‹ Viotti et l'école moderne de violonChapitre 6 sur 21 · PORTRAITS DE VIOTTI · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE VIOTTI

« Le portrait le plus ressemblant de cet homme célèbre, dit Miel, est celui qui a été peint à Londres par Trossarelli et gravé par Meyer. » Ce portrait est effectivement d'un bon aspect. La gravure porte cette légende: J. B. Viotti, knight of the Légion of Honour, Director of the (Royal Academy of Music at

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Paris, ce qui indique qu'il est des environs de 1820. Viotti est représenté assis dans un large fauteuil orné d'une lyre et placé devant une table ; la pose est telle que le visage est vu complètement de face ; la main gauche est appuyée, renversée, sur la cuisse, tandis que de la droite il écrit sur du papier de musique. Le sommet de la tête est entièrement chauve, mais des touffes assez épaisses de cheveux complètement blancs garnissent les tempes. Les yeux sont clairs et vifs, surmontés de sourcils noirs, le nez est fort, la bouche fine, le menton un peu saillant. L'ensemble de la physionomie exprime la bonté eta la franchise. La toilette est très soignée: habit à la française foncé, à moitié boutonné, pantalon gris clair, gilet blanc, chemise à jabot, large cravate blanche. Ce portrait est certainement très intéressant. En dehors de l'excellente gravure de Meyer, il a été reproduit aussi en lithographie par Peyre et publié en 1843 par Mme veuve Launer. Mais cette lithographie, assez fâcheuse, est loin d'avoir l'élégance et la finesse du modèle.

Un autre portrait peint de Viotti, que j'ai déjà signalé, est celui que fit à Paris Mme Lebrun, pendant un des fréquents voyages que le maître effectuait d'Angleterre en France. Je ne sache pas que celui-ci ait été reproduit, et je le crois complètement inconnu. C'est bien dommage. Etant donné le talent du peintre, il nous représentait sans doute Viotti non seulement ressemblant, mais bien vivant, avec tous les caractères distinctifs de son aimable physionomie. Qu'est devenu ce portrait de Mme Lebrun? Qu'est devenu celui de Trossarelli? Hélas ! Chi lo sa ?

Dans ses Notices sur Corelli, Tartini, Gavinies, Pugnani et Viotti, Fr. Fayolle a publié un portrait de

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ce dernier, « gravé par Lambert d'après le dessin original de P. Guérin appartenant à Mr Cartier (i). » Celui-ci, pour n'être point mauvais, est un peu trop « bonhomme » et manque absolument d'idéal ; il me représente plutôt un brave commerçant endimanché qu'il ne reproduit les traits d'un grand artiste.

J'en dirai autant du grand portrait, en buste, lithographie par Maurin,qui se trouve dans la Galerie des musiciens célèbres, belle publication de Fétis restée inachevée bien qu'elle fût loin de manquer d'intérêt. Ce portrait, d'une assez bonne exécution, mais un peu froid, un peu tranquille, manque essentiellement de vie, de couleur et de caractère ; j'y retrouve sans doute les traits du modèle, mais non sa physionomie, non le feu du regard et la grâce du sourire, en un mot ce qui constitue la ressemblance morale, inséparable de la ressemblance physique.

Il me faut signaler aussi, et surtout, le fameux portrait qui se trouve en tête du recueil de duos dédié à M. et Mme Chinnery et publié à Hambourg. Depuis que les premières feuilles de ce livre sont tirées, j'ai eu la chance, que je n'espérais plus, de rencontrer un exemplaire de l'édition originale de ces duos justement célèbres, célèbres d'abord parce qu'ils comptent au nombre des plus beaux qu'ait écrits Viotti, ensuite parce que ce sont ceux qu'il composa pendant son exil à Schoenfeldz et qu'il publia en les accompagnant du premier portrait qu'on connaisse de lui et de la préface signalée par Gerber. Le titre de la publication, gravé sur cuivre, forme un frontispice représentant une sorte de triple cartouche, dont l'un,

<vl) Je suppose qu'il ne s'agit pas ici de Pierra Guérin, le noble auteur de Marcus Sextus et des Révoltés du Caire, mais de Paulin Guérin, l'artiste qui vivait dans le mémo temps et à qui l'on doit un si grand nombre de portraits de tous genras.

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celui du haut, reproduit le portrait du compositeur, coiffé en poudre, cravate blanche à large nœud flottant, habit Directoire, portrait ressemblant si Ton s'en rapporte à tous ceux que l'on connaît, mais d'une exécution lourde et d'un aspect peu gracieux. Le cartouche inférieur de gauche contient le titre de l'ouvrage: « Six duos concertants pour deux violons, composés par J. B. Viotti et dédiés par lui à Mr et Mme Chinnery. * Celui de droite offre ce qu'on a appelé un peu ambitieusement la préface et qui se réduit aux quelques simples lignes suivantes : « Plein de reconnaissance, j'offre cet ouvrage à l'amitié; il est le fruit du loisir que le malheur me procure. Quelques morceaux ont été dictés par la peine, d'autres par l'espoir. J. B. Viotti (le nom en forme de signature). » Enfin, au bas de la page, le nom -et l'adresse de l'éditeur: « Hambourg, chez Jean Auguste Bôhme (i), marchand de musique et d'instruments, vis-àvis de la Bourse. r> Telle est la description exacte de l'édition très intéressante et aujourd'hui rarissime de ces duos célèbres.

M. Frédéric Hillemacher a gravé à l'eau-forte, pour le livre de M. Antoine Vidal, les Instruments à archet, un portrait qui n'est guère autre chose que la reproduction à peu près exacte de celui dont je viens de parler et qui lui a certainement servi de type.

Le sculpteur Flatters, auquel on doit un grand nombre de bustes d'artistes et d'écrivains, entre autres ceux de Gœthe, de Byron, de Delille, de Talma, d'Haydn et de Grétry, a exécuté aussi celui de Viotti. J'ignore en quelle année, mais ce ne doit

(1) Et non pas Bochann, comme je l'ai écrit précédemment d'après une fausse indication.

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pas être avant i8i3, car c'est en i8i3 qu'il remporta le second grand prix de sculpture au concours de Rome. Les contemporains vantent beaucoup ce buste de Viotti, qui, disent-ils, était surtout d'une ressemblance parfaite.

Enfin, l'excellent violoniste Cartier, qui fut un des meilleurs élèves de Viotti et qui avait le culte de sa gloire, fit frapper en son honneur une fort belle médaille, œuvre très remarquable et très distinguée du graveur Peuvrier. Sur l'avers, la figure du maître, vraiment animée et vivante, pleine de grâce et d'élégance; au-dessous, un violon avec un archet en sautoir; en exergue, cette inscription : J. -B. Viotti, nêàFontan tto en 17 bS (i), mort en 1824. Sur le revers, un soleil dont les rayons entourent la devise : Nec plus ultra, et, entre les faisceaux de ces rayons, les titres des diverses œuvres de Viotti : Sonates, Trios, Duos, Symphonies , Concertos, Quatuors, Nocturnes, Méthode (2). Cette médaille fait le plus grand honneur à l'artiste qui en est l'auteur.

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