‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 53 sur 112 · I-LXXXII · texte numérisé non relu

I-LXXXII

i. The Sanhita of the black Yu^urVeda, with ihe commentary orMadhava

est la dernière partie des Védas encore inédile, et Rajendralal Mittra y ajoute un des Brahmanas qui appartiennent à ce Yéda, le TaitliryaBrahmana^

Les Hindous ont commencé de très bonne heure à entourer les Védas de toute une littérature destinée à interpréter les hymnes sacrés, à les développer en systèmes philosophiques^ ou à en préserver le texte contre tout changement, et c'est à cette littérature secondaire que l'on doit la conservation in* tacte des hymnes antiques. Parmi ces ouvrages se trouvent des grammaires d'une haute antiquité et d'un caractère tout particulier. En général, les grammaires naissent du contact de peuples qui parlent des langues différentes, mais les gram* maires védiques sont nées du sein même de la langae, et probablement au moment où l'on s'aperçut qu'un changement sensible s'était introduit entre la langue, des hymnes et It langue ordinaire; ce sont, sans doute, les premiers travaux grammaticaux qui aient été exécutés dans le monde. Us mériteraient d'être étudiés pour cette seule raison; mais le secours qu'ils apportent à Tintelligence des Védas est un motif bien plus puissant pour s'en occuper. M. Roth en avait déjà fait pressentir l'importance, et, aujourd'hui, M. Régnier nous donne, dans le Journal asiatique, le Pratiçakhya du Rigveda*.

M. Banerjea avait commencé, en 1851, une édition du Harkandeya Pourana, accompagnée d'une traduction anglaise; mais il n'en parut qu'un seul cahier. La Société asiatique de Calcutta s'est décidée à faire entrer ce Pourana dans IsiBibliotheca indica, mais sans traduction, et M. Banerjea' a recoin-

Acharya, edited by Roer. Calcutla, 1855, in-8. Quatre Câhien do la Bi' hliotheca indica.

1. The TaiUiriya Brahmana of ihehlack YajurVeda, \v\ih Ihccommenlary ofSayanacliarya, edited byRajendralal Mittra. Gilcutta, 1855, in-*^» fasn. I (formant le n^ 125 de la Bibliotheca tndica.)

2 Journal asiatiquey année 1856, cahiers de février et suiv.

3. The Markandeya Purana, edited by Banerjea. Calcutia, 1855, in-^ Il en a paru deux cahiers.

mencé sa publicalion sous cette nouvelle Tonne. Ce Pourana se distingue des autres en plusieurs points, et le cadre en est assez singulier. Jaimini, le disciple de Vyasa, demande à Markandeya des détails sur quelques personnages du Mahabharat ; celui-ci le renvoie à certains oiseaux sacrés, auxquels Vyasa avait tout confié. Les oiseaux répondent et fournissent une sorte de supplément au Mahabharat; puis ils s'étendent sur la vie et la mort, sur Tenfer, sur la création, sur les Védas et les familles patriarcales; ensuite, ils font un long discours sur la déesse Dourga, et cette partie du Harkandeya Pourana est devenue le livre sacré des adorateurs de Kali, qui la récitent tous les jours dans leurs temples et la représentent dramatiquement dans la grande fête de leur déesse, le Dourga pouja. L'époque de la composition de ce Pourana est encore inconnue; il est évident que, môme sous sa première forme, il a dû être postérieur au Mahabharat ; mais la critique des Pouranas est encore trop peu avancée pour qu'on puisse fixer l'époque, soit de la première rédaction de ce livre, soit de la forme sous laquelle il nous est parvenu.

M. Gorresio continue sa traduction du Ramayana', dont le quatrième volume est sous presse; mais le seul ouvrage nouveau de littérature proprement dite dont j'aie eu connaissance, est la traduction d'un drame de Kalldasa, intitulé Malavicaet Agnimitra, par M. Weber^ Feu M. Tullberg avait publié à Bonn, en 1840, le texte de ce drame, dont M. Wilson, dans son Théâtre hindou, n'avait donné qu'une analyse, parce qu'il doutait que le grand Kalidasaen fût l'auteur. M. Weber, après avoir d'abord accepté ce jugement, finit par revenir là-dessus,

1. Je vois que Bl. Loes fait l'ofTio Irùs généreuse de faire |lcs frais d'une édition du Ramayana, qui serait publiée par les pandits du collège sanscrit de Calcutta. Ce texte occuperait huit volumes in-8, et le prix de souscription serait, à Calcutta, de doux roupies et demie pur volume. On peut souscrife à Londres, chez MM. WiUiams et Norgntc.

2. Malavika und AgrUmitra. £in Drama des Kalidasa in fùnf Actcn. Zum ersten malc sus c^em sanskrit ttborsetzt von Albreclit Wcber. Berlin, 1856, in-12 (xLvni et 107 p.).

et il revendique aujourd'hui cette œuvre pour Tauteur de Sakountala et d'Urvasi, par des raisons de critique extérieure et intérieure qui paraissent plausibles. A cette occasion, il examine répoque de Kalidasa, que Ton place communément au I*''' siècle de notre ère, et croit pouvoir la fixer au iii* ou au IV* siècle. Le poème lui-même, de quelque auteur et de quelque époque qu'il soit, est un drame d'intrigue très gracieux, et contribue à la peinture des mœurs indiennes que nous fournit le théâtre hindou.

Je suis honteux de trouver, parmi les nombreux oublis qui m'échappent dans ces listes annuelles, un ouvrage aussi considérable que le Catalogue des manuscrits sanscrits de la bibliothèque de Berlin, par M. Weber*. Tout le monde sait quecelle bibliothèque doit à la munificence du roi de Prusse la possession de la collection des manuscrits sanscrits de feu Sir R. Chambers. C'est la seule collection considérable de ce genre qui existe en Allemagne, le pays où la littérature sanscrite est cultivée avec le plus de succès. On n'avait d'autre catalogue de ces manuscrits qu'une liste sommaire faite par Rosen, et ne contenant que les titres des ouvrages. M. Weber en a dressé le catalogue systématique, qui donne tout ce qu'il faut pour rendre facile l'usage de ce trésor littéraire. Les ouvrages sont classés selon leur sujet, chaque manuscrit est décrit en détail, quelquefois des extraits d'une certaine étendue sont ajoutés àla description, des remarques sont faites sur les rapports des manuscrits aux éditions imprimées, indiquant les variétés des rédactions, les lacunes, etc. L'ouvrage se termine par des tables des dates des manuscrits, des pays d'où il sont tirés, des noms des copistes et des auteurs, des titres des ouvragesi enfin des matières dont ils traitent. C'est un manuel de bibliographie sanscrite indispensable à toute personne qui s'occupe de cette littérature.

1. Dit Handêchnflen-VeneichnUse der K. Bibliolhek in Berlin, wU Verzeichniss der Sanskrit-Handschriflen von D» Weber. Berlin, 1853, in^ (XXIV. 481 et 5 pi.)

ANNte 1855-1856. 121

Enfin^ MM. B((htlingk et Roth ont terminé le premier volume de leur grand dictionnaire sanscrit, qui parait aux frais de l'académie de Saint-Pétersbourg ^ Ce volume contient les voyelles. Vous savez que cet ouvrage est un Thésaurus, qui donne pour chaque signification des passages tirés des auteurs sanscrits, et qui embrassent Thistoire entière du mot, à par* tir de Tépoque des Védas. Ces passages sont, autant que po8« sible, ordonnés chronologiquement, pour que le lecteur puisse suivre le développement graduel des mots. C'est la première fois que les expressions védiques sont incluses dans un die* tionnaire sanscrit, tâche délicate et difficile dont s'est chargé H. Roth. On ne peut s'empêcher d*honorer les études sanscrites, encore si neuves pour une entreprise pareille, quand on voit des littératures bien plus anciennement cultivées manquer encore d'un Thésaurus, On doit s'attendre à trouver dans un travail de ce genre des inégalités, des omissions et des erreurs; il ne peut en être autrement; ce qu'il faut y voir, c^est ce qu'il apporte de nouveau et de vrai, et le secours immense qu'il prête aux études. Un travail de ce genre est lui-même le moyen de h&ter les progrès qui serviront à le perfectionner, et les auteurs de ce dictionnaire n'auront jamais à regretter le labeur immense qu'ils ont consacré à leur ouvrage.

En abordant les travaux dont la littérature chinoise a été l'objet, j'ai avant tout à réparer un oubli très involontaire que j'ai commis dans mon dernier rapport; car j'aurais dû y annoncer la publication du texte et de la traduction du Lt-A:i, par M. Callery'. Parmi les cinq livres classiques des Chinois, il y en a trois qui ont été depuis longtemps traduits par des Européens, et le Li-ki est de beaucoup le plus important des deux

i. Sanakrit'WOrterhuchf hcraosgegeben von der K. Académie dcr Wisscnschaften» bearbeitet von Otto Bfihilingk und Rudolph Roth» vol. I. Sainl-Pétenbourg, 1855, in-4 (xiiet 1U2 p.)

2. Li'ki^ ou Mémorial des rites, traduit pour la première fois du chinois, et accompagné de notes, de commentaires et du texte original, par J. M. Callery. Turin, 1853, in-4 (xxxii, iftS et

\ïî VINGT-SEPT ANS D*HISTOIRB DES ÉTUDES ORIENTALES.

dont on ne s'était pas occupé. On rend généralement ce titre par le Livre des rites, faute d*une expression plus appropriée pour traduire le mot rites, qui, pour les Chinois, embrasse toutes les règles de conduite; les rites et la justice expriment pour eux la forme et le fond de la morale et de Tétat social parfait. Aussi le Li-ki contient-il, non seulement la détermination de ce qui tient au cérémonial, mais d'une quantité de choses qui appartiennent au culte et à la conduite morale. C'est un livre infiniment curieux et tout à fait indispensable pour compléter nos idées sur la nature de l'ancienne société chinoise et son organisation. Malheureusement M. Callery ne nous le fait pas connaître en entier, et le contenu de son livre ne correspond que bien imparfaitement à son titre. Dans toute éducation libérale en Chine, on commence parfaire apprendre par cœur aux élèves les cinq livres classiques, et leur meubler ainsi la mémoire de toutes les phrases indispensables à leurs éludes, aux examens et aux compositions académiques. Mais comme le Li-ki est un ouvrage fort étendui et à lui seul plus long que les quatre autres ensemble, et comme il consiste en grande partie en détails de cérémonial qui sont peu propres à servir de citations, à former à Tusage du style classique et à fournir des maximes, on a publié des abrégés de l'ouvrage» qui retranchent plus ou moins du texte original, et soulagent d'autantlamémoire des étudiants. C'est un de ces abrégésqueM. Callery a choisi pour le traduire, et il a réduit ainsi l'ouvrage original à un tiers de son contenu; mais on peut, il me semble, douter de la justesse de son point de vue. Il est évident que personne en Europe ne veut apprendre par cœur le Li-ki, ni en appliquer les phrases dans ses examens et ses livres, et que l'abrégé chinois manque son but ches nous. M. Callery luimême convient que, dans ce qu'il a négligé, il y a des choses plus intéressantes pour un Européen que d*autres qui ont été conservées dans l'abrégé; il me parait que c'est une condamnation suffisante du système qu'il a adopté. Quand il s* agît de livres aussi anciens, et qui ont exercé et exercent encore une si grande influence sur le tiers du genre humain^ on ne sert

ANMÊË 1855-1856. 123

bien la science qu'en les faisant connaître en entier; car, qui peul prendre sur lui de distinguer ce dont un autre aura besoin ou non? Il faut espérer que ce travail sera repris un jour, el qu'on nous donnera dans son intégrité ce livre important. M. Callery a ajouté à son ouvrage le texte très bien lithographie des parties du Li^ki que contient la traduction.

Je cite, uniquement pour la singularité du fait, un Guide de la conversation anglaise et chinoise, composé par un Américain^, imprimé & Paris, publié à Boston, et destiné à la Californie. Ce petit ouvrage n'a pas et ne peut pas avoir de caractère scientifique, mais il offre un singulier exemple du mélange des nations que le temps actuel a produit.

Il se prépare dans ce moment des travaux extrêmement curieux sur l'histoire de la langue chinoise parlée, et c'est surtout M. Edkins, missionnaire à Shanghai, et notre confrère, M. Bazin, qui s'occupent de ces études, dont le résultat fouraira probablement la preuve que la langue chinoise ne s'est pas écartée, autant qu'on a pu le croire, des lois de développement que l'on avait observées dans toutes les autres langues. Jusqu'ici, en effet, on a dà supposer que le chinois a ' marché du simple au plus compliqué, pendant que toutes les autres ont marché du compliqué au plus simple ; toutes les autres langues perdent, par le long usage ou par des révolutions qui les atteignent, une partie de leurs formes grammaticales, pendant que le chinois paraissait n'en avoir presque pas 6Qau commencement, et en avoir acquis pendant le courant des siècles. C'est ce qu'il s'agit d'exî^piner; mais cette étude ^st des plus difficiles, à cause de la nature de l'écriture chiïïoise et de l'influence immense qu'elle a exercée sur l'ex- Pression écrite de la pensée, influence qui a fait disparaître

1- A Guide to converuiHon in the english and chineie languages^ for Ihe "«e or iho American and Ghlneee in Callfornin, by Stanislas Hernis». Boston, *^,m-8 oblong (vin et 179 p.).

iU VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES.

les preuves des changements qu'un système alphabétique aurait conservées, et auxquelles on ne pourra suppléer que pa^ tiellement et par des observations indirectes et d'une grande délicatesse.

M. Edkins s'est occupé, en dernier lieu, de la prononciation ancienne des Chinoise Tout le monde sait que les prononciations provinciales diffèrent considérablement de celle qo*on appelle mandarinique, et que les syllabes ont plus d'ampleur dans les dialectes locaux que dans celui de la cour. M. Edkins a essayé de retrouver la raison de ces différences et l'époque où elles se sont formées ; il tire ses faits de l'analyse des caractères phonétiques, de l'observation des rimes et du mètre des poésies anciennes et du moyen âge, du système de transcription des mots sanscrits inventé par les bouddhistes chinois dès l'introduction de leur religion en Chine, enfin de l'application que les Japonais et les Coréens ont faite de récriture chinoise. Le résultat auquel il arrive, et auquel on devait s'attendre, est que la prononciation achangé graduellement et très considérablement, et que, en général, les dialectes provinciaux conservent des restes de la prononciation ancienne. Le mémoire de M. Edkins est plein d'observations très fines, et je crois que la continuation de ses recherches l'amènera à' des résultats encore plus précis et à des données qui pourront éclaircir l'histoire de la grammaire chinoise.

M. Bazin imprime, dans ce moment, une Grammaire de l^ langue mandarine, c'est-à-dire du dialecte parlé par la bonne compagnie dans toute l'étendue de l'empire. Il y revient^ avec de nouvelles preuves et avec plus de force, à la thèse qu'il > défendue, il y a dix ans, que le chinois classique n'a jamais été une langue parlée, ou, plutôt, que ce que l'on écrivait en

Page 1