‹ Vingtième siècle. 1. sér 1924Chapitre 43 sur 48 · PR EDP TS ET · texte numérisé non relu

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XXe SIÈCLE

les laissait 14 proie dés passions dévérenta les jeta à la prisoñ, au suicide, à l’assassinat où au trottoir. Gertes, les quatre héros de Feriné la Nuit sont leurs frères : On pourrait s’aitiser à suivre le pe lisme de la Nuit catalane et de la Nuit de Poflofino Kulm, mais ils Soit quelque chose dé plus. Aprés avoir peint des victimes, Morand à voulu péindre | “ quelques vainqueurs de ce temps. :

Ce monde à l'envers qui, dans ses soubresauts | désordonnés, écrase sans y prendre garde, — comme | un talon d'homme des fourmis au rythiie de sa ; marche, — tant d'insectes humains, à pourtant sés ; dominateurs ét ses maîtres. Moränd les regarde | grouiller comme les vers sur un cadavre déjà pourfissant et en compose son poème, où l’allégresse À sauvage des cris prend par instahts uñe raucité tragique. | | Derrière le pétit maître, le Crébillon lé Jetnié de 1 l'érotisme contemporain déchaîné, voici un autre F. Mofand qui, à demi dissitnüulé dans Ouvert là Nüit, } apparaît aux yeux les moins attentifs et fait jouer en ; Maître toutes les passions masculiñes : l'ambition, l'appétit du lucré, celui de la gloire, la passion de éonnaître, de détruire, de régnér, l'ivresse de la { | création poétique où métaphysique, le iationalisfe. - Dresser en pied des figures vivsntes et sÿmboliques ne suffit pas à Morand ; il synthétise dans cha- \.

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cune d'elles an peuple, une condition sociale où une dé ces créations composites de l'après-guerre impré- Visiblés jusqu'en 1918. Prenez le poète irlandais O’Patah : en lui se résuinent et se condensent Pade-

-rewski lé Polonais, d’Annunzio le Fiumain, tous les prophètes sionistes, tous les héros irlandais, et ces comités ÿougoslaves, tchécoslovaques, qui fonc- »tionnaient aux États-Unis durant la guerre; dans À son aVenture se succèdent les trois phases coutu-

- mières dé la vie de ces agitateurs : la campagne É Ede conférences en Amérique, l’'émeute dans leur | pays, le repos et la noce sur la Côte d’Azur et la 1 Riviera.

à Prenez Egon von Strachwitz : c’est toute l’Allemagne de la défaite, avec l’appel de l'Asie, le culte

- des serpents tel que l'enseigne un Waldemar Bonsels, , À dans son /ndienfahrt, avec ses prêches à la façon . de l’école dé sagesse de Darmstadt du comte Kay- Serling, cette Allemagne hystériqué dont l’effroyable » hudité cauchemaresque émplit les Maferialisationen de Georgé Grosz.

Prenez Habib : c’est la victoire hideuse du Levan- Lt sur l’occidentalisme, l’envoûtement renouvelé 4 du rationalisme hellénique par les supérstitions venues » d'Asie, c’est le médecin égyptien ou syriaque du » temps des Césars, le médecin juif ou arabe nourri … d’averroïsme à la coùr des rois souabes de Sicile. + Prenez enfin le ministre français de la Nuit de » Babylone, le soir de sa chute, étranglé par l'hydre 4 de la politique, asphyxié sous l’amas de la pape- { | fasserie bureaucratiqué, mais prêt à se redresser et » à triompher promptement à nouveau.

Le monde sens dessus-dessotis, les nationalismes | éteints se réveillant comme des volcans, la grande Vague asiate une fois de plus menaçant de sub-

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merger la civilisation d'Occident, le vaste lyris: fou des veilles de cataclysme : voilà ce qu'on tro dans Fermé la Nuit, et c’est certainement beauco plus qu’il n’y avait dans Ouvert la Nuit; € est sur | tout une matière qui exigeait, pour être mise forme, non pas seulement des sensations aiguës du modernisme dans l’expression, mais encore u cerveau puissant et net. Ceux qui, dans l’auteu d’Ouvert la Nuït, ne voulaient voir qu'un impres sionniste, un « sensationniste », un « belphégorien », se trompaient : Morand est aussi un constructeur. Le papillotement et les brisures de son. style lui épargnent tout pédantisme, mais ne corres= pondent en rien à un papillotement de la pensée. Les petits traits qu’il a l’air de juxtaposer au hasard convergent tous vers un même but. Relisez le tableau de Paris (page 151) ou celui de là rive. gauche (page 115), et vous verrez comment Morand rajeunit une peinture sans la fausser, ni la truquer.

Fermé la Nuit ne semble pas avoir rencontr.

un aussi vif succès auprès du public et de la critiqu. qu'Ouvert la Nuit. Ces hommes d’aujourd’hui ont paru moins accessibles que Remedios, Anna, Wanda, Léa et Aïno. Peu importe : Morand a agrandi, | élargi son art dans Fermé la Nuit. î

Il a aussi à la vérité côtoyé quelques défauts! que cet art direct et rapide ne saurait supporter. Il y a des morceaux de bravoure dans Fermé la Nui (la comparaison de Londres et de Paris dans la Nuit de Puiney Common), des hors-d'œuvre (les pages sur le musée de médecine dans la même Nuit) ;

on y rencontre des détails purement livresques

| l'indianisme par exemple de la Nuit de Charlotten-

Ces défauts se retrouvent dans Lewis et Irène, où Morand, conteur, s’est appliqué à devénir romancier. L'enterrement du début est trop long, trop complaisantes l'évocation d'un salon parisien, la description de la Sicile ou des îles grecques. Les | à-côtés de l’action sont étalés, l'essentiel est souvent

escamoté.

É Mais c’est un grand sujet social auquel s’est atta-

qué jà Morand. C’est une question sociale, et non plus seulement des types SOCIaux, qu'il a réussi à animer : la répercussion sur la vie sentimentale et conjugale de demain de l'entrée des femmes dans le monde des affaires. Ce ne sont plus des personnages d’excep- &s sur le terreau et le fumier de l’apresil met en scène, c'est une vue générale e sur la veulerie des hommes auxquels pris l'action véritable, procédant ue-tout intermittents et sur la femmes, conservatrices tradide prudence, d'ordre et d’éco-

tion pouss guerre qu’ . qu'il nous ofir la guerre à désap par à-coups, en risq

tenace énergie des tionnelles des vertus

n ne révèle pas en Morand teur. Mais de plus en plus il fait espérer en Jui l’historiographe et le sociologue de l'élite de notre époque névrosée et non pas seulement un collectionneur de « monstres choisis » en marge de la société, +

Certes ce court roma

L'œuvre de Drieu La Rochelle est sans doute l'expression la plus typique de la génération bou geoise qui avait vingt ans en 1914, ou du moins d'une partie de cette génération, celle qui était mieux prédisposée à s’enorgueillir et à s’exalter d destin héroïque et pitoyable qui lui était réser au sortir du collège et de la caserne : | “

.. Songe Que nous serions restés loujours inassouvis

Si l’heureux coup du sort ne nous avait ravis. (Fond de cantine, p. 13).

la vie-telle-quelle-est, ces quatre ou cinq années de navigation errante et de flânerie à travers un océan d'images, d’idéologies, de rêves, de traditions, de

contacts où l’adolescence emichit sa personnalité, se tamise, s’arrondit aux angles. Avant même que le tran-tran de l'existence se charge de cet office, | nos poètes et nos idéologues de prédilection dé-

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