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CHAPITRE IV

Les ouvrages de Viollet-le-Duc.

Il nous reste à considérer Viollet-le-Duc dans ses œuvres écrites; cette partie de noire travail sera la plus importante, car, nous l’avons déjà dit, c’est surtout comme archéologue, comme critique, comme écrivain, que Viollet-le-Duc a creusé un large sillon dans le champ de l’histoire monumentale.

Voici, aussi complète que possible, et en presque totalité d’après le Polybiblion (1 *, la liste des ouvrages de Viollet-le- Duc qui forment des volumes ou des brochures à part :

De la Construction des édifices religieux en France (extrait des A nnales archéologiques, 1 8 {4-1 840, in-4°) ; — Du Style gothique an xixr siècle, réponse éloquente au rapport contre la renaissance du style ogival lu par Raoul Rochette à l’Académie des Beaux-Arts (extrait des Annales archéologiques , 1846, in-4°); — Monographie de Notre-Dame { 1853, in-fol.); — Dictionnaire raisonné de l'architecture française du xie au xvi<î siècle (1854-1860, 10 vol. in-8°, avec gravures); — Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (1854-1875, 6 vol. in-8<>); —

(1) Livraison d'octobre 1879, partie littéraire. Nous avons ajouté les ouvrages posthumes et quelques autres indications bibliographiques.

Essai sur l’ architecture militaire au moyen âge (1854, grand in-8°, avec 153 grav. sur bois); — Description de Notre- Dame (1856, in-8°, avec 4 planches); — Lettres adressées d' Allemagne à M. Adolphe Lance (1856, in-8°, avec vignettes);

— Description du château de Pierrefonds (in-8°, 9e édition, 1880), — Entretiens sur l’architecture (1858-1872, 2 vol. in-8°, avec gravures); — Cité de Carcassonne (1858, in-8°, avec un plan et des gravures; plusieurs éditions); — Description du château de Coucy (1858, in-8°, avec 4 planches, 5e édition, 1880) ; — Lettres sur la Sicile à propos des événements de juin à juillet 1860 (extrait du Moniteur , 1870, in-8°) ;

— avec MM. Ferd. Denis et D. Charnay, Cités et ruines américaines, Mitla, Palenqué, Izamal , Chichen Itza, Uxmal (1863, in-8°, avec gravures et un atlas in-plano de 49 pl. photographiées) ; — Intervention de l'État dans l'enseignement des beaux-arts (1864, in-8°); — Réponse à M. Vitet, à propos de l'enseignement des arts du dessin (1864, in-4°);

— avec M. Ouradou, son gendre, Chapelles de Notre-Dame de Paris, peintures murales (in-fol., 62 planches chromolithographiques, 1867-1869); — Ce que réclame au xixe siècle T enseignement de l' architecture (1869, in-8°); — Mémoire sur la défense de Paris (1871, in-8°); — Simple discours pour servir d' introduction au « Mémoire sur la défense de Paris » (1871, in-8o); — la Fortification passagère dans les guerres actuelles (1872, in-8°); — Histoire d’une maison (1873, in-8o, illustré); — Monographie de l’église de Vézelay (1873, in-fol., avec 12 planches); — Exposé des faits relatifs à la transaction entre le gouvernement français et l'ancienne liste civile ; musée des armes et musée chinois (1874, in-8°);

-• avec M. Ouradou, Habitations modernes (1874, 2 vol. in-fol., avec pl.) ; — Histoire d’une forteresse (1874, in-8o, illustré); — Histoire de l'habitation humaine depuis les temps préhistoriques jusqu’à nos jours (1875, in-8°, illustré) ;

— le Massif du mont Blanc , étude sur sa constitution géodésique et géologique , sur ses transformations, sur tétât ancien et moderne de ses glaciers (1876, in-8°, avec 112 figures);

— Un mot sur la guerre de montagne (1876, in-8°, avec 10 figures); — l'Art russe, ses origines, scs éléments constitutifs, son apogée, son avenir (1877, in-8, avec 31 planches et nombreuses gravures sur bois); — Histoire d’un hôtel de ville et d’une cathédrale (1878, grand in-8°, illustré); — Histoire d’un dessinateur; le Siège de la Roche-Pont, ouvrages illustrés dont l’auteur corrigeait les dernières épreuves lorsque la mort est venue le surprendre et qu’a publiés la librairie Iletzel, comme livres d’élrennes pour les jeunes gens, à la fin de 1879; — l’ Architecture française, conférence faite en 1879, publiée en 1880, en brochure in-16 de 34 pages.

Les mémoires, articles, causeries insérés dans les revues, les journaux ou les grands traités didactiques : Revue des Deux-Mondes , l’Art, le XIXe Siècle, le Rien Public (1), Dictionnaire de pédagogie, etc., ne se comptent pas, et nous n’essaierons pas d’en mentionner môme une partie. Viollet-le- Duc s’était fait inscrire, en 1879, parmi les collaborateurs de la Nouvelle Revue; mais il n’eut le temps de lui fournir aucun article.

(I) Les articles insérés dans le journal le Bien public, en 1877, furent purement politiques.

Viollet-le-Duc reproche quelque part aux architectes d’être les seuls qui n écrivent pas sur leur art; il a prêché d’exemple, et nul, depuis que l’on cause d'architecture dans le monde, n'a rempli autant de pages consacrées aux principes esthétiques aussi bien qu’à l'histoire de la construction.

Et ce n’est point là une abondance stérile. Viollet-le-Duc a parlé, non pas pour le vain plaisir de se faire entendre et applaudir, mais parce qu’il sentait la nécessité impérieuse de dissiper des illusions dangereuses pour l’art.

On peut le dire, des écrits tels que les siens étaient un des besoins de notre époque.

Nous n’avons pas à nous étendre sur le mérite littéraire de ces ouvrages. Nous en voulons principalement envisager le fond.

11 nous sera permis toutefois de rendre hommage à la clarté de son exposition et à la force de ses raisonnements. Violletle-Duc a le mot juste et incisif pour renverser d’un seul coup ses adversaires et caractériser d’un trait rapide ses propres systèmes. S’il a des théories fausses, elles sont au moins spécieuses. Malheureusement il ne se soutient pas; ses beaux mouvements ne sont que des boutades, souvent étrangères au fond du sujet, et même un instant il quitta le langage élevé des livres d’érudition pour adopter celui du plus vulgaire journalisme. Ses Causeries du Dimanche et ses Lettres extraparlementaires , dans le XIX e Siècle , de 1875 à 1877, et ensuite ses articles purement politiques insérés dans le Bien Public , attristèrent les lecteurs des Entretiens sur 1 architecture et du Dictionnaire raisonné (1). Il les consola bientôt

(1) Voici deux exemples, parmi les plus caractéristiques, du style de Viollet-le-Duc devenu journaliste; ils sont tirés du XIXQ Siècle :

en revenant à une littérature plus sérieuse et plus digne de son génie, et sa bonne volonté ne doit pas être mise en cause, si, dans les ouvrages de vulgarisation qu'il entreprit alors,, il ne sut pas revêtir ses récits de tous les attraits d'une docte et facile conversation ou du noble langage qui convient à

« L’Allemagne a empoché nos cinq milliards et deux de nos provinces; croyez-vous que cela lui suffise et qu’elle soit satisfaite? Que non pas! Elle n’a pas encore empoché notre génie français; mais ça l’agace d’avoir, à côté du génie allemand, cet autre génie qui n'est point allemand. » ( Causerie n° I, 1er février 1875.) N’était-ce pas Viollet-le-Duc qui était « agacé » lorsqu'il écrivait ces lignes?

■ 11 s'agit, comme vous savez, de la conservation de nos vieux édifices nationaux, bâtis par les maîtres et les artisans laïques de nos cités, avec l’argent des citadins, suivant les principes nouveaux et ingénieux trouvés par ces maîtres et artisans, leur appartenant donc à tous les titres. J’insiste sur ce point, non sans cause; cette vérité, établie sur des faits aujourd’hui reconnus, a le privilège d’exaspérer certaines notabilités, et méchamment, je l’avoue (car j’exècre l'hypocrisie), j'éprouve un secret plaisir pousser au paroxysme les colères de ces bonnes âmes sujettes de notre sainte mère l’Église ou de l’Académie, — ce m’est tout un, — qui s’entendent sur celte question et sur bien d'autres, comme il convient à personnes de poids, pourvues de beaux privilèges, immunités, faveurs, aux dépens d’un public né, — qui en doute? — pour être dirigé dans la bonne voie par ces directeurs, occupés à. so décerner entre eux, sous la garantie du gouvernement, brevets de toutes sortes, sans compter ceux d’immortalité en ce moade et dans l’autre. » ( Causerie n® XXXVI, 20 décembre 1875.)

Si nous reproduisons de tels passages, ce n’est pas précisément pour dévoiler les défaillances littéraires de Viollet-le-Duc; c’est aussi et surtout dans le but de montrer que sa pensée n’était pas toujours calme, et que plus d’une fois ses jugements ont pu être obscurcis par son amertume contre l’Académie des Beaux-Arts, contre le clergé et contre ces « conservateurs #, dont il a donné dans ses Causeries une définition plus singulière que spirituelle.

l’histoire. Il manque de feu, d’entraînement, de douceur, et le sel de ses pointes desprit, quand il en essaie quelqu’une, n’est pas d'ordinaire assez piquant ou de goût assez pur. Le sermon qu’il prête à un évêque de Clusy, dans son Histoire d'un hôtel de ville , est aussi insignifiant de forme que vide de pensées théologiques; les entrevues de cet évêque avec les curiales romains, puis avec le chef franc, n’ont rien de la grandeur des circonstances où il les place. Suger, dans les écrits nombreux qu’il nous a laissés, s’exprime bien autrement que la lettre supposée dans le même livre. Si le bon évêque ou l’abbé Suger s’étaient mis à expliquer quelque chapiteau, nul doute que Viollet-le-Duc n’eût exposé par leur organe une démonstration magistrale; la narration n’était pas le genre qui lui convenait : aussi, comme vulgarisateur, était-il bien au-dessous d’Arcisse de Caumont. Nous ne lui en faisons pas un motif de blâme; car il est donné à bien peu de talents d’aborder avec un égal succès toutes les manières en littérature. Pour avoir commis des vers détestables, Cicéron n’en est pas moins considéré comme un des meilleurs écrivains de tous les temps, et il est probable que César et Montluc, si admirables dans leurs Commentaires , auraient inspiré de la pitié s’ils avaient eu la fantaisie de joindre quelques idylles aux vigoureux récits de leurs exploits.

Si nous prenons séparément les ouvrages de Viollet-le-Duc, nous en rencontrons bientôt un où sont éminemment réunies toutes les belles qualités de forme que nous venons de louer, comme s’y résument toutes ses théories. Nous voulons parler du Dictionnaire raisonné de /’ architecture française du xie au xvie siècle , le livre le plus savant, le plus judicieux, le

plus clair et le mieux illustré de tous ceux qui ont jamais été composés sur Tarchitecture (comme il en sera question à tout instant dans la suite de cet ouvrage, nous le désignerons désormais par les initiales D. R.,) ; correction et beauté de stvle s'y joignent à une précision et à une convenance de termes si parfaites qu'on ne croit plus possible, après l’avoir lu, de rendre autrement les idées qu’il a voulu exprimer. Lui qui n’aimait pas les « phrases stéréotypées », il en a écrit un très-grand nombre qu’il faudra bien répéter après lui textuellement, sous peine de balbutier. Si quelques tournures paraissent bizarres, elles n’en sont que plus exactes, plus précises, plus rapides, et jamais elles ne descendent à la basse trivialité. Comme partout, dans les ouvrages de Yiolle*-le-Duc, les grands morceaux d’éloquence ne sont que des boutades dirigées contre les ennemis du moyen âge ou des accès de généreux enthousiasme à l’égard des architectes ou de l’architecture des xiie et xmc siècles; il y a cependant quelques exceptions, et, du reste, ces sorties énergiques sont moins qu’ailleurs déplacées dans un dictionnaire, où s'assemblent l’un à côté de l’autre les morceaux les plus divers et parfois les plus disparates.

Le grand défaut de l’ouvrage capital de Viollet-le-Duc, c’est cette forme môme de dictionnaire. Pourquoi adopter un tel plan? M. Charles Blanc, dans le Temps du 2 novembre 4879, en donne la meilleure explication : « A vrai dire, la forme de dictionnaire, choisie par Viollet-le-Duc pour répandre son enseignement, était bien celle qui convenait à la nature de son esprit, essentiellement propre à l’analyse, amoureux du détail, chercheur. Il faut d’ailleurs reconnaître que les im-

menses travaux qu’il avait entrepris sur tant de points à la fois, et qu’il faisait marcher de front si vaillamment, ne lui auraient pas permis d’écrire, à tête reposée, un traité de l’architecture ogivale, un traité du mobilier et du costume, tandis qu’il pouvait, sans trop de peine, en allant d'un chantier à l’autre, de Carcassonne à Pierrefonds, d’Avignon à Semur, de Saint-Sernin de Toulouse à la salle synodale de Sens, de Saint-Denis à Vézelay, il pouvait, dis-je, définir un mot, le définir deux fois, par l’écriture et par un croquis fait sur le genou, entre un article de journal et un rapport au ministre ou au conseil municipal de Paris. » Fort bien; ce n’est pas nous qui repousserons l’influence que doit présenter sur le plan d’un ouvrage la situation personnelle de l’auteur. Mais un dictionnaire n’est pas fait pour développer une thèse; il ne peut guère convenir qu’à une branche d’études parvenue à sa maturité et à la tranquille possession de ses principaux points de doctrine. Tout le monde sait qu’il est bien loin d’en être ainsi pour l’architecture du moyen âge, qu'on connaît et qu’on apprécie peu, qu’on connaissait et qu’on appréciait beaucoup moins encore en 1854, lorsque Viollet-le-Duc publia le premier volume de son Dictionnaire raisonné. Le but de l’auteur était précisément de révéler aux artistes et la nature intime, et les causes techniques, et les mérites ignorés de notre style roman et de notre style ogival. Pouvait-il espérer d’y parvenir complètement par une série d’articles détachés, où l’ordre de ses raisonnements devait dépendre de l’ordre alphabétique, absolument étranger aux besoins de l’éloquence? Pour convaincre des endurcis, ne fallait-il pas toute la mise en scène d’une argumentation serrée, continue, hermétique-

ment fermée, sans fissure? Fallait-il se contenter de fragments d’argumentation disséminés et nullement susceptibles de se fondre ensemble? Nous ne le croyons guère.

Le malheur est d’autant plus regrettable que précisément, dans l'histoire comme dans les principes et dans l’essence de notre architecture nationale, tout est lié de la façon la plus étroite; pour la décrire et la raconter, c’était donc aller directement contre sa nature même que de la scinder en autant d'articles séparés qu'elle fournit de mots au vocabulaire. Viollet-le-Duc le savait mieux que personne.

Du moins l’écrivain n’aurait-il pas dû s’appliquer à s’affranchir de cet inconvénient dans la mesure où cela était possible à un homme possédant, à un aussi haut degré que lui, l’ensemble de sa matière? Au contraire, il a aggravé toutes les imperfections inhérentes à un dictionnaire. Au lieu de se compléter et de se prêter secours mutuellement, les articles sont souvent en opposition soit apparente seulement, soit réelle; les doubles emplois n’y sont pas rares, non plus que les lacunes. Les redites l’emportent cependant, et si bien qu’en refondant l’ouvrage pour lui donner la forme d’un traité, on trouverait aisément le moyen de le réduire d’un tiers, sans enlever aucune notion, aucun développement, et en ajoutant ce qui manque.

Tout en admettant, nous l’avons dit, les exigences de la situation personnelle de Viollet-le-Duc et de son caractère, nous pensons qu’il a eu tort de s’en laisser dominer. Avec quelques efforts sur lui-même, efforts dont il était capable, et avec quelques sacrifices de temps, il serait arrivé à composer un travail méthodique, parfaitement suivi et parfaitement

éloquent. Au reste, le temps employé à coordonner patiemment ses matériaux, il l’aurait regagné en diminuant notablement l’étendue de l’ouvrage. Tel qu’il est, son livre est certainement le plus beau qui soit sorti des mains d’un architecte. Si à ses qualités le Dicliomiaire raisonné joignait plus de cohésion, d’uni! é, de concordance, il serait incomparable !

Nous avons signalé des lacunes dans le Dictionnaire raisonné, et nous en avons rapporté l’origine au plan même de l’ouvrage. C’est peut-être une exagération, car toutes ne proviennent pas des oublis qu’entraîne avec tant de facilité l’ordre alphabétique et que peut seul prévenir l’enchaînement logique des matières. Tel l’article Façade , qui s’est présenté à la mémoire de l’auteur, puisque certains passages y renvoient, puisqu’il est bien indiqué à la place naturelle, mais qui n’est accompagné d’aucun développement, sous prétexte que le point de départ de la disposition des façades étant la coupe des nefs, il suffit de se reporter à celles-ci. Viollet-le-Duc s’est ici appuyé fort inconsidérément sur l’esprit logique des maîtres maçons du xip et du xme siècle. Tout soigneux qu’ils étaient . de conserver un accord parfait entre les différentes parties de leurs édifices, ils trouvaient assez de liberté pour varier leurs genres d’harmonie, et il y avait effectivement plusieurs moyens de disposer le mur qui terminait une église, pour ne parler que de ce genre de frontispice, les autres monuments du moyen âge n’ayant pas à proprement parler ce qu’entendent aujourd’hui les artistes par ce mot « façade ». Bien plus, la façade est, avec le clocher, la partie de nos vieilles basiliques qui se prêtait le plus aux libres conceptions des architectes

sans les induire à dissimuler les dispositions intérieures. Il y avait d'abord plusieurs genres de façades : façades d 'églises à trois nefs, d'églises à deux nefs égales (très-rarement, pour les nefs, et plus souvent pour certains transsepts enjambant deux travées, comme dans le Valois, le Noyonnais, en Normandie, dans la célèbre église de Saint-Nicolas-du-Port, etc.), d'églises à une nef; façades de transsepts; façades à deux tours, sans tours ou parfois à une seule tour; avec ou sans porches; avec ou sans galeries; ensuite, chacun de ces genres comportait plus ou moins de richesse, et des combinaisons assez nombreuses.

Et véritablement, si nous nous reportons aux édifices existants, nous voyons que la façade de Notre-Dame de Chartres ne ressemble nullement à celle de Notre-Dame de Beims, ni à celle de Notre-Dame de Rouen, ni à celle de Saint-Étienne de Sens; que ces dernières ne ressemblent pas à celles de Notre- Dame d'Amiens et de Saint-Denis, etc., bien que dans tous ces édifices la disposition respective des grandes nefs et de leurs collatéraux soit identique. Nous ne voyons pas de rapports entre Notre-Dame de Paris et Saint-Étienne de Bourges, qui ont chacune cinq nefs; à Chartres et à Reims nous apercevons, dans un môme édifice, une différence complète entre les frontispices des nefs et ceux des transsepts, bien que les croisillons se trouvent avoir, comme les nefs, des collatéraux de proportions égales. Et qu'en sera-t-il si nous passons aux façades romanes, si nous les distribuons par écoles, si nous considérons surtout ce fait considérable, connu de Viollet-le- Duc, mais passé par lui sous silence au moment où il importait le plus de le signaler, le fait du complet désaccord que

présentent de nombreuses façades romanes avec les nefs qu’elles terminent?

En Poitou, en Angoumois et en Saintonge, par exemple, les architectes du xie et de la première moitié du xne siècle se sont débarrassés de toute entrave; négligeant les distributions intérieures, ils ont dressé, percé et découpé à leur guise le mur de façade, si bien qu’au seul aspect d'une façade appartenant à ces régions, il est impossible de constater si l’église a ou n’a pas de bas côtés, et si ces collatéraux, au cas où ils existeraient, sont sensiblement plus bas que la voûte centrale. A Surgères, Aulnay et ailleurs dans l’ouest de la France, nous avons remarqué de profondes arcades percées là où aurait dû s’appliquer un contre-fort, c’est-à-dire au droit de la séparation intérieure des nefs. Et d’ailleurs ce prétexte malencontreux qu’invoque Viollet-le-Duc et qui prive le lecteur d’une dissertation des plus intéressantes, — de ce qu’elle eût été on peut juger par la belle description de la façade de Notre-Dame, à Paris, qu’il faut aller chercher à l’article Échelle , — il aurait pu l’alléguer également pour d’autres éléments d’architecture, et négliger, par exemple, les termes Arc-boutant, et Gable , puisque l’arc-boutant est étroitement dépendant de la forme et de la dimension des maîtresses voûtes, et le pignon déterminé par les inclinaisons de la toiture. L’excuse est donc irrecevable, et l’on regrettera toujours quelle ait paru suffisante à Viollet-le- Duc. A cause d’elle, pas un seul des admirables dessins de l’ouvrage n’est consacré à nos grands frontispices d’église, et l’on chercherait vainement la représentation des façades si célèbres de Saint-Pierre d’Angoulême, de Notre-Dame de Poitiers, de Saint-Nicolas de Civrai, des cathédrales de Paris,

de Laon et de Reims. Tout au plus trouve-t-on figurées incidemment, à l’article Clocher , les façades de Saint-Benoît-sur- Loire, de Leslerps, de la petite église de Rue-Saint-Pierre (Oise), et, aux deux tiers, celle de Saint-Nicaise de Reims. La compensation est assez maigre.

Parmi les omissions d'articles dues à l’oubli, nous signalerons comme particulièrement importantes : Aqueduc, Cave, Cellier et Magasins. A l’article Cave , on ne trouve guère qu'un renvoi au mot Maison, où l’on n’y a plus pensé. Or les caves et les magasins forment une classe intéressante de constructions civiles. Quant aux aqueducs, Viollet-le-Duc, en n’en parlant pris, a manqué une belle occasion de faire valoir le talent des architectes du moyen Age, qu’on suppose gratuitement avoir été de bien pauvres ingénieurs. Dès le xip siècle, les religieux de Cîteaux avaient construit, pour leurs exploitations agricoles, de véritables ponts-aqueducs, et le Répertoire archéologique de la Côte-d'Or en signale un de cette époque parmi les ruines du prieuré de Bon vaux. En 1232, d'après M. Quenault (Guide de l'étranger à Coutances , ouvrage bien plus sérieux qu’un guide ordinaire, malgré l'opinion de l’auteur sur l’Age de la cathédrale), la famille Paisnel fit commencer le grand aqueduc de quinze arches qui portait au couvent des Dominicains et A la ville de Coutances les eaux de la source dite de Closages; quelques années plus tard, un roi de Majorque établissait, de son côté, un aqueduc pour alimenter le chAteau et la ville de Perpignan ; le chemin de fer international de Narbonne à Girone passe fort A l’aise sous une des immenses arcades de cette construction.

Enfin, il est au moins un article dont l’omission est due à

une véritable ignorance de la chose : c’est celui des Bastides. Le D. R. donne bien le mot, mais il en fait simplement le synonyme de maison de campagne et de bastille, et s’étend sur le dernier sens, tout à fait militaire et féodal. Les « bastides » ou villes neuves sont cependant un des points principaux du mouvement architectonique du moyen âge. Hâtonsnous d’ajouter que cette ignorance est fort excusable, car en 1854, date où fut commencé le D. /?., il y avait deux ans à peine que Félix de Verneilh avait publié, dans les Annales archéologiques , son travail sur les villes neuves du Sud-Ouest, qui l'un des premiers attira l'attention sur les bastides civiles; mais elle était bien réelle, car, en 1854, lors de la publication du tome Ier du D. R ., Viollet-le-Duc, ayant affaire à un texte où il était question d’une bastide, prit celle-ci pour une forteresse et tira de ce document une conséquence générale sur la situation légale des châteaux au xme siècle. Voici la note (t. Ier, p. 372) qui a été le résultat de cette méprise :

« D’un autre côté, malgré la défense de ses vassaux, le roi de France, par acte du Parlement, autorisait la construction de châteaux forts, afin d’amoindrir la puissance presque rivale de ses grands vassaux : « Cum abbas et conventus Dalonensis « associassent dominum regem ad quemdam locum qui dici- (c tur Tauriacus, pro quadam bastida ibidem construenda, et cc dominus Garnerius de Castro Novo, miles, et vicecomes « Turennæ se opponerent, et dicerent dicfam bastidam abs- « que eorum præjudicio non posse fieri : auditis eorum con- « tradictionibus et rationibus, pronuntiatum fuit quod dicta « bastida ibidem fieret et remaneret. » ( Les Olim ., édit, du Min. de l’instr. publ., Philippe III, 1279, t. II, p. 147.) Il

s’agit ici probablement, d’après les recherches de mon savant ami, M. le chanoine Poulbrière (Bulletin monumental , t. XLYI, p. 265), de la bastide de Puybrun, située à 2 kilomètres à peine de Tauriac et dont le plan est encore trèsrégulier. Ce nouveau bourg ne pouvait pas, en effet, se créer et se peupler sans grand dommage pour les seigneurs de Turenne et de Castelnau-de-Bretenoux, exposés à une émigration de leurs vassaux au profit des abbés de Dalon. Il est bien possible que, ne pouvant s’opposer légalement à la construction de cette bastide, les seigneurs de Castelnau aient voulu lui susciter une rivale, la ville de Brelenoux, qui date précisément de 1270.

Pour réparer dans une certaine mesure l’omission de l’article Bastide , Viollet-le-Duc, après avoir pris connaissance du mémoire de F. de Verneilh, a consacré deux ou trois pages (t. VI, p. 246-248), malheureusement bien insuffisantes, aux villes neuves du xmc siècle; il faut aller les chercher au milieu de l’article Maison et ne pas s'attendre à trouver là des plans généraux, tels que ceux de Montpazier, de Grenade-sur- Garonne ou de Marciac, si caractéristiques.

Le Dictionnaire raisonné pèche par un autre genre d'omissions. Il y a beaucoup d’articles incomplets, et, à un point de vue plus universel, on constate dans l'ouvrage entier l'absence d’aperçus ou de faits qui devaient en plusieurs endroits y trouver place.

La notice sur les écoles régionales d architecture se borne, pour chacune, à quelques lignes dans le mot Église , sans gravures et avec la simple nomenclature des monuments les plus typiques. Si l’on veut avoir une connaissance nette et un

peu étendue d’une école, il faut colliger patiemment, dans les neufs volumes, les passages qui la concernent. Ce travail amène bientôt une déception nouvelle : on s’aperçoit que certaines d’entre elles figurent à peine ou ne figurent pas du tout. Sans parler de l’école limousine, qui est passée sous silence dans la notice générale de l’article Église , et qui n’est admise beaucoup plus loin que comme école de sculpture, il n’y a dans tout le Dictionnaire raisonné rien, absolument rien sur l’école ogivale de la Bretagne, la plus originale de toutes au xve siècle; rien sur le double mur, qui a joué un si grand rôle dans l’architecture normande aux xip et xme siècles; rien sur le clocher normand, qui a fourni successivement deux types très-remarquables; peu de chose sur les autres caractères de cette école normande, la plus considérable après celle de l’Ile-de-France, la mère de l’architecture ogivale anglaise, l’aïeule de l’architecture portugaise et de l’architecture norwégienne; rien sur le clocher octogonal de la Bourgogne, un des plus beaux de l’époque romane; et, pour parler des écoles monastiques, rien sur l’école cistercienne, et beaucoup trop sur l’école cluniste, qui n’existe pas.

L’architecture militaire ne présente pas de lacunes aussi graves. Nous regrettons seulement que l’histoire des donjons ait été arrêtée au xive siècle, alors quelle doit arriver au règne de Louis XII au moins, et qu’il ne soit question ni des châteaux à doubles donjons, tels que Saint-Laurent, près Saint-Céré, Turenne, Merle, etc., ni des formidables forteresses de l’Auvergne, ni de cette grande classe de châteaux sans flanquement et avec donjons très-étroits qui caractérisent les provinces de l’Est, du Sud-Est et du Midi, châteaux

auxquels Arcissc de Caumont a consacré plusieurs pages dans son A béccdaire ou rudiment d'archéologie.

On s'étonne moins de l'insuffisance des sujets quand on vient à s'apercevoir que les exemples et les documents font défaut.

La citation des édifices sur lesquels Yiollet-le-Duc appuie ses observations est beaucoup trop peu variée. Yiollet-le-Duc s’était en quelque sorte constitué, avec les édifices par lui restaurés, un monde qu’il ne quittait pas assez, et où il tendait à renfermer les mouvements artistiques du moyen âge. Notre-Dame de Taris, d’Amiens, les églises de Saint-Denis, de Vézelay, de Saint-Sernin de Toulouse, de Saint-Nazaire de Carcassonne, fliôtel de ville de Narbonne, les châteaux de Carcassonne et de Pierrefonds, avec quelques types qu'il avait eu occasion de dessiner ou de faire dessiner, tels que les cathédrales de Périgueux, de Reims, de Bourges, de Laon, de Chartres, de Beauvais, Notre-Dame de Dijon, etc , fournissent la matière prédominante et les arguments décisifs de son Dictionnaire. Plusieurs monuments religieux du plus haut intérêt, les anciennes cathédrales d’Arras et de Cambrai, dont il existe de bons dessins, Notre-Dame et Saint-Berlin (1) de Saint-Omer, la collégiale de Saint-Quentin, les églises de Saint-Benoit-sur-Loire et de Souvignv, les cathédrales de Bazas, d’Auch, de Rodez, de Meaux, de Lisieux, de Toul, de Metz, etc., ne sont pas cités dans l’ouvrage ou ne le sont point pour leurs parties essentielles et leurs caractères originaux.

(1) L’autour du Dictionnaire raisonné ignorait-il par hasard l’existence de l’abbaye de Saint-Bertin? Dans le premier volume, il la place à Lille.

Sur la liste, d ailleurs abrégée, des églises classées comme historiques (t. V, au mot Église ), parmi neuf cent soixantequinze édifices, sept cent soixante-quinze ne sont nommés que dans cette liste, avec quantité d’inexactitudes matérielles (1); cent soixante sont représentés ou décrits dans quelques-uns de leurs membres; une quarantaine seulement viennent à plusieurs reprises appuyer les théories ou les récits de l’écrivain.

L’écart entre le grand nombre de types existants et le peu que mentionne ou décrit le D. R. est encore bien large dans l'architecture militaire. Voici, par ordre alphabétique, les noms des constructions féodales réellement curieuses ou importantes qui ont été négligées :

4° Donjons : — Alluye (Eure-et-Loir), xive siècle; — Anjony (Cantal, dans la commune de Tournemire), aussi curieux par son élégance que par la certitude de -sa date : 1440; — Bassoues (Gers), xive siècle; — Beaugency , un des plus beaux donjons romans; — Blandy, près Melun, xme ou xive siècle; — Cesson , près Saint-Brieuc, tour curieuse par sa date, 1393, en désaccord avec son style, qui l’a fait classer par A. de Caumont parmi les donjons du xme siècle; — Châtillon-sur-Loing (Loiret), beau donjon polygonal du xme siècle; — Crest (Drôme), énorme tour du xne siècle; — Foix , donjon cylindrique attribué à Gaston Phœbus; — Han (Somme), grosse tour ronde du xve siècle, de même diamètre que celle de Coucy; — Houdan (Seine-et-Oise),

(1) Par exemple, Saint-Louis-de-Marnes , au lieu de Saint-Jouin (Deux- Sèvres).

cylindre du xiic siècle, si bizarre avec ses quatre tourelles également rondes; — Iluriel (Allier), donjon carré à contreforts, prouvant que le type des donjons normands a pénétré jusqu’au centre de la France; — Issoudun , vers 1200; — Langeais , le doyen des donjons du moyen âge, des donjons normands tout au moins, célèbre par sa date, 995 environ, et par le nom de son constructeur, Foulques Nerra; — Loches ; — Loudun , xne siècle, rectangle à contre-forts; — Lourdes ; — Masse, tour de refuge, près d’Espalion, portant la date de 1453; — Monlaner (Basses-Pyrénées), un des plus beaux ouvrages de G. Phœbus; — Montbazon (Indreet-Loire), xi<* siècle; — Mont brun, près Dournazac (Haute- Vienne), élégante tour carrée de 1180 environ, très-digne d'une étude; — Montélimar, aux belles fenêtres romanes; — Montlhéry (Seine-et-Oise), offrant la superposition d’un donjon du xiv« siècle à un donjon du xmft, avec les dispositions typiques de chacune de ces deux époques (1); — Monlrichard (Loir-et-Cher), xi° siècle; — Morel (Seine-et-Marne), xne et xivc siècle; — Niort, composition étrange du xnn siècle, d’autant plus digne d’attention qu’elle est attribuée au roi Richard; — Nogent-le-Rotrou , un des plus beaux donjons romans à contre-forts; — Noirmoutier ; — Orthcz, seconde moitié du xin^ siècle, construction pentagonale d’un type que Viollct-le-Duc ne retrouve qu’à la fin du xivc siècle, à Vez (Oise), et qui s’était déjà avant cette époque répandu dans le

(1) Nous nous trompons. Viollel-Ie-Duc a bien parlé de Montlhéry, à l'article Tour (t. IX, p. 131-153), mais en fournissant un plan inexact du château et en attribuant tout le donjon au xme siècle.

Midi; — Oudon (Loire-Inférieure), haute tour octogonale du XVe siècle; — Paulmy (Indre-et-Loire), xme siècle; — P estel, commune de Polminhac (Cantal); — Polignac (Haute-Loire), un des plus beaux donjons rectangulaires du xive siècle; — Pons (Charente-Inférieure), Pressigny (Indre-et-Loire) et la Roche-Posay (Vienne), donjons au type normand; — Romefort, près Ciron (Indre), donjon carré à quatre grosses tourelles du xive siècle; — Saint-Laurent , près Saint-Céré (Lot), deux donjons du xme siècle; — Saint-Quentin (Isère), xme siècle; — Sancerre , xve siècle; — Sillé-le-Guillaume (Sarthe), xve siècle; — Trêves (Maine-et-Loire), xve siècle, d’une disposition si originale; — Turenne (Corrèze), deux donjons du xme ou du xive siècle; — exemples auxquels nous pourrions ajouter les noms suivants : Auneau (Eure-et- Loir^, Rarbentane (Bouches-du-Rhône), Bridiers (Creuse), Rroue (Charente-Inférieure), Cerny (Aisne), Châtillon-sur - Indre (Indre), Fréterai (Loire-et-Cher), Fronsac (Haute- Garonne), Gisors (Eure), Labastide -Ville franche ( Basses- Pyrénées), Lesparre (Gironde), Melzéard (Deux-£èvres\ Moncontour (Vienne), Montpeyroux (Puy-de-Dôme), Pouzauges (Vendée), Prunget (Indre), la Rochefoucault (Charente), Saint- Emilion (Gironde), Sainte-Sévère (Indre), Sainte-Suzanne (Mayenne), Semblançay \Indre-et-Loire), Tournebut (Calvados), Verneuil et Vernonet (Eure), Vernode (Dordogne), Villeneuve - le - Roi (Yonne), Villeneuve -lez- Avignon (Gard); etc., etc.

2e Châteaux forts. — Angers (Maine-et-Loire);' — Beaucens (Hautes-Pyrénées) ; — Rellocq (Basses-Pyrénées) ; — Berzé-le-Châtel (Saône-et-Loire); —Beynac (Dordogne);

— Billy (Allier); — Biron; — Boulogne , xme siècle; — Bourbon-Ï Archambault (Allier); — Bourdeilles (Dordogne); — Bouzols (Haute-Loire) ; — Bressuirc (Deux-Sèvres); — Brest ;

— Brigucbec (Manche), la plus belle ruine normande; — Castelnau-de-Brctcnoux (Lot ; — Caslclnau-de-Lévis (Tarn);

— Castelnau-sur-Dordogne Dordogne ; — Cenevières Lot ; — Chalmazel (Loiret; — Chalusset -Vienne); — Châteauneuf (Côte-d'Or); — Châtillon-d' Azergues ; — Chevreuse (Seine-et-Oise); — C binon; — Camargue Dordogne»; — Combourg (Ille-et-Vilaine); — Coudray-Salbart , comm. d’Échiré (Deux-Sèvres); — Dourdan Seine-et-Oise, qui aurait fourni à Viollet-lc-Duc, de môme que la tour d'Issoudun, le moyen de comparer les constructions militaires de Philippe-Auguste avec celles de son rival Richard Cœur-de-Lion; — Elvcn (Morbihan); — la Ferté-Milon (Aisne), création de Louis d’Orléans plus colossale que Picrrefonds, mais beaucoup moins complète; — Fougères ; — Grignols et Gurçon (Dordogne); — Hardclot \ Pas-de-Calais); — Hérisson (Allier ; — la Ilunaudayc,c n Plédéliac (Côtes-du-Nord); — Labarben (Bouchesdu-Rhône ; — Lagarde (Ariége ; — Lavardin (Loir-et-Cher);

— Lillebonne (Seinc-Infér.); — iladic (Cantal); — Mauvezin (Hautes-Pyrénées); — Merle (Corrèze), si curieux par ses deux donjons égaux que M. le chanoine Poulbrière nous a dit avoir appartenu et appartenir encore à deux propriétaires différents; — Montauban (Ille-et-Vilaine); — Montoire (Loir-et- Cher); — Montreuil (Maine-et-Loire); — Montreuil-Bonnin (Vienne^; — Montrond (Loire); — Murat (Allier); — Murols (Puy-de-Dôme); — Najac (Aveyron', forteresse du comte Alphonse de Poitiers; — Nantes ; — Pau , résidence très-forte

au xive et au xve siècle ; — Penne (Tarn), type des châteaux forts du xve siècle. - — Picquigny (Somme) ; — le Plessis - Macé (Maine-et-Loire); — Pontgibaud (Puy-de-Dôme); — Puivert (Aude); — Rauzan et laRéole (Gironde); — Rochebaron (Haute-Loire) ; — la Rochepot (Côte-d'Or), château fort de la fin du xve siècle; — Roquetaillade (Gironde); — Saint- Brisson (Loiret); — Saint-Malo ; — Saint-Ver ain (Nièvre);

— Spmur-en Auxois ; — Sucinio , près Sarzeau (Morbihan), xve siècle ; — - Tallard (Hautes-Alpes), xie et xve siècle; — Talmont et TiffaugesÇSfe ndée); — Tonqucdec (Côtes-du-Nord), « le Pierreforids de la Bretagne ; » — Tournoel (Puy-de-Dôme);

— Uzès, du xie au xve siècle; — Vendôme , xne et xve siècle ;

— les deux châteaux de Ventadour (Ardèche et Corrèze); — Villebon (Eure-et-Loir); — Vitré ; — Yèvres-le-Châtel (Loiret), un des types les plus anciens des châteaux sans donjons, et où de plus Viollet-le-Duc aurait remarqué des arcs de décharge immenses portant sur les tours d'angle tout le poids des courtines et les rendant ainsi insensibles aux effets de la sape; — sans parler d’autres châteaux plus pittoresques ou plus célèbres peut-être qu’intéressants : le Bouchet et Brosses (Indre) , Bruniquel (Tarn-et-Garonne), Chantocé (Maine-et-Loire), Châteaubrun(lndre\ Crozant ^Creuse), Crus~ sol (Ardèche), Dieppe (Seine-Inférieure); Lastours (Haute- Vienne), Lnynes (Indre-et-Loire), Montesquieu (Gironde), Montfort-Ï Amaury (Seine-et-Oise), Rochechinard (Ardèche), Tancarville (Seine-Inférieure), Urfé (Loire), Yzerand (Ardèche), etc.; — sans parler encore des forteresses rhénanes (YAndlau, de Kœnigsheim , etc., dont le D. R. aurait dû s’occuper, puisqu’il décrit le Hohen-Kœnigsbourg.

3° Remparts de villes : — Concarneau (Finistère); — Gucrande (Loire-Inférieure); — Parlhenay ; — Provins ; — Saint-Émilion; — Sainl-Macaire (Gironde ; — Thouars Deux-Sèvres); — Vannes.

Soit environ cent cinquante monuments militaires, réellement curieux ou importants pour riiistoire de l’art, négligés par Viollet-le-Duc, tandis que ceux qu’il cite atteignent à peine le tiers de ce nombre, en y comprenant les types qu'il va chercher à l’étranger. Assurément il n’était pas nécessaire que tous les types ci-dêssus nommés fussent représentés dans le D. U. par des descriptions et des gravures; mais laisser de côté les trois quarts de nos grandes constructions féodales, ce n’est pas le moyen de fournir un traité complet de notre architecture militaire du moyen âge.

On aurait beaucoup moins de lacunes à signaler pour ce qui concerne l'architecture civile. Comment toutefois Yiolletle-Duc, voulant fournir dans son Architecture monastique du tome Ier un plan de chartreuse, s'est-il vu réduit à emprunter un simple projet du xvue siècle, qui ne fut meme pas exécuté? N'avons-nous pas encore des restes importants de vieilles chartreuses, et n’en existe-t-il pas une du xvc siècle, encore toute complète, avec ses cellules, son grand et son petit cloître, son réfectoire, ses diverses salles, son église et son oratoire; une chartreuse aussi remarquable par la beauté de son style, étonnante pour cette époque de décadence, que par sa parfaite conservation? Viollet-le-Duc n’était-il pas encore allé à Villefranche-dc-Rouergue en 1854?

Combien donc est exagérée la réputation qu’on lui avait faite d’avoir vu et dessiné tous les monuments de France! Le

journal P Estafette, du 21 mai 1880, auquel nous revenons (voy. chap. III), s’est fait l’écho d’une conversation qui tendrait à accréditer cette sorte de légende. C’est un ami de Viollet-le- Duc qui parle :

« Vous ne pouvez vous imaginer à quel point de facilité ce merveilleux artiste en était arrivé. Il conservait dans sa tête les profils de toutes les constructions qu’il avait étudiées et dessinées; il savait, d’un bout à l’autre, l’origine et les développements de toutes les colonnes, de tous les chapiteaux qui aient jamais été taillés depuis les temps primitifs jusqu’à nos jours; il en savait les proportions, les rapports avec les autres parties de rédifice, et, à main levée, sans compas ni règle, il était toujours prêt à tracer le dessin et le plan de tel détail ou de tel ensemble qu’on lui demandait.

« Parmi les artistes qu’il employait, il y avait un sculpteur sur bois qui lui exécutait par entreprise les boiseries de chœur. Un jour cet homme vient le voir, et s’excuse de ne pouvoir lui livrer un travail commandé, parce qu’il est obligé, pour une autre commande, d’aller dans une église de Bourgogne prendre le dessin des stalles du chœur. « Vous n’avez « pas besoin de vous déranger, lui dit Viollet-le-Duc ; dites- « moi le nom de l’église, et je vais vous montrer le dessin que « vous cherchez. »

« Le sculpteur lui désigna l’église, et aussitôt allant droit à un certain carton, il en tira le dessin des stalles du chœur, qui était là classé avec tous les autres détails de l’église. « J'ai « comme cela toutes les églises de France dessinées sur « place, de ma main, » ajouta-t-il. »

La vérité, c’est que d’une part Viollet-le-Duc manquait de

beaucoup de types, si bien qu'il remercie dans son D. R. ses collègues de lui en avoir communiqué de très-importants pour son livre, et que d'autre part il en possédait plus qu'il n’en a mis en œuvre. Il n'est pas probable qu'il ignorât l'existence et les caractères de certains monuments que tous les archéologues connaissent ; seulement, à cause de ses voyages ou de ses occupations, il lui arrivait de n'y plus songer au moment opportun ou de ne pouvoir puiser dans ses notes, et de là principalement le peu de variété des exemples qu’il donne. En effet, on trouve parmi ses dessins non gravés et parmi ses rapports à la Commission des monuments historiques la figure ou la description d’édifices dont il n’a tiré aucun parti dans ses ouvrages (1 .

On excusera moins facilement la pénurie des documents historiques. Sans avoir besoin d'étre aussi nourri de vieux parchemins qu’un ancien élève de l’École des Chartes, il ne devait pas se passer aussi souvent qu'il l'a fait des titres qui établissent les dates précises d’un grand nombre de monuments, ni de ceux qui indiquent la vraie physionomie du mouvement artistique des xn° et xme siècles, du moins pouvait-il éviter d’employer mal à propos et à contre-sens quelques-uns de ceux qui figurent dans son livre. La date du chœur de Saint- Denis, que Viollel-le-Duc reconnaît lui aussi comme le plus ancien monument gothique (t. IX, p. 201), cette date d’une importance décisive, n'est presque jamais alléguée: c’est, pour

(I) Il est même des édifices, par lui restaurés, dont il ne dit rien ou presque rien ; par exemple, le Capitole de Toulouse, la cathédrale Saint- Michel de Carcassonne et le château de Roquetaillade.

la pose de la première pierre, 1140, pour la consécration, 1144. Et notre auteur ne remonte jamais au delà de 1160, quand il parle de l’origine de l’architecture ogivale. A propos de Reims, il cite à tout instant Robert de Goucy comme le plus ancien et le principal architecte de la cathédrale, et même il le fait ami de Yillard de Honnecourt (t. II, p. 317), alors que sur quatre maîtres de l’œuvre mentionnés dans l’ancien labyrinthe, détruit en 1779, on ne trouve pas le nom de Robert, et que cet artiste, d’après son épitaphe autrefois conservée dans l’abbaye de Saint-Denis de la même ville, mourut en 1311, date qui nous le montre encore à naître lorsque Notre-Dame de Reims fut commencée en 1212, pour être terminée au milieu du xme siècle, sauf les trois premières travées de la nef et la façade, auxquelles seules Robert de Coucy a pu travailler. Voir à ce sujet le Bulletin monumental (t. XXII, année 1856), recueil que Viollet-le-Duc n’a pas assez souvent consulté, et où il aurait trouvé les plus précieux renseignements historiques sans avoir recours aux grosses publications spéciales , telles que le Recueil des historiens des Gaules et de la France , de dom Bouquet. La cathédrale de Rodez est assignée, tantôt au XVe siècle (t. II, p. 380), tantôt au xive (à la table), alors qu’elle fut commencée en 1277; le chœur de Saint-Étienne de Toulouse, au xve siècle (à la table), alors qu’il fut commencé en 1272, la même année et peut-être par le même architecte que la cathédrale de Narbonne; Saint-Frambourg, de Senlis, au xme siècle (t. Y, p. 135), alors qu’il fut bâti avec la plus grande rapidité de 1177 à 1185 environ; les premiers travaux de Notre-Dame de Paris, à 1168 (t. Il, p. 152 et 192), alors que la première pierre fut posée en 1163; il cite Tulle

parmi les évêchés à la date de 1225 (t. II, p. 285), alors que son siège ne fut érigé qu’en 1317, et Montpellier parmi les évêchés du xive siècle, alors que le siège de Maguelonne y fut transféré seulement en 1536; il place à fréquentes reprises les églises de Vignory et de Saint-Remi de Reims au ixe ou au xe siècle, alors qu’elles ne sont pas antérieurs à la première moitié du xie, etc., etc.

Les textes relatifs à la construction des monuments sont beaucoup moins rares que ne le pensait Yiollet-le-Duc. Ils abondent dans les grands recueils, notamment dans les Historiens des Gaules , 1 cGallia christianae lies Acta sanctorum, faciles à consulter; on les retrouve la plupart dans les livres modernes de seconde main, et l’auteur du Dictionnaire raisonné n’aurait pas médiocrement ajouté à l’intérêt de son ouvrage ou à l’autorité de ses explications, et il aurait plus d’une fois modifié ses assertions imprudentes, s’il s’en était servi plus souvent. Si, par exemple, il avait lu X Histoire des évêques d’Auxerre, il y aurait trouvé un charmant passage, qui devrait figurer dans tous les traités d'archéologie, et qui lui eût appris comment se construisait une cathédrale au xin« siècle.

On retrouvera plus loin (chap. X) ce texte, qui figure déjà dans notre Année archéologique (année 1879-1880, p. 136), et qui avait reproduit inexactement dans le volume du Congrès archéologique d’Auxerre (1850).

La rareté des citations et l’insuffisance générale des recherches historiques ont en outre empêché ViolIet-le-Duc de connaître les noms d'artistes importants ou de grands constructeurs militaires. Foulques Nerra, le créateur probable des

donjons rectangulaires à contre-forts, l'évêque Gondulphe, qui les perfectionna, Robert de Bellême, l’ingénieur des rois d'Angleterre à la fin du xie siècle, le célèbre et brillant Gaston Phœbus, qui bâtit les plus belles forteresses féodales de la Gascogne et du comté de Foix, ne sont pas même nommés dans tout le Dictionnaire raisonné. Nous pouvons ajouter à des noms si illustres celui de Lanfroy, à qui son habileté^devint funeste, comme nous le montrerons plus loin (chap. VII) en citant un passage de l’historien Orderic Vital.

Nous avons dit que, parmi le peu de textes allégués, Violletle-Duc en avait employé quelques-uns mal à propos et à contre-sens. Il est parfois tombé très-gravement dans cette faute, jusqu’à travestir complètement son document pour le plier à ses vues. Par deux fois (t. II, p. 299, et t. VI, p. 317), il accuse Suger d’avoir menti en affirmant que les piliers de son église de Saint-Denis étaient des colonnes de marbre rapportées d’Italie, et il réplique ou croit répliquer : « Ces colonnes sont en pierre dure provenant de carrières près Pontoise! » Or c’est tout justement ce que dit le grand abbé, et il n’est à ce sujet ni court ni obscur. Dans un passage de son mémoire sur la consécration de son église, il est tout à la joie d'avoir trouvé près du château de Pontoise, aux confins mêmes des terres de l’abbaye, une carrière de pierre dure qui n’avait servi jusqu'alors qu’à extraire des meules et qui devait le dispenser de faire venir de Rome les colonnes du palais de Dioclétien, qu’il avait songé à demander au pape. Et cette carcarrière, il l’avait longtemps cherchée, car les difficultés de transport des colonnes antiques, à travers la Méditerranée, la « mer Anglaise » (la Manche) et les méandres de la Seine, ne

laissaient pas de Pcffrayer, malgré la générosité de ses amis qui offraient leur bourse, et les dispositions favorables des Maures, qui ne faisaient craindre dans la traversée aucun danger de capture. Et cette carrière, il l’estime tout autant que s’il avait les marbres de Dioclétien, preuve qu’il avait désiré ces marbres moins pour leur beauté que pour leur force. L'auteur de la Vie de Suger, Guillaume de Saint-Denis, parle bien de marbres employés dans l’église, mais seulement parmi les décorations ajoutées, comme les verrières et les accessoires d’autels.

Au sujet de la « laïcité » des cathédrales, voyant que les appuis historiques manquaient à sa théorie, Yiollet-le-Duc, négligeant tant de textes contraires, a voulu mettre de son côté le célèbre Durant, évêque de Mende, à propos de certaines églises sans transsept. Il a seulement réussi à montrer qu’il ne lisait pas toujours jusqu’au bout de simples phrases dont la fin détruisa t ce qu’avait paru promettre le commencement. Nous aurons à revenir, au chapitre X, sur le passage du Rational, dont il est ici question; nous dirons aussi comment le brillant écrivain s’est permis de dénaturer le sens des chroniques pour se moquer agréablement (ou désagréablement) de l'esprit religieux, prétendu selon lui, qui présida à l’érection des premières églises gothiques.

Pour un ouvrage dont l’architecture religieuse forme la belle moitié, Viollcl-le-Duc, qui se proclamait catholique dans les Annales archéologiques en 1 8 46, mais qui ne fréquentait guère les cérémonies du culte, aurait du tout au moins s’entourer des informations nécessaires à son travail, de même que les écrivains s’occupant d’archéologie païenne ont le soin

d’étudier la mythologie. Il se serait épargné bien des erreurs, d’autant plus fâcheuses quelles étaient plus faciles à éviter. Pour ranger la Trahison de Judas (t. II, p. 216) parmi les stations du Chemin de la Croix, il faut n avoir jamais visité les calvaires qui sont dans toutes les églises; et pour raconter qu’on chantait aux grandes fêtes le Gloria in excelsis du haut des galeries extérieures de Notre-Dame de Paris (t. VI, p. 9), il faut n’avoir jamais assisté à la procession du dimanche des Rameaux, pendant laquelle le célébrant, arrêté, au retour, à la porte de l’église, entonne le Gloria , laus et honor, de Théodulfe (1). A la p. 224 du t. I, les hérétiques sont appelés « hérésiarques », terme uniquement applicable aux fondateurs de sectes religieuses. .

Pour en finir avec ces défauts du Dictionnaire raisonné, il nous resterait à passer en revue les principales contradictions contenues dans ses pages. Nous n’insisterons pas sur elles en ce moment, parce que nous aurons des occasions toutes naturelles de les retrouver.

Il n’y a plus qu’un mot à dire sur les dessins. Ils se montrent dans le D. R . avec les mêmes incomparables qualités que dans les autres ouvrages; mais on les trouve parfois infidèles si l’on visite les monuments ou les objets qu’ils représentent. Notre impartialité nous force à reconnaître que certains u portraits » y sont légèrement flattés; la gravure enlève ce qui reste encore de barbarbe dans la statuaire du xne siècle ; nous citerons notamment les quatre Évangélistes du cloître de

(1) Viollet-le-Duc s’était pourtant gardé de cette méprise au t. II (page 390), où il parle de la cérémonie des Rameaux.

Saint-Bertrand, qui sont passablement grossiers, et qu’un dessin (t. I, p. 21) laisserait croire d'une beauté d’exécution presque complète. Bon nombre d’expressions de visages sont mal rendues; il semble que l’artiste ait voulu accuser le plus possible la physionomie railleuse et dubitative qu’il prête aux statues de la fin du xne siècle. Ailleurs, ce sont des proportions inexactes, comme dans ce dessin du t. IX , p. 273, où Viollet-le- Duc déprime considérablement les triples nefs des églises auvergnates pour les rendre plus semblables aux églises de Syrie, dont il veut les faire dériver. Ailleurs enfin, ce sont des additions ou des suppressions d’éléments. Les plans du chœur de la cathédrale de Bourges (t. I, p. 6 et 234; t. II, p. 295) ne concordent pas pour le nombre des chapelles rayonnantes. Les arcs-boutants de ce même édifice ont triple volée dans le dessin du t. I., p. 199, tandis qu’ils sont seulement doublés. Le plan de la cathédrale de Bayeux (t. II, p. 359) donne au croisillon nord une grande porte à trumeau qui n’a jamais existé, et supprime le charmant porche du xinc siècle au sud de la nef. Et, chose plus grave, on a remplacé par des encorbellements, au t. VII (art. Porte , les colonnes qui supportaient les archivoltes de l’entrée principale à Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), et dont les bases sont encore très-visibles; et avec ces encorbellements (1), Viollet-le-Duc constitue un type

(I) Ces encorbellements existent bien; mais à leur grossièreté on les reconnaît pour une œuvre assez moderne, et il est aisé de voir à la forme des jambages (quand même les bases n’existeraient pas), qu’ils ont contenu des colonnes.

particulier de portes qui aurait eu quelque vogue dans le Poitou (1).

Après toutes les critiques ci-dessus formulées, il semblera, sans doute, que décidément le Dictionnaire raisonné est à notre sens un médiocre livre. Tel n’est pas, nous le répétons, notre jugement. Une œuvre de génie ou voisine du génie sera toujours pour nous une grande œuvre, eût-elle de très-graves imperfections, et nous la placerons toujours fort au-dessus d’une irréprochable médiocrité. En déplorant avec insistance et parfois avec l’amertume d’un espoir trompé les fautes commises, on rend en cela même quelque hommage à la haute valeur du livre. Nous ne les aurions peut-être pas aperçues dans un ouvrage ordinaire, ou bien nous n’aurions guère pris la peine de les relever, tandis que dans une publication de forte trempe, comme le Dictionnaire raisonné , elles nous frappent et nous étonnent.

(1) On nous a signalé aussi comme gravement inexacte la représentation du pont de Cahors.

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