‹ Vingtième siècle. 1. sér 1924Chapitre 44 sur 48 · MAR · texte numérisé non relu

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gonflent les ballons de notre dix-septième année et nous enseignent à en gonfler d’autres,

[ya là enrichissement certain de la personnalité (qu'est-ce en effet que cinq petits sens, un seul cœur et un seul cerveau pour explorer le monde et soi-même ?), mais il y a aussi en revanche risques d'imitation, retard dans! l’éclosion de l'originalité. Ce n’est guère avant trente ou trente-cinq ans qu’un homme est complètement libéré des influences, complètement lui-même, même s’il s’insurge contre ses maîtres avec violence.

Drieu La Rochelle, collégien émancipé par la . guerre, préservé par elle de la timidité et de la crainte du ridicule, encouragé par les brisques de sa manche droite, a osé notifier pêle-mêle et sans tarder aux générations précédentes les raisons de vivre de la | sienne.

. Comme Barrès en 1888, il a fait. sauter les ponts derrière lui. Fond de Cantine (1920) a suivi {nterro- gation (1917) comme Un Homme libre avait suivi Sous l’œil des Barbares. L'exercice d’application après l'exposé doctrinal.

Drieu La Rochelle est autant logicien et systé- matique que poète, et ses deux premiers recueils » sont plus des essais que des poèmes. Drieu nous a donné à la mode de son époque, c’est-à-dire sans ironie, un pendant au Culte du moi et, comme Barrès, fourni sa réponse provisoire aux deux questions fondamentales : Pourquoi vivre ? Comment vivre ?

- Il y à dans Znéerrogation un système cohérent,

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toute l'idéologie morale d'une » général on. s spor définitivement établie dans le. pragmatisme pars. expérience de la guerre. Action et jeu. Jeu del action,

Lancer une idée dans le monde comme un ballon de foot-ball dans la mêlée, affirmer une idée de la vie et la faire triompher, c’est la raison de vivre d l'élite des hommes et de l'élite des peuples. Si le idées contradictoires lancées par tous les hommes maîtres forment un chaos, tant mieux : « Il fau choisir entre le néant et le chaos » (nterrogation, D. 38). :

Mais ces idées-forces en se muant en action tan gible et corporelle se heurtent fatalement : « Tel est. le secret, telle est la nécessité de la guerre ». La guerre rend intense la vie assaillie par la mort. La masse se sacrifie pour faire triompher l’idée du chef soi qu’elle adhère à cette idée, soit plutôt qu’on la préci pite dans la guerre par le mensonge (« Appelez le che l'homme-qui-ment »). ie

Et pourtant le vœu dé la masse, celui même de l'homme qui déchaîne la guerre est de ne pas souffrir. N'y aurait-il donc de choix pour l'humanité . qu'entre la souffrance de la guerre et le néant d'un existence « de boutiquier retiré des affaires » ? Non il se peut que la guerre ne demeure pas toujours cette mêlée meurtrière. « La guerre nous fit croire non pa au progrès, mais au noble effort sans but et libre d’espoir. » Ce qui importe à jamais, c’est « la souveraine présence en temps de paix de l’âme de la guerre de l'esprit d'inquiétude, enfin de l’action qui éjacul le monde ».

Et dans Fond de Cantine, « V’art qui est un regard sur tous ces agissements » s'arrête à examiner quelques-uns de ces « nobles efforts », de cette « action qui éjacule le monde » à force de mythes. Voici le

mythe américain de la guerre s’opposant au mythe français ; voici le mythe bolchéviste ; le mythe de l'alliance de l’homme et de la matière (Grue, Atlan-

tide) ; celui de la vitesse (Automobile) ; celui du jeu pur, « fin en soi » (Tennis) ; et enfin, rejoignant sur un autre plan l’Invitation au voyage, la vieille Sehnsucht romantique, le désir d'évasion (Rondeur). Le style de ces poèmes en versets a le rythme de la mer ou de l’assaut (aucune fluidité, aucune musique), il déferle par vagues successives, qui parfois échouent, parfois arrivent au but dans un tourbillon d'images neuves et de mots. Au premier abord, cela rappelle du Rimbaud, du Claudel, du Whitman ou du Marinetti, et il est bien certain que le style de Drieu dans Interrogation et dans Fond de Canline est encore soumis aux influences, et qu'il est,

par manque de soin, souvent raboteux, heurté, inutilement télégraphique, pareil à la mauvaise traduction d’un bon poète étranger. Maïs un élément

tout personnel relie Drieu à la plus sévère et à la plus belle tradition classique latine, qui va de Eucrèce à Dante, de Tacite à La Bruyère, c’est l’art du raccourci, la recherche et fréquemment la découverte de la formule explosive, à force d’être comprimée. Ce renouveau partiel du classicisme dans l'expression est sans doute ce qui fait la valeur

| littéraire durable et l'originalité vraie d’Znterrogation

passagères des adolescents de 1914,

Il y avait quelque chose de décevant et de si pliste, de puéril pour tout dire, dans cette conceptio de la vie-jeu et de la vie-guerre : R |

‘ Faisant ma prière Au dieu de la guerre Et des révolutions.

C'était le struggle for life darwinien vu de loin à travers l’inertie, la passivité de la vie guerrière coupée de brefs soubresauts intenses, que DÉAURQUR ont pris pour une activité véritable. |

C’est de cerveaux enivrés d’adolescents précoce ment appelés à jouer « à l’homme », et non pas di l’observation du réel qu'étaient sorties ces grandes théories où tout se mélangeait : souvenirs des héros antiques fréquentés au collège, sentiment de l’honneur, acceptation du fair play à l'anglosaxonne, orgueil d’un néo-naturalisme païen où la santé et la beauté des corps compenseraient et vaincraient la sottise humaine, souhait d’une aristocratie fondée sur la valeur, espérance d’une élite puissante par le muscle et le cerveau entraînant dans ses entreprises hasardeuses le troupeau plus ardeni à vivre. | Au Le retour à l'existence quotidienne a eu tôt fai

ht ARR 2.

ans de portée, dont l'allure débridée masquait nal l'inquiétude sous-jacente.

ï Mais sorte noce, ce désordre spirituels auxquels

ait it manque de réalisme.

Etat-Civil Mesure “ la France sont les premiers

mpare l'adolescent fictif d’Inferrogation à l'enfant | et à l'adolescent réel qu'il a été, lui et tous ceux de … sa génération. Fils uniques des vaincus de 70, élevés | dans le coton et la crainte des courants d'air, mais |

| {ri

aussi dans le culte de Napoléon, de la force, de Ja ction, qui [ont admiré la puissance allemande ob:

? n glo-saxonné, bouillonné en lisant Nietzsche, d’An-

nunzio, Kipling, entrevu APN acclimaté en di :

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France l'amour des sports, sans toujours les pratiquer eux-mêmes. FE Le rythme de la vie s’est prodigieusement avcatere | pendant la guerre : la génération de Drieu qui ache- 4 vait son service militaire en août 1914 et l’a vu ne prolongé de cinq ans est profondément différente de . celle d’un Montherlant, qui avait de seize à dix-huit ans à la mobilisation et qui est vraiment, elle, une génération sportive, pour laquelle le sport n’est pas un mythe poétique, mais une réalité quotidienne ; différente aussi de celle d’un Radiguet, qui avait . douze ans à la déclaration de guerre et qui, dès la à puberté, a remplacé les hommes des tranchées dans ù le lit de leurs femmes. Et il est à présumer que cette génération du Diable au Corps asservie aux jouissances immédiates, inconsciemment cynique et À matérialiste, n'aura guère de points de ressemblance . avec la génération suivante, celle des enfants nés ; après 1910 et qui, en arrivant à l’âge de la raison et du rêve, trouveront devant eux non plus les réalités mesquines de la guerre, mais sa légende. | Elat-Civil, œuvre inégale, dont la réussite formelle est loin d’être aussi éclatante que celle d'Znterroga- | lion, amalgame des proses les plus diverses : d’une prose précieuse, trop imagée et trop jolie, d'une prose philosophique et jargonnante, d’une prose hérissée et compacte, d’une admirable prose lyrique enfin É aux meilleurs moments, mais œuvre brutalement sincère dans son schématisme trop voue A travers À des anecdotes sans relief et un récit*sans aisance et sans joie, Efat-Civil nous offre du moins une épure

“& plutôt qu’un tableau — de ce que fut l’enfance et l’adolescence de nombreux jeunes Français nés vers 1892.

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nent tirer

Mesure de la France, c’est sous forme d'essai, une méditation et une enquête sur la patrie et la nation françaises immédiatement avant, pendant et après la guerre, c’est le complément de l'analyse introspective menée dans Ætat-Civil.

Ancien élève de l'Ecole des Sciences politiques, . comme tant de littérateurs d’aujourd’hui : de Marcel Proust et Pierre Mille à Paul Morand, Dominique Braga, Jean Bernier, Raymond Lefebvre, Louis- . Léon Martin, Drieu La Rochelle a retiré de l’enseigne- ment de la rue Saint-Guillaume un goût pour la sys- | tématisation arbitraire, pour la mise en équation simple — et même simpliste — de tous les problèmes . économiques, politiques et sociaux, et en même temps un anti-marxisme foncier, une croyance à la vertu de Ja volonté humaine, à l’action incessante de l'esprit . humain sur l’évolution de l’histoire.

De son examen de la France d'aujourd'hui, Drieu D avec la conviction que le salut de la civilisa- . tion menacée est dans un perfectionnement, un amen- | dement, une légitimation aussi du capitalisme. » Entre la noblesse-capital et le tiers-état- prolétariat, . il y a place pour un clergé, les intellectuels, qui doi- | vent enseigner . l homme « à s'arranger avec la ma-

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