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CHAPITRE VII

Des écoles d’architecture.

Il y avait au moyen âge, selon Viollet-le-Duc, trois sortes d’écoles d’architecture : les écoles régionales, que tout le monde admet; les écoles monastiques, dont l’importance a été exagérée; les imitations, suscitées autour de lui et quelquefois au loin par un édifice remarquable ou célèbre.

Beaucoup de divisions ont été proposées pour les écoles régionales, particulièrement pour les écoles romanes, si bien tranchées au xne siècle. Viollet-le-Duc a la sienne, qui ne concorde pas du tout avec celle d’Arcisse de Caumont, et qui dans tous les cas est incomplète.

Viollet-le-Duc, dans le D. R a indiqué à peine l’article École ; les quelques lignes sans importance qui le composent (t. V. p. 153-154) se terminent par un renvoi à sept ou huit autres articles au moyen desquels il est impossible de reconstituer une seule école. Quel intérêt n’aurait pas présenté un travail d’ensemble où auraient été analysées nos régions monumentales et qu’aurait complété une liste des types principaux de chacune d’elles? Aujourd’hui on ne peut qu’avoir les idées les plus vagues sur cette question, si l’on veut l’étudier dans Viollet-le-Duc, et ces idées, comme beaucoup d’autres puisées à la même source, sont troublées et contrariées sans

cesse par le défaut de concordance entre les passages disséminés où il parle des écoles. C’est sur leur nombre surtout qu’il a varié. *

Au mot Église (t. V, p. 162-167), Yiollet-le-Duc n’a donné qu’une sorte d’embryon du travail d’ensemble dont nous venons de constater l’utilité. Il reconnaît là et analyse très-rapidement sept écoles romanes : 1° française ; 2° champenoise ; 3° bourguignonne; î° auvergnate; 5° poitevine; 6° périgourdine ; 7° normande.

C’est trop peu ; il est plus complet dans son rapport sur le Musée de sculpture comparée , publié par le .Journal officiel du 30 juin 1870: « Au point de vue de l’architecture, les écoles françaises se divisent, au xnc siècle, en écoles: clunisionne ou bourguignonne, provençale, périgourdine, languedocienne, auvergnate, poitevine et saintongeaise, de rile-de- France, champenoise, normande et picarde. En tout onze écoles parfaitement distinctes en ce qui touche le système de construction adopté, la manière de remplir les programmes donnés, la forme apparente et l’ornementation. » Et dans le rapport sur les Monuments historiques , publié le meme jour, il résume en quelques mots ce qu’il pense de ces écoles et ce qu’il en a pu dire ailleurs:

« La carte publiée par les soins de la Commission des monuments historiques donne la délimitation de ces écoles, de la fin du xi° siècle à la seconde moitié du xne. On voit, sur cette carte, l'importance qu'a prise alors l’école de Cluny, qui comprend toute la Bourgogne et s’étend au nord jusqu’à Auxerre, Bar-sur-Seine, Chàtillon-sur-Seine, Langres, Épinal, longe le Doubs, atteint la rive nord du lac Léman, englobe

une partie de la Savoie pour descendre jusqu’à Lyon et suivre le cours de la Loire jusqu’au delà de Nevers.

• « Cette école est la plus ancienne et aussi la plus étendue, celle dont les produits ont le plus de puissance.

« A côté de cette école, on peut considérer comme la plus ancienne celle de la Provence, qui suit les bords du Rhône, de Lyon à la mer, qui s’étend à l’est jusqu’à Grenoble, Gap, Digne, Fréjus, et à l’ouest de Lyon, le long du Rhône, jusquà Nîmes et Agde.

<a Une circonstance locale avait constitué un centre d’école à Périgueux , dès le xie siècle. Par suite des relations commerciales de cette contrée avec les Vénitiens (Lombards), qui avaient établi des comptoirs à Limoges et sur les bords de la rivière d’Isle, les abbés de Saint-Front firent construire une église abbatiale à l’instar de Saint - Marc de Venise, au moment même où cet édifice s’achevait. Cette église Saint- Front servit de type et de point de départ à quantité d édifices religieux de la contrée, et exerça même une influence marqué^ sur certaines constructions du Poitou, de la Saintonge et de l’Auvergne méridionale.

« Mais le Languedoc ne demeurait pas en arrière. Dès le milieu du xe siècle, il posait les premiers jalons d’une belle école d’architecture et de sculpture qui, suivant les bords du Gers, remonte jusqu’au-dessus de Moissac pour descendre à Toulouse, englober Albi , Mende , joindre la mer à Béziers et s’étendre au delà des Pyrénées dans l’Aragon.

« L’école auvergnate se développait en même temps. Elle suit le cours de l’Ailier, comprend la haute Loire, descend le fleuve jusqu à Nevers; puis, vers le nord-est, longe le massif

montagneux qui borde les deux rives de la Dordogne, se mélange à Souillac et à Cahors avec l'école périgourdine, pousse une pointe jusqu'à Toulouse, pour remonter l’Aveyron et le Lot.

« Vers la fin du xie siècle, une école singulièrement fertile se formait dans le Poitou, et c’est une de celles qui présentent le plus d’analogie avec les édifices que les premiers croisés trouvèrent dans la Syrie centrale, lesquels datent du Ve au vue siècle, édifices d'une haute valeur comme art. Cette charmante école poitevine, des Sables-d’Olonne va joindre la Loire à Fontevrault, pour remonter le Cher, côtoyer les écoles auvergnate et périgourdine, en laissant se développer, sur les bords de la Charente, une petite école (l’école de la Saintonge), qui est comme une sœur cadette attachée à ses flancs.

« L’école de l’Ile-de-France, que nous voyons naître également vers la seconde moitié du xie siècle, est une des plus remarquables par son originalité; pendant le xne siècle elle prend un essor merveilleux. Elle touche la côte à Eu, descend près de Rouen, remonte la Seine, se fait sentir à Chartres , à Orléans, à Bourges, se dirige vers Sens, pour remonter au nord à Soissons, descendre l’Aisne et l’Oise, et longer lecole picarde.

<a Parallèlement à l 'école de l’Ile-de-France et même un peu avant elle se développe, en rivalisant de splendeur avec sa voisine, l'école champenoise. Elle se fait sentir à Metz, à Mouzon, à Rethel, joint l’Ile-de-France à Soissons, pour descendre presque en ligne droite à Sens, puis, laissant une enclave de l’Ile-de-France à Troyes, elle s’accuse à Bar-sur-

Aube, à Chaumont, se fond à Langres avec l'école bourguignonne, qu’elle borde jusqu’à Moyen-Moûtier, pour longer l’école rhénane.

« C’est aussi au milieu du xie siècle que l’école normande se développe; elle comprend toute la Normandie, le Cotentin, et se fond avec l’école de Mayenne, qui longe la Loire jusqu’à la mer.

« Reste l’école picarde, dont malheureusement il ne subsiste que peu de fragments, tant à cause de la friabilité des matériaux employés que par suite des guerres qui n’ont cessé de désoler cette contrée pendant les xie et xne siècles. Cependant cette école est bien distincte de ses voisines, et est, avec l’école poitevine, une de celles qui dénotent une influence marquée des monuments de la Syrie centrale.

« Jusque vers 1160, ces écoles sont parfaitement distinctes et conservent leur autonomie. Elles dérivent de quatre éléments, dont trois ont évidemment une origine commune:

« 1° Des traditions gallo-romaines, très-puissantes dans les Narbonnaises et dans les Lyonnaises; 2° de la renaissance carlovingienne, qui, elle-même, n’était qu’une dérivation romano-byzantine ; 3° de l’institut clunisien, qui alla chercher ses éléments (surtout en ce qui concerne la sculpture) en Orient; 4° du mouvement des croisades, qui mit en communication directe et suivie les Occidentaux avec les arts si remarquables de la Syrie centrale, et réciproquement. Les Cisterciens bâtirent à leur tour, en Syrie, des édifices absolument semblables à ceux qu’ils élevaient dans le nord-est de la France. »

Voilà bien onze écoles au lieu de sept; pourtant il reste

encore des lacunes assez graves. Lecole limousine, dont l’existence est palpable, dont le territoire comprend quatre départements entiers (Haute-Vienne, Creuse, Corrèze, Lot) et des parties considérables des départements voisins , notamment la moitié de la Dordogne, n'est plus aux yeux des architectes officiels qu’une portion de lecole poitevine, à l’ouest, et de l’école auvergnate, à l’est. Ces architectes ont prouvé, aux dépens de l’école limousine, quels inconvénients pratiques peut amener une mauvaise classification géographique des monuments. On a déjà restauré à la poitevine l’église de Bénévent-l'Abbaye ; on a tenté de faire de meme pour la basilique de Beaulieu-sur-Dordogne, dont l'originalité est si frappante, qu’on se demande comment il est possible, en la voyant, de penser à l’école poitevine , ou môme à celle de l’Auvergne, éloignée de neuf ou dix lieues à peine.

A. de Caumont, lui aussi, a passé sous silence l’école limousine, qu'il rejette dans une grande école du Sud- Ouest.

Dès nos premiers pas dans le Limousin , l’originalité des monuments romans de ce pays nous a paru tellement évidente, que nous nous sommes promis de leur assurer, selon nos forces, la place qu’ils méritaient. Dès le premier volume de notre Annuaire de i archéologue français (1876-1877), nous prenions leur défense en termes que nous demandons la permission de reproduire :

« L’école limousine, effacée de la carte de France, au profit de l'école auvergnate ou de celle du Poitou, doit à l’une et à l’autre, et plus encore à Toulouse; mais elle relève bien, en grande partie, d’elle-même. A l’Auvergne se rattachent les cio-

chers octogonaux, quelques voûtes en quart de cercle, les arcs polylobés; au Poitou, les trois nefs couvertes d’un toit unique; à Toulouse, la sculpture. Au Limousin appartiennent la disposition des deux tours, placées, Tune carrée sur le portail, l’autre octogonale sur la croisée; les chevets carrés, dont le nombre l’emporte de beaucoup sur celui des absides, dans les églises de médiocre importance, quelquefois dans des églises

assez considérables (les Salles-Lavauguyon , Saint- Junien);

les triplets à fenêtres égales dans les chevets ; les absides à pans coupés; la simplicité des moulures; les tores se profilant aux angles rentrants des archivoltes et reposant sur des colonnettes de même diamètre, dont ils ne sont séparés que par de petits chapiteaux sans tailloir; la rareté des tympans; l’importance et le rôle particuliers donnés aux arcs polylobés, qui deviennent toriques et s’encadrent ordinairement dans les ogives des portails; la prédominance de l’arc aigu pour ces derniers, etc. Le clocher limousin pur est, à vrai dire, une fusion du clocher périgourdin carré, type Brantôme, et de la tour octogonale auvergnate; la tour d’Uzerche, figurée par M. Viollet-le-Duc (. D . f?., t. III), en est le modèle le plus complet. L’école limousine, dont l’existence et l’originalité ne font pour nous le sujet d’aucun doute, a Limoges (?) pour centre, et pour limites Chambon, Ussel, Figeac, Cahors, Villeneuvesur-Lot, Sarlat, Terrasson, Excideuil, Nontron, Montbron, Confolens, Montmorillon, Belâbre, Argenton et la Châtre. Entre Cahors et Villeneuve, elle pousse dans l’école toulousaine une pointe jusqu’à Moissac, où le porche de Saint-Pierre et la tour qui le surmonte sont de son domaine. Les portails de Beaulieu, de Cahors et de Moissac, sont le magnifique

fleuron de l'école limousine et suffiraient presque seuls à lui constituer une existence à part (1). »

Viollet-le-Duc ne parle pas de l’école rhénane, qu'il admet «. parfaitement, mais dont il ne juge pas à propos de s’occuper, sans doute parce qu’au xue siècle elle était étrangèie à la France. Néanmoins beaucoup d’édifices lorrains et francscomtois ont subi son influence, qui même s'est étendue à l’Artois, à la Champagne et à la Picardie.

Entre l’école auvergnate et l'école bourguignonne, il existe une école tenant des deux, mais bien caractérisée par l'emploi fréquent des arcs en mitre, des arcs polylobés pour les arcalurcs, des gros pilastres cannelés pour les portes, et par d'autres détails secondaires qui la distinguent de ses puissantes voisines. Elle s'étend dans le Nivernais et le Bourbonnais; elle parait se subdiviser en deux écoles répondant à ces deux territoires et dont les types se rapprochent davantage, en Nivernais de l’école bourguignonne, en Bourbonnais de l'école auvergnate. Viollet-le-Duc ne dit rien non plus de cette école mixte.

Il aurait dû nous apprendre tout au moins s'il faut admettre ou non cette grande école ligérine, dont M. de Caumont ne parlait pas, qu’a seule constatée avec une certaine insistance l’abbé Bourrassé, et qui est, effectivement, assez difficile à caractériser si l’on n’en prend le côté négatif. « Mais il y a là une architecture complète, dont l'originalité est presque de

(1) « On remarque, dans les bas-reliefs des portails de Beaulieu et de Moissac, des représentations fort exactes de clochers limousins avec leurs gables. »

n’en point avoir, et qui répond à l’idée qu’on se fait du style roman simpliciter , dégagé de tout dialecte artistique. Nous croirions volontiers que ce style roman existait, avant la fin du xie siècle, dans la plus grande partie de l’ouest de la France, et qu’il fut considérablement affaibli comme étendue par la formation, à cette époque, des écoles poitevine, périgourdine et limousine. Contentons-nous de déterminer ainsi l’école ligérine, qui ne saurait sans injustice être rattachée à aucune des écoles voisines. Ses deux foyers seraient Saint-Martin de Tours et Saint-Benoît-sur-Loire; son domaine le cours de la Loire, de Nevers à Nantes, en y ajoutant, au sud, le territoire borné par les écoles déjà citées, et au nord, depuis Cosne, une zone limitée par Montargis, Pithiviers, Châteaudun, Chartres (?), Nogent-le-Rotrou, le Mans et Château- Gontier. » (Annuaire de ï archéologue français .)

De cette école, l’école romane française serait à notre avis une dépendance, car les édifices de Paris ou des environs, antérieurs à l’église de Poissy, comme les nefs de Saint- Germain-des-Prés et de l’église de Longpont, près Montlhéry, n’ont, rien qui les distingue profondément des monuments contemporains bâtis dans l’Orléanais et la Touraine. L’école parisienne ou française n’a guère existé que comme écoleogivale; et de même jusqu’à un certain point l’école picarde, qui, jusqu’au milieu du xne siècle, est comme un dernier reflet des écoles germaniques.

Ces trois écoles dont nous venons d’accuser l’existence, .ajoutées à celles de Viollet-le-Duc, portent le nombre total des écoles à quatorze ; à quinze si l’on dédouble l’école du Bourbonnais et du Nivernais. Il faudrait même arriver au chiffre respec-

table de seize écoles romanes, si l’on faisait droit aux réclamations des archéologues langrois, préoccupés de se séparer de l’école bourguignonne. Ici, notre système serait en faute aussi bien que celui de Viollet-le-Duc; en 1876, nous ne songeâmes pas à une école langroise, ce qui nous valut les reproches du savant et regretté Pi>tollet de Saint-Fergeux, président de la Société historique et archéologique de Langres. « Vous placez, nous écrivait-il le I I janvier 1877, vous placez Isômes dans la Bourgogne; il n'a jamais fait partie de cette province et a toujours appartenu à la Champagne. J ai aussi, au sujet de cette église, une observation à faire. On a attribué à la Bourgogne ce qui appartient à l’école de Langres. Dijon et une partie de la Bourgogne étaient dans le diocèse de Langres; Dijon et la moitié de Chàtillon-sur-Seine, ainsi qu'un grand nombre de seigneuries de la Bourgogne, appartenaient à l’évéque de Langres. Les ducs de Bourgogne ne sont devenus seigneurs de Dijon que par la vente qui leur en fut faite par un évôque de Langres.

« Comme les édifices religieux étaient élevés sous l'influence ecclésiastique, c’est sous l’influence de Langres et non de la Bourgogne quont été élevés, en grande partie, les monuments religieux de la Bourgogne, dans la partie nord de celte province, de même que ceux de la partie sud ont été construits sous l’influence de Cluny. On suit, depuis Langres, en allant au sud, l'influence de cette ville, en ce que les voûtes des églises sont ogivales (1), lorsque celles construites sous finit) À ogives, mais non gothiques. Il y a dans la Haute-Marne un certain nombre de voûtes bombées sans nervures, avec ogives aux arcs d encadrement, mais tout à fait étrangères au type de la nef de Vézelay.

fluence de Cluny restent en berceau. Les archéologues, jusqu’ici, n’ont point assez établi cette différence. Et au lieu de Yécole bourguignonne , ce qui n’a pas de signification, il faudrait dire : Yécole langroise et Yécole de Cluny.

« Lorsque M. de Caumont vint à Langres, il fut très-étonné en voyant la cathédrale, qu’il ne connaissait pas lorsqu'il avait fait son ouvrage, et qui dérangeait sa classification. Elle a été construite à la fin du xie siècle ou au commencement du xne; ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle existait en 1144, année dans laquelle saint Bernard y prêcha dans une chaire en pierre de même style que l’église et qui exista jusqu’à la Révolution. Viollet-le-Duc n’admet pas que la cathédrale de Langres soit aussi ancienne; mais il la classe à des dates fort différentes dans son Dictionnaire d' architecture. Il y a un travail entièrement neuf 5 faire sur les églises de Langres, de Beaune, de Sens, de Thil-Châtel, de Semur, de Saint-Philibert de Dijon, de Chassigny, etc. »

Il est probable que Langres fut, en effet, un centre d’art assez important durant les xie et xiie siècles. Il est certain aussi que les églises dépendant de son ancien évêché ne sont point sans quelques caractères qui les distinguent de celles de la Bourgogne méridionale. Ce fut même là que s’alluma le foyer de lecole ogivale bourguignonne. Mais nous n’oserions pas, sans nous être livré à une étude plus approfondie de cette région, conclure à autre chose qu’à l’existence d’une école romane mixte servant de transition entre celle du Rhin et celle dite de Cluny.

Des lacunes que nous venons de signaler, il en est, en résumé, une seule qui puisse être reprochée sans réserve à

Viollet-le-Duc dans ses classifications : l’absence de l’école limousine, école qu’il est impossible de nier. Parmi les autres, ce qu’on doit le plus regretter est le silence absolu gardé sur la région ligérine; si cette région ne constitue pas une école romane, elle soulève des questions qu’il n’eût pas été hors de propos de traiter dans le Dictionnaire raisonné , par exemple la question de savoir à quelle école il faut rattacher l’église de Saint-Benoît-sur-Loire, édifice d’une importance exceptionnelle, qui n’est ni français, ni normand, ni champenois, ni bourguignon, ni auvergnat, ni poitevin.

Tout n’est pas fini avec les écoles dès que paraissent le style ogival et les cathédrales.

Viollet-le-Duc se plaint (Entretiens, I, 277) de ce que les écoles romanes « étaient divisées », et cela après en avoir constaté la valeur et la prospérité. Comme il ne parle point de rivalité entre ces écoles, il veut dire évidemment quelles formaient une division, ce qui ressemble d’assez près aux vérités de La Palisse. Il veut mettre celte division en regard de l’unité nationale et monarchique dont les cathédrales et l’art ogival seraient comme le symbole et l’affirmation. « L'architecture gothique est une des expressions les plus vives des sentiments des populations vers l'unité. » (D. /?., V, 167.)

Nous demandons quel mal il y avait à ce qu’il existât plusieurs écoles romanes? Excluent-elles l’unité, ne sont-elles pas les dialectes d’un même langage? Et cette variété dans l'unité n’est-elle pas mille fois préférable à cette <r uniformité dégradante » (l’expression est de M. René Biémont, Orléans , p. 2) que cherche à imposer partout notre civilisation moderne? Construisons-nous mieux aujourd’hui , qu’un ordre venu de

Paris peut imposer aux deux extrémités de la France, à Dunkerque et à Bagnères-de-Luchon, par exemple, un même patron de bâtisse, en dépit des mœurs des habitants, des matériaux, du climat? A son point de vue même (1), Violletle-Duc calomnie l’architecture gothique en l’accusant d’avoir introduit un type unique. Si pareille chose était arrivée aux moines, si l’architecture romane était une au lieu d’être diverse, la langue française n’aurait pas armé l’écrivain de termes assez forts pour stigmatiser l’hiératisme sacerdotal, tandis qu’il trouve naturelle et comble d’éloges la tendance des corporations laïques à étendre partout et à conserver le plus longtemps possible les formes d’un art en quelque sorte centralisé. Mais, encore une fois, on calomnie l’architecture gothique en opposant sa prétendue unité à la variété de l’architecture romane. Tant que la France artistique s’est appartenu, c’est-à-dire depuis l’époque mérovingienne jusqu’à la fin de la Renaissance et même jusqu’à Louis XIV, il y a eu des écoles d’architecture, et Viollet-le-Duc le reconnaît maintes fois pour l’époque ogivale. Après le dernier passage qui vient d’être cité (D. R., V, 167), il ajoute : « Cependant, au commencement du xme siècle, on distingue encore trois écoles bien distinctes : de l’Ile-de-France, champenoise, bourguignonne. L’école gothique normande ne se développe que plus tard, vers 1240, et son véritable siège est en Angleterre. » Viollet-

(I) « L’esprit provincial s’éteignant sous la main du pouvoir royal, cette variété s’efface. Si la nation y gagna au point de vue de la politique, l’art y perdit de son originalité, et les reproductions des types mis en honneur dans le domaine royal furent souvent incomplètes ou mal comprises dans Jes provinces éloignées. » (D. E., III, 408t)

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