Sodome et Gomorrhe II, t. III, pp
2. « Swann aimait une autre femme qui ne lui donnait pas de motifs de jalousie, mais pourtant de la jalousie parce
qu'il n’était plus capable de renouveler sa façon d’aimer
et que c’était celle dont il avait usé pour Odette qui lui servait encore pour une autre. » À l’ombre des jeunes filles en fleurs, t. I, p. 90,
KR LAN:
posé où varie le dosage des différentes illusions.
C’est le propre de l'illusion amoureuse que de se
vouloir éternelle. Mais le « moi » qui se promet l’éter-
nité du sentiment cédera un jour plus ou moins
. proche, plus ou moins lointain la place à un nouveau
« moi » qui ne songe même plus à retenir cet amour
qu'il voulait éternel.
« Jadis Swann avait pensé avec terreur qu’un jour
«il cesserait d’être épris d’Odette, il s’était promis . « d’être vigilant et dès qu’il sentirait que son amour «commençait à le quitter, de s’accrocher à lui, de
« le retenir. Mais voici qu'à l’affaiblissement de son
« amour correspondait simultanément un affaiblis-
« sement du désir de rester amoureux » !.
Dans les pages d’A l'ombre des jeunes filles en fleurs intitulées : « Du chagrin que nous donne une
séparation et des progrès irréguliers de l'oubli », c’est précisément le détail de l’action du temps sur l’amour qu'étudie Proust.
De toutes ces analyses, l’amour sort dépouillé par l'intelligence de tous ses attributs divins, méta-
| physiques, mais non pas diminué, accru plutôt, … dans ses virtualités de joies et de souffrances. Pour | n'être plus dieu, pour n'être qu’un composé d’infi-
niment petits, il n’en perd pas un atome de sa puis-
sance.
L’impitoyable cruauté de la vivisection qu’opère
» Proust sur l'amour, comme sur tous les autres sentiments, réalise ce miracle de ne pas entamer — et