Ibid., p
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18 XXe SIÈCLE
Ce qu'il faut éviter à tout prix, c'est qu’une pensée
étrangère vienne se substituer à la nôtre, c'est de devenir « livresque ». Certes tout le monde l'est plus : ou moins ; encore dans les citations que se permet . un écrivain faut-il discerner celles qui viennent.
à l'appui de sa propre pensée et celles qui la lui dictent
du dehors. Schopenhauer est, selon Proust, le type à de l'écrivain qui sait beaucoup, mais qui ne s'aban- |
donne jamais au goût d’étaler sa culture : « On'sent
« que les textes cités ne sont pour lui que des exem- :
« ples, des allusions inconscientes et anticipées où
« il aime à retrouver quelques traits de sa propre
« pensée, mais qui ne l’ont nullement inspirée » 1, Cette préoccupation est à rapprocher à la fois
du mot du peintre Elstir : « ce qu'on sait n’est pas à
Soi »? et du passage de la préface de Tendres Stocks où Proust réclame de Paul Morand des « images inévitables ».
Le rôle accessoire de la lecture est, aux yeux de
Proust, de donner les « belles manières » de l'esprit : « Les lettrés restent malgré tout comme les gens de « qualité de l'intelligence, et ignorer certain livre, « certaine particularité de la science littéraire res- « tera toujours, même chez un homme de génie, une “ marque de roture intellectuelle. La distinction et « la noblesse consistent dans l’ordre de la pensée