‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 7 sur 112 · NOTICE SUR JULES MOHL. XIII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR JULES MOHL. XIII

était alors à Paris, et tant qu'il vécût les relations amicales qui s'établirent entre lui et Mohl continuèrent sans interniption. La maison de Cuvier était aussi ouverte au jeune orientaliste.

En 1826, le gouvernement de Wui*temberg, désireux de s'assurer les services d'un jeune savant qui promettait tant, lui donna une chaire de langues orientales à Tubingue, tout en l'autorisant à continuer ses études à Paris. En 1830 et 1831 il passa en Angleterre, ou il gagna l'amitié de plusieurs orientalistes, dont quelques-uns au service de l'ancienne Compagnie des Indes Orientales. Il conçut alors le plan de passer quelques années aux Indes : son projet n'ayant pas abouti, il retourna à Paris, qui était déjà devenu pour lui une seconde patrie.

Il continua là quelque temps ses études de chinois, dont le premier fruit fut la publication d'une traduction latine de deux des livres canoniques, le Shi-King et le Y'King (1830, 1837 et 1839). Ces traductions avaient été faites par deux Jésuites, Lacharme et llégis, dans la première partie du dernier siècle; mais elles n'avaient jamais été publiées.

Cependant le persan devenait décidément sa spécialité. Dès 1826, le gouvernement français l'avait chargé de publier le texte et la traduction du Shah Namehy la fameuse épopée de Firdousi. L'ouvrage devait faire partie de la Collection Orientale^ publication entreprise par le gouvernement, et destinée & rendre accessibles les trésors

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de la littérature orientale, mais malheureusement conduite avec une somptuosité extravagante, qui lui a préd* sèment foit manquer son objet. Cette entreprise Ait pour Mohl l'œuvre de sa vie: elle n'était même pas terminée au moment de sa mort. Pour s'y préparer il publia en 1838, avee Olshausen, les Fragments retmtifs à U religion de Zoroastre. LMmpression du premier volume de Firdousi commença en 4833; la même année i) envoyait sa dé* mission à Tubingue, oâ il n*avait jamais. para en ehaîre, et se fixa définitivement à Parts. Le premier volume parat en 1838, le second en 4843, le troisième en 4848, le quatrième en 4 855, le cinquième en 4866, le sixième en 4 868. Le dernier volume était rosté inadievé à aa mort; des parties en avaient été détruites pendant la Commufle. Son ancien élève, et son digne successeur au CSoUège de France, M. Barbier de Meynard, se chargea de terminer l'œuvre de son ami et maître, et noua e possédons à présent sous deux formes, dans Tédition de luxe que la li^ béralité du gouvernement distribue aux gens qui iodI te moins capables d'en faire usage, et dans une édîtioo plus modeste, qui ne contient que ta traduetion, éditk» faite aux frais de M*^ Mobt et qui esUrera dons ïMà» bibliothèque qui veut contenir les etiefs^d'cBuvre de la poésie.

Il Csfcuàrait tout un article pour expliquer PimpMtaBee du Shah Nmi^hj l\ine des cinq ou six grandes épopées nationales du monde, et mieux encore pour moBirer quelle lumière jette le poème de Firdausi sur le passage de la mythologie i 1» pod^ béroiqiie et à l'hîsloîreL Natte

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part on me peut mieux saisir sur le fait ce problème complexe. Le PersaB qui Ut les exploits de Féridoun ne doute pas UB tBstaBl qu*il lit Thistotre d*un des anciens rois de soo pa]9, et il serait aussi aisé de le conraincre que le grand Firidoun n*était qu*un être mythique que de convaincre OB 6ree d'autrefois, ou un professeur de grec de Dût jo«r8,qu*Hôlèoe a été longtemps une déesse avant de devenir la fenmie de Ménélas, et que le siège de Troie n'est que le reflet d'un siège bien plus ancien. En Perse, beareusmient, nous pouvons remonter au delà de l'épopée, BOUS pouvons suivre les noms de quelques-uns des piiBcipaQi héros du Shah Nameh jusqu'aux noms àes vielHee divinités de l'Avesta, dont ils dérivent par Pintermédiairedos formée peMvtes et parsies. Fëridoun, comme Bornonr le premier Ta établi, est le pehhri Freduriy et Fteàin hii^mteno est une corruption du zend Thraêtaana^ qui répond au sanserit Ttmitanaj patronymique du Dieu védique TWto. Le tyran du poème épique, Zohak, est, coBUAe V% eiv^ore montré Bumouf, le Ajis Dahâka de f Afesta : Firdousi le e(»nalt encore sous le nom de Aj Oaliâ, et. sa nature et s<m origine réelle ne trouvent leur expHeaiion que dans Ahi, le secpent de ta mythologie védique. Nous pouvons ainsi suivre en Perse, pas à pas, la succession de la mythologie, delà légende et de l'histoire, taa^ qu'ailleurs nous nVons devant nous que ta seconde ou la troisièine période et qu'en présence de ces personnages demi-historiques, demi-légendaires, un Utysse ou vm GuiUamne Tell, nous en sommes réduits à la seule itym^ogie de leur nom ou au caractère de leurs exploits pour montrer qu^ils sont itè» de limaginatîon de leurs

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compatriotes, et que ni Ulysse ni Guillaume Tell n'ont jamais été vus en chair et en os ni à Ithaque, ni en Suisse» Quelques-unes de ces questions, en particulier celle des matériaux réunis et utilisés par Firdousi dans la composition de son poème, sont traitées dans les préfaces des différents volumes de l'édition de Mohl et méritent Tattention sérieuse de tous ceux qui étudient la mythologie comparée.

En se chargeant de la publication et de la traduction du Shah Nameh pour le compte du gouvernement français^ Mohl voyait sans doute qu'il s'engageait à passer en France les plus belles années de sa vie. On s'est étonné quelquefois qu'il ait refusé de retourner à l'université de Tubingue, où l'on était si désireux de le revoir, et ait préféré vivre et travailler à Paris. Lui-même, à la fm de sa vie, quand on l'interrogeait sur ce sujet, trouvait quelque peine à l'expliquer. Mais il faut se rappeler tout d'abord qu'en 1830 on était beaucoup plus cosmopolite qu'on ne le fut depuis 1848, et que Paris était alors la cité cosmopolite par excellence. Je citerai là-dessus l'opinion de M. Renan dans son Rapport sur les travaux du Conseil de la Société Asiatique en 1876 :

« Le meilleur fruit du grand et libéral esprit qui régna en Europe depuis la fm des orages de la Révolution et de l'Empire jusqu'à la funeste année quia déchaîné de nouveau le typhon de la haine et du mal, fut la facilité avec laquelle l'homme voué à une œuvre sociale consentait à transporter ses aptitudes et le libre exercice de son activité

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