d'un dictionnaire. Au reste, quelle que soit l'opinion qu'on ait sur ces détails, c'est un travail utile et qui nous fait entrer dans une nouvelle voie en lexicographie persane.
Il apamdepuis deux ans beaucoup d'ouvrages persans daos rinde e( eu Perse, etj'ai des indications plus ou moins exactes sur un certain numbrQ de ces publications ; mais je préfère n'en parler que quand j'aurai pu les voir et les examiner. Malheureiisement, les communications i\e librairie avec ces pays saut encore si imparfaites, que ce n'est que par accident que ces livres nous parviennent, et que souvent toute l'édition disparaît avant qu'on sache en Europe qu'elle a été imprimée.
Lorsqu'on commença à s'occuper de l'étude du sanscrit, o& s'adressa, avant tout, à la littérature. Les traductions de Sakuntaladt du fihagavat-ghita furent reçues avec transport par l'Europe lettrée, devant laquelle s'ouvrait une source neuve et fraicbe de poésie; plus tard, l'étude de la grammaire prédomina, soutenue par les résultats historiques qu'en faisait sortir la grammaire comparée, et par l'intérêt des recherches ethnographiques auxquelles elle donnait unecertitudeet une étendue inconnues auparavant; aujourd'hui, les Yédas sont l'objet de prédilectioa des éludes indiennes, et rien n'est plus simple, car c'est le cenire naturel où tout aboutit dans l'Inde, ou plutôt d'où tout est sorli el auquel tout se rattache par des liens qui ne sont pas toujonrsTisibles au premier moment, mais qui le deviennent à mesure qu'on pénètre dans un sujet. Seulement il fallait être préparé à cette étude; il fallait en sentir vivement la nécessité pour entreprendre de percer la dure enveloppe qui l'entoure. Il n'y a pas vingt ans que la première partie du texte d'un Vcda a paru, et aujourd'hui tous sont ou publiés, ou en cours de publication. M. Max Huiler a f4it paraître le second voluine du Rigvéda'
1. Rigveda Sanhita; the sacrod liyinns of tbo Braliinans,tttgetherwitl»
•]ui s'imprime â Oifurd, nui frais de la Compagnie des InOes. M. Miillcr .iccnEiipagiie les lijmties ilu cQuimetiuira de Siiyaaa iravail coqnp^iraFJveaieal moderne, iq«i^ très consiiléré dt|» riiidL-, L'édiUur rend compte, dani sa prùfacf , (tas précavtjpni ([Il 'il a pcis^s pour s'assurer du leilele piuscorrept deSayanvel >'eicu»c presque du soin qu'il j: a apport)^- On pourrait s'élOQQH lie voir ua éditeur semttl^r confus de l'aUefliioa qu'il donne il lu critique d» livie qu'il publie, si l'on ne i>avai( qu'ils'estformH Jl-iix ^coIqs (jq phiiolqgip $ai|scritei l'une qui s'appuie suc la ira'iitiai; et les commentateurs indiens, et l'autre qui en [ait pou de ça^, ei applique le tratail de \n critique «uropàenna * l'inteci^étalion des anciens textes. Celle disiiideaca est tpute temporaire; elle s'est produite dan** des cas semblables tt s' explique, à la fois, par la géucreuse ardeur qu'inipirent de« éludes noifvelles et par le d^sir dç péuétrer plus avant datta l'iulelligence des idées antiques, fans se laisser retarder pat des opinions d'écoles relativement modernes. Hais si, d'un c^lé, il est incontestable qu'une tradition non interrompue doit avoic sa valeur et conserver des éléments d'interprétation qufi toute la S4i;4cité de la critique moderne ne suffirait pas k déduire des textes eux-mêmes, de l'autre, il n'est p&s moins cectaio i|ue personne ne peut se contenter de rqpipien des cammeatateur; iRlliDène;, dont le point de vue était nécess^iraiifenl ililTi'rrent du nôtre, et à qui manquaient bien des moyens de critique et de contrôle que nous possédons; en conséquenct', il ne peut qu'être utile que les commentaires soient publiés, mais il faut s'en servir selon leur valeur.
H. Weber aconllnué son édition du Yadjour-véda blanc', et M. Uoer a commencé à Calcutta l'impression du Vadjour-véda
lli<- communUrv of Sajanncl^rju, dliled liy Max MUIIur. Vol. II. Londrc, IKT.l. ii|.l(ur.-1100Jit>).
1. Ti» tohitt Vailiurvaia. cdiUd bjr A. Wnlxir. I>jrl. Il, Ukt Calnjialhn llràliiiiaiiBin Uu; ltadlijandîiia-(;.\kliÂ, with exlmcis frmn llii' eojiiiiii'ii- Urivs uf SajaDit aaJ Uirisvaiain. ùth. 6 ni T. Uorlin, (855, iii-1 (tu jiislu'à U liBCe 11)51).
noir * , la dernière partie des Védas proprement dits dont la publication n'eût pas encore été entreprise, car le quatrième Véda, l'Atharva, vient de paraître à Berlin, par les soins de MM. Roth etWhitney^ Ce Véda est le plus moderne de tous et il a un caractère sensiblement différent des autres; les hymnes qu'il contient ne servent pas aux sacrifices et pa* raissent être destinés à l'usage particulier, et non pas au cnlte public ou de famille. On y trouve des formules d'imprécation et de magie, et d'autres sigqes d*une croyance plus grossière et plus dépravée; il n'a jamais joui, dans l'Inde, de la même vénération que les trois autres; mais il sera infiniment curieux à étudier. Les éditeurs, qui promettent de donner, dans une seconde livraison, une introduction, des notes critiques, des extraits d'une grammaire qu'on a composée pour l'Atharva et une concordance avec les autres Védas, ne parlent pas de traduction. Le texte n'est accompagné d'aucun commentaire sanscrit; mais les éditeurs ont indiqué, dans la dernière partie de l'ouvrage, un certain nombre de variantes, circonstance, je crois, unique pour un Véda; car le texte de ces livres a été heureusement, dès l'antiquité, tellement fixé et conservé avec un respect si religieux, qu'il ne s'est trouvé de variantes que dans cette partie du Véda la plus moderne, ce qui ferait croire que ce chapitre, ajouté plus lard, n'aura pas été entouré des mêmes précautions.
M. Wilson nous a donné le second volume de la traduction du Rigvéda^; il s'attache au sens traditionnel, tel que Teiplique le commentaire de Sayana, et fait ressortir dans sa
1. The Sanhita oflhe black Yaéljurveda, with the commenUry of Madhava Acharya, edited by D' E. Roer. Cahier 1. Calcutta, 1854, in-* (97 p.). Ce cahier forme le n<> 92 de la Bibliotheca indica.
2. Atharva Veda Sanhita, heraas(pegeben von R. Roth und W. ^' Whitney. Erste Abtheilung. Berlin, 1855, in-8 (3iK) p.).
3. Rigveda Sanhita, a collection of ancient hindu hymns constituliof the second Astaka, or book of the Rig-veda, the oldest authority for ^^ religions and social institutions of the Hindus, translated from Uie original sanskrit by H. H. Wilson. London, 1854, in-8 (xxix et 329 p)-
àSHtf. tSSMSSS.
prérace, avec beaucoup de raison et par des ex panls, les avantages de cette méthode, tout ei de croJreque l'étude suivie des textes védique; rectifier, sur bien des points, la tradition des niques, liais il montre les (Urficultcs insurmo poseraient à l'intelligence de ces textes prim livré uniquement à des conjectures pourpré phrases elliptiques qui étaient intelligibles i sacrifice, par l'action même qui s'accomplîssc cessoires, mais qui resteraient des énigmes { commentateurs ne nous avaient fourni les di sables pour les comprendre.
M. [lp{;nier a publié une étude sur ridiom prend quelques hymnes du Rigvéda, qu'il so lyse {crammaticale rigoureuse, et i) part de là ser ses idées sur la svntaxe de la langue des sujet de recherches tout nouveau et extrême non seulement pour l'intelligence des texl comme moyen d'apprécier le développemen la nation à l'c-poque où ces hymnes servaient d sentiments età ses idées. L'auteur promet de i études suivantes, sur cette partie de son sujet
On pourrait trouver que l'interprétation d< ciens ne Tait que de lents progrès, mais ce se diUicultés de cette étude sont innombrables, et ne provieiment pas même des obstacles que i langue dans l'enfance, écrite d'instinct et ava littéraire, par conséquent obscure, pleine de missions; elles proviennent de la nécessité de l'esprit de ces hommes primitifs dont les face de sentir sont si loin des nôtres. Cela eiige l'éti
de toul ce qui entoure ces hymnes; car heureusement elles ne sont pas isolées. Dans les siècles qui ont suivi leur composition et à mesure que la pensée indienne s'est étendue, on y a rattaché des travaux dogmatiques, philosophiques, liturgiques^ étymologiques et grammaticaux, qui forment toute une littérature, destinée en partie à les expliquer, en partie à développer les doctrines qu'elles contiennent ou sont supposées contenir. Ces différents ouvrages doivent être publiés et soumis à l'examen de la critique historique et philosophique, qui pourra ne pas en approuver toutes les explications, ni admettre toutes les conséquences qu'on prétend tirer du texte des hymnes, mais qui y trouvera des faits nombreux pour en déduire et éclaircir l'histoire des idées brahmaniques. On s'occupe de toutes les parties de la littérature védique ; quelques Brahmanas et Upanischads sont imprimés et en partie traduits; le lexique de Yaska a été publié, les grammaires sanscrites composées en Europe pendant les dernières années contiennent les premiers éléments de la grammaire védique ; et ce qui doit donner une haute idée de l'intérêt avec lequel ces travaux sont suivis,surtout en Allemagne, il parait un journal qui est presque exclusivement consacré à ces études préparatoires ^
M. Pertsch, à Cobourg, a publié un petit traité sanscrit^ sur la manière dont les mots sont séparés ou joints dans les hymnes des Védas: il en donne le texte et la traduction, et discute tous les points que soulève cette question obscure.
Rajendralal Mittra a commencé la traduction anglaise d'un des Upanischads du Saraa Véda^ Les Upanischads sont des
1. Indisclie Studien, Beitrâge fur die Kunde des indischen Altertbun»! im Vereine mit inehreren Gelehrten, herausgegeben von D' A. Web*'''- Vol. 111 ; Berlin, 1855, in-8^ (488 pages.)
2. Upalekha de Kramapâtha libellus, textum sanscrîticum rccensailt varielatem lectionis, prolegomena, versionem latinam, notas, indiccin adjecit D' G. Pertsch. Berlin, 1854, in-8*. (viii, xxHi et 64 pages.)
3. The CMumdogtja Upanishad of the Sama Veda^ with extracts frotn the commentary of Sankara Acharyya, translated from the original ^^ krita by Rsgendralal Mittra. Fasc. I ; CalculU, 1854, in-8» (72 pages) Ce cahier forme le n 78 de la Bibliotheca indica.
innEE J8U-1853.
dissertations philosophiques attachées aux Védasj ils t différents de date et de valeur, et leur nombre est trët dérable : on en connaît jusqu'à présent cent trenle-hu onze sont publiés. Le thâme dont ils traitent est l'i l'àme divine et humaine, et c'est par eu\ que la phil indienne serattache aux hymnes sacrés par des liens q encore fort obscurs et paraissent bien artificiels, i grande partie des Upanischads ne consistant qu'en q pages, on peut espérer d'en posséder bienlM le texte e les commentaires, si l'activité de la Société asiatique catla, qui seule est en possession des matériaux néce ne se ralentit pas. H. Roer annonce la puhlicatioq pr de plusieurs des plus importants de ces traités.
Il est naturel que, pendant le temps de l'élabont tous ces matériaux, tes savante ne se pressent pas d'exp résultats historiques de leurs éludes sur les Védas; plus ancienne page de l'histoire humaine qu'il s'agit chilTrer, et le jour ne s'y Tait que peu à peu. On nous pourtant de temps en temps des aperçus sur les déco déjà Tnites, qui nous permettent d'entrevoir ce que no Tons attendre; c'est ce qu'ont fait M. Weber, dans v mit sur les reclierches modernes relatives à l'in cienne ', et H. Barthélémy Sainl-Hilaire, dans une sér licles qu'il a réunis en un volume *.
Je ne crois pas qu'il ait paru depuis deux ans aui vrage sur la philosophie des Hindous; cependant la lill orientale s'est enrichie de quelques publications qui : portent. Le principal du collège sanscrit de Calcutl imprimer un épitomé des différents systèmes de phil
n Fortchuagen ûber dai aile Indien, ein Vortrag vi
ri.. 185
S^î VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
indienne, par Madhavacharya % et M. Roer a publié de nouvelles éditions des Aphorismes de Técole du Yédanta, par Badarayana*,. et du Manuel des catégories de l'école Nyaya, connu sous le titre de Bhaseha Paricheda^ qu'il a accompagné d'une traduction et de notes \ C'est par la philosophie que les Hindous ont agi le plus sur le genre humain; elle appartient tout entière à cette race, et sans elle il n'y en aurait probahlement pas eu dans le monde. Rien ne serait plus curieux que de pouvoir en suivre le développement dans Tlnde ancienne; mais, jusqu'ici, c'est impossible, car nous n'avons les systèmes philosophiques des brahmanes que dans une forme déjà, dogmatique, exposés dans une suite d'aphorismes, tout cristallisés, pour ainsi dire, et arrangés pour les besoins de l'enseignement restreint d'une caste jalouse de sa prépondérance spirituelle et de son savoir. Il est possible que des recherches ultérieures, nous mettant en possession de nouveaux documents, nous permettront de reconstruire Thistoire de la métaphysique des Hindous, et de suivre la fdiation des idées qui peu à peu ont dû produire les systèmes tels que nous les connaissons.
La poésie sanscrite s'est enrichie de plusieurs publications importantes. M. Gorresio a fait paraître un nouveau volume de sa traduction italienne du Ramayana^, qui contient le quatrième et une grande partie du cinquième livre de l'original'
1. Sarvadarsana Sangraha, or an epitome of Ihe différent Systems of indian philosophy, by Madhavacharya, edited by Pandita Iswarachandra Vidyasagara. Fasc. I; Calcutta, 1853, in-8« (96 pages). N» 63 de UBHb^ theca indica.
2. The aphorisms of ihe Vedanta, by Badarayana, with the commentary of Sankara Acharya and the gloss of Govinda Ananda, edited bv D' Rof^'*' Fasc. I, 11; Calcutta, 1854 (225 pages). N- 64 et 89 de la Bibliotheca indica.
3. Division of the Catégories of the Nyaya philosophy ^ with a commeotary by Viswanatha Panchanana, edited and the text translated froffl ^^ original sanskrit by D' Roer. Calcutta, 1850, in-8* (xxvii, 81, 147 et * pages).
4. Ramayana, poema sanscrito di Valmici, traduzione italiana con note dal teslo deila scuola Gaudana, per Gaspare Gorresio.
ANNÉE ISU-IS&S. a
Le volume suivant terminera la iraduclîon, et un volume sapplèmentaire nous donnera l'inlroduclion ; de sorte qu'on peut prévoir que nous posséderons d'ici à peu de temps un Iravai complet sur ce grand poème épique. On ne saurait en espérei aulant pour le Hahabharat ; la grande étendue de celte épopéi forme un obstacle qu'uue heureuse réunion de circonstancei pourra seule vaincre; en attendant, M. Cockburn Thomsor nous a donné une nouvelle édition du texte ' el une nouvellt Induction anglaise 'du Bhagavat-ghita, l'épisode le plus célèbre du Mahabharat. C'est un des premiers ouvrages sanscrits qui aient élé traduits dans une langue européenne, et c'est un de ceux qui ont le plus contribué à faire considérer les Hin< dous comme une grande nation littéraire. H. Thomson pensi que cet épisode n'a pas fait partie originairement du Hababharat, et qu'il a été introduit dans le poème entre le i" et 1< iir siècle de notre ère; mais quels que soient le nom de l'aateur et le temps où il a vécu, cet épisode est une des plu: belles choses qu'on ait jamais écrites : c'est un eiposé de I: métaphysique de l'école saokbja; et, quelque opinion qu'or puisse avoir sur cette manière de résoudre le grand problème de la vie humaine, on ne peut qu'être frappé de la grandeui des idées et de la magnificence du lanf^age du Bhagavat-ghita. M. Thomson fait, avec beaucoup de raison, précéder sa traduction d'une longue et savante introduction sur la philosophie des Hindous, pour mettre le lecteur au point de vue sous lequel on doit considérer cette œuvre, et placer la doctrine qu y est énoncée dans un cadre historique propre à en faire ressortir l'importance.
Le Bbagaval-gbita a exercé une grnnde influence sur Ves^
i- Bhaçavad-Gila or tke tacred lay, a colloqu; between Kriilina uni Arjun.t on divine mslters. An «pisodc froin the MahabliaraU. A new eili tioii or Ihe tanskrit text willi a vocabularj, by J. Cockburn Tlioinion Benrord, 1855, petit i[i4°. (ui el9i piget.)
1 The Bhagaiigd^ila, a aanikrit philoiophical jioem, ininalaled witi Mpioiu noies, an introduction on sanskrit ptiilosaphj, and ollier maltcr t>]r J. Cockburn Thomion. Hcrtford, 1855, petit in^'. {119 el 155 pages.]
prit des Hindous ; on en voit les re.flets dans le [BhagaTala- Pourana, et, dans le xvi" siècle même de notre ère, le ré- Tormateur Chaitanya, fondateur d'une secte qui compte aujou^ d'hui des millions d'adhérents dans l'Inde, le prenait pour base de sa doctrine ; mais il en exagère le côté mystique, qu'il détourne vers l'ascétisme. Rajendralal Mittra vient de publier une pièce très curieuse sur ce réformateur ; c'est un drame sur sa vie, par un de ses disciples, nommé Kavikama-puraMa pièce fut jouée, pour la première fois, l'année 1573, à la cour du roi de Cuttack ; elle est en dix actes. Aux personnages, pour la plupart historiques, sont entremêlées des personnifications de l'immortalité, du vice, de l'Océan, de l'amitié, de la foi et autres, employées à exposer la doctrine de Chaitanya, à raconter ses succès et à développer ses objections contre d'autres systèmes philosophiques et théologiques. L'action embrasse la vie entière du réformateur, ses succès, ses voyages, les conversions qu'il fait, sa résistance contre la théorie des castes; elle le suit même au delà de la mort. C'est une de ces compositions étranges qui montrent jusqu'à quel degré les spéculations religieuses et philosophiques sont familières au peuple indien. L'éditeur fait précéder le texte sanscrit d'une préface en anglais et il explique, dans des notes, les passages qui se trouvent en pracrit. II est à regretter que l'éditeur n'ait pas traduit en anglais cette pièce curieuse.
M. Lancereau a fait paraître une nouvelle traduction du recueil d'apologues indiens d'après la rédaction sanscrite, célèbre sous le titre A'Hitopadésa '. Cette rédaction est plus
1. Chaiianya'Chandrodayay or the incarnation of Chaitanya ; a drainai in ten acts by Kavikarnapura, with a commcntary explanatory of tb^ prakrita passages, by Viswanalha Sastri, edited by Rajendralal Milt^* Calcutta, 1854 (xv, 266 pages); forme les n" *7, 48 et 80 de la BibU^' iheca indica,
2. Hitopadésa ou VInstructûm utiley Recueil d'apologues et de cootesi traduits du sanscrit, avec des notes historiques et littéraires, et un ap" pcndicc contenant l'indication des sources et des imitations, par M. ^* Lancereau. Paris, 1855, in-12. (xxi et 288 pages.)
ANNËE 18&i-18&i. 55
moderne, mais plus riche que le Pantehatantra. Il en a paru plusieurs éditions et (tes traductions en différentes lanpies. H. Lancereau a choisi le texte le plus complet et il aecompagne sa traduction de notes, d'un appendice l'ort intéressant sur l'origine et les Imitations de chacune des fables, et de plusieurs tables de noms et de matières. Cette jolie publication est Taile avec beaucoup de soin; le style de la traduction a la simplicité qui convient au sujet, et l'édition est d'un format tout populaire. On ne peut voir sans plaisir chaque nouvel exemple qui montre que, petit h petit, la littérature orientale peut pénétrer auprès de la masse des lecteurs européens.
H. Pavie a publié une édition autographiée du Bhodjaprorbandha ', dont il avait déjà donné, dans ie Journal asiatique, nne ^rntide partie en traduction et le reste en extraits '. Cet au>T3ge est un jeu d'esprit de Ballala, auteur dont l'époque est incertaine, mais, dans tous les cas, postérieure au x* siècle de noire ère. Après une introduction plus ou moin.s historique sur l'aTèneraent de Btiodja au trône de Halwa, il met en scène te roi, des poètes et des savants, sans beaucoup se soucier de la possibilité chronologique de réunir les personnages qu'il fait parler, et auxquels il lait faire assaut de poésie et d'esprit. Ce livre était inédit, et H. Pavie, qui en publie le texte d'après deux manuscrila de Paris, en prépare une traduction complète.
H. Benfey a publié une Chrestomathie sanscrite ', formant le second volume de son Manuel de la langue sanscrite; elle contient des morceaux de presque toutes les branches de la littérature, et est suivie d'un vocabulaire très étendu. Dans le
I. Bhodja prabondha, hialoire de Bhorija. roi de Nalwa et des panditi
de ion lempt, par Ballula. Parii, lHâ5, in-1*, (t et t39 pages.)
1 Journal tuiatiiiue, année 1854.
3. Chratomiilhle qui Santkritwerken, tum Gebrauch fUr Vorleiungen iind lum Selbsliludium vonTh.Benfcj. Uipiig, 1851, in-*'. (3Î9 et 37* pagai.)
56 VINGT-SEPT ANS DHISTOIRi: DES ÉTUDES ORIENTALES.
premier volume de cet ouvrage^ l'autear avait donné aoe grammaire détaillée de la langue sanscrite, dont il publie maintenant un abrégé pour les commençants'.
M. Bopp a fait paraître un ouvrage sur le système d'accentuation du sanscrit et du grec '. Ce n'est que récemment et par suite des progrès de la grammaire comparée et de Tanalyse plus exacte des langues indo-européennes, qu'on a porté beaucoup d'attention au système d'accentuation de ces langues et j qu'on en a senti l'importance. Il serait impossible de donner en peu de mots une idée de ces recherches; mais cet ouvrage, qui forme un appendice naturel à la grammaire comparée de l'auteur, peut montrer à quel degré de délicatesse on est parvenu aujourd'hui dans la recherche des éléments, en apparence les plus fugitifs des langues, et quelles conséquences importantes et sûres on parvient à en tirer.
MM. Boehtlingk et Roth continuent à publier leur dictionnaire sanscrit % qui paraît aux frais de l'Académie de Saint- Pétersbourg. Les auteurs accompagnent chaque motetsasignificalion d'un exemple, et ils y ajoutent, pour la première fois, les mots qui sont employés dans les Védas, entreprise laborieuse et hardie dans Tétai acluel de la littérature védique, mais indispensable au progrès de la science.
M. Cowell a publié le texte de la Grammaire pracrite d<î Vararuchi* en l'accompagnant de tous les éclaircissenienls q«i
1. Kune Sanskril'Grammatik zum Gehrauch fur Anfânger von Th. Ben* fey. Leipzig, 1855 in -8°. (360 pages.)
2. Vergleichendes Accentualioriisystemf ncbst ciner gedrângicn Darstellung der grammatischen Ucbercinstimmungcn des Sanskrit und Grieclu^ chcn, von Franz Bopp. Berlin, 1854 in-8*. (vu, 30i i>ages).
3. Sanskrit'WcBrierbuchy hcrausgegeben von der K. Akademic <ler Wissensctiaften, bearbeitet von 0. BoehUingk und R. Roth, Saint-Pétei^ bourg, 1853-1854, in-i*. (Quatre livraisons ont paru, elles forment 6*^ pages.)
4. The Prakrita Prakasa of Vararuchù with Ihe commentary of B»*' raaha. The firsl complète édition of tlic original texl, by Ë. 11. Co^^^' Hcrlfort, 1854, in-8°. (xxxu et 204 pages.)
peuvent en rendre Tasage facile et profitable. Le pracrit est Tensemble des premiers dialectes populaires qui se sont
formés du sanscrit à une époque très reculée et auxquels le bouddhisme a donné, dès son apparition, une importance littéraire considérable. Cette grande réforme, entreprise contre les idées des classes lettrées et savantes, s'appuyant nécessairement sur la foule, devait, en effet, se servir d'un enseignement populaire et d'une langue intelligible à tous; c'est ainsi qu'un * langage dont rien dans la littérature brahmanique n'indiquait l'existence et qui probablement était profondément dédaigné par les brahmanes, devint tout à coup une langue religieuse, littéraire et politique. Ce n'est que plus tard que les écrivains brahmaniques s'en servirent dans les pièces de théâtre, pour le mettre dans la bouche des femmes et des hommes du peuple. Aussi Vararuchi, qui sans doute était brahmane, déduit ses règles de grammaire pracrite des passages contenus dans les drames et non pas des livres des bouddhistes et des inscriptions d'Asoka, qui sont, pour nous, des monuments infiniment plus importants de cette langue. M. Lassen, dans sa Grammaire pracrite, avait déjà fait grand usage de l'ouvrage de Vararuchi, mais M. Cowell n'en a pas moins rendu un véritable service à la science, en publiant et ^n commentant ce livre en entier.
Ceci m'amène naturellement aux dialectes populaires acluels de l'Inde. Ils ont été l'objet, dans toutes les parties de ^ presqu'île, de publications nombreuses en ne comptant 4^6 celles dont les titres me sont parvenus ou que je connais Perdes indications plus ou moins vagues; leur nombre réel ^sii sans aucun doute, beaucoup plus grand encore; mais ces ouvrages n'arrivent en Europe qu'à la bibliothèque de la Compagnie des Indes, et c'est le hasard seulement, souvent ^Près bien des années, qui en apporte un exemplaire à Paris. ^^ suis donc obligé de me borner à mentionner ceux qui ont P^f u en Europe et dont le nombre est très petit.
Le séminaire des missions de Leipzig s'est chargé depuis longtemps de fournir des prédicateurs aux missions ci-devaat danoises du midi de l'Inde. Ces missionnaires ont senti de bonne heure la nécessité d'étudier la littérature des peuples qu'ils devaient converlir. M. Graul, directeur actuel du séminaire, qui, lui-même, a passé nne partie de sa vie dans le midi de l'Inde, a commencé, sous le titre de Bibtiotheca tamitliea^, une publication destinée à mettre les élèves de sa mission en état d'apprendre la langue littéraire du pajs et de discuter avec leurs contradicteurs brahmaniques. Les deux premiers volumes contiennent le texte et la traduction de trois traités de l'école du Védanla, en tamout; un vocabulaire, une explication des lermes philosophiques, et une grammaire tamoule. M. Graul se propose de donner, dans les volumes suivants, le Koural de Tirouvalluver, une anthologie, et une histoire générale de la littérature tamoule, dans laquelle il doit développer ses idées sur ce sujet, idées qu'il indique dans une préface trop courle, mais qui montrent sufRsamment combien il s'est nourri de ces études et dans quel excellent esprit historique il les poursuit. Les renseignemeats qu'il annonce sur la lutte du bouddhisme et du brahmanisme dans le midi de l'Inde et sur l'influence qu'elle a exercée sur la littérature tamoule inspirent un vif désir de voir ce travail achevé.
La Compagnie des Indes, voulant remédier au désordre extraordinaire qui s'était introduit dans la manière d'écrire les mots techniques sans cesse usités dans les pièces officielles de toutes les parties de son administration, avait fait préparer et distribuer à tous ses employés dans l'Inde un vocabulaire
t. Bibliotheca tamulica, aive opéra pi'scipua Tamulenstum. édita, trantlata, arliiolationibus gtosiariisqile instrucU a Carolo Graul. Vol. I ; LeipiiC. 1SS1. jii-8° (lïi et 303 page»); vat. Il, I85S, in-S* (i, 16i et 100 pages|. lie premier volume contient la Iraduclïon du Kaiva(/anovanilt, dn Paulchadai^akanaia et du Atmi^iodlutprakanka: le Kcond, le texte du premier de cet ouvrages et ta grunmajra.
de ces termes. Chaque employé devait remplir les blancs laissés exprès après chaque mot pour en indiquer l'origine, l'emploi précis, l'orthographe dans la langue du pays et la inscription anglaise. Le résultat ne répondit pas aux espéi^nces qu'on pouvait concevoir ; les réponses Turent ou nulles ou très peu satisfaisantes, et un seul travail consciencieux fut envoyé, celui de M. Elliot, qui a paru en 1845 à Agra, sous le titre infiniment trop modeste de Supplément au glossaire ^es termes indiens. La Compagnie remit à M. Wilson le peu de matériaux qui étaient arrivés de l'Inde, en le chargeant de faire le travail qu'elle n'avait pu obtenir de ses employés. M. Wilson, après avoir réuni tous les documents que les ouvrages imprimés, les travaux manuscrits de quelques an* cîens administrateurs indiens et les archives de la Compc^nie pouvaient lui fournir, vient de publier les résultats de ce ^vail immense. Son Glossaire^ forme un grand répertoire de ^^rmes techniques d*administration, de science et d'art dans ^utes les langues actuelles de l'Inde, avec leur étymologie, Quand elle est connue, leur définition, leur orthographe ori- ^nale et leur prononciation, établie d'après un système que V* Wilson explique dans l'introduction et qui est essentiellement, sauf quelques modifications, celui de Sir W. Jones. ^'^st un livre très instructif, non seulement pour les employés ^^ la Compagnie, mais pour tous ceux qui s'occupent d'histoire <>rienlale.
Us dialectes indiens qui ne dérivent pas du sanscrit ont acquis, de notre temps, une importance hstorique et ethnographique que l'on pouvait à peine soupçonner il y a quelques années. Plusieurs savants, travaillant tout à fait indépendam-
^- A Glossary of judieial and revenue terms, and of useful words oc- '^Urring în officiai documents relating to the admini&tration of Ihegovern- ^^^i of British India, from the arabic.persian, hindustani, sanskrit, hindi, ^^Qgali, uriya, marathi, guzarathi, telugu, karnata, tamil, malayalam and ^her languages, compiled and published under the authority of the bon. T^ri of directore of the East India Company, by H. H. Wilson. Londres, '«55, in-4o. (XXIV et 732 pages.)
ment l'un de Tautre, sont arrivés à l'idée que toutes les popalations appartiennent à une même race aborigène de Tlnde. M. Hodgson surtout a publié une série considérable d'études sur les dialectes d'un certain nombre de tribus de THimalaya, qu*il a étudiés sur place avec le plus grand soin, et il s*est convaincu, non seulement de l'identité des langues de toutes les nations et peuplades aborigènes de l'Inde, mais encore de leur parenté avec les langues tartares. D'un autre côté, des études sur la langue des Finnois et d'autres tribus du nord de l'Asie ont conduit quelques savants, comme M. Schott, à l'opinion que tous ces dialectes étaient de la même famille que le tartare, et les immenses travaux de M. Castren sur les peuples de la Sibérie, qu'il n'a malheureusement pas eu 1^ temps de mettre lui-même au jour, paraissent lui avoir laissé la même conviction. Si toutes ces opinions se vérifiaient, nous verrions constituer une nouvelle et immense famille de peuples qui auraient occupé graduellement tout le nord, tout le centre, et une partie du sud de l'Asie. J'aurais désiré parler plus en détail des travaux dont cette question a été l'objet, et exposer le point où sont arrivées ces recherches si complu' quées, si difticiles et si embarrassées d'une quantité de problèmes ethnographiques et philologiques, mais il me manqa<^ quelques éléments essentiels pour un exposé de ce genre» Je me contenterai de renvoyer à un résumé des travaux sur les langues touraniennes, qui fait partie d'un mémoire étendu de M. Max Mûller^, dans lequel il pose la question à ^^ manière, et d'une façon probablement trop hardie et trop 1?^' ' nérale pour bien des lecteurs. Je dois encore annoncer que M. B. H. Hodgson est sur le point de publier un ouvrage considérable contenant le résultat de ses recherches sur nn très grand nombre de dialectes de cette famille, auparavant inconnus, travail dans lequel il exposera les preuves de l'identité des langues des aborigènes de l'Inde avec les langues
1. Voyez, dans le vol. 111 des Outlinesof the philosophy of umver$ai history, etc. by C. C. Bunsen, le mémoire de M. Millier, qui porte e titre de Researches on the turanian languages, pag. 263-521
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larUres; et comme personne ne s'est occupé avec autant de suite et de persévérance de l'étude des tribus aborigènes, an peuten attendre un véritable procès. Il s'ouvre là un champ nouveau et immense pour la grammaire comparée, cultivée jusqu'ici presque exclusivement en vue des langues indoeuropéennes, et qui va maintenant être appliquée & des langues d'une autre famille. Il faut espérer que ses principes seront confirmés et consolidés par l'épreuve i laquelle ils vont être soumis, et que ce merveilleux instrument de la science moderne y gagnera en certitude et en précision.
Il me reste à énumérer les ouvrages qui traitent du bouddfirsme, tant dans l'Inde que dans les pays environnants. Rajendralal Mitlra continue sa publication du texte sanscrit du Lalila iistara^, qu'il accompagne d'une traduction anglaise. Vous savez que notre confrère M. Foucaux a publié, il y a quelques années, la traduction tibétaine de cet ouvrage avec une version française. C'est un bien curieux livre sur la viede Bouddha, que nous ne possédons pas, il est vrai, dans sa première rédaction et dans la simplicilédu récit de ses contemporains, mais qui contient néanmoins une grande masse de faits exacts et où les discours de Bouddha portent le cachet de la vérité, sans qu'on y remarque cet alliage postérieurdes légendes au moyen desquelles on a voulu rehausser le grand réformateur aux yeux de la multitude ignorante.
M. Foucaux a fait imprimer la Parabole de l'enfant égaré*, tirée du Lolus de la bonne loi, dont H. Burnouf a donné une
1. The Latila Viitara, or Hemain of the lire anil doctrine» or Sakjn Sinlia, odited lij Rajendralal lti(tra,CalculU,1853, iD-8<>(3! ctIGO pngea). In deux premiers cahlcrt rormeiit le) numéros 5t el 73 de lu BiMiotbeca
i. Parabole de i'enfmt égaré, fonniint le ctiap. iv du Lotiu de la bonne loi, publiée pour la première fait en laninril el en (ibéluin, lilllograpbiéo h la manière du Tibel, cl accompagnée d'une traduclion D-ancaiia d'après U verakin til>étdine du Kanjour, par Ph. td. Foucaux. ParU, 185f, in-S',
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traduction dans son dernier ouvrage. M. Foucaux en publie le texte sanscrit et la version tibétaine, se suivant ligne par ligne, et il les fait précéder d*une traduction française d'après le tibétain. Son but est de fournir à ceux qui s'occupent de l'étude de cette dernière langue, le texte correct d'un des chapitres les plus curieux d'un livre canonique du bouddhisme.
M. Fausbôll, à Copenhague, a publié une collection de sentences morales en pâli, intitulée : DhammapcLdam '. C'est un livre d'un auteur inconnu, que l'éditeur croit ancien, tant d'après le style et le contenu, que d'après les citations qu'on en trouve dans d'autres livres en pâli. Les sentences qui le composent sont en général fort belles, avec cette teinte de quîétisme dont toute morale bouddhiste est empreinte. M. Fausbôll accompagne le texte d'une traduction latine et d'extraits considérables d'un commentaire écrit par Bouddhagosa. Cette publication forme une addition importante au petit nombre de livres en pâli qui, jusqu'ici, ont trouvé des éditeurs. Les textes sont imprimés en caractères latins, dont M. Fausbôll indique la valeur en pâli dans sa préface.
M. Barthélémy Saint-Hilaire a réuni en volume * une séné d'articles qui avaient paru d'abord dans le Journal des S(t' vants, et dans lesquels il expose l'état actuel de nos connaissances sur le bouddhisme, dont il apprécie les résultats seloQ son point de vue philosophique. Dans cette appréciation» il rend, sous beaucoup de rapports, justice à Bouddha et & ses doctrines, qu'il envisage avec beaucoup d'élévation et «n désir évident d'impartialité; je crois seulement que le jugement auquel il arrive est beaucoup trop sévère, parce quelout^ son argumentation repose sur la définition du Nirvana, qû'^'
1. Dhammapadanit ex tribus codicibus hauniensibus palice ediditjatioe vertit, excerpti» ex commenlario palico notisque illustravit V. FausbôU- Copenhague, 1855, in-8o. (x et 470 pages.)
2. Du Bouddhisme^ par M.J. Barthélémy Saint-Hilaire. Paris, 1855, M"' (VII et 248 pages.)
AWME )«64.1856.
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