‹ Vingtième siècle. 1. sér 1924Chapitre 42 sur 48 · PESTE START ES · texte numérisé non relu

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XXe SIÈCLE

vie humaine sans cesse menacée, il en aime le ragoût. Il continue à plaisanter, à ironiser et il faut bien tendre l'oreille pour percevoir par intervalles, dan l'éclatement des bouchons de champagne, comtie le bruit d’un léger sanglot. |

Le sentiment de l’agonie d’une civilisation forte le fond humain de ces récits tout en mousse et en. dentelles, dont la frivolité apparenté baigne dans la technicité et l'économie sociale autant que : les études de Pierre Hamp, mais d’une autre manière, di et qui glissent le long de notre époque, lui empruntant son fluide vital, comiie la perche sur son : trolley. :

Mais n’y eût-il pas ce substrat d'humanité, Ouvert . la Nuit n’en serait pas moins une réussite complète. + Nous sommes déshabitués dé la perfection ét, plus où moins, nous Sommes tentés de ne croire possibles Al à réussir que des fragments. Il faut nous résigner à accepter Morand tel qu'il ést, en pleine possession de ses moyens, armé de pied en cap : analysant, | composant, peighant, écrivant d’une facon qui n’est qu’à lui, à l’aide de procédés d'analyse, de compo- Sition, de peinture et dé style adinirablèment appropriés l’un à l’autre, se complétant harmonieusement J’ün l’autre.

Morand n'apporte rien de moins qu’un poncif nouveau de style, une coupé et une démarche nouvelles | dans l’art dé conter, un renouvellement dans la littérature exotique, un renouvellément dans l'étude ‘4 de mœurs et enfin une façon originale de faire rire et sourire (La Nüit Nordique). Est-ce là péu?.

se

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On frémit en pensant aux imitateurs. Tant pis pour

les imitateurs. S'il fallait faire une comparaison,

il faudrait remonter jusqu'aux Lettres de mon moulin

pour trouver mulalis mutandis l'équivalent d'Ouvert da Nuit.

Mofard Vient dé réaliser (et éelà où lé chercheralt

en vain dans Giraudoux) une transposition littéraire

de la prôsé familière d’après-guerré, mélange d’un

; certain ton de bonne compagnié et d’argots de

toute sorte: exactement comme Daudet avait décou-

vert la DU familière Sécond-Empire. Prose fami- lière, tout à fait d'aujourd'hui, mais aïlée de fan-

fé | taisie poétique, bariolée d'images neuves, trop neuves ét trop nombreuses peut-être (comme disait Marcel

: . Proust dans sa préface dé Tendres Slocks, «pas tou- jours inévitables »), mais si agréables qu’on ne songe | pas à leur résister. Il faudrait insister longuement Sur la qualité picturale de la prose de Morand, sur Son don d’assembleur de couleurs et de lignes.

Pour se rendre compte de la nouveauté de sa façon de conter, il suffit de songer à tous sés grands pré- | décéaéeurs. Il n'y a pas présentement dix façons

Li de conter en France, il y en a trois qui avec toutes

| les différences possibles, s’apparentent soit à Mau-

passant, soit à Kiplitg, soit à Marcel Sthwob. | Morand en inaugure une quatrième. Comment la | caractériser en quelques mots ? Parillotement ciné- | matographique, procédés synthétiques dans laña-

4 lyse des sentiments, encerclement de l objet à évoquer

“au lieu dé l’attaquer de front, ellipses, allusions,

désarticulations, énumérations.

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de l'étranger qui s ‘étale sans aucun respect humain. Comparez à Loti ou à Bourget, vous sentirez la dif. | férence. Hermant, Larbaud ici ont, il est vrai, pr cédé Morand ; Larbaud descend plus profondément | que lui dans les particularités de la race et des indi d vidualismes nationaux, mais Morand évoque ice plus « d’immediatezza » l’atmosphère présente, de chaque pays d'Europe, dont il excelle à noter Ja. façon nationale qu'il a d’être international. 1

L'étude de mœurs, telle que la conçoit Morand, confine à la sociologie et à l’ethnographie. Particu larisé à l’extrême en apparence, chacun des héros. de Morand se classe en définitive dans un chapitre de géographie humaine. Ces anecdotes rares s’élar: gissent jusqu'à la grande légende et jusqu’à ces mythes où le savant découvre l'influence des saisons, du climat, des grandes invasions et la marche de Dieux nouveaux de l'Orient à l’Occident.. :

Paul Morand, pour sa part, travaille lui aussi à nous délivrer de l’historicisme. Le xx£ siècle sera le, siècle de la géographie, en art aussi bien qu’en science. et en économie politique, comme le x1x® fut le siècle de l’histoire.

Et il sera aussi le siècle d’une gaieté nouvelle.» LA littérature ne rit plus en France depuis cent ans. Voici le rire qui fuse de toute part, comme après. tous les cataclysmes. Les poètes fantaisistes rient, l’unanimisme rit, rappelez-vous le grand rire cosmiqr

| PAUL MORAND de Claudel dans Protée, Jacques Copeau réclame des farces pour son tréteau du Vieux-Colombier. Paul Morand nous donne Aino ou la Nuït Nordique où il retrouve, en le raffinant, un rire rabelaisien. Ainsi Ouvert la Nuit, aboutissement heureux de Tendres Stocks et de Lampes à arcs, est en même temps un point de départ.

Fermé la Nuit développe et accentue le côté social en germe dans Ouvert la Nuit. Ce sont de moins en moins des individus, de plus en plus des types sociaux caractéristiques de l'après-guerre que Morand nous y présente. Types que nous distinguons mal dans la cohue d'aujourd'hui et dont il dégage la figure.

Morand néglige en effet de représenter les appa- rences les plus visibles des mœurs d'après-guerre.

Ce n’est point par l'exactitude contrôlable de ses peintures qu'il séduit et convainc ; c’est par la création poétique, quasi-mystique d’une atmosphère de légende ultra-moderne. On le suit à travers Îles méandres de couloirs d'hôtel et de cœurs exotiques compliqués et on baigne dans aujourd’hui comme

une plaque photographique impressionnée, encore. ignorante des images qu’elle recèle et qui les projette : soudain sous l’action du révélateur. |

Le détraquement congénital ou occasionnel des W six héroïnes d’Ouvert la Nuit, poussées à l'amour Li ou écartées de lui par le besoin de manger, frêles épaves sur une mer en tempête, — ce détraquemient

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