Éditions du Sans-Pareil
dans L: maniement du langage.
Bien mieux : « Tel maître, tel serviteur. » Freud, ar sa théorie des actes manqués, nous ouvre des JeRÈRTeS sur bien des lieux bas de notre nature : c’est lé langage ici qui sert la vérité en faisant apparaître fugacement de terribles secrets, dans nos lapsus et dans nos rêves. Dans ce conflit permanent, c'est tour à tour l'inspirateur et lé traducteur qui est dupe, criminel, véridique, faussaire.
S'il ne se joue plus chez un seul individu, mais entre plusieurs, combien ce drame de l'expression se compliquera-t-il encore, combien de possibilités ngendrera-t-il ? Une pensée déformée d’abord par les mots de celui qui là parle, interprétée ensuite par l'auditeur qui traduit ces paroles dans son propre langage et les souméet, ainsi traduites, à l’action de son inconscient, à quelles confusions, à quelles explosions, : quelles interférences ne peut-elle pas conduire ? Principe d'identité, syllogismes : fondements ogiques du langage ; figures de rhétorique : fondements poétiques du langage, autant de notions périmées. Voyez dans Jacob Cow l'analyse de la
métaphore. Une image n'est originairement qu’une impuissance à nommer l’objet, une approximation :
« Quelque enfant, ou étranger, parle de « cuillère 3 trous », de «couvercle pour tête». Quelle fan-
taisie, dit-on. C’est qu'ils ne connaissaient pas :
« fourchette ou chapeau, ou bien ces mots leur avaient échappé, ils ne cherchent qu'à serrer l’objet du plus près et à se faire entendre. »
XXe SIÈCLE
A la conception physique du lindate. Jean Paul an substitue une conception chimique. Ces unions, ces. échanges entre les pensées et les mots, que l'on croyait passagers, fugitifs, sans conséquence, incapables d'apporter un changement soit dans la nature | de la pensée, soit dans celle des mots, nous sont révélés comme des phénomènes chimiques, stables, . définitifs, donnant naissance à des corps composés, qui, une fois composés, agissent avec leurs qualités propres, provoquant des modifications imprévues | dans leur entourage immédiat de pensées et de mots.
Cette bataille incessante de la pensée (ou du sentiment) et des mots (ou des images), avec ses alter- … natives et ses rebondissements, c'est évidemment \ le tissu même de notre existence morale. En donner la notion, en faire revivre toutes les péripéties, ce " serait donner naissance à l’art le plus réaliste qui ait à jamais existé. Au
C’est celui que souhaite Jean Paulhan. L'instinct qui a poussé le dadaïsme à renoncer au jeu normal de recouvrir chaque pensée du mot correspondant en laissant libre carrière aux paroles pour traduire … l'inconscient est chez Paulhan volonté réfléchie, | née de ses études de psychologie et de linguistique. Notons qu’un réalisme de cette sorte qui nous introduit dans le plus secret laboratoire intérieur, pourvu d'autant de couloirs qu’il y a de circonvolutions dans notre cerveau, entraîne à de longs romans cycliques dont l’œuvre de Marcel Proust nous offre un exemple. |
Si Jean Paulhan ne nous a donné jusqu'ici que de .
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courts récits, c’est qu'il vise surtout à nous fournir des données élémentaires, propres à illustrer ses théories. Le Pont Traversé!, c’est, après la Guérison Sévère et Agiré qui perd l'habitude ?, une troisième façon d’étu- dier, dans un cas psychologique simple, les rapports de la pensée et du langage et le jeu de l'inconscient. Pourquoi le héros de la Guérison Sévère ne parvenaïit-il pas à trouver la force de guérir sa grippe espagnole, malgré les soins de Juliette ? C'est qu'il avait trompé Juliette avec Simone et que ce secret, avec son fardeau de sentiments et d'images, occupait tout son esprit. A peine a-t-il laissé découvrir par Juliette les lettres de Simone, qu'il s’achemine vers la guérison. Toute la charge de sentiments et d'images . qui l'encombraient a été transférée à Juliette par les simples mots révélateurs contenus dans Îles lettres de Simone. ; Comment le sergent Aytré, qui a tué dans un village à malgache Mme Chaulinargues, Européenne, révè- Jera-t-il son crime ? Simplement parce que les mots . trahiront sa pensée à la dérive et que le carnet de ‘ route — à lui confié par l’adjudant, chef de convoi, —
. yeux depuis le jour de son crime, aspect imprévu ‘. qu’il exprime par des séries de questions et des projets de réformes. Ici les mots jouent un rôle actif de dénonciateurs.
Enfin, dans le Pont Traversé, c’est le drame même