Journal oiiofi^M, M. Voï.,»ur unn aulr
Luynci dau* VAlbiMét l'iiucriplion phiaicien Hemphit. par U. l'alibi le Journal tuiatique, i
Un autre monument, que M. de Luynes avait publié il J^ quelques années dans son ouvrage intitulé Numismatiq^^^ inscriptions cypriotes, a trouvé un interprète. Cest une table de bronze, découverte à klalie, et portant sur les deux côtés une inscription en caractères cypriotes. M. de Luynes avait commencé Tanalyse du caractère, ainsi que d'autres travaux préparatoires, et M. Rôth, à Heidelberg, nous donne maintenant une traduction de l'inscription, avec un commentaire détaillée Il croit que ce monument est une proclamation d'Amasis aux Cypriotes, lors de l'occupation de leur ile par les Égyptiens, dans le vi° siècle de notre ère; il pense que la langue est sémitique et que le caractère représente un alphabet intermédiaire entre le hiératique égyptien et le phénicien de Cadmus, alphabet qui se serait conservé à côté du phénicien moderne. M. Kôth tire de ces données des conséquences historiques très ingénieuses; mais il me semble qu'une inscription unique est une base bien étroite pour la dérouverle d'un alphabet et d'une langue, et pour l'interprétation d'uii texte nécessairement entouré de difficultés de tout genre. U faut espérer que Tattenlion qui a été appelée sur ces documents cypriotes donnera lieu à la découverte de nouveaux monuments, et que des textes plus nombreux remplaceront par une traduction certaine une interprétation conjecturale qui ne peut que laisser de graves doutes dans l'esprit du lecteur.
D'autres études cootribueront à ce résultat, comme celles que Ton commence aujourd'hui sur une grande variété de monuments portant des inscriptions dans l'une ou l'autre des formes multiples que le caractère phénicien a subies dans différents pays. A cette classe de recherches appartient une curieuse dissertation académique de M. Blau, à ConstantinopleS sur les médailles araméo-persanes des Achéménides. M. de
1. Die Proklamalion des Ainasis an die Cijprier. Enlzifrcruiig iler Ktïtafol voii idalion von D' RdUi. Paris, 1855, in-4''(x cl 117 p.).
i2 Ije numis xXvliœmenidarum arainœo-persiciSt scvipsïl E. 0. F. U. Blau Loipzijç, 183(), iii-4(18 p. et 2 pi.).
ANNCi: 1855-1856. tOl
Luynes osl, je crois, le premier qui ait tniifé en détail et avec exactitude des médailles provinciales, frappées par les satrapes et les villes sous la domination persane. M. Blau publie maintenant quelques médailles de ce genre, et en exposant, d'une façon brève et savante, ses opinions sur Torigine, Tépoque, le classement et la lecture de ces monnaies, il nous fait entrevoir une foule de questions historiques, pour la solution desquelles il faudra de nouvelles recherches sur ce sujet obscur. Les nombreuses inscriptions araméennes que l'on trouve sur des poteries babyloniennes commencent aussi à être l'objet d'études suivies, et elles offrent certainement des problèmes fort curieux à la sagacité des savants. Mais il y a des précautions infînies à prendre pour s'assurer de l'origine et de l'authenticité de ces inscriptions; car les juifs de Hillah, alléchés par les hauts prix qu'ils ont vu payer pour ces antiquités^ se sont mis, depuis quelques années, à fabriquer des inscriptions de ce genre sur des fragments de poteries anciennes ou modernes, de sorte qu'il ne suffit pas d'en avoir acheté sur place pour être sûr de leur authenticité.
En Mésoitotamic, les grandes expéditions ont cessé, et nous attendons là publication et en partie encore l'arrivée des monuments qu'elles ont produits ; mais des excavations isolées se poursuivent sur plusieurs points. Il y a dans l'enceinte de Ninive deux collines artificielles, dont une, le Koyoundjik, a été explorée par les Européens; mais l'autre, le Nebbi Younes, était protégée contre eux par une mosquée et par la supposition que le tombeau de Jonas se trouvait là. Le pacha actuel (le Mossoul ne s'est pas arrêté devant ces scrupules, et a fouillé cette colline, où il a mis à jour deux taureaux de dixneuf pieds de haut, preuve certaine qu'il est arrivé à l'entrée d'une des grandes portes d'un palais enterré. II est à craindre que cette curiosité inusitée d'un Turc ne soit funeste aux monuments que doit contenir cette grande colline, à moins que les consuls de France et d'Angleterre ne parviennent à sauver les sculptures et les inscriptions, qui, probablement, auront
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peu d'attrait aux yeux du pacha. M. John Tàylof, tice^conf^u) anglais à Basra, a entrepris une série d'excavations dans la Babylonie iuréHcure, pays auquel l'expédition de M. Fresnel était originairement destinée. Il a fait successivement des fouilles à Moukelr, k Abou Schcthreln et au Tel el-Lahm, sur la rive droite de TËuphrate, et a trouvé des constrocttons babyloniennes d*une grande élendue, dans lesquelles il a découvert des sarcophages, des tablettes, des cylindres à inscriptions et quelques autres antiquités. En général, les fouilles en Babylonie donnent bien moin^ d^anliquité^ que les touilles en Assyrie, parce que les Babyloniens n^employaient que la brique, pendant que les Assyriens recouvraient leurs murs de pierres sculptées; mais il n'en est que plus Important de recueillir toutes les inscriptions babyloniennes, surtout dans la basse Mésopotamie, où les monuments sont d'un Âge très supérieur à tout ce que Ton trouve plus haut dans la vallée. Il faut espérer que Von recommencera les fouilles dans tonte la vallée de TEuphratc et du Tigre; car ce serait une grave erreur de croire que les inscriptions nombreuses que Ton possède aujourd'hui rendent moins importantes celles qu on pourra trouver encore ; tout au contraire, ce n'est que par 1p plus grand nombre et la plus grande variété possible de ers monuments, que Ton peut espérer résoudre les mille problèmes historiques et linguistiques qu'ils soulèvent. On n*a qu*à jeter les yeux sur les travaux récents de M. {{«iwlinsoii et de M. Oppert, pour voir combien de questions diffiiilcs naissent à chaque pas que font ces éludes, et que souvent on ne possède encore qu'un seul monument qui puisse aider à U solution d'un de ces problèmes, qui sont de tout genre, d*lecture, de langue, de chronologie, d'histoire et de géographie. L'on serait tenté de dire qu'on se hj\le trop d'aborder \e> difficultés historiques avant d'avoir vaincu celles des langues et de l'écriture, et qu'on nous donne plus de traductions que d'analyses, plus de systèmes que de preuves; mais il y a uni' certaine nécessité de procéder ainsi ; car on ne peut arrivera la langue que par l'écriture, et à celle-ci que par les noms
attendre le développement des preuves, et, si elles sont concluantes, réformer nos idées préconçues. Il est impossible qu'une découverte immense, comme celle de Ninive, et cette restauration subite de langues et presque de littératures perdues depuis des milliers d'années, ne révèlent des faits qui s'accorderont mal avec des opinions formées sur l'ancienne histoire de l'Asie d'après des données imparfaites. Il est probable, au reste, que l'histoire ancienne, telle qu'on l'a construite d'après la Bible et les auteurs grecs, sera plutôt enrichie que changée par les résultats des études assyriennes ; car nous voyons que tout ce que nous avons appris sur l'Egypte, l'Inde et la Perse, n'a fait que grandir l'autorité d'Hérodote; c'est un cadre qui se remplit, mais qui ne change pas dans ses parties essentielles. On n'est qu'au commencement de ces études, et la route est longue et ardue ; mais les progrès sont très réels et deviendront plus rapides à mesure que les matériaux seront plus accessibles. Leur nombre est un obstacle considérable à une publication rapide ; le Musée britannique va publier un choix d'inscriptions et de tablettes, qui se composera ie huit cents planches; mais il y a aujourd'hui dans les musées, en Europe, assez de textes assyriens pour remplir vingt mille pages in-folio. On s'est étonné, avec raison, qu'on n'ait trouvé en Perse des inscriptions cunéiformes que dans les provinces occidentales, mais si les observations de M. Ferrier sont exactes S nous avons l'espoir maintenant d'en obtenir de Balkh et du Seistan sur des briques cuites au feu. Il est extrêmement désirable que cet espoir se réalise ; car quelques briques de ce genre donneraient une base certaine à nos idées sur Tancienne histoire de ces contrées si importantes, et dont la civilisation remonte aux temps les plus obscurs de l'antiquité.
Je ne crois pas qu'il ait paru de nouveau travail sur les ins-
1. Voy. Caravan Journeys and Wander'mgs in Peraia, Afghanuisn. Turkislan and Beloochislan,hy J. P. Ferrier. Londres, 1856, in-8 (xiii et 534 p).
criplions cunéiformes persanes; mais M. Spiegel et M. Ilaug ont publié des continuations de leurs éludes sur les textes zends, et M. Romer ^ a fait imprimer une édition revue et augmentée de ses anciens articles sur le zend et le pehlewi. M. Romer est Je crois, le dernier représentant de cette école anglaise qui, pendant si longtemps, a nié Tauthenticité du Zendavesta et Texistence du zend, école A laquelle chaque progrès dans ces études a donné un nouveau démenti. Il est dilTicile de concevoir que la découverte et la lecture certaine d'un dialecte aussi voisin du zend que celui des inscriptions dePersépoliâ n'aient pas convaincu M. Romer, à moins qu'il ne soit disposé à traiter ces inscriptions mêmes comme Tœuvre d'un faussaire.
L'ouvrage le plus considérable dont a été enrichie la littérature persane pendant l'année dernière est THistoire des Djenguiskhanides, par Wassaf, dont M. de Hammer vient de publier le premier volume, accompagné d'une traduction en allemand ^. Wassaf était né à Schiraz, Tan 1263 de notre ère. II a vécu à la cour d'Arghoun, de Ghassan, de Khodabendeh etd'Abousaid, et a été, par conséquent, témoin de la plus grande splendeur de l'empire des Mongols de Perse. Il a rempli plusieurs emplois; mais son occupation principale était toujours la littérature; et depuis que Ghassan Khan l'eut nommé son historiographe, il ne parut plus dans les affaires politiques. La littérature avait acquis une grande importance à la cour des princes mongols, et y était parvenue à un degré de raffinement dont l'ouvrage de Wassaf nous donne un spécimen brillant. C'est un flot de rhétorique, de comparaisons
1. Dans le Journal delà Société orientale allemande, année 1855.
2. Zend is il an original language? by John Romer. Londres, 1855, in-8
3. Getchichte Wassaf s persisch herausgegeben und deutsch iibcrsetxt ^on llammer-PurgstaU, vol. I. Vienne, 185r», in-4 (iv, 275 et 295 p.). Il a ^ publié à Bombay, il y a quelques années, une édition du texte de Was- ^t que M. de Hammer ne parait pas avoir connue, et que moi non plus J* n'ai pu réussir à voir.
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et de tropes en prose rlmée et en vdrs, sous lequel les faits semblent disparaître. Rion n'est plus curieux que le lableao tracé par Wassaf île ces cours lettrées et barbares où la rhétorique Joue un si grand rôle, et couvre de ses fleurs les affaires et les horreurs d'un gouvernement mongol. Wassaf dépasse dans ce genre la mesure commune, et il nous raconte lui-mAme, avec une gravité et une satisfaction singulières, qu*un jour (e sultan Khodabendoh, à qui i\ récitait une plèeê de vers, ne comprit pas un mot, et fut obligé de demandera chaque ligne, â son vizir Raschid eddtn, ce que voulait dire Wassaf. Malgré cette forme peu appropriée au Sujet, et malgré la peine Inutile qu'elle donne au lecteur pour pénétr(»r jusqu'au fait, l'ouvrage de AVassaf n'est pas indigne d'être placé à côté de l'histoire de son grand contemporain Raschid eddln. Il a beaucoup vu et bien observé, et tous les historiens postérieurs des Mongols ont considéré son ouvrage comme une source de la première importance. M. de Hammer, qui a une vive admiration pour Wassaf, et qui s'en est servi dans plu* sienrs de ces ouvrages, en avait préparé une édition et une traduction il y a plus de vingt ans. L*Académie de Vienne, le jour même de son installation, a eu le bon esprit de décider la publication de cette édition ; la gravure d'un caractère la'li' en a retardé Texécution jusqu'ici; mais 11 faut espérer qu^ toutes les difficultés étant vaincues, rien ne s'opposera plus«^ la rapide continuation d'un ouvrage aussi împortîint pour Thlstoire que curieux pour la littérature.
M. Garcin de Tassy a publié une analyse du Mantik ff' Tka'ir^ de Perîdeddln Attar, auteur soufi 1res connu par un ouvrage de M. de Sacy. Le Mantik est, de tous les ouvrages A^ Forldeddin, celui qui jouit de la plus grande réputation en Perse. C'est une allégorie dans laquelle les oiseaux, qui repfé*
1. I.a pnésio philosophique et rplijçieuse chc«l(îs Persans. Le langàS''^'^ OUeauT, par M. Oarcin de Tassy. Paris, 18^6, I11-8 (70 p.). Eilraihl« !• Revue contemporaine.
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sentent les âmes humaines et leurs passions, se rendent auprès du Si mourgh, qui est le symbole de Dieu. La plus grande partie des oiseaux pérît en route, et ceux qui arrivent sont absorbés en Dieu, ce qui est le but de la vie, selon les soufis. li. Garcin de Tassy accompagne cette analyse d'un exposé bref de la théorie du mysticisme persan, et son travail entier forme une sorte d'introduction au texte du Mantik, dont il a commencé l'impression, et qui paraîtra prochainement. Nous sommes encore très pauvres en éditions de textes soufis, et la publication d'un livre qui jouit d'une autorité générale dans celle secte sera d'un grand secours pour l'étude d'une croyance qui a été celle de tous les beaux esprits de la Perse moderne, a eu une influence considérable sur les Turcs et une partie des Arabes, et qui mérite l'étude la plus sérieuse sous les rapports historiques et philosophiques; car, malgré les travaux excellents de M. Tholuk et de M. de Sticy, c'est un sujet qui n'est pas encore épuisé.
M. Nassau Lees a fait paraître à Calcutta ' un Nécrologue de deux cent cinquante musulmans renommés pour leur piété ou leur savoir, composé originairement en arabe par un auteur inconnu et mis en pefsan par un traducteur anonyme. Ce petit livre parait devoir son origine à l'usage pieux des musulmans de donner des aumônes le jour de la mort de leurs saints et nîarlyrs favoris : aussi l'auteur a-t-il placé ses personnages dans l'ordre des mois dans lesquels ils sont morts, pour que l'on trouve facilement en tout temps un nom auquel on puisse rattacher les charités qu'on est disposé à faire. Le but de M. Lees, en publiant ce petit manuel nécrologique, est de faciliter les recherches chronologiques sur les personnages menlionnés, qui, en général, sont des hom^pes célèbres dont le nom se rencontre dans l'histoire de la religion ou des lettres,
^' The A'aras-i'Boiorgan being an obituary of pions and learncd nios- '•'iis Trom Ihc brginning of Islam to Ihe middie of the Uvclflh Century of ^^**'' Hiirah. Eililcd by W. Nassau i.ecs and Mawlawi Kabir al-din Ahmed. ^'«Iciuia. 1855, in-8 (v, 91, 7 ot 8 p. ci 2 tableaux).
et dont on sera bien aise de pouvoir trouver facilement la dale. M. Lees a terminé ce livre par une liste alphabétique des noms eï par deux tableaux généalogiques des descendants d*Âli.
M. Lees a encore fait imprimer, pour les écoles musulmanes de rinde, une série de petits livres, comme le Pendnamehy attribué à Sadi, le Yussuf et Zuleïkha de Djami, et autres; mais je ne les ai pas vus et ne puis qu'exprimer mon regret que des publications de ce genre, qui nous seraient si uliles, surtout quand elles sont faites par un homme savant et consciencieux comme M. Lees, n'arrivent jamais en Europe, où les livres persans facilement accessibles et pouvant servir pour les cours publics, sont si rares. Je ne puis non plus donnerde détails sur les nombreux ouvrages persans publiés récemment par les imprimeries lithographiques de Lucknow, de Dehiiel de Bombay. Des ouvrages d*une grande importance pour les études orientales nous restent souvent inconnus pendant des années, et ce n'est que le hasard qui en amène en Europe des exemplaires, en nombre tout à fait insuffisant pour les besoins des bibliothèques publiques et privées. Quand trouvera-l-on donc le moyen de faire cesser un si déplorable manque de communications, aussi nuisible à ceux qui publient qu'à cens qui ont besoin de ces livres?
M. Sprenger a publié à Calcutta * le premier volume de son Catalogue des manuscrits des bibliothèques royales de Lucknow. Il avait été envoyé, en i8i8, par la Compagnie des Indes, dans la capitale du royaume d'Oude, pour faire ce catalogue; et l'on ne peut assez louer l'administration indienne d*une pareille mesure; caries manuscrits disparaissent en Orienlavec
fïuence, ils devraient l'exercer pour constater l'existence de
1. A Catalogue of the arable, persian and hindustani manuacripls oftf^^ libraries of ihe king ofOude^ compilée! underthc orders of thegovcrnnflc"' of India, by A. Sprcngcr. Vol. I, coiUaining persian and hindustani poc* try. Calcutta, 18M, in-8 (vm et 647 p.).
livres rares, et qui apuéchapi servalion de c< btiolhèqiies de met Khan, et i de grands trési d'Oude l'indiiït lures encore [ liittliothécaires grande partie i muins, M. Spn faul espérer qu aux Anglais, or Le catalogue d< mes : le premit des poètes pers:
comprend sept la description noms de l'autei pas très connut sur le contenu < Il traite avec i poètes, dont il taillée. Il s'exci la rapidité avec m'a paru que li des erreurs et > reille matière; venu de son vo; reprendre l'imi
Il se prépan mérite tout l'iii directeur du ro vince.s supérieu sulmans de l'I
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d'Agra, s'intéressait à ce plan, mais le gouverneur recuU devant les frais d'une entreprise aussi colossale, et désira seulement obtenir un index du contenu de ces histoi'iens. Mr Elliot se charge;^ de cetta tâche, et ce fut )à Torigine da son Histoire des historiens de Tlode, dont le premier voliiine seulement a paru. Mais, k mesqre qu'il avançait d^ns c^ travail, il devint de plus ei^ plus convaincu que la publication entier* de ces historiens était une chose nécessaire, et peu de temps avant sa mort il élabora le projet d'une publication qui aurait embrassé, en trente volumes in-folio, les principaux hist0* rieqs musulmans de l'fnde. Après sa mort, M. E. Thomas fil revivre ce plan, et proposa, en 1 855, ai^ gouvernement d'Agra de Texécuter sur une échelle un peu plus restreinte, et en commençant par les historiens de la dynastie patbane diss empereurs de Dehii. Celte première série, qui contiendra le Tibakat-i-Nasri, le Zia Barani, le Tarikh-i~Alaî, rautobiograpbie de Firouz Schah et la Vie de Firouz Scbab par Schems-i-Sérai, doit être publiée à Agra par la voie de la typographie et eu volumes in-octavo. La proposition est soumise au gouverneur général, et il faut espérer qu'il donnera son consentement, car le gouvernement indien ne peut que gagner par tout ce qui fait mieux connaître l'histoire de ses prédécesseurs et celle du pays qui lui est confié. L'administration française en juge aio^ pour Alger, et y fait publier Ibn Khaldoun et d'autres ouvragjBS sur Thistoire ancienne du Maghreb, et tout gonveroe' meut civilisé doit agir de même dans les pays qui tombent sous sa domination. Le gouvernement d'un peuple conquis» surtout d'un peuple qui diffère des conquérants par la langue, les lois, la religion et les mœurs, est une tâche trop diflieile^!^ entraîne une responsabilité trop grande pour qu'une admiui^' tration sensée et bienveillante puisse repousser le secours qu^ la connaissance du passé lui prêterait.
On sait combien la littérature arménienne est riche eu bis* toriens ; elle en possède une série non interrompue depuis 1^ IV® siècle de notre ère, et la position particulière de ImT 9^P
âHMU l«66rltlÔ6, lit
ieur domu mi pliuee à part dâBi la iitt/ératiire. Les Artn^niiBns «'ont jABiAis exercé ueu» grande iofliieDefi sur Le« aairoe peu* pbt, inai€, pour leur malbeiif, ils ont été Bn coaUet p«rpétflti Avee iout£6 les aatûms eoiiquéraotes. Us ont élé sujiets de la Perte, envahis par {es HMnainset les Grecs du Bas-Empire, soumis par les Arabes, entamés par les Croisés, opprimés par les Mongols et les Turcs. Dans la partie la plus ancienne de leurs Annales, ils nous ont conservé des restes des livres per- Bans composés sons les Sasanides et perdus depuis longtemps, ^caniffle ils faisaient partie de Tempire persan, leur organisatien et leurs luttes contre leurs sufiCrains nous donnent sur la Perse de précieux rensrignements qne nous chercherions en ^n tutre|>art. Pendant les douze siècles suivants, leurs hisleriens servent de contrôle constant aux annalistes des nations nusulmanes avee lesquelles ils ont été obligés de vivre, soit en pierre, sok dans tin état d'indépendance, et cette série de relations contemporaines nous fournit une fouie de faits sur ^UsUrfre des peuples conquérants. L'esprit na^onal des Arméniens, qui ne les a jamais quittés, tes rend un peu étroits, souvent déclamatoires et peu critiques, mais il donne en même temps à leurs récits une vigueur et 4ine indépendance qui dé- <)on)magent de ces défauts. Les Arméniens eux-mêmes ont pu- Wié un grand nombre de leurs historiens, et des savants européens en ont traduit quelques-uns ; mais il n'existe nulle pan un véritable corps d'historiens arméniens, et c'est ce que nous promet M. Dulaurier, dans un programme qu'il vient de publiera II se propose de publier des traductions de la série compfjète de ces historiens, les plus importants en entier, les autres par extraits, et de réunir aina tout ce que cette littérature a à nous enseigner. H commencera par un volume de chronologie, qui doit servir de lien et de point de rattache à toutes les parties de sa bibliothèque; ensuite, il donnera d'abord les
t. Bibliothèque higtorique arménienne jO\x Choix et extraite dos hislorieni •'"néniens, tradatts en français par M. Dulaurior. Paris, 4856, in-*. (Pro- Jf^rac d'une feuille d'impression.)
112 VINGT-SEPT ANS D*HISTOIRË DES ËTDDES OKIENTÂLES.
ouvrages inédits ou non traduits, et, en premier lieu, l'Histoire universelle d'Etienne Assoghik. La collection des traductions sera suivie, si les encouragements du public savant le permettent, de la collection des textes par les soins d'un savant arménien, le R. P. Aivasovski. On ne peut trop souhaiter le succès de cette importante et laborieuse entreprise.
Un Arménien, H Garabed Chahnazarian vient de faire parailre la traduction d'une de ces histoires inédites, c'est Thistoire des guerres et des conquêtes des Arabes en Arménie, par le vartabed Léonce, auteur inconnu du viii® siècle de notre ère .
Léonce a été contemporain et témoin des événements qui remplissent la dernière partie de son livre, et c'est ce qui lui donne son importance; car ce n'est d'ailleurs un homme ni très savant, ni très intelligent; il nous explique assez mal Tétat intérieur du pays, et les raisons des dissensions civiles qui ouvraient sans cesse l'Arménie aux invasions des Arabes; et un tiers de son livre est occupé par une lettre théologique de Léon l'Isaurien à Omar II, peut-être apocryphe, dans tous les cas n'ayant guère rapport à l'histoire de l'Arménie; mais, malgré tout cela, c'est un auteur qui a de la valeur par sa véracité évidente, et un patriotisme ardent qui lui donne une certaine éloquence quand il décrit les maux de sa patrie, dont il est témoin.
La guerre d'Orient a fait naître une foule de publications ^ sur la langue turque, dont la plupart ne survivront probablement pas au besoin momentané qu'elles étaient destinées à satisfaire, ou aideront peut-être des voyageurs et des négociants à faciliter leur contact avec les gens du pays; cependant,
Il r
kninciit Ghovond, vardabcd annéiiien, écrivain du viii« siècle, traduilo P""" Garabed V Cliahnaz.irian, et oiirirhie dcnolesnoinhreuses. Paris, ISTiCui-*^ (x, IGi p.), M. Ghabiiazarian vient de publier encore une Esqume del'ti^' ioire de l Arménie, coup d*œil sur V Arménie ancienne et son étal aci^- Paris, 1850. in-8 (123 p.). C'est une œuvre plutôt de patriotisme q»*^ d'érudition.
armi celles qui sont venues à ma connaissance, il y en a uelques-unes qui promeUent de rendre des services plus duablesy comme le Livre de lectures turques, par M. Barker ^, qui fit précédé d'une grammaire et suivi d'un vocabulaire; la Ihrestoroalhie de M. Dieterici ', et le dictionnaire anglais-turc ie M. Redhouse', qui doit être complété par un second volume contenant la partie turque-anglaise.
Je n'ai pu voir qu'un seul des ouvrages récemment publiés en Turquie, c'est une nouvelle édition du Kamous, traduite en turc et publiée par l'imprimerie impériale de Constantinople; mais on trouvera dans les comptes rendus de TÂcadémie de Vienne les listes complètes qu'un membre de notre Société, N. de Schlechta, y fait insérer en continuation de celles que H. de Hammer publiait autrefois.
M. Pavet de Courteille imprime dans ce moment une édition du Khairieh de Nabi, accompagnée d'une traduction. Nabi était né en 1630; il entra de bonne heure au service de iKtat et devint lieutenant du grand vizir Mustafa pacha; à la mort de son prolecteur, il fit son pèlerinage, comme c'est 1 habitude d'un Turc qui tombe en disgrâce, et se retira à Alep, ou il demeura pendant vingt-quatre ans, livré à des travaux littéraires et regrettant Constantinople ; c'est là qu'il Composa, entre autres livres, le Khairieh, qui est une sorte de Manuel de morale et de conduite adressé à son fils Aboul Khair. Cette suite de pièces de vers, remplies de traits de >^œurs, est très curieuse comme tableau de l'esprit turc à l*époque où l'empire avait acquis sa plus grande puissance
1. A reading book of the turkiah language wUh a grammar and voca- ^ulanj, by W. B. Barker. Londres, 1854, in-4 (xxiv, 101, lOG et 56 p.).
1 Chrestomalhie ottomane, pr^'cédée de tableaux grammaticaux et suivie «l'un glossaire turc-français, par M. Dieterici. Berlin, 1854, in-8 (xxxviii et 163 p.).
3. An english andturkish dictionary, by Redhousc. Londres, 1856, ia-S (Uvi et 427 p.).
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extérieure, mais où il était déjà miné par lavante des char^s et la corruption qui s'ensuivit, et qui Fa amené depuis C6 temps à l'état déplorable dans lequel nous le voyons.
M. Dubeux vient de faire paraître une grammaire turque élémentaire S dans laquelle il s'est efforcé de simplifier la théorie des formes grammaticales turques par l'application des principes d'euphonie communs à toutes les langues tarlares, principes que M. Rœhrig avait exposés dans un mémoire couronné par rinslitut, mais qui n'a jamais paru, et dont M. Du* beux lui-môme a publié, il y a déjà longtemps, l'analyse dans \e Journal asiatique. M. Dubeux a apporté quelques autres changements dans la théorie ordinaire des grammairiens turcs, surtout dans l'analyse et la classification des nombreux gérondifs qu'on avait admis auparavant. Il se réserve de pu* blier plus tard ses vues sur la syntaxe turque.
C'est peut-être ici que se placera le mieux la mention d'une grammaire d'une langue de la mcme souche, la grammaire mandchoue deM. Kaulen^ M. Kaulen traite la grammaire mandchoue selon les principes de la logique et de la grammaire générale, et la débarrasse des formes de la grammaire latine, qu'on lui avait appliquées autrefois. Il y a ajouté une courte chrestomathie et un vocabulaire. La littérature des Mandchou^ a peu d'importance en elle-même, puisqu'elle est presque entièrement composée de traductions d'ouvrages chinois; mais elle devient, par cette servilité même, un puissant au.^iliaire des études chinoises et un contrôle des travaux européens sur les livres chinois. La grammaire de cette langui offre tout l'intérêt que donnent aujourd'hui des études historiques plus profondes aux traces antérieures à toute histoire
1. Élémmts de la grammaire turque, fistr Louis Dubeux. Paris, ^^^^ in-8(xniet 120 p.).
2. Linguœ mandshuricœ institutiones quas conscripsitt indicibus or^^ chrestomathia et vocabulario auxit Fr. Kaulen. Ratisbonne, 1856, io^ (vin et 152 p.).
que gardent les langues^ traces plus ou moins curieuses, selon la position et la pureté de la race à laquelle appartient une langue.
Il est incontestable que Tétude des langues de la race tartare acquiert aujourd'hui une importance historique à laquelle on était loin de s'attendre. M. Rémusat hésitait encore à re« connaître la parenté du mongol et du mandchou; mais Rask, Caslrén et M. Schott ont étendu graduellement la famille lurque sur toute TÂsie septentrionale et sur le nord de l'Eu- ^pe et de TAmérique, et vous avez vu, dans une lettre de K. Hodgson, insérée dans votre Journal S que ce savant admet l'identité de toutes les langues des aborigènes de l'Inde, depuis Ceylan jusqu'au Boutan, avec le tartare. M. Hodgson annonce <}a'il a réuni les vocabulaires de quatre-vingts langues et dialectes, qui prouveront la vérité de son système, et ses beaux travaux sur les langues des aborigènes de l'Inde montrent qu'il ii'est.pas homme & annoncer légèrement une théorie pareille. Ce sera un fait singulièrement curieux, si l'on parvient à prouver que le Tamoulien, qui est presque noir, est de môme Origine que le Turc, qui est presque blanc; il est probable que le changement s'expliquerait par un mélange avec du Sang papou, et, s'il en est ainsi, les langues du midi de l'Inde <^n auront conservé des traces. Dans tous les cas, ce serait un Srand triomphe de l'ethnographie philologique sur l'ethnographie physiologique. Il faut attendre le développement et la Confirmation de ces théories, qui donnent aux Touraniens une place si considérable dans l'histoire primitive du monde et <>uvrent le champ à tant de spéculations.
M. Max Muller, dans un long et curieux essai sur les résul- ^^Is des éludes sur les langues touraniennes », va plus loin
i. Journal asiatique^ année 1856, p. 242 et sulv. 2. Ce mémoire a paru dans CJiristianity and Mankindy their beginnings ^ iheir prospects, by Bunsen. Londres, 185i, in-8 (dans le vol. III,
encore. Il classe comme touraniennes, non seulement les langues de la haute et moyenne Asie, le finnois et resquiroau, mais les langues Thaï de la presquHe au delà du Gange, le malai, les dialectes du Caucase et le basque ; en somme, toutes les langues de l'Asie et de l'Europe qui ne sont ni chinoises, ni ariennes, ni sémitiques. Il est vrai que, chez lui, cette immense agglomération de langues repose moins sur une idée de race, que sur un état de développement similaire du langage humain, et les langues touraniennes répondent, pour loi, à l'état nomade des peuples. Son but est de prouver que la philologie ne s'oppose pas plus que la physiologie à l'idée de Tunité de la race humaine, et c'est pour cela qu*il cherche un nouveau principe de comparaison des langues, principe plus général et partant de plus haut que ceux qu'on emploie pour la grammaire comparée des langues ariennes et sémitiques, et qui permettrait de reconnaître, dans la différence des langues, non pas une différence radicale d'origine, mais seulement une différence de développement. Ce système, établi avec une grande hardiesse et un incontestable talent par ua
homme du savoir et de la valeur de M. Huiler, qui est si prorondément versé dans les méthodes actuelles de la grammaire comparée, a droit à la plus sérieuse attention. Il touche à une foule de questions les plus graves et les plus ardues qu'on puisse soulever, mais que, faute d'espace, je ne saurais pas même indiquer ici. Pour ma part, je doute que ce système puisse s'établir; mais, quel que soit son avenir, je crois que les besoins actuels de la science demandent bien plus l'élude détaillée des langues encore peu connues, et la formation de groupes de langues d'après leur constitution grammaticale et lexicographique, que la recherche d'un prio'
cipe plus général pour les combiner en grand, principe qui)
par le vague inséparable de sa généralité, menacerait de nous ;
faire retomber dans un arbitraire semblable à celui dont U^ l
méthodes de Grimm et de Bopp nous ont tirés. |
J'arrive aux études indiennes, dans lesquelles je n'ai ktnei^'
ANNÉE 1855-1850. t17
tionnor qu'un petit nombre d'ouvrages nouveaux ; non pas que le zèle des indianistes ait fait défaut, mais parce qu'il y a un certain nombre de grandes entreprises commencées, dont la continuation occupe les principaux maîtres de la science indienne. Presque tous ces travaux se rapportent à la littérature védique, parce qu'on sent de plus en plus que là se trouve la clefde tout dans l'Inde et de bien des choses au delà de l'Inde. 11 est difficile de le faire mieux voir, et de montrer d'une manière plus élégante combien nous tenons par mille liens invisibles à ces temps les plus anciens de la race arienne, que ne Ta fait M. Max Mulier, dans un travail récent sur la mythologie comparée ^ Cet essai ne peut pas être analysé, mais il est plein d'idées vraies, et personne ne le lira sans profit ni sans plaisir. M. Mulier continue son édition du Rigvéda, dont le troisième volume est sur le point de paraître, et il imprime en même temps, à Leipzig, une traduction allemande de ce Véda, précédée d'une introduction historique et de travaux sur la grammaire du dialecte védique. Un volume de ce travail doit avoir paru, mais je n'ai pas encore réussi à le voir. M. Wcber, à Berlin, a achevé la publication du texte du Yadjour Yéda blanc, et commencé la publication du Srautta Sutra de Katiayana', qui donne l'explication du cérémonial des sacrifices. On peut voir, dans un mémoire de M. Max Mulier' sur les cérémonies funéraires, quelles données intéressantes ce livre nous fournit sur les coutumes et les idées des temps védiques. Cette publication du rituel sera complétée par les Grihya Sutras, qui contiennent la description des rites domestiques; H. Stenzier s'est chargé de ce travail. Enfin, M. Roer, à Calcutta, a entrepris la publication du Yadjour Yéda noir\ qui
1. Comparative m^fthology, dans un recueil iniiiM : Oxford Etsaijt^Oxford, 1856, in-8 (pages 1-87 du volume).
3. The whiU Yojourveda, edited by A. Weber, vol. III, i. Berlin, 1856, in-i(l68p.).
3. /)i« Todtenbeitaltung bei den Brahmanerij von Max Mulier. Ce mémoire forme un appendice au vol. IX dn Journal oriental deLeipug (pages