Du côté de chez Swann, t. II, p
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bien plutôt d'accroître — la vitalité des sentimen 1 opérés. Réduite à sa seule humanité, la mouvante personnalité, sans cesse menacée dans son être par l'écoulement du temps, acquiert un aspect émouvant.
qu’elle n’avait jamais eu. Elle nous apparaît comme purement humaine, « ni ange, ni bête »; non plus comme participant de deux natures en lutte : son essence divine et son essence animale, mais comme composée d’une seule substance : la substance. humaine, substance qui n’est pas un corps simple, mais un composé en perpétuelle transformation.
sous l’action du temps qui agit du dehors, sous celle de l’habitude qui est un produit où nous avons collaboré avec le temps, sous l’action de l'imagination qui, elle, nous appartient en propre et se nourrit. de tous les trésors de notre inconscient, un composé dont l'unité relative est uniquement fournie par 148
mémoire.
Pour mettre en œuvre, dans un roman, ce système ou plus exactement ce sentiment de la vie, comment. Proust allait-il s’y prendre ? La singularité de sa vision, la nouveauté de sa critique lui eussent permis N
de se montrer original en choisissant n'importe quelle matière.
consistant dans le pouvoir réfléchissant et n la qualité intrinsèque du spectacle reflété » 1, mais . pourtant l'artiste ne doit pas le choisir au hasard, il doit entre tous élire ceux qui lui permettront le
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mieux d'exprimer clairement sa vision originale du
monde.
« Il sait quelles situations, s’il est romancier,
« quel paysage, s’il est peintre, lui fournissent la «€ matière indifférente en soi, mais nécessaire à ses
r recherches comme SornRt un laboratoire ou un « atelier » 2, Lorsque les détracteurs de Proust r‘duisent la
matière de son roman à des histoires de salon complaisamment rapportées par un snob, ils montrent surtout leur ignorance de l’œuvre : quantitativement cette vie de salon n’occupe même pas la moitié
des volumes publiés. Mais si on peut négliger cette opinion, il importe de réfuter celle d’admirateurs de Proust selon qui « les sujets de roman qui vont et viennent à la surface de son œuvre 1 ‘ont pour lui qu’un intérêt adjacent et secondaire » *, La « matière nécessaire aux recherches » de Proust sera tout naturellement celle qui lui permettra d'étudier en acte les rapports de notre conscience et de notre inconscient, les variations de notre person-
nalité, le mécanisme du mensonge où baigne notre
vie spirituelle, le mécanisme des principaux sentiments et en particulier de l’amour.