‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 55 sur 112 · NN£E · texte numérisé non relu

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siblesies plus anciennes spéculations grammaticales des Hindous, et probablement du monde entier. Elles fournissent un exemple frappant de l'esprit philosophique des Indiens; car dans le cours ordinaire des choses, les grammaires ne naisseiii que du contact de deux langues différentes, tandis que les brahmanes ont créé la grammaire védique n'ayant pour appui que les changements produits par le temps dans leur propre langue. Le texte de cette Grammaire du Rigvéda étant de beaucoup antérieur à tous les commentaires» elle fournit la base la plus solide pour l'interprétation des hymnes, et la publication de M. Régnier est la suite naturelle et nécessaire de l'édition du Rigvéda lui-même par H. Max MûUer. A cause de rétendue de ce travail, l'auteur et la commission du Journal ne se sont engagés qu'avec une certaine hésitation lie publier; mais quand les dernières parties en auront paru, avant la fin de l'année, ni l'un ni l'autre ne regretteront le temps et la place qu'ils ont consacrés à une œuvre aussi curieuse et aussi solide ; l'importance en a été si bien sentie par les indianistes, que l'exem(rie de M. Régnier va être suivi par d'autres savants. C'est ainsi que nous avons déjà le Pratisakhya du Yad* jourVéda, par M. Weber, et que nous aurons prochainement la Grammaire de l'Âtharva Yéda par M. Whitney, et probablement aussi celle du Taittirya.

H. de Rougé a continué ses études sur une stèle égyptienne; la fin paraîtra dans le prochain numéro. M. Oppert a terminé son interprétation de l'inscription de Borsippa, relative & la restauration de la grande tour de Babylone par Nabuchodo-

nosor.

H. Baxin a inséré dans le Journal une de ses excellentes études sur les institutions chinoises; il a choisi pour son sujet l'histoire de l'académie de Péking et l'organisation de ce corps célèbre, moitié académie, moitié conseil d'État, et il a terminé ses recherches par la liste classifiée des travaux historiques, administratifs et littéraires publiés par les Han^lin.

M. Pavienousa donné une continuation de son analyse d'ua roman bouddhique chinois ; mais je regrette d'avoir^à annoncer qu'il a abandonné la suite de ce travail, et que noos ne connaîtrons pas la fm de cette étrange histoire.

H. le baron d'Eckstein a publié, à Toccasion de la tradaclion des Voyages de Hiouen-thsang, ses vues et ses ingénieuses conjectures sur Tlnde ancienne, Torigine du bouddhisme et sa première position morale et religieuse en face du brahmanisme.

Les Arabes ont fourni la matière de plusieurs travaux. M. Barbier de Meynard nous a retracé l'histoire de la ville de Kazwin, d'après le Tarikh-GauzidehM, Sanguinetti adonné^ dans sa notice sur Khalil, fils de Caicaldi, célèbre jurisconsulte du VIII® siècle de l'hégire, une de ces vies curieuses des professeurs musulmans du moyen âge, tour à tour poètes, légistes et grammairiens. Un membre oriental de la Société, Mahmoud Effendi, a examiné de nouveau, à l'aide de textes arabes et de calculs astronomiques, la question controversée du calendrier arabe avant Muhammed; il trouve que ce calendrier était purement lunaire, et il applique ce résultat à l>| fixation du jour de la naissance de Muhammed. C'est un vrai plaisir de voir un Arabe employer nos méthodes de critiqua historique avec autant de savoir et de netteté. M. Clémcnt- MuUet a fourni une suite à ses articles sur l'histoire naturelle chez les Arabes, en prenant pour thème une application fai**' sous Akbar d'une découverte d'Architnède pour la détermia»' tion de la densité des pierres précieuses.

M. Defrémery nous a communiqué une notice sur la vie et les œuvres de Hafiz, à l'occasion de la nouvelle édition du D»' wan par M. Brockhaus. M. Dulaurier a commencé une série d'articles sur les Mongols, dans l'intention de compléter, par des laits tirés des historiens arméniens, les renseignements que nous possédons sur les Mongols, au sujet desquels nous

ANNÊK 1857.1858. U9

n'avons jusqu'ici que des sources musulmanes à consulter. En* lin M. de Rosny nous a expliqué le système suivi par les Japonais dans leurs meilleurs dictionnaires, et la méthode à em-> ployer pour en^tirer parti.

MSf . Defrémery et Sanguinetti ont publié le quatrième et der* nier volume des Voyages d'Ibn Batoutah^y et il ne reste plus qu'à imprimer les tables des matières, indispensables dans un ouvrage de ce genre, et que M. Sanguinetti a bien voulu nous promettre. Ce dernier volume est un des plus intéressants de Touvrage. Ibn Batoutah y raconte son envoi à Péking comme ambassadeur du roi de Dehli ; les innombrables contrariétés qu'il rencontre nous valent une description des côtes de Malabar, des iles Maldives, deCeyIan et de la côte de Coromandel. A la fin, il se remet en route, visite Sumatra, arrive à Canton, et va par Hang-tcheou-fou à Péking. De là il s'en retourne à Fez par Ca licut, Mascate, la Perse, Bagdad, Jérusalem et la Mecque. Ensuite il va en Espagne, visite Gibraltar, Malaga et Grenade, et revient de nouveau à Fez, mais seulement pour être envoyé par lo roi dans le Soudan, où il atteint, après avoir longtemps erré dans des pays qui aujourd'hui même nous sont à peine connus, la ville de Tombouclou. Rappelé par le roi de Fez, il revient dans sa ville natale au commencement de l'an 1358, où il se repose à la fin de ses pérégrinations de vingt-cinq ans, et emploie les trois années suivantes à rédiger la relation de ses voyages. C'est un ouvrage d*une grande valeur, et plus les études historiques sur l'Orient et l'Afrique feront de progrès, plus on se servira d'Ibn Batoutah, plus on sera heureux de recourir à cette masse d'observations ayant une date précise, et s'étendant sur le monde entier alors connu, à l'exception d'une partie de l'Europe. Je pense que le Conseil a le droit de se féliciter de l'heureux achèvement du premier ouvrage qui

1. CoUection d*oavrages orientaux. Ibn Batoutah, texte et traduction par C. Defrémery et le docteur B. R. Sanguinetti, t. IV. Paris, 1858, in-K (479 p.). Prix : 7 fr., 60 c.

fait partie de votre Collection d'ouvrages orientaux, et que nous devons des remerciements aux deux éditeurs pour la manière dont ils se sont acquittés de leur longue et difficile tâche, et pour la bonne grâce avec laquelle ils se sont renfermés dans les limites néceapairement un peu rigoureuses du cadre adopté pour la collection.

Le second ouvrage qui doit entrer dans cette collection est celui de Masoudi : Les Prairies d'or. Vous savez que M. Derenbourg, après avoir fait des travaux préparatoires trèa étendus pour la collation et la copie du texte, en a commencé Timpression il y a déjà quelques années ; mais d'autres deToin lui ayant rendu impossible de consacrer à cet ouvrage tout le temps qu'il désirait, il a demandé, il y a quelques mois, au Conseil de lui adjoindre M. Barbier do Mcynard, récemment revenu d'Orient, et dont vous connaissez l'aptitude par diffé* rents essais imprimés dans votre Journal. Le Conseil s'est em* pressé de satisfaire au désir de M. Derenbourg, et la publication de Masoudi a reçu depuis quelque temps une impulsion qui nous permet d'annoncer avec certitude que le premier volume sera entre vos mains avant la fin de l'année, et d'exprimer l'espoir que cette publication se continuera avec toute la rapidité que comportera une bonne exécution du travail.

Enfin j'ai à mentionner que nous avons déjà eu à faire un second tirage du texte du Précis du droit malékite par Sidi Khalil^, publié par la Société l'année dernière, sur la demande de M. le ministre de la guerre.

La mort a 'enlevé à la Société plusieurs de ses membres dont elle doit regretter la perte, entre autres H. le comte LazarelT, à Moscou^ le grand patron de la littérature arménienne» dont M. Dulaurier vous a retracé la vie dans un cahier récent

1. Précis de législation mitsulmanef suivant le rite tnàlékite, p»f^^' Khalil, deuxième tirage. Paris, 1858, in-8. Prix : 6 francs.

du Journal. Nous avons perdu aussi en H. Etienne Quatremère un collaborateur de notre Journal plutôt qu'un confrère ; car, après avoir été un des fondateurs de la Société, il s'en était retiré quelques années ensuite, dans une de ces ébullitions de mauvaise humeur auxquelles il était sujet. Il a continué, néanmoins, à insérer dans le Journal asiatiqm des articles dont quelques-uns appartiennent à ses meilleurs écrits, comme, par exemple, son Mémoire sur les Nabatéens ^ Ce serait à peine ici la place de faire l'énumération et l'appréciation de ses nombreux travaux ; d'autres associations, auxquelles il a été plus fidèle, ont rempli' ou rempliront ce devoir envers lui, mais je ne pouvais laisser passer cette occasion d'exprimer les regrets que doit inspirer la mort d'un si grand érudit. Il laisse beaucoup de travaux inachevés ou seulement annoncés ; ses papiers sont maintenant à Munich, et il est fort à désirer qu'il se trouve un savant en état de tirer de ces amples matériaux les dictionnaires que M. Quatremère nous avait promis depuis tant d'années et qu'il n'a jamais pu se résoudre à publier lui-même. Je ne sais dans quel état sont ces matériaux; dans tous les cas, la tâche de les mettre en ordre est une entreprise qui exigera tous les soins et tout le savoir d'un homme très laborieux; mais il serait déplorable que le fruit d'un travail infatigable de cinquante ans fût perdu pour la science.

Les autres Sociétés qui s'occupent exclusivement ou en partie des mêmes matières que la nôtre sont restées avec nous dans d'excellents rapports, et la plupart nous ont envoyé de nouvelles publications. La Société asiatique de Calcutta a continué son JournaP, et quelques cahiers de sa Bibliotheca indica^ nous sont parvenus; mais cette belle collection reste

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