I. Voy. Journal asiatique, années 1850 et
î. Jona ben Gannach {Aboul-Walid-Merwan-Ibn-Djaruih) Sefer Harikma. Grammaire hébraïque traduite de Tarabe en hébreu, par Jchuda Ibn Tabbou; publiée pour la première fois par B. Goldberg, revue et corrigée par Raphaël Kirchhcim. Francfort, 1850, in-8 (xxxvi et 252 p.).
3. H. Jehuda ben Koreisch TiharetensLi Africani ad nynagogam Judœo- Tum civitalis Fe% epistola, de studii Targum utilitate et de linguac chaidairœ, misnicœ, talmudicœ, arabicîB, vocabulorum item nonnullorum barbaricorum convenienlia cum hcbrœa, nunc primum cdideront J. J. L. Barges et D. B. Goldberg. Paris, 1857. in-8 (xix et 125 p.).
ment un juif d'Espagne du xr siècle du nom d'Ihn Gebirol (Abou-Ayyoub-Soleiman-ben-Jahya-Ibn-DjebirouI), qui était et est encore célèbre parmi les juifs pour ses belles poésiesen hébreu, mais dont les meilleurs ouvrages philosophiques pas« saient pour perdus. Le principal de ces ouvrages portait le titre de Source de la t?ie, et H. Hunk réussit à le découyrirà la Bibliothèque impériale dans une traduction abrégée en hébreu et une en latin. Il a publié la première partie de ses études sur Ibn Gebirol S comprenant des extraits de la traduction en hébreu, de leur interprétation latine, d'une Vie de l'auteur et d'une analyse de son ;ouvrage, le tout accompagné de notes savantes. Le système d'interprétation allégorique que les juifs du moyen âge appliquaient à la Bible laissait à leurs philosophes une liberté presque entière dans leurs spéculations, car il pouvait servir à tout concilier. Aussi voyons-nous Ibn Gebirol entraîné vers le panthéisme des néo-platoniciens, sans que pourtant il s'y abandonne tout à fait. Il serait impossible de donner en peu de mots une idée du système mixte auquel s'est arrêté l'auteur, et dans lequel l'idée juive lutte contre les idées grecques; mais c'est une curieuse page de l'histoire de la métaphysique que M. Hunk a retrouvée, et il a fallu tout son savoir et toute sa patience pour la tirer des matériaux informes qu'il avait à sa disposition.
Il paraît se manifester parmi les juifs qui demeurent dans des pays musulmans un certain besoin de faire revivre parmi eux l'étude de l'arabe, dans laquelle leur nation était autrefois si profondément versée. On en voit des indices dans la publication de divers ouvrages qui ne peuvent avoir d'autre but. Ainsi M. Reckendorf a fait paraître une traduction du Koran en hébreu' avec un commentaire, et M. GoUlenthaP a publié
1. Mélanges de philosophie juive et arabe^ par S. Munk. Première livraison. Paris, 1857 (232 et 72 p.).
2. Der Koran, aus dem arabischen ins hebrâische ubersetzt und erlâutert von Hcrmann Reckendorf. Leipzig, 1857, in-8 (xLViii et 369 pj»
3. Grammaire arabe écrite en hébreu, à l'usage des Hébreuj>de l'Orienlf par J. Goldenthal. Vienne, 1857, in-8 (xvi et 140 p.).
imaire ar^be en hébreu. Je ne connais ces ouvrages 3ur8 titres,
raann^ à Kiel, a publié une nouvelle Grammaire ne^ On n'avait pour l'étude de cette antique branche es sémitiques d'autre secours que la Grammaire de li restera toujours comme un monument du savoir de [nais qui ne répondait plus aux exigences de notre n pas tant à cause des erreurs qu'on a pu y découparce que la méthode grammaticale a changé et que lire générale, qui est devenue un instrument si déliuissant, a donné de l'importance à des parties de la e qu'on négligeait auparavant, et exige des observaimaticales d'un genre tout à fait nouveau, M. Dillmann ment senti cela, aussi traite-t-il avec le plus grand rec beaucoup d'étendue la théorie des sons; on voit toutes les parties de son ouvrage il a toujours en vue lire des langues sémitiques, et qu'il s'eiforce de prématériaux pouvant servir à l'élever au point où est grammaire comparée des langues ariennes. Sous ce, a langue éthiopienne est d'une importance qui sera itie à mesure que ces études feront des progrès, sa longue séparation du reste du monde lui a percôté, de garder bien des formes antiques qui se sont ans d'autres dialectes, et, de l'autre, de se dévelopfaçon indépendante, qui montre les capacités gramd'une langue sémitique sous un nouvel aspect.
spare d'autres travaux sur l'éthiopien. H. Dillmann va reprendre l'impression de l'Ancien Testament, elle il s'était arrêté après la publication de VOctoteuropagande va faire imprimer à Rome le dictionnaire du Père d'Urbain, missionnaire catholique mort ré-
natik der /Elhiopischen Sprache, von Augnst Dillmann. Leipzig, [xxiv et i35 p.).
comment enÂbyssinie. Cet ouvrage, fruit (l*un travail de bien des années passées dans' le pays, parait être très considérable. Enfin H. d*Abbadie a mis sous presse le Catalogue raisonné de sa bibliothèque éthiopienne. Pendant son long séjour eu Âbyssinie, M. d'Abbadie n'a rien épargné pour se procurer des manuscrits éthiopiens, et il est parvenu à en rapporter une collection qui contient des exemplaires de plus des deux tiers des ouvrages qui existent dans cette langue. La plus grande partie de ces livres ne seront probablement jamais publiés et ne le méritent pas; mais on verra par ce catalogue ce qui peut s'être conservé dans ce coin du monde en traductions d'ouvrages grecs perdus dans l'original, et en chroniques du pays qui pourraient avoir de l'importance. Pour donner une idée de l'espèce de découvertes que cette littérature peut nous réserver, il suffit de rappeler que nous ne connaissons le livre d'Hénoch que par une traduction éthiopienne, et que M. d'Abbadie se propose de publier une traduction d'Hermas dans la même langue.
La littérature syriaque est dans une position semblable; son importance philologique consiste en ce qu'elle nous a conservé un dialecte antique des langues sémitiques, et son intérêt comme littérature repose sur ses chroniques et surtout sur ses traductions du grec des Pères de l'Église; sous ce dernier rapport, elle l'emporte même de beaucoup sur la littérature éthiopienne. M. Beelen, chanoine à Louvain, a publié une nouvelle édition de deux Lettres sur la Virginité attribuées à sainl Clément de Rome*, lettres inconnues en grec et découvertes au siècle dernier dans une traduction syriaque. M. Beelen en- présente une nouvelle édition, faite avec beaucoup de soin, et entourée de secours peut-être trop abondants; car il ne se contente pas de donner le texte d'après les manuscrits, d'y
1. Sancti Patris nostri démentis Romani epistolœ binœde Virgif»^^^^> syriace, quas ad fidera codicis manuscripti AinstelodainensiSf addilis nolu criticis, pltilologicis, theologicis et nova interpretatione lalina, <*di<''' Joannes Thcodorus Beelen. Louvain, 1856, in-4 (xr.vii et 328 p.).
«jouter sa traduction et ses commentaires, et de le faire précéder de longs prolégomènes pour justifier Tauthenticité de ces lettres qui a été fortement contestée; mais encore il reproduit le même texte une seconde fois, pourvu des points diacritiques, et il y joint la réimpression de deux traductions antérieures à la sienne.
M. Uhlemann, à Berlin, a fait paraître une nouvelle édition de sa Grammaire syriaque', dans laquelle il a ajouté considérablement à la partie qui traite de la syntaxe, ainsi qu'à la Chrestomathie et au Vocabulaire qui terminent le volume. Mais Touvrage capital pour la littérature syriaque que j'ai à annoncer est le Dictionnaire de M. Bernstein, à Breslau, attendu avec impatience par tous ceux qui s'intéressent à cette littérature, et dont le premier cahier a paru^. L'auteur a mis trente ans à préparer les matériaux de ce travail, qui forme une espèce de Thésaurus y avec des passages à l'appui des significations, et qui promet de. dépasser autant le Dictionnaire de Caste! que celui-ci avait dépassé ses prédécesseurs.
Les éludes phéniciennes n'ont pas beaucoup gagné pendant ces deux années; leur grande difTiculté consiste dans le petit nombre et le peu d'étendue de la plupart de^ monuments connus jusqu'ici. On a publié quelques nouvelles inscriptions, mais on s'est surtout appliqué à reproduire plus exactement celles qui étaient déjà publiées, et l'on a fait des efforts heureux pour en rendre l'interprétation plus sûre et pour fixer des points douteux, tant dans la lecture que dans la grammaire. Plusieurs savants ont publié de nouveaux essais sur des inscriptions dont ils s'étaient déjà occupés ; M. Ewald' a inséré
1 . Grammatik der syriichen Sprache mit vollstandigen Paradigmen, Chrestomathie und Wôrterbuche, von Friederich Uhlemaan. Berlin, 1857, ia-8 (xxiif, 276, LXivet 63 p.).
2. Lexicon Unguœ, syriacœ, coUcgit, digessit, edidit G. H. Bernstein ; vol. I, fasc. I. Berlin. 1858, in-fol. (143 p.).
3. Erklàrung der grossen phœnikischett. Inschrift von Sidon, von Ewald. Dans les Mémoires de rAcadcmie de Gôttingue, vol. VII, 1857, iii-4.
iU VINGT-SËPT ANS D'HISTOIRE tHS& ÉTUDES ORIENTALES.
dans ies Mémoires de TAcadémie de Gdttingue un aoaveau Mémoii^ sur riascription d'Eschmouiutzar. H. l'abbé Barges^ a publié de son cèié un second travail sar rinscripftion de ïarseille; M. Tabbé Bourgade a fait imprimer une nouvelle édition de sa Collection d'inscriptions puniques, dont le nombre s'est augmenté de quelques nouvelles découvertes et il a apporté des soins plus grands à la reproduction des anciennes, sans pourtant, à ce qu*il parait, avoir atteint ufie exactilode entière, que l'écriture et souvent l'état des pierres rendent M difficile à obtenir; aussi M. Judas, dans ses Nouvellet Éludu^, dont le but est de prouver un point particuUer de graounaire phénicienne, a-t-il republié, d'après les pierres mêmes, lUie partie des inscriptions de M. Bourgade et une partie de celiei qu'il avait publiées lui-même antérieurement, en y ajoutant quelques inscriptions nouvelles. Le même auteur a fait paralire en outre une interprétation nouveUe de l'inscription de Mar" seille^. On ne peut qu'être frappé des progrès faits dans b connaissance du phénicien par ce travail inceasaot d*espril6 très divers sur un petit nombre de monuments, en lisant les études phéniciennes de M. Levy, à Breslau*, qui traite, avec beaucoup de sagacité et de savoir, de l'écriture phéoidenne et de rinterprétation des inscriptions, divisées en «lasses d'après leur nature et les époques ou elles ont été tracées. Quels que puissent être les points qui divisent encore les savants dans ces matières, on n*a plus à craindre ces traductions si étrangemeot différentes que l'on rencontrait il n*y a pas longtemps eaeore. Les découvertes dos deux grandes inscriptions de Marseille et de Sidon, en faisant disparaître bien des conjectures et des ia-
1. IfucriptUm phénicienne de MaraeiUe. Nouvelle interprétation par M. Tabbé Barges. Paris, 1858, ia-A (37 p. et une pi.)-
2. Nouvelles Études sur une série d'inscriptions titimidtco-pttw?*^* dont plnflieurs inéditee, au point de vue ^)éctal de l'eiopkN de Ya^ eomme affirmante de la première personne d« singulier du préiânt, parÂ. G. Judas. Paris, 1857, in-4 (56 p. et 5 pi.). Prm : 7 financs.
3. Nouvelle ancdyse de rinscriptioH de MûrseUhy par ▲. C. ludts. Paris, 1857, grand in-8 (35 p.). Prix : A franc».
4. Phasniiiimaie Studien, von D' M. A. Levy. ilreelaa, ts-8, cah. I, 1^- (11-68 p. et a pi.), cah. Il, 1^57 (145 p. et 1 pL).
ATiNtK 1857-1858. 175
certitudes, ont donné une solidité inattendae à ces études. Ufeut espérer que l'on découvrira encore sur le sol de laPhéiiicie des iascriptions d'une certaine étendue ; car il est difficile de croire que le petit nombre de celles qui sont connues fournisse tous les éléments nécessaires à Tintelligence certaine des détails.
Il me reste à dire quelques mots d'un livre singulièrement curieux et qui a jeté une lumière soudaine sur un cM obscur de l'histoire des sectes sémitiques : c'est l'ouvrage de H. Chwolsonn sur les Sabiens de Harran^ Nous savons que Mubammed mentionne trois sectes comme ayant eu part à la révélation : les du^itiens, les Juifs et les Sabiens« Ge dernier tenue, dont on ne rencontre aucune mention anténeore, adonné lieu à une oeafution sans fin, d'aboid cfaei une partie des auteurs afabes eux-mêmes, et bien plus encore chei les savants qui se sont servis des renseignements fournis par ces auteurs. Pour les WÊSy c'étaient des Mendaltes ou chrétiens de saint Jean ; pour les autres, les pafens syriens, ou tous les adoratews des astres, ou tous les piiens en générai ; enfin, pour quelquesuns, les Ilimyarites de Saba. Les sources oA l'on puisait parais* saient ee contredire, et tes conjectures qu'on en tirait étaient loin de remédier an désordre. M. Ghwolsohn entreprit de ré« soudre ce proUème; à force de recherches et à l'aide d'une méthode sévère, il est parvenu, non seulement à découvrir la vérité, mais encore les causes des erreurs qu'il combat. U établit que les Sabiens dont parle le Koran sont les Mendaftes, secte et peuplade nabatéenne, dont la religion, originairement babylonienne, parait avoir subi la double influence des PersaES d'un cMé, de ('autre des Juifs. Les Arabes des deux premiers siècles de l'hégire n'ont jamais autrement appliqué le nom de Sabiens ; mats sous le khalife Mamoun parut tout à coup, et dans les circonstances les plus singulières^ une nouvelle secte sabienne, et c'est de là que date la confusion. Mamoun, marchant contre les Grecs, traversa, en 215 de l'hégire, la haute
i. DieSsabier uni der Siabitmust von D' D. ChwoUohn, 2 vol. SainU PéterslHnirg, 1856, in-S (xtei-SSS et xxxn-9S0 p.}.
Mésopotamie, et trouva dans la ville de Harran une population païenne, à laquelle il déclara qu'elle eût à se faire musulmane ou au moins à se rattacher à une des religions protégées, et qu'il mettrait à mort tous ceux qui, à son retour, n'auraient pas fait leur profession de foi. Sur le conseil d'un homme de loi musulman, ils se déclarèrent Sabiens, et continuèrent à porter ce nom adopté. C'était une population babylonienae, chez laquelle le contact avec les écoles grecques de Syrie avait créé une religion mixte, où le culte des astres et le panthéisme philosophique étaient combinés. Après leur changemeat de nom, et probablement pour donner de la vraisemblance à leur nouvelle prétention, ils mirent des noms bibliques à la tête de quelques-uns de leurs ouvrages mystiques. Cette curieuse secte avait des écoles savantes et une forte organisatioo municipale; elle prospéra sous Mamoun et ses successeurs, acquit une influence considérable, et se distingua dans les lettres ; à la fin, elle disparut dans l'invasion des Mongols. M. Chwolsohn, laissant de côté les Mendaïtes ou Sabiens originaux, s'attache aux Harranieus ; il recueille tous les témoignages des historiens arabes qui les concernent, les suit dans leur histoire, donne la biographie de leurs hommes marquants, énumère leurs ouvrages et discute leurs croyances. Il s'étend avec grand détail sur la partie de leur religion qu'ils avaient empruntée aux Grecs, pendant que la partie babylonienne, qui naturellement excite le plus la curiosité du lecteur, est traitée d'une façon beaucoup moins satisfaisante; mais l'auteur s'en excuse et en donne les raisons avec tant de modestie, qn'oQ ne peut qu'applaudir à sa réserve. Il est probable que loimôme reviendra sur ce sujet avec des lumières nouvelles, quand il aura terminé une grande entreprise à laquelle il a été conduit par ses recherches sur les Sabiens, Voici de quoi il s'agit ^
Tout le monde connaît un mémoire que M. Quatremère a publié dans notre Journal*, sur un traité portant le titre d'Jgriculture nabatéenne. Il n'avait à sa disposition qu'une par-
1. Journal asiatique^ année 1835 (n*** de janvier, février et mars}.
l'ouvrage; mais il reconnut que c'était un livre babyloécrit par un nommé Koutami, et traduit en arabe, avec ues changements et additions, par un Chaldéen musuldu m'* siècle de l'hégire. Il jugea que l'original devait reer au vi*^ siècle avant notre ère, et se proposa de faire litre en détail un ouvrage aussi important. Il ne le fit pas; M. Chwolsohn, qui s'était servi de V Agriculture nabatépour ses travaux sur les Sabiens, fut si frappé de l'intérêt Rre ce livre, qu'il a l'intention de le publier avec une traon et un commentaire. Il trouve l'opinion de M. Quatre-
sur l'antiquité de l'ouvrage, plutôt au-dessous qu'auis de la vérité; ce traité serait, en grande partie, composé talions d'auteurs babyloniens plus anciens, et comme il s borne pas à l'agriculture, mais qu'il contient des renseilentsnombreux surl'histoire de lareligion des Babyloniens, tout un monde antique qu'il ouvre devant'nous. On ne que se réjouir de ce que ce livre soit entre les mains d'un ne aussi consciencieux et aussi capable d'en tirer parti H. Chwolsohn, surtout en ce moment où les inscriptions îennes et babyloniennes vont nous fournir, d'un autre
des matériaux d'une authenticité incontestable et d'une rtance extrême pour l'histoire ancienne de la Mésopota- U Agriculture nabatéenne appporte de nouveaux secours Chiffrement de ces monuments; car, pour ne mentionner i seul des problèmes qui s'y rattachent, un des obstacles lus grands que rencontre ce déchiffrement consiste dans ture de'noms propres que nous ne possédons pas dans une cription, soit hébraïque, soit persane, soit grecque; or ictilture nabatéenne nous fournira des séries de noms critscn arabe, qui résoudront probablement bien des difes dans la lecture des inscriptions.
i\ m'amène à parler des progrès qu'a faits l'interprétation iscriptions cunéiformes.
Société asiatique de Londres avait proposé aux savants n. là
qui s'occupent de celte étude, de fournir des traductions, en« tiërement indépendantes Tune de Tautre, d'une même inscription assyrienne, pour obtenir ainsi une ïûênm^ commune des progrès faits et des différences qui pouvaient se trouver dans les méthodes et les résultats. On choisit une longue inscription de Tiglatpilesar, et MM. Fox Talbot, Rawlinson, Hinks et Opperl envoyèrent des traductions scellées, qui furent ouvertes le nDème jour par une commission et publiées par elle en colonnes parallèles pour faciliter la comparaison. Le résultats été favorable ; la concordance entre les quatre traductions est suffisante pourjustifier la méthode employée dans le déchiffre^ ment et pour ne laisser guère de doute quant à la réalité delà base sur laquelle repose la lecture. En même temps il y a as^ sez de différences, de lacunes et d'inexactitudes pour montrer combien il reste encore à faire avant qu'on puisse accorder une confiance entière à une traduction de Tassyrien. C'est naturel dans une étude si neure et si entourée de difficultés de toute espèce, et s'il y a lieu de s'étonner, ce n'est pas de ce que les résultats laissent encore de l'incertitude, mais pldtdt de ce qu'on ait fait autant de progrès en si peu de temps.
On peut facilement se rendre compte du nombre et de b grandeur des obstacles, ainsi que des moyens employés poor les vaincre, en lisant la première livraison d'un ouvrage que M. Oppert commence à publier sous le titre û'ExpédUion scientifique en Mésopotamie^. Après la mort de M. Frcsnel, chef de l'expédition, M. Oppert fut chargé d'en publier les résultats. L'ouvrage doit se composer de deux parties, dont b première contiendra le récit du voyage, et l'autre le déchiffl^ ment des inscriptions. M. Oppert commence sa publication par cette seconde partie, qui forme un travail tout h fait iu"
i . Expédition scientifique en Mètopoiamie, exéeaté« par ordre do Gouvernement, de 1851 à 185i, par MM. F. ¥ttmt\, P.Thomai el J. Opp^*^ publiée par Jules Oppert. T. H, déchiffrement des inscriptions cunéiforme'* Iro livr. Paris, 1858, in-i (120 pages et 3 livraisons de planches, >v^ 1 4 plans).
dépendant du voyage et ne s'y relie que parce qu'il est destiné à justifier rlnterprétatioo des inscriptions mentionnées dans l& récit. C'est proprement un traité grammatical sur la lecture et l'interprétation dt;s inscriptions assyriennes et babyloniennes. Le premier livre, qui a seul paru jusquMci, traite, en dix chapitres, de la méthode de déchiffremerit, de la nature de l'écriture, de son origine hiéroglyphique, des éléments Idéographiques qu'elle contient, des éléments étrangers qni s'y sont introduits, et des moyens d'en faciliter la lecture. Les livres suivants traiteront delà langue assyrienne et de Tinterprétation des inscriptions. C'est la première fois que ce sujet obscur et compliqué est exposé dans un ordre intelligible, que les matières sont classées, les hypothèses fondamentales clairement proposées, les résultats énoncés et les lacunes indiquées de manière à ce que le lecteur puisse se rendre compte de ce qui a été fait jusqu'à présent, comprendre comment on a procédé, et disenter les points qui lui laissent des doutes avec des chances de pouvoir s'entendre. Il faut attendre la suite de l'ouvrage; mais on voit dès ce moment que la discussion devient possible ; et c'est un grand point de gagné pour le progrès de ces études.
Je ne puis terminer cette note sans une nouvelle protestation contre l'habitude qu'on a en France d'enfler le prix et le volume des ouvrages imprimés aux frais du Gouvernement par des embellissements qui, loin de servir la science, font que les ouvrages destinés aux savant» leur deviennent inaccessibles. L'ouvrage de H. Oppert est accompagné d'un atlas de gravures in-folio, représentant des vues pittoresques, qui ne contribuent en rien à l'utilité scientifique du livre, à l'exception des pians et cartes de Babylone, qui auraient facilement pu être réduits au format des volumes sans en augmenter le prix, comme le font ces hors-d'œuvre artistiques. Je suis loin d'en rendre responsable l'auteur, qui n'y a aucun intérêt et qui, au contraire, doit désirer avant tout que son travail arrive entre les mains de tous ceux auxquels il est destiné. Je ne me plains pas
im VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
même des intermédiaires, qui ne font que suivre leur tendance naturelle en agrandissantles publications dont l'État fait les Trais. Ce que je désire, c'est qu'on change de système; qu'on se borne dans les ouvrages destinés aux savants à ce qui est utile et nécessaire, et qu'on en sépare les embellisments purement artistiques et de luxe. La France a toujours été une protectrice généreuse des sciences ; mais il importe que sa libéralité même ne tourne-pas contre son but, en grossissant et en enchérissant les instruments du savoir au point de les rendre inaccessibles à ceux auxquels ils sont destinés*.
J'arrive aux travaux sur la Perse ancienne et moderne. II n'est venu à ma connaissance qu'un seul travail sur le zend ; c'est un mémoire sur Hithra,par H.Windischmannyà Munich-. Il commence par une traduction nouvelle du /e^cA^ consacré à Mithra, dont nous ne possédions jusqu'ici que la version d'Anquetil, qui ne répond plus aux connaissances aujourd'hui acquises. M. Windischmann accompagne sa traduction d'un commentaire et la fait suivre d'une comparaison de l'idée de Mithra selon le Zendavestay avec la forme que le culte inithriaque prend plus tard chez les Grecs et les Romains. L'auteur avait déjà publié, il y a quelque temps, un mémoire sur Anaî-
1. On me dit que l'atlas attaché à Touvragc de M. Oppert se vend à part; c'est possible, mais cela ne remédie à rien, car les cartes se trouvent dans Tatlas et non pas dans les volumes. Puisque je prends la liberté di^ me faire Técho des doléances des savants, on est en droit de me demander un remède au mal que je signale. 11 y en a un, qui me parait facile et qui permettrait de suivre le procédé actuel, si l'on trouve des iuconTénients à changer le système entier. Ce serait de ne prendre, pour la souscriptioo, que des cxcmj)laires de luxe, sur grand papier ou papier de Chine, enfin se distinguant d'une façon quelconque des exemplaires ordinaires, et de stipuler ensuite pour l'édition destinée à la vente un prix qu'on pourrait fixer aussi bas qu'on voudrait, les frais étant répartis iftir les exemplaires de luxe. Cet expédient ne remédierait pas aux exagérations de format m au luxe des embellissements, mais il en diminuerait l'inconvénient pour to publie acheteur, qui, après tout, est le véritable.
2. Mithra. Ein Beitrag zur Mythengeschichtedes OrieDlSiVonDr Fr. Wt»* dischmann. Leipzig, 1857, in-S (89 p.).
ANNÉK i857-1858. 181
tis'. Ces belles dissertations paraissent être des chapitres d*un travail plus considérable sur la religion des Perses, qu'il désire soumettre successivement au public savant.
Un des moyens qui s'offrent pour résoudre les doutes et les difficultés qui entourent encore l'étude du Zendavesta, consiste dans les traductions en pehlevi, que surtout M. Spiegel maintient, contre bien des attaques, comme un accompagnement nécessaire de l'étude du zend. Aussi ne se contente-t-il pas d'ajouter à son édition du Zendavesta la paraphrase pehlevie; mais, pour en rendre l'usage plus facile et plus profitable, a-t-il publié récemment une grammaire de la langue pehlevie ou, comme il préfère le dire, huzvâresch^. Quel que soit le nom qu'on adopte, il s'agit de la langue dans laquelle sont écrites les paraphrases du Z^ndat^^s^a, le Bundehesch et quelques autres livres des Zoroastriens, langue à laquelleles Arabes assignent pour patrie la province de Sewad. C'est un dialecte au fond tout persan, mais avec un mélange considérable de mots araméens et, dans un moindre degré, de formes grammaticales tirées de cette langue ; M. Spiegel, tout en rejetant l'idée que ce soit une langue inventée, pense qu'elle n'a pas dû être parlée exactement comme nous l'avons dans les manuscrits, et qu'une certaine vanité de savoir a introduit dans les livres un mélange plus considérable de mots et de formes araméennes que n'en pouvait admettre un dialecte usuel. Mais on peut faire la même observation sur toutes les langues très mélangées, comme le turc, le persan et l'anglais, où l'on rencontre, selon le temps, la mode et la couche de la société à laquelle on s'adresse, des mélanges plus ou moins prononcés, qui n'empêchent pas que ces langues ne soient des langues usuelles. La grammaire de M. Spiegel est un excellent travail; on
i.Die perêiiche Anahita oder Anaitis, ein Beitrag zur Mythengesrhichte des Orients, von D' Fr. Windischmann. Munich, 1856, in-4 (itp.).
S. Grammatik der Hmvâresck-Sprache, von Fr. Spiegel. Vienne, 185C, in-S (X et 194 p.).
peut seulement regretter que, par un excès de scrupule, il n'ait pas voulu ajouter la prononciation des mots, ce qui, avec an alphabet comme l'alphabet pehlevi, est presque indispensable pour rintelligence des mots, et il aurait, je pense, mieux valu s'exposer quelquefois à la critique et môme au soupçon de témérité, quede livrer le lecteurà ses propres incertitudes. Le lecteur le plus savant aurait été heureux de trouver la conjecture de H. Spiegel, et celui qui veut commencer l'étude aurait en on guide que rien ne peut remplacer pour lui. L'exposé des sons de la langue et de l'application du caractère pehlevi aux mots araméens, ainsi que le tableau des formes grammaticales, arec la recherche constante de leur origine et de leurs analogies dans les dialectes persan et araméen, sont faits avec beaucoup de soin et de savoir, et l'on doit de la reconnaissance à H. Spiegel pour avoir donné la clef, encore incomplète, mais la première, d'une langue importante et difficile.
Pendant ce temps, notre confrère M. Thonnelier continue sa publication de la paraphrase pehievie du Yendidad Saii^, dont il a paru actuellement quatre livraisons. Ce n'est pas un fac-similé que se propose de donner l'éditeur, comme la foroe de l'ouvrage pouvait le faire croire; c'est bien une édition, pour laquelle il choisit les leçons et qu'il complétera par une liste de variantes. Cela étant, il me semble qu'une édition imprimée eût été suffisante et bien moins onéreuse, ou, puisque l'éditeur avait la générosité de publier à grands frais une édition aotographiée, il aurait mieux valu, dans l'état actuel des choses et d'après, la nature du caractère pehlevi, nous donner un facsimilé d'un manuscrit inédit, sauf à y ajouter un travail critique sur les variantes. Il est possible que la difficulté du choii à faire parmi les manuscrits ait porté M. Thonnelier (à préférer
1. Vendidad Sodé, traduit en lang^ue huzvaresch ou pehievie, texte lutographié et publié pour la première fois d'après les manuscrits de U Bibliotlièquc de Paris par les soins de M. Jules Thonnelier. Paris, i^M» in-fol. 40 livr. (p. 60-80). Prix de chaque livraison de vin^ pa|e^> 20 francs.
ANNËË 1867*1858. i83
kplan qu'il a suivi; dans tous les cas, toute publication d*un texte pehlevi est bienvenue, car nous sommes encore bien pauvres dans cette partie de la littérature orientale.
H. fileek a publié une nouvelle Grammaire persane ^ ; elle est très brève, mais quelques remarques neuves qu'elle contient montrent que Fauteur aurait pu avec avantage lui donner plus d'étendue et qu'il aurait bien fait de consacrera la grammaire la place qu'il donne à une méthode générale pour apprendre les langues, qui est tout à fait déplacée au milieu d'une grammaire particulière. L'édition de Hafiz, accompagnée du commentaire turc de Soudi, publiée par M. Brockhaus, a fait quelques progrès ^ La traduction de Hafiz en vers allemands, par H. Daumer, est arrivée à sa seconde édition % si roii peut appliquer le terme de traduction à des poésies dont les motifs sont empruntés à Hafiz, mais où il serait bien difflcile d'indiquer les odes que l'imitateur a eues en vue. M. Yuilers a commencé le second volume de son dictionnaire persanlatine Un anonyme anglais a traduit en vers l'allégorie de Salomon et Absal, par Djami% dont le texte avait été publié il y a quelques années par feu Forbes Falconer, Le traducteur est un poète lui-même, qui veut faire accepter par un public choisi la gracieuse allégorie de DJami ; il retranche les longueurs que se permet l'auteur oriental, mais rend assez fidèlement et avec beaucoup de talent ce qu'il conserve; il y a joint
1. il concise Grammar of the per$ian tanguage^ contai ning dialogues, reading-lessons and a vocabulary, with a new plan for facilitating Ihe ttudy of languagcs, by A. H. Bleek. London, 1857, in-i2 (xvi, 72»
2. Die Lieder des Hafis, persisch mit dera Commentare des Sudi, herausgegoben von H. Brockhaus. Leipzig, in-4, cahier IV, 1857 (233-
3. Hafis^ eine Sammlttng persischer Gedichte, nebsl poetischen Zugaben
von G. F. Daumer. Hambourg, 1856,in-12 (xxi et 352 p.).
4. D. A. VuHers, Lexicon persico-latinum etymologicum, vol. Il, livr. 1-2. Bonn, 1856 et 1857, in-4'» (376 p.).
b.Salomon and Absal, an allegory translated from the persian of Jamû Londres, 1856, in-4 (xvi et 84 p.).
une vie de Djami et quelques notes. M. Garcin de Tassy, après avoir publié une analyse détaillée^ du poème mystique, kf Œseaux, par Ferid-eddin Âttar, en a donné le texte complet*. C'est un ouvrage très célèbre^qui, sans avoir la profondeur des Mesnewi de Djelal-eddin Roumi, entre pourtant bien plus profondément dans la doctrine ésotérique des soufis que le Pendnameh, qui jusqu'ici était le seul livre du même aulear qui eût été publié. Ou trouve fréquemment dans les autears persans des allusions tirées des oiseaux; M. Garcin nepou?ait donc mieux choisir pour l'impression d'un texte persan, d'autant qu'on a publié très peu de livres soufis en Europe.
M. SeligmanUy professeur de médecine à l'Université de Vienne, s'est occupé depuis longtemps d'un curieux manuscril persan sur la matière médicale que possède la bibliothèque je Vienne. Il en a publié à deux reprises quelques extraits, et il fait maintenant paraître le texte entier de l'ouvrage^, que sans doute il fera suivre d'une traduction. L'auteur est un médecin d'ailleurs inconnu, Abou Mansour, du iv* siècle de l'bégire, ce qui le place entre Rhazes et Avicenne, et son ouvrage est un . dictionnaire de matière médicale, dans un ordre imparfaitement alphabétique. Je suis hors d'état d'apprécier ce que ce livre peut fournir de données nouvelles pour l'histoire de h médecine; mais il est curieux sous un autre rapport, car il contient la prose la plus ancienne connue, à l'exception de la
1. La poésie philosophique et religieuse chei les Persans, d'après U Mantic Ûitaïr, ou le Langage des oiseaux, de Farid-eddin-Attar, par M. Garcm de Tassy, S» édition. Paris, 1857, in-8 (71 p.).
2. Mantic Utta^r, ou le Langage des oiseaux, poème de philosophie re* ligieuse, par Farid-eddin-Attar, publié en persan par M. Garcin âe Tassy- Paris, 1857, in-8 (184 p.).
3. Je ne sais si l'ouvrage a réellement paru; l'exemplaire que j'ai en main contient le texte complet, mais sans préftice ni titre européen, et le titre persan n'indique ni date, ni lieu d'impression. L'ouvrage est ini' primé à l'Imprimerie impériale de Vienne et consiste en 272 pages de texte, gr. in-8, et 6 pages de fac-similé.
traduction de Tabari^ par Belami, qui est de la même époque, et nous l'avons sous une forme un peu plus authentique que Belami, parce que le manuscrit d'Abou Hansour est de Tannée 447 de Thégire, de sorte que le texte a échappé aux changements qu'une succession de copistes introduit graduellement et presque insensiblement dans le style et l'orthographe d'un ouvrage. L'éditeur reproduit en fac-similé six pages du manuscrit, dont l'écriture marque le passage du coufique au neskhi. L'édition entière est une reproduction exacte (et faite avec un soin extraordinaire, «autant que la typographie^ peut le donner) du manuscrit, avec sa ponctuation et jusqu'à la couleur des mots principaux, qui sont tantôt en rouge, tantôt en vert, ce qui est un luxe d'exactitude qui trouvera peu d'imitateurs; mais la reproduction scrupuleuse de l'orthographe est un véritable mérite, car aujourd'hui on a appris à étudier ces petits points, qui souvent ne sont que des caprices de peu d'intérêt, mais qui contiennent quelquefois des indices de changements organiques dans les langues, et sont alors d'une haute importance. Je ne doute pas que le savant éditeur ne publie une traduction, et ne nt us mette par ses remarques en ^tatde juger de la valeur que l'ouvrage peut avoir comme document historique.
L'histoire de la Perse s'est enrichie d'une collection importante de chroniques relatives aux provinces septentrionales du royaume : le Ghilan, le Mazenderan et le Thab.eristan. M. Dorn, à Saint«Pétersbourg, qui s'est occupé depuis bien des années de l'histoire des pays musulmans qui touchent à la mer Caspienne, et a publié sur ce sujet de nombreux mémoires, a voulu faire tourner au profit de tous les facilités que lui donnaient sa position et ses longues études sur cette partie de Thistoire, et la faveur qui s'attache actuellement en Russie aux travaux sur des provinces limitrophes de l'empire, qui seront, probablement dans un avenir prochain, d'un intérêt encore plus grand pour la Russie. H. Dorn, à force de soins et de recherches, est parvenu à réunir une série ininterrompue de ces
chroniques/ ; il en a publié trois jusqu'ici, qui seront suivie^ d'une quatrième, laquelle conduira l'histoire de ces provinces jusqu'à nos jours. Le plus ancien de ces auteurs est Shahir^ eddin, de Marasch, qui a joué lui-même un rôle assez considérable dans l'histoire du Ghilan, et a terminé son ouvrage en 1470 de notre ère. M. Dorn indique dans sa préface on certain nombre d'autres ouvra{;[es sur le même sujet, en partie plus anciens, et qu'il ajoutera à sa collection, s'il peut en trouver des manuscrits suffisants pour une édition. Ces provinces n'ont jamais joué un rôle bien considérable, mais leur histoire est assez intimement liée à celle du monde musulman, pour qn*il importe de porter la lumière dans ce coin obscur; et bien des événements dans l'histoire dukhalifat et de la Perse trouveront leur explication ou leur confirmation dans les matériaux réunis par M. Dorn. Le style de ces chroniques, en général un peu rude, n'est pas très grammatical, ce qui a embarrassé l'éditeur, qui hésitait s'il les publierait avec leurs fautes ou s'il eflbcerait ces taches de gra^mmaire et d'orthographe et les réduirait à la règle commune. H a fini par prendre le meilleur parti en laissant subsister les irrégularités provinciales; mais, pour satisfaire les puristes, il a prié un lettré de Tébriz de faire une liste de corrections qu'il a imprimée à la tète des volumes. Il a accompagné le texte de variantes, de tables de matières et d'introductions critiques, et il nous promet des traductions avec des commentaires que son étude profonde de la matière rendront très instructifs.
Je dois à la complaisance de M. Chodzko d'avoir pu voir l'Histoire universelle de la Perse, que le roi de Perse actuel a
1. Muhammedanische Quellen iur GeichichUder swUichen Kusteniànàer des Kaspiichen Mètres y herausgegeben, erlâuterl undubersetztvonD'Bcrohard Dorn. — Vol. I, Sehir-eddin's Geschichte von Tabaristan, R"i*" und Nosanderan. Saint-Pétersbourg, 1850, in-8 (46 et &I3 p)' " Vol. II, Aly Ben Schems-eddin's Cbanischos Geschichtswcrk, odcr fiôschicbte von Ghilan, 1857, in-8 (36, 438, 13 et 43 p.). Vol. III, Abdul- Fathah Fumeny's Geschichte von Ghilan. 1858, in-^ (21 , 280 et 33 p.).
▲NNÂE 18574858. 187
fait publier par Rixa Kouli, le directeur de l'école polytechnique de Téhéran, Elle ee compose de dix ou plutôt de douie Tolumes, et est intitulée : Raouzet al Safaï Nasiri^. L'ouvrage commence par le texte de l'Histoire universelle de Mirkhondy ce* lèbresoui le titre de Raouzei al Safa, qui est donné en entier : les six volumes de HirUiond, d'abord, puis le septième, qui y est ordinairement joint, mais qui ne parait pas être de lui, et l'appendice géographique ; ensuite recommencent un sixième et un septième volume, contenant, comme les volumes qui portent les mêmes numéros chex Mirkhond, l'histoire de Timour et de ses successeurs; enfin l'ouvrage se termine par trois volumes de Rica Kouli, qui donnent l'histoire des dynasties postérieures jusqu'à nos jours. Je n'ai pas eu le temps d'examiner ce volumineux ouvrage asses pour me rendre coïnpte de la réduplication des volumes VII et VIII) qui me paraissent empruntés àKhondemir; il aurait fallu une étude beaucoup plus attentive que je ne l'ai pu faire, pour démêler les raisons de cet arrangement bizarre et déterminer d'où chaque partie est prise. L'ouvrage n'est pas entièrement terminé et l'intention parait être d'y ajouter, de temps en temps, quelques feuilles, à mesure que les événements fourniront de la matière au récit, de sorte que cette collection, qui commence par une histoire universelle, se changerait à la fin en une gazette de la cour de Perse. On ne possédait pas jusqu'à présent un récit indigène et continu de l'histoire de la Perse pendant les derniers siècles, et l'on ne peut guère douter que celui de Riza Kouli n'ajoute considérablement à nos connaissances, surtout sur ce qui s^est passé entre les Timourides et les Kadjars. ' L'ouvrage est lithographie à Téhéran : l'exécution matérielle en est bonne, sans pourtant égaler ce qu'on a fait .de mieux à Tébriz et moins encore les plus belles éditions lithographiées dans l'Inde.
i. <^-.l5 ^UlIJI iU*35 TôMran, iii-fol. 1266-1278 de Thégirc (vol. J, 842 pages; vol. H. *92; vol. III, 170; vol. IV, 197; vol. V, 1»7; vol. VI, 866; vol. Vil, 102, et rappcndiccôl paget. Los volumes suivant» no portent pas de pagination et sont d'un format un peu plut poUt).
Avant de quitter l'Asie occidentale et le inonde musulman, je dois consacrer quelques mots à des ouvi'ages appartenant à des littératures qui s'y rattachent étroitement.
H. Dulaurier a publié le premier volume de sa Collection d'historiens arméniens. Rien n'est plus curieux ni plus di^e d*intérêt que la série d'historiens et de chroniqueurs que nous offre l'Arménie. Ce n'est nileurtalent, ni leur originalité, ni la grandeur de leur pays et de leur histoire qui leur donnent de l'importance ; c'est leur position et leur esprit de nationalité. L'Arménie a été, pour son malheur, mêlée aux affaires de tous les grands peuples ; les Romains, les Arabes, les Grecs, les Latins et les Turcs se sont successivement et incessamment mêlés de son sort; aussi ses historiens, qui nous donnent un contrôle perpétuel des annales de toutes ces nations pour tout ce qui s'est passé dans cette partie de l'Orient, nous fournissent souvent des renseignements nouveaux et des éclaircissements d'une valeur d'autant plus grande qu'ils sont, en général, originaux et tirés de sources toutes locales et tout indigènes. Il y a chez les Arméniens un esprit invincible de nationalité ; toute leur histoire est une lutte incessante contre des nations plus puissantes, et si à la fin ils ont succombé, ce n'est pas faute de bravoure ni de patriotisme, mais faute d'unité. La Chronique de Mathieu d'Édesse^ par laquelle M. Dulaurier commence sa grande collection, est un spécimen caractéristique des ouvrages historiques arméniens, sans être, à beaucoup près, le plus favorable. C'était un moine né dans le xi° siècle, assez peu lettré, mais placé au milieu de circonstances propices pour recueillir les matériaux de l'histoire contemporaine de sa nation. Son livre est en forme d'annales, qu'il commence, sans aucun préambule, à l'année 953. £n
1. Bibliothèque historique arménienne, ou choix des principaux hisUn riens arméniens, traduits en français et accompagnés de notes historiques et géographiques, par M. Ê. Dulaurier. T. I, Chronique de Mathieu d'Edes»^ continuée par Grégoire le Prêtre, Paris, 1858, in-8 (xxvii, 546 p. et deux tableaux). Prix : 12 francs.
ANNÉE 1857-185ër. 189
cela il fait sagement, car n*étant pas savant dans les antiquités de sa nation, comme il le dit lui-même, il se contente de ce qu'il peut apprendre de la bouche des vieillards, et de Thistoire contemporaine, qu'il conduit jusqu'à Tannée 1136. Le récit devient plus ample et plus détaillé à mesure qu'il avance. Il n'y a aucun art ni le moindre esprit philosophique ; la passion du patriotisme y tient lieu de tout, et nous dédommage de ce qui manque ailleurs. L'auteur déborde de haines et d'injures pour les ennemis de son pays, de quelque race qu'ils soient; mais il ne manque cependant pas d'une certaine justice envers des princes étrangers, même turcs, quand ils se conduisent honorablement, surtout envers l'Arménie. Beaucoup d'autres chroniqueurs de sa nation sont plus injurieux que Mathieu d'Édesse, et les horreurs de ces siècles de barbarie, de fanatisme et de vices brutaux excusent amplement ce cri perpétuel de haine d'une race opprimée. M. Dulaurier a fait suivre la Chronique de Mathieu d'Édesse d'une continuation, dont l'auteur est Grégoire le Prêtre, qui conduit le récit jusqu'à l'an 1 163. Le volume est terminé par un ample et instructif commentaire, par un index et des tableaux généalogiques; enlin, pour toutes les questions chronologiques, l'auteur renvoie à un travail spécial sur la chronologie arménienne, dont le premier volume ost sur le point de paraître, et qui formera un supplément indispensable à la collection des historiens de l'Arménie.
M. Ileminski, à Kazan, a publié le texte turc oriental des Mémoires de Baber^ Ce dialecte était devenu, au temps du conquérant de l'Inde, une langue cultivée; les princes turcs et turcomans avaient toujours montré du goût pour les lettres, depuis que leurs conquêtes et leur conversion à l'islam les avaient rapprochés des Persans et des Arabes. C'était même un goût passionné, quoiqu'il ne fût pas toujours heureux, mais qui avait contribué à assouplir la langue et à la rendre littéraire. Timour l'employa pour son auto-biographie; Ali Schir