Le côté de Guermantes I, p
3. Ce morceau se trouve dans Du côlé de chèz Sivann, t. I, p. 46, | RE
MARCEL PROUST en nous qu'atonie et vie végétative. Comme l'écrit Jacques Rivière : « Sans malveillance et sans aigreur, sans aucun pessimisme systématique, sans renoncer le moins du monde, pour son compte, à tous les ‘enchantements du « sentir », Sans rien ignorer de ce que peut embrasser le rêve, en étendant plutôt | qu’en appauvrissant les ressources. de l’âme, il montre simplement en plus l'illusion qui soutient notre vie : il la traverse tout douterent : il retrouve au delà le travail qui lui donné naissance et toutes les petites impulsions vitales, à l’œuvre, dont elle est composée ». | Lorsque Sur un mot prononcé par Swann ou par Bloch, l'imagination de Proust s’enflamme sur la Berma, sur Gilberté Swann, sur Bérgotte ou sur Balbec, ce qu’il imagine — et qui ne correspond pas à la réalité : puisque la Bertha ne récite pas en faisant un sort à chaque vers, ainsi que Proust l'avait prévu; puisque Gilberte a les yeux noirs et non pas bleus, comme le croyait Proust, etc, — n'est-il pas aussi incorporé däns sa vie spirituelle, aussi important pour elle que si c'était exact ?
Ce que masquent en définitive tous nos mensonges conscients ou inconscients envers nous-même, c'est
en effet le vouloir obscur de persévérer intégralement
dans notre être et de l’agrandir sans cesse en lui annexant des territoires nouveaux. Souveñt cette volonté obscure d’agrandissement n’est qu’uné émanation de la libido freüdienné, souvent, mais non pas toujours : il n’y a pas que la sexualité à la base du proustisme et même däns Sà conception
44 XXe SIÈCLE
l'amour, le désir physique n’est pas au premier
plan.
C'est dans les études que nous a données Proust À sur le sentiment de l’amour et sur la jalousie que son « système » joue de la façon la plus complète et la à plus décisive. Il convient de s’y arrêter un instant.
L'amour, comme tous les autres sentiments, n’est à ses yeux qu'une secrétion de l'imagination ; il. ne peut naître que si un certain nombre de conditions, propres à mettre en branle l'imagination, | sont réalisées, à savoir : disponibilité du cœur, diffi- : culté (réelle ou imaginaire) de joindre l’objet aimé, désir de connaître, d'enrichir sa vie d’une autre vie. :
Si ces conditions n'étaient pas remplies, il se réduirait à la simple satisfaction d’un besoin physique et n'aurait plus rien de commun avec ce que nous nommons amour : “L 2
« Offertes chez une entremetteuse,.… retirées de . « l'élément qui leur donnait tant de nuances et de. « vague, ces jeunes filles m’eussent moins enchanté. « Il faut que l'imagination, éveillée par l'incertitude ‘ de pouvoir atteindre son objet, crée un but qui. « nous cache l’autre et en substituant au plaisir « sensuel l'idée de pénétrer dans une vie nous. « empêche de reconnaître ce plaisir, d’éprouver son « goût véritable, de le restreindre à sa portée » 1,
mn
Pa