‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 56 sur 112 · Journal asiatique, année · texte numérisé non relu

Journal asiatique, année

i. Voy. la Notice sur M. Etienne Quatremère, par M. Barthélémy Saint- Hilairo, Journal des savants, 1857, p. 708 et suiv.

3. Journal of the Asiatic Society of Bengal^ediled by the secrotaries. Calcutta, 1857, in-8. (Le dernier numéro arrivé à Paris est le numéro 263 de la série entière.)

4. BibUotheca iwUcaf a Collection of oriental works publlfhed hy the

interrompue pour le moment, en partie par suite des circonstances dont j'ai parlé dans mon dernier rapport et, sans aucun doute, en partie par Tinfluence de l'état désastreux dans lequel la grande révolte a jeté l'empire anglais dans llnde, et qui doit nécessairement paralyser pour un temps toute activité littéraire. Personne ne peut prévoir quelle sera Tinfluence de tous ces événements sur la littérature orientale dans rinde, la nouvelle organisation qui doit succéder à la Compagnie des Indes n'étant pas encore formée. La Compagnie des Indes a pendant longtemps été une patronne libérale de la littérature orientale, et si la nouvelle administration est bien avisée, elle l'imitera ou la surpassera même dans ses encouragements ; car un pays ne saurait être trop bien connu de ceux qui doivent le gouverner. Or ce sera dorénavant Topinion publique de l'Angleterre qui influencera le gouvernement indien, tout comme elle influence le gouvernement de l'Auglelerre même; il faudra donc faire les efforts les plus sérieux et les plus suivis pour instruire la partie éclairée du pays de l'état de l'Inde, si l'on veut que cette grande et hasardeuse expérience n'amène pas d'incalculables désastres. La Société de Madras a recommencé la publication de son Journal, qui avait été interrompue *. La Société asiatique de Bombay nous a fait parvenir le numéro XX de son Journal*. C'est une des Sociétés les mieux placées pour l'étude d'une grande partie de l'Asie, entourée comme elle est par les restants des Zoroastriens et des Djainas, à proximité de la Perse et du Rajpoutana et à portée des temples souterrains des Bouddhistes; et elle a fait très bon usage des facilités que lui offre sa position. Elle se propose maintenant de publier un Corpus inscripHonumf embrassant la totalité des documents sur pierre et sur cuivre auxquels elle

Asiatic Society of Bengal. Calcutta, in-8. (Le dernier numéro tirrivé est ^^ numéro 139.)

1. Madras journal ofliteralure and science. Madras, in-8. (Le dcroici" numéro de la série entière est voLXX, n» 44.)

2. Ttie Journal of the Bombay Branch of ihe R. Asiatic Society» l ^^' Bombay, 1857, in-8. (Ce cahier forpie la lin du vol. V du journal.)

a accès. L'exécution de ce plan, que Ton doit à M. le docteur Wilson, serait d'une grande importance pour l'histoire et les antiquités de l'Asie.

Le Journal de l'archipel indien a été continué par M. Logan^, qui ajoute à des mémoires sur toutes les parties de la Malaisie d'importantes études sur la philologie comparée de ce groupe de langues. La Société asiatique de Londres n'a, je crois, publié qu'un petit cahier, extrait préliminairement du volume en cours d'impression de son Journal, cahier très curieux, sur lequel j'aurai à revenir plus tard.

L'institut royal de l'Inde néerlandaise, à Amsterdam, nous a envoyé le volume XII de ses publications ethnographiques et géographiques sur les possessions hollandaises dans Tarchipel indien'. La Société des sciences de Batavia publie, en forme de journal, un recueil du même genre, dentelle a commencé une nouvelle série, contenant des voyages dans les Moluques, des descriptions d'antiquités et des mémoires de statistique \

La Société orientale allemande a continué son excellent journal % et comme il ne suffit pas àl'activité de ses membres, elle a commencé la publication de mémoires imprimés à part, se proposant de réunir dans une série uniforme, qui doit porter le litre de Bibliothèque orientale y tous les ouvrages qu'elle fait paraître en dehors de son journal.

La Société orientale américaine nous a non seulement envoyé la suite de son journal", mais elle a enrichi notre biblio-

1. Journal of the Indian archipelagOt hy Logan. Singaporc, in-8. NouveUe série, vol. II, m 2, 1857.

2. Werkenvan het koninglijk Irutituut voor Taal-Land'en'Voikenkimde van NederUmdsch'Indië . Vol. XII. Amsterdam, 1858, in-8.

3. Tijdsehrift voor indiscke TaalrLand-en-Volkenkumle. Batavia, in-8, vol. V (de la nouvelle série, vol. Il), 1856 (488 p. et 3pl.).

l. Zeitschrift der deutichen morgenlàndischen Gesellichafi. Leipzig, in-8, VGl. Xr, 1857, et vol. XII, cah. I, 1858.

5. Journal of the american Oriental Society, New-York, in-8, vol. V, no 2, 1856.

thèque par le don de volumes très rares, ou tout à fail inconnus en Europe , que vous trouvez aujourd'hui sur la table. Ils sont, pour la plupart, Tœuvre des missionnaires américains, qui se distinguent entre tous par le zèle éclairé avec lequel ils s'appliquent à l'étude des langues des peuples qui sont l'objet de leurs travaux évangéliques, et par l'intnH duction de l'imprimerie dans tous les pays où ils forment des établissements.

Le nombre des sociétés asiatiques vient de s'accroître par la formation de la Société de Shanghai, qui se propose de publier un journal trimestriel, et il n'y a certainement aucun lieu en Chine où il y ait une réunion d'Européens plus instruits el plus laborieux qu'à Shanghai. On ne peut douter que cette association ne nous aide puissamment à connaître la Chine ancienne et moderne; il faut seulement espérer qu'elle ne suivra pas l'exemple de sa sœur aînée à Hong-kong, qui semble dé* daigner tout contact avec l'Europe.

Il me reste à vous soumettre la liste des publications orientales des deux dernières années, puisque j'ai du renoncer à ce travail il y a un an. Je demande d'avance votre indulgence sur ce que cette liste peut avoir d'incomplet; car je découvre chaque jour des ouvrages très dignes de mention et dont j'aurais dû parler dans les rapports précédents, mais qui m'étaient restés inconnus, et je ne puis me flatter d'avoir été plus heureux cette année-ci.

Je commence^ comme je l'ai constamment fait, par la litt^' rature des Arabes, qui restera toujours la plus importante pour nous, d'un côté par les secours que nous offre la lan|;ue arabe pour l'interprétation de la Bible, de l'autre par la proximité des pays musulmans avec lesquels des circonstances irrésistibles nous mettent dans un contact de plus en plus intime et qui exige, de notre part, une connaissance plus intime aussi de leur histoire et de leurs idées.

Rien ne prouve mienx ce besoin de bien pénétrer dans le fond môme des croyances des musulmans que la succession ininterrompue des otivrages sur Muhammed que nous voyons paraître. On aurait pu croire que les excellents travaux de .MM. Weil, Gaussin de Perceval et Merrick avaient satisfait pour longtemps la curiosité de l'Europe; mais depuis que M. Spren* ger a soulevé la question de la critique des sources mêmes de l'histoire de Muhammed, et que, par d'infatigables recherches et quelques découveftes heureuses, il a appelé l'attention de l'Europe savante sur de nouveaux progrès qu'on pourrait faire dans cette direction, il a paru deux nouvelles biographies de Huhammed, l'une de M. W. Muir à Agra' et l'autre de M. Macbride, professeur d'arabe à Oxford'. Je ne connais encore de la dernière que le titre; l'autre nous était connue en grande partie par la Revue de Calcutta, dans laquelle M. Muir a fait insérer une suite de chapitres qu'il a maintenant réunis en deux volumes. L'origine de l'ouvrage est assez singulière. M. Pfan- (ler, missionnaire allemand, très connu dans l'Inde pour ses controverses avec les docteurs musulmans et par ses écrits contre eux, avait désiré qu'il fût composé une vie de Muhammed en bindoustani, tirée des meilleures sources arabes et débarrassée des fables et légendes modernes qui l'entourent dans les livres musulmans, de sorte qu'elle pût servir de base commune pour une discussion raisonnable. M. Muir se mit à l'œuvre et composa son ouvrage pour répondre à ce désir. Je ne sais s'il en a paru une édition en hindoustani ; mais je doute que les docteurs musulmans eussent consenti à prendre pour point de départ un livre qui contient une discussion sur la sincérité de Muhammed en se donnant le titre de prophète. Dans tous les cas, M. Muir a publié un fort bon livre, dont le premier

1. Tfiê Life of Mahomet and histonj of Islam, lo Ihc era of the Hcgira, J>y Winiara Muir. Londres, 1858, 2 vol. in-8« (CCLXXI, 31 et 3ÎOp.). Le prix He ces deux petits volumes est de 32 francs.

2. The Mohammedan religion explained, with an introductory sketch of ilsprogress and sugrgestions to Its réfutation, by J.-D. Macbridc. Londres, 1858, in-S.

volume est rempli presque entièrement par une introduction traitant de l'état de l'Arabie avant l'islam et de la critique des sources de l'histoire de Muhammed. Il y discute la valeur liistorique du Coran, de son authenticité, ensuite de la tradition; la manière dont elle a été recueillie, l'espèce de critique que les musulmans y ont employée, les circonstances politiques qui ont exercé leur influence sur l'adoption ou le rejet des traditions constatées et le degré de foi que méritent ces traditions ; enfin il traite des premiers historiens de Muhammed, des sources où ils ont puisé et de la valeur comparative de chacun d'eux. Après ces préliminaires, il ent;*e dans le récit détaillé de la vie du Prophète, qu'il conduit jusqu'à l'ère de l'hégire. Arrivé à ce point, l'auteur a été obligé de suspendre ses travaux; la révolte de l'armée indienne l'ayant forcé à mettre en lieu de sûreté ses papiers. Puisse-t-il être bientôt rendu à ses occupations paisibles et achever la vie de Muhammed, qui exigera probablement encore deux volumes !

Pendant que ces biographies s'élaborent, on imprime de différents côtés le texte des sources dont elles sont tirées; ainsi M. de Kremer a terminé son édition des Maghazi de Wakidi, et M. Wùsfenfeld a commencé celle de la Vie de Jf«hammed par Ibn Hischam. Ces deux ouvrages nous conduiront au cœur même de ce mouvement des traditionnistes arabes, qu> forme un des phénomènes les plus singuliers et les plus instructifs de l'histoire. Après la mort de tous les fondateurs de religion, il a dû se produire parmi les adhérents un effort pour fixer les souvenirs de leurs disciples, et constater, par une sorte d'enquête, renseignement et les paroles mêmes du maître qui devaient former dorénavant la base de la croyancedu peuple. On a dû s'y prendre de manières diverses, selon 1« temps, selon les habitudes et le génie des différents peuples- Ainsi, nous savons à peu près comment les disciples de Sakyamouni ont fixé les doctrines du maître dans leur premi^^ concile après la mort de Bouddha; mais, en général, le souvenir de ces faits a disparu, et c'est ce qui rend d'autant plus cfl-

rieux les détails nombreux et les renseignements exacts que nous possédons sur la fixation de la tradition chez les musulmans. Nous voyons^ après la mort de Muhammed et pendant plusieurs générations, toute la partie sérieuse de la population occupée à recueillir des souvenirs, à répéter les paroles du prophète et à en contrôler les versions différentes; nous voyons quelques-uns de ses plus intimes compagnons se refuser à communiquer ce qu'ils ont entendu de sa bouche, de peur de se tromper d'un mot et de commettre ainsi un sacrilège, pendant que la plupart, formulant leurs souvenirs, les font apprendre par cœur à d'autres, qu'ils autorisent à les répéter sous leur garantie. Nous voyons se former ainsi comme un torrent de traditions, qui ne cesse de s'enfler par des affluents venant de sources plus ou moins pures; nous voyons les partis politiques y jouer un rôle et s'appuyer sur des traditions falsifiées ou entièrement fabriquées dans leur intérêt, jusqu'à ce que le désordre et la méfiance qui en provenaient eussent forcé les savants de mettre une certaine critique dans le triage de cette masse de légendes vraies et fausses, importantes et puériles, et d'essayer de trouver un canon d'authenticité. Ils établissent ce canon d'après la réputation de véracité (les premiers garants de chaque tradition; la liste des garants originaux est fixée d'un commun accord, et si les noms des garants secondaires, c'est-à-dire de ceux par la bouche desquels la tradition a successivement passé, ne donne pas lieu à des objections, la tradition est admise. Cette règle a servi à éliminer la plus grande partie des traditions, mais sans qu'elle offre une garantie réelle pour la vérité de ce qui est admis ou la fausseté de ce qui est rejeté. C'est de cette façon que les moindres paroles et les actions ou les habitudes les plus insignifiantes du Prophète ont été recueillies d'abord dans la mémoire et perpétuées par l'enseignement oral, ensuite, vers la fin du I" siècle, et plus tard encore, consignées par écrit : par les uns, sous forme d'anecdotes ou de récits isolés: parles autres, sous forme de biographies. Aiiisi Sohri, un des plus grands tradilionnistes de la fin du i" siècle, paraît avoir été un des

iSg YINOT-SEPT ANS D'HISTOIRK DES ÉTUDES ORIENTALES.

premiers à mettre ces matériaux en ordre' chronologique; Il transmit son savoir et sa garantie à Ibn Ishak, qu'il reconnait même pour son supérieur dans tout ce qui touche les guerres de Muhammed, et Ibn Ishak composa un ouvrage sous le titre de Campagnes et Vie du Prophèie^ ouvrage qui jouit d'une réputation universelle at évidemment méritée, mais qui n'est pas parvenu jusqu'à nous dans sa forme première. Il fut refondu par Ibn Hischam, qui ajouta au fond original des dispositioBS grammaticales et probablement des matières nouvelles, et qui parait lui avoir fait subir des retranchements regrettables. C'est Touvrage que vous vouliez faire publier par M. Kaflmirski, et que vous avez abandonné pour ne pas contrarier l'édition de M. Wûstenfeld, à Gôttingue, qui vient d'en faire paraître la première partiel Ce livre est infiniment curieui par la forme et par le fond ; il est pour ainsi dire de formatioB primitive : un conglomérat chronologique d'anecdotes qui généralement portent à leur front les généalogies de leurs traditionnistes et garants. On y trouve peu de traces de l'art de l'historien, mais un soin infini pour convaincre le lecteur de l'authenticité de la relation. M. Wûstenfeld a réuni poursoo édition tous les manuscrits que possèdent les bibliothèques d'Allemagne; il a soin d'ajouter les voyelles partout où !il les trouve utiles et fait suivre le texte d'une ample collection de variantes. Il reste à souhaiter que l'ouvrage trouve ufi traducteur, Téditeur ne se proposant pas de publier luimême une traduction, système qu'on ne peut que regretter.

A peu près en même temps qu'Ibn Hischam, vivait à Bagdad Abou Abdallah Muhammed al-Wakidi (mort en 207 de l'hégire), homme d'un grand savoir et auteur de nombreux ouvrages. Sou nom a été longtemps célèbre en Europe par l'erreur d'Ockley, qui lui attribuait un livre dont il avait tiré son histoire desSa^ rasins, mais qui est d'un auteur de beaucoup postérieur â Wa-

1 . Dos Lehen Muhammeds, nach Muhammed Ibn Ishak, Uberliefert v(^° Abd-el-Malik Ibn Hischam. Ucrausgegeben von Ferd. Wûstenfeld. CatUflgue, 1857) in-S, i^ livraison (xvi, 64 et 320 p.).

ANNÉÏ 1857-1858. IM

àidi. Les onmiges de Wakidi passaient pour perdis ; maia M. de Kremer, consul d'Autriche à Alexandrie, a^réussi à déeou* vrir i Damas un manuscrit des campagnes de Muhammed par cet auteur, qu'il a fait imprimer* dans la Bibliotheea iniiea de la Société asiatique de Calcutta, et le dernier cahier du livre a heureusement paru avant que les fâcheux ordres de la Compagnie des Indes eussent interrompu l'impression des livres musulmans dans cette collection. C'est un ouvrage d'une grande valeur , et la découverte de M. de Kremer donne l'espoir que d'autres ouvrages de Wakidi, comme, par exemple, son Histoire de Tapostasie des Arabes après la mort de Muhammed, pourraient encore se retrouver.

11 existe d'autres sources collatérales pour l'histoire des premiers temps de l'islam, qui contrihueront, de leur côté, à faire revivre pour nous le tableau de cette époque, si importante pour rhumanité, comme, par exemple, les biographies des personnes qui ont connu Muhammed, paribn Hadjar d'Askalon, dont M. Sprenger a publié le treizième cahier*, avant que l'impression de \a Bibliotheea indien ait été suspendue* L'ouvrage entier consiste en dix mille articles biographiques; Impartie qui est imprimée jusqu'ici en contient presque le tiers; heureusement la plupart de ces noms ne fournissent que quel- <iue8 lignes, ce qui laisse à l'auteur de la place pour les bio- (Trapbiesplus importantes. Il est impossible qu'une aussi grande quantité de notices sur des hommes qui ont tous plus ou ^oins contribué à l'établissement de l'islam ne contiennent P^des données neuves et ne fournissent pas les moyens deconlr6ler des faits autrement connus.

t. Walndy'9 hiitory of Muhammed*t campaignêf by Aboo Abd-Oliah Mo- *^amincd bin Omar al Wakidi, editcd by Alfred von Kremer. Fascic. V. Calcutta, 1856, in-8 (40 et 385-430 p.).

î.A bipgraphical DicUonary of persans wko knew Muhammedy by Ibn ^ajar, edited in arable by Mawlawies Mohammed Wajyh, Abd-al-Haqq ^QdGholam Qadir, and D'A. Sprenger. Pascic. XI II. Calcutta, 1856, in-S

Avant de quitter ce sujet, je dois mentionner que le second volume du Commentaire du Koratiy par Zamakschari, publié par M. Lees S ^ paru à Calcutta. Ce volume a été imprimé pendant l'absence de Téditeur, mais le retour de M. Leesnoas fait espérer la continuation et l'achèvement de cette grande et généreuse entreprise. L'ouvrage lui-même est si bien conna de tous les savants auxquels il s'adresse, qu'il serait superflu d'en parler plus longuement.

L'histoire postérieure des Arabes a reçu, pendant ces deui années, beaucoup d'additions et plusieurs des plus importantes. La plupart des ouvrages commencés par divers éditeurs ont fait des progrès. M. Krehl a publié le second volume de l'édition du texte de l'Histoire des Arabes d'Espagne*, parMakkari, dont il est un des collaborateurs; M. Juynboll a fait paraître le second volume des Annales de l'Egypte musulmane, par Aboul Mahasen \ et M. Amari a publié la troisième et dernière partie de sa Bibliotheca arabico-sicula^ qui contient les textes et les pièces justificatives arabes qui lui ont servi pour la composition de son Histoire des Arabes en Sicile, dont le second volume vient de paraître ^ Le premier volume conlenait la conquête de la Sicile par les Arabes, le second nous donne l'histoire de leur domination et de leur administration, le troisième racontera leur chute. Quand on regarde l'histoire du khalifat superficiellement et dans son aspect général, elle donne l'impression d'une uniformité fatigante ; les mêmes événements et les mêmes hommes semblent reparaître à l'infini

1 . The Qoran with the cominentanj of Zamakshari, edited by W. Nassau Lces. Calcutta, in-4, vol. 1, P. 2 (p. 253-570).

2. Analectes sur Vhistoire et la littérature des Arabes (tEspagMy pa*" Al-Makkari, publiés par MM. Dozy, Dugat, Krehl et Wright, t. l, I*- -• publiée par L. Krehl. Leyde, 1856, in-t(9i3 p. le volume entier.)

3. AbtU-Mahasin Ibn Tagri BarcUi Annales, eAïdii JuynboU. Leyde, io-8. vol. U, P. 1, 1857(102 et 494 p.).

4. Bibliotheca arabico-siculay da Michèle Amari. Leipzig, 1856, fasc HI» in-8.

5. Storia dei Musulmani di 5tci/ia, scritta da Michèle Amari. II« volume Florence, 1858, in-8 (561 p.).

ANNÉE 1857-1858. 16t

et en toutlieu, et le récit perpétuel de guerres et de révoltes, tel que les chroniqueurs nous le fournissent, ne tend pas à dissiper cette impression. La simplicité des règles tirées du Coran, et remploi général de la Ungue arabe, qui déguise les différences provinciales et nationales, donnent aux gouvernements musulmans cette uniformité de coloris sous laquelle, si l'on pénètre plus avant, on trouvera une vie variée et des intérêts divers, produits tant par les sectes et les partis politiques que par la nécessité de s'arranger avec les peuples conquis ^t par les nouveaux droits qui naissent de ces rapports forcés entre les vainqueurs et les vaincus. Ce n'est guère que dans des histoires spéciales que Ton peut entrer dans ces détails, qui exigent un certain développement. M. Amari, qui avait devant lui un sujet restreint, a senti les avantages qu'il en pouvait tirer; il suit avec beaucoup de sagacité le mouvement social introduit par l'esprit démocratique de la nouvelle religion, par l'essai de constituer une nouvelle aristocratie de légistes, par la résistance (les anciennes familles militaires, par l'intervention de ces partis dans leç querelles de succession au khalifat et dans les affaires étrangère/ de leur gouvernement, enfin par Tantagonisme entre les races de Kahtan et d'Adnan, et entre les Arabes et les Berbers. Il nous montre Tinfluence des sectes, qui, étranl^ères en principe à l'islam, se sont rattachées aux adhérents d'Ali d'une manière qui n'est pas encore expliquée, sectes qui ont joué un grand rôle dans l'étendue du khalifat, qu'on trouve encore aujourd'hui vivantes dans les sociétés secrètes du nord de l'Afrique, et dont les théories sont essentiellement conformes à celles des SouAs de la Perse. M. Amari nous fait suivre les effets de tous ces conflits et montre comment ils ont préparé la ruine et la désorganisation de la domination arabe en Sicile. Son livre, qui est plein de vues et de faits nouveaux, nous fait désirer des monographies sembables sur toutes les parties du khalifat; car si étranger que soit pour nous un peuple, si pou d'influence qu'il ait eu sur nos destinées,si peu d'intérêt que Ton puisse prendre à la succession de ses princes et à la série des batailles qui remplissent u. 11

toutes les chroniques du monde, il n'y en a aucun dont l'histoire n*oflrre un côté humain, qui n'ait des institutions dontoa doive étudier le but et les effets, des passions que Ton puisse comprendre, des mœurs et des croyances dont la connaissance est nécessaire pour compléter le tableau derhumanîlé,elc'esl le côté par lequel l'étude de l'Orient prendra peu à peu sa place légitime, qu'on lui refuse encore.

L'Académie des inscriptions vient de publier un ouvrage bleu fait pour aider à rapprocher ce but de tous nos efforts, c'est le texte des Prolégomènes d'Ibn Khaldoun*. L'impression en était terminée depuis huit ans; M. Quatremëre, qui avait «nlrepris ce travail, désirait ne le laisser paraître que lorsque sa traduction et ses commentaires seraient achevés. L'Académie n'a pas voulu priver plus longtemps le monde savant d*un texte aussi important. Le commencement de la traduction est imprimé, et M. de Slane s'est chargé de h continuation. On ne pouvait trouver un savant plus versé dans le style particulier d'Ibn Khaldoun, de sorte qull y a tout espoir que cet ouvrage capital d'un grand penseur et d'un historien éminent sera bientôt accessible à tout le monde. Les effets de la civilisation sur les deux formes de la vie humaine, la vie nomade et la vie sédentaire ; les institutions qui les distinguent, et l'origine des arts el des sciences qui naissent de ces deux manières d'être sont l'objet de ces Prolégomènes, qui, avec une Histoire universelle et FUisloirc des Berbers, ou plutôt de l'Afrique septentrionale, composent U l'ouvrage entier d'Ibn Khaldoun. Vous savez que cette dernière i partie a été publiée et traduite par M. de Slane; quand il î aura terminé la traduction des Prolégomènes, il ne resteraplus i-

1. Prolégomènes d^Ebn Khaldoun, texte arabe publié d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale par M. Quatremère. Paris, 1858, 3 vol. m-4 {i28, 408 cl 434 p.). Ces trois volume» forment les premières parti» des vol, XVI, X\1I et XVIM des Noticeê et EjftruitB; il on • été tiré *» exemplaires à part, pour les personnes qui ne possèdent pas cette cûl' lection. Le prix est de 45 francs.

i &ire coonaitre de l'œuvre d'Iba Khaldpua qua la partie ia* termédîaire, et eeUe^ci s'imprime daas ce moineai â Bouiak.

M. de Slane a fait paraître à Alger le texte de la Géographie de l'Afrique septentrionale, par Bekri ^ Abou-Obeid Abdallah el-Bekri était (Us d'un petit priuce arabe d'EUpagne, qui, dépossédé par le roi de SéviUe, se retira à Cordoue, où le dh mena une vie tle cour et d'homme de lettres, et publia succèssivementy sebii la manière de son temps et de sa nation, des traités sur les matières les plus variées : la théologie, la philologie, la botanique* Il entreprit aussi un ouvrage sur la géographie générale dont il ne noue est parvenu que quelques chapitres, parmi lesquels la description de l'Afrique septentrionale est de beaucoup le plus impartant. Il parait avoir composé cette partie de son livre à l'aide des rapports que les princes Om^ mlades de Cordoue se taisaient adresser dans Tiolérét de leur politique el qu'il aura trouvés dans leurs archives. Ce traité fut terminé ea l'an 458 de l'bégire. L'importance de ce travail attira l'atteiiiion de plusieurs oriealalistes, et M* Quatremère ^n publia, en 1831, une notice étendue el une traduction par extraite. Malheureusement il n'avait à sa disposition qu'un ma^ auscrit iiicomplet et dépourvu de points diacritiques, ce qui, dans nae géographie d'un pays peu connu comme l'Afrique, est HO défaut auquel aucun effort de savoir et de critique ne peut entièreisent remédier, et une grande partie des noms pro** près et de lieux que coiUieni Touvrage n'a pu être déterminée par M. Qttatremère que par conjectures et d'une façon souvent erronée. Peui peu on découvrira Alger, à Madrid et à Londres d'autres et de meilleurs manuscrits, et M. de Slane parvint, à l'aide de ces nouveaux matériaux, & compléter et k rétablir le texte, et à fixer la iectiure des noms propres. Il étaîA admirablement préparé à ee tnivail par son séjour à Alger et par les études qu'avait nécessitées sou édition de l'Histoire des Ber-

1 . DeterifiHtm de ^AffifiÊe sq^UmtrwMk, |Mr Abou*Ob^d-^<»Beltiû, texte arabe, re¥U «ur qviHre ma&utciùtf .«t .pi&kiU^ parle baron de Slane. Alger, 1857, in-8 (19 et 213 p.). Prix : 7 Xr., W.

bers d'Ibn Khaldoun. Il a publié le texte entier de Bekri aui frais du gouvernement d'Alger et la traduction complète de ce petit volume va paraître dans les prochaines livraisons du Journal asiatique.

M. Wûstenfeld a commencé une collection curieuse de chroniques de la ville de la Mecque, qu'il publie aux frais de la Société orientale allemande. La collection doit coït) prendre quatre chroniques, dont une a déjà paru. C'est Thistoire de la Mecque et de son temple par Koutb eddin-Muhammed-ben-Ahmed-al-Naharawali*, auteur du xvr siècle de notre ère, qui a passé une grande partie de sa vie à la Mecque comme professeur dans plusieurs collèges. Son ouvrage nous était connu ea extrait par une notice de M. de Sacy, mais d'une manière insuffisante, surtout en ce qui regarde l'histoire même de la ville. L'étude détaillée d'une ville quelconque est toujours pleine d'intérêt; elle nous fait pénétrer dans la vie municipale d'une nation, qui est sa vie réelle, et nous fait mieux comprendre son histoire générale, surtout quand il s'agit d'une ville sainte comme la Mecque, qui a joué et joue encore un si grand rôlo dans le monde. Il est vrai que des chroniques comme celles de Koutb eddin ne sont pas écrites à notre point de vue européen, et s'occupent avant tout de détails autres que ceux que iiuus recherchons; mais il est impossible que la collection de ces histoires de la Mecque ne fournisse pas des éclaircissements sur les questions dont l'historien européen et moderne sera curieux de chercher la solution. M. Wûstenfeld nous promet une traduction de ces chroniques quand le texte en sera publié.

En ce qui concerne la philologie arabe proprement dite, " n'est venu à ma connaissance qu'un petit nombre de travaux ce sont quelques nouvelles livraisons du Dictionnaire françd^' arabe de M. Kazimirski, qui amènent l'ouvrage près de son

1 . Die Chroniken der Stadt Mekka^ gcsatnmelt und herausg^cben ^ Ford. Wûstenfeld. Vol. III. CuilHeddin's Gescfùchte der Siadt Mekkû^ ikres remf}€ls. Leipzig, 1857, in-8 (xvi et'tôU p.).

achèvement; un nouveau Dictionnaire arabe-anglais deM. Cataîv^Oy à Alep', destiné plutôt aux voyageurs qu'aux savants, et on livre de M. Tabbé Leguest sur la formation des racines sémitiques*. M. Leguest a été Trappe d'une remarque de M. de Sacy, qui avait observé que les grammairiens arabes supposaient qu'un certain nombre de racines Irilittères arabes étaient le résultat de la combinaison de deux racines primitives monosyllabiques, et il a essayé d'appliquer cette idée aux racines sémitiques en général et aux racines arabes en particulier. Il part de Tidée que les langues sémitiques proviennent d'une langue primitive d'une structure très différente, et se sont formées avant que les langues dérivées eussent développé leurs Tormes grammaticales. 11 suppose que c'est dans les racines arabes qui contiennent les lettres faibles qu'on retrouve des mois de cette ancienne langue; il élimine ces lettres faibles et montre comment, par l'agglutination des lettres fortes restantes de deux mots, il se serait formé des mots trilittères de la langue actuelle. Cette explication n'embrasse pas toutes les classes de mots dont traite H. Leguest, mais je crois qu'elle indique syflisamment son procédé principal. Il est facile de voir combien de questions générales sur les langues sont impliquées dans un système de ce genre; je n'ai pas la mission, et dans tous les cas ce ne serait pas ici la place, de les discuter; mais je crois que, dans l'état actuel de nos connaissances, il est téméraire de remonter au delà de la forme historique des langues, et que la grammaire comparée des familles de langues telles que le fait nous les donne n'est pas assez avancée pour nous aventurer dans ces ténèbres d'un état anté-historique. Nous ne savons ce que de nouvelles observations et des méthodes plus subtiles pourront permettre un jour ; mais des procédés comme celui de M. Leguest nous rejetteraient, je le crains, dans l'ar-

1.-4» arabic-english Dictionary, by Joseph Calafago. Londres, 1858, in-8 (XII et 316 p.).

i. Etudes sur la formation desracines sémitiques, suivies de considérations générales sur roriginect le développement du langage, par M. Tabbé Leguest. Paris, 1858, in-8 (xx et 180 p.).

bilraire et la confusion des anciens systèmes d*étymologie dont la science actuelle est sortie avec tant de peines et d'efforts. Au reste, cet essai n*est pas le premier de ce genre; pendant les dernières années surtout, il s'est produit plusieurs travant dans une direction analogue et sur différentes^ familles de langues, quelques-uns par des hommes d'un mérite très réel, qm voient de nouvelles conquêtes philologiques à faire dans cette direction. L'avenir en décidera.

La poésie arabe a été l'objet de quelques publications. M. Wolff, à Rotweil, a donné une nouvelle version des Moallakats* en vers allemands, vers pour vers. Il a surtout voulfl rester fidèle au texte, et annonce qu'il a toujours préféré l'exactitude de la traduction à l'élégance de la forme. Il t fallu beaucoup d'art pour échapper avec autant de succès à la rudesse ou à l'obscurité du style; car ces poèmes, qui sont la fleur de la littérature arabe par leurs beautés sauvages, exciteront toujours les orientatistes à les faire connaître à l'Europe ; mais leur énergie concentrée sera toujours aussi le désespoir des traducteurs, si savants qu'ils soient en arabe, et si bien qu'ils sachent manier leur propre langue.

L'extrême opposé de la littérature arabe, les séances de Hariri, ont trouvé, non pas un nouveau traducteur, mais un nouvel imitateur dans le scheikhNasif-al-Yasidgi, savant maronite, déjà connu en Europe par une critique du Commentaire de Hariri par H. de Sacy. Il a publié soixante Makamati*} dans un cadre analogue à celui de Hariri; ce sont les tours et les friponneries d'un vagabond, et son repentir final; le style et la manière imitent fidèlement cet incomparable original, et font honneur au savoir et à l'esprit de l'auteur. Il a pris la précaution fort utile d'ajouter lui-même un commentaire qui

1. Muallakat Die sieben Preisgedichte der Araber ins deuUcho ûliertragen von D' Philip Wolff. Rotweil, 1867, in-8 (x ot 87 p.).

2. JUUJÎ ^;LJI JL^U i^\ cVlï Lj*r^^ ^^^ ^^ BeyronOi, 1847, in-8 (442 p.).

explique les finesses des intentions du texte et les points d'hia* toire, de rhétorique, de grammaire et d'antiquités arabes aux* quels il fait allusion. Le scheikh a mis vingt-huit ans à polir son œuvre, et je ne doute pas qu'il n'ait parfaitement réussi k charmer ses compatriotes lettrés.

Il a paru quelques autres livres arabes modernes qui sont curieux comme indices d'un certain mouvement d'esprit qui se fait sentir surtout chez les Arabes chrétiens de Syrie, que leur communauté religieuse avec les Européens rend plus accessibles aux influences occidentales. C'est un symptôme d'activité mentale fort intéressant; mais il est inutile d'entrer dans des détails sur ce sujet, M. Reinaud vous en ayant entretenu il y a peu de temps, et devant aujourd'hui encore vous faire connaître la Gazette arabe de Beyrouth, rédigée par un membre de notre Société, M. Khalil-el-Khouri. Il n'y a qu'un seul livre arabe moderne sur lequel je voudrais attirer votre attention, c'est le Traité sur les Sciences par l'émir Abd*el- Kader, dont M. Dugat a piiblié récemment une traduction accompagnée d'un savant commentaire ^ Ce livre est très remarquable, moins par son contenu que par la qualité de l'auteur. Abd-el-Kader est un exemple très favorable pour juger des Arabes modernes ; c'est un homme qui a de la force dans l'esprit et de la noblesse dans les sentiments ; il a appris dans sa jeunesse tout ce que les écoles arabes pouvaient lui enseig[ner ; plus tard il s'est formé par l'exercice du pouvoir et à Técole du malheur, et son livre peut nous donner la mesure la plus avantageuse du développement de l'esprit de sa race. Il y traite de la nature de l'homme, de la religion, des sciences et de l'histoire. Aussi longtemps qu'il parle de sujets que la réflexion suffit pour approfondir, de psychologie, de morale, de révélation, il parle comme un homme qui sait penser; on a devant soi quelqu'un avec qui l'on peut s'entendre, et qui est

1. Le livre éCAbd-el-Kader, intitulé Rappel àVintelligent, avis à Vindifférent. Considérations philosophiques, religieuses, historiques, etc. par l'émir AbdHîl-Kader, traduit par Gustave Dugat. Paris, 1858, in<-8 (xxxv et 371 p.).

mû par des sentiments purs et élevés; mais aussitôt qu'il arrive aux sciences et à Thistoire, on ne trouve plus ni connaissance, ni la moindre idée deméthode scientifique; on retombe en plein moyen âge. Il y a dix siècles, et plus tard encore, les Arabes étaient très .supérieurs aux Européens, ils avaient le goût des sciences et promettaient de devenir les successeurs j et les continuateurs des Grecs. Ce mouvement s'arrêta par des i raisons qui ne sont pas encore bien étudiées ; on voit s'étein- | dre graduellement l'observation et la recherche des faits, la dialectique tient lieu de tout; Ton se contente de faibles formules, et la logique et la rhétorique remplacent la science. L'Europe est sortie d'un état semblable de stagnation par la renaissance des lettres grecques et la culture des sciences, pendant que les musulmans ont rétrognidé ; c'est à TEurope de les aider à franchir cet abime qu'il y a entre nous; mais la tâche est difficile, car les préjugés musulmans et l'orgueil que donne l'usage d'une vaine dialectique y mettent des obstacles presque insurmontables.

C'est ici, je pense, la place de parler d'ouvrages de différents genres qui se rapportent par le sujet ou par une affinité quelconque aux lettres arabes.

Les juifs du moyen âge, qui trouvaient chez les musulmans un peu plus de tolérance que chez les chrétiens, avaient fonné dans les pays occupés par les Arabes des écoles savantes très remarquables, qui servaient d'intermédiaires entre les Grecs et les Arabes, et entre ceux-ci et les chrétiens, et produisirent un nombre d'hommes distingués dont les ouvrages eurent pendant des siècles un grand retentissement et une influence sensible, même en Europe. Ils furent peu à peu négligés après la renaissance des lettres grecques, et ce n'est qu'aujourd'hui, où l'on suit avec tant d'attention l'histoire du développement des idées, que l'on est revenu à ces éludes et que Ton s'applique à faire connaître les ouvrages les plus marquants de cette classe. L'arabe était devenu la langue savante des juifs a

partir du x^ siècle; mais un grand nombre de leurs écrits ne se conservèrent que dans des traductions en hébreu, faites pour les communautés juives de l'Europe, qui ne connaissaient pas Tarabe. M. Munk *■ nous a fait connaître, il y a quelques années, Ibn Djannah, juif espagnol du x° siècle, le premier grand grammairien hébreu, et a publié un morceau considérable de son système de grammaire hébraïque en arabe. Aujourd'hui MM. Goldberg etKirchheim font paraître l'ouvrage enlier dans sa traduction en hébreu par le rabbi Tabbou '•

Le rabbi Jehuda-ben-Koreisch était un juif magrebin, aussi du X* siècle, mais un peu antérieur à Ibn Djannah. Il a composé en arabe un Traité dans lequel il expose la parenté de l'hébreu avec Taraméen, avec la langue du Talmud et avec l'arabe, et qu'il termine par un chapitre sur la conformité de mots hébreux avec des mots berbers, persans et autres, (le petit livre n'était connu que par des extraits que Schnurr^r et M. Ewald en avaient donnés; M. l'abbé Barges et M. Goldberg le publient aujourd'hui' d'après l'unique manuscrit d'Oxford; ils reproduisent le texte arabe en caractères hébreux, ajoutent aux citations de la Bible et du Talmud les indications nécessaires, et accompagnent le livre de deux préfaces, l'une en arabe, par M. Barges, et l'autre en hébreu, par M. Goldberg.

M. Munk avait découvert, il y a quelques années, qu'un philosophe, célèbre dans les écoles du moyen âge sous le nom élrange d'Âvicebron,etqui passait pour un Arabe, était réelle-

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