CHANT VI
« liC sixième chant, dit Sainte-Beuve, est réputé le plus beau, le plus savant, le plus noble, le plus philosophique et le plus patriotique de l'Enéide, de même que le quatrième en demeure le plus passionnément tendre, et le second le plus tragique et le plus lamentable. » Ce chant contient le récit de la descente d'Énée aux enfers, où il va consulter Anchise, suivant l'ordre qui lui a été donné par l'oracle d'Hélénus et par l'ombre de son père lui-môme.
Les Troyens débarquent à Cumes : près de cette ville se dresse sur une hauteur le temple d'A-i pollon, à côté duquel est l'antre de la Sibylle. On appelait de ce nom chez les anciens certaines prophétesses dépositaires des secrets de l'avenir. Enée ne s'attarde pas à admirer les merveilles du temple orné de magnifiques bas-reliefs, œuvre d'un artiste fameux, Dédale. Il s'empresse d'aborder la Sibylle Déiphobe, prêtresse d'Apollon et de Diane, sa sœur, qui, comme divinité des enfers, est adorée sous le nom d'Hécate. Elle le conduit dans l'antre où elle rend ses oracles, antre creusé dans les flancs immenses de la montagne de Cumes et où l'on arrive par cent avenues, d'où sortent comme autant de voix qui répètent les prophéties de la Sibylle. Soudain son visage s'altère, ses cheveux se hérissent, la présence du dieu la transporte de fureur ; sa taille
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semble grandir et sa voix n'a plus rien d'humain. Jean-Baptiste Rousseau a peint ce délire prophétique dans des vers assez heureusement imités de ce passage :
Ou tel que d'Apollon le ministre terrible, Impatient du dieu dont le souffle invincible
Agite tous ses sens, Le regard furieux, la tête échevelce.
Du ïeni])lo fuit mugir la demeure ébranlée
Par ses cris impuissants (1).
Les Troyens frissonnent d'éj^ou vante; mais Enée invoque Apollon et demande une fois encore qu'un asile lui soit accordé dans l'Italie, où il puisse fonder un nouvelempire. Le dieu lui répond par la voix de la Sibylle; mugissant du fond de son antre, elle lance de sa bouche écumante les oracles répétés par les cent avenues delà caverne. Voici quel en est le sens: Enée est désormais sauvé des périls qu'il avait à courir subies mers, mais d'autres, plus redoutables encore, l'attendent sur la terre t il lui faudra soulenir d'horribles ûuerres, et le Tibre roulera des flots de sanij. Le héros reçoit avec un courage tranquille l'annonce des nouvelles épreuves qui lui sont réservées ; il les a prévues, son âme est prête à les allVonter. ALiis il demande une seule grâce à la Sibylle : qu'il lui soit permis de descendre au sombre séjour des morts et d'y visiter le père qu'il a perdu. La prophétesse a le pouvoir délai accorder cette faveur que les dieux n'ont refusée lii à Orphée ni à Pollux. N'a-l-elle pas sous sa garde les lacs et les bois del'Averne où se trouve une
(1) Ode au comte de Luc, lu, 1.
des entrées du royaume infernal? La Sibylle ne se refuse pas à aceomplir le vœu d'Énée; et cependant c'est un soubnit téméraire, réalisé par la divinité pour un bien petit nombre de mortels qui lui étaient particulièrement chers. Mais il faut auparavant que, dans la vaste forêt qui s'étend autour de Cumes, Énëe cherche un arbre touffu où se cache un rameau d'or. Tel est le présent qui doit être offert à Proserpine, reine des enfers. Si les dieux sont propicesàson entreprise, le rameau se laissera aisément cueillir; sinon, il n'est pas de vigueur humaine qui puisse le briser, ni d'arme assez dure pour le couper. Elle apprend ensuite à Énée que le corps d'un de ses compagnons gît sans sépulture sur la plage : il faut avant tout lui rendre les devoirs funèbres ; car ce cadavre souille la flotte.
En effet, sur le rivage, Enée et son fidèle Aehaie trouvent le corps de Misène, le trompette de l'armée trovenne; il a été précipité au sein des flots par Triton, un dieu des mers, qu'il avait voulu défiera une sorte de joute musicale. Tous les Troyens, réunis autour du cadavre, gémissent, et en pleurantexécutent les ordres de la Sibylle. Ils préparent un vaste bûcher, abattant de toutes parts les grands arbres qui retentissent en tombant sous les coups redoublés de la hache. Énée, une cognée à la main, donne à tous l'exemple. Et cependant il songe à ce rameau d'or mystérieux qui peut seul lui ouvrir l'entrée des enfers; pour le découvrir, il invoque l'aide de sa mère, la loutc-puissante Vénus. Tout à coup deux colombes, oiseaux consacrés à la déesse, descendent du ciel, volent, en se posant de distance en distance sur le gazon, et le guident enfin vers l'arbre tant désiré oii
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le précieux talisman reluit. La tige et les feuilles d'or étincelantes se détachent sur la sombre verdure d'un chêne. On entend le frémissement du rameau sonore dont une brise légère agite les feuilles métalliques. Enée le saisit avec un joyeux empressement; il cède à la main qui le cueille.
On rend ensuite les honneurs funèbres au cadavre de Misène; après avoir brûlé le corps, on recueille les cendres dans une urne d'airain, et on lui élève un vaste tombeau, que décorent les armes du guerrier réunies en trophée. Son nom est donné au promontoire où il repose. Aujourd'hui encore cet endroit s'appelle le cap Misène, et ce nom fabuleux retentit harmonieusement dans les beaux vers de Lamartine :
A la molle clarté de la voûte sereine, Nous chanterons ensemble^ assis sous le jasmin, Jusqu'à l'heure où la lune^ en glissant vers Misène, Se perd en pâlissant dans les feux du matin (1).
Enee se prépare enfin a pénétrer dans les demeures infernales ; mais auparavant il offre, suivant le rite, un sacrifice au dieu des morts. Au sein de la forêt, près d'un lac noirâtre, est un gouffre large et profond, qui exhale une vapeur méphitique ; les oiseaux ne peuvent impunément voler au-dessus, tant l'air est empesté. C'est l'entrée des enfers ; là Enée, accompagné de la Sibylle, sacrifie quatre taureaux noirs à Hécate, une brebis noire à la Nuit, mère des Furies, et à la Terre, sa sœur; à Proserpine, il immole une vache stérile; il élève des autels à Pluton et y brûle la chair des victimes. Aux premières
{^) Nouvelles Méditationa, ii. Ischia.
lueurs de l'aube, le sol mugit sous leurs pieds, les montagnes couronnées de forêts s'ébranlent et dans l'ombre hurlent les chiens d'Hécate :
<£ Loin d'ici, profanes, loin d'ici, s'ëcrie la prêtresse ; « sortez tous de ce bois sacré. Et toi, Enée, en avant ! tire « ton épée du fourreau ; c'est maintenant qu'il faut du « cœur et de l'intrépidité. » Elle dit, et, hors d'elle-même, « s'élance dans le gouffre béant. Enée la suit d'un pas « assuré.
« Dieux qui régnez sur l'empire des âmes, et vous, a ombres silencieuses, et toi^ Chaos, toi, Phlégéthon (1), « lieux où règne la muette horreur de la nuit éternelle, « qu'il me soit permis de redire ce que j'ai entendu ; souf- « frez que je révèle les mystères ensevelis dans les ténèbres « et dans les profonds abîmes de la terre (2). »
Cette invocation donne à la descente d'Énée un caractère tout particulier de grandeur et de solennité. Virgile n'est plus seulement un poète qui, avec le secours de sa féconde imagination, va nous décrire le pâle séjour des morts ; c'est un croyant, qui, d'une âme sincèrement religieuse, va nous dire ce que pensaient de la vie future les plus nobles esprits de son temps. Il réunira, dans cette peinture, aux antiques traditions de la religion nationale les conceptions plus élevées de la philosophie grecque, dont il était un des adeptes. Ici Virgile se souviendra encore d'Homère ; mais combien son enfer sera déjà différent de celui de l'antique poète grec ! Comme on voit que des siècles de civilisation se sont écoulés entre eux, qui ont singulièrement agrandi et épuré l'idée de l'autre vie ! Certes il y a une saisissante et somlx'e poésie
(1) Fleuve des enfers.
Cî] Enéide, vi, y. 208 à 267.
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dans la description de cet enfer homérique situé à l'extrémité de l'océam immense, dans les régions brumeuses qu'habitent les Cimmériens, là où jamais le soleil de ses rayons ne perce le brouillard et où une triste nuit enveloppe toujours les malheureux mortels. Au sein de ténèbres profondes, les âmes dolentes des morts, ombres sans consistance, errent çà et là, consumées du regret de l'existence. Achille aimerait mieux être sur la terre le mercenaire d'un pauvre laboureur que de régner sur ceux qui ne sont plus. Tous semblent confondus : nulle distinction entre les justes et les coupables. Chez Virgile, le progrès des idées philosophiques est sensible ; nous allons trouver dans le Vr chant des enfers distribués avec un ordre qui satisfait beaucoup mieux le sentiment moral, et une répartition plus consolante et déjà par endroits presque chrétienne, des récompenses et des peines réservées aux hommes après cette vie.
Dans des vers admirables, qui donnent en quelque sorte la sensation de la vague et ténébreuse terreur de l'Erèbe, Virgile nous pemt la Sibylle et Enée marchant dans l'obscurité de la nuit solitaire, à travers le vide de cet empiredu néant ou règne Pluton. Ils vont comme le voyageur qui traverse une forêt pendant la nuit, à peine éclairé par la lumière blafarde de la lune voilée par les nuages, que laisse faiblement pénétrer l'épaisse ramure; autour de lui, tout est confus, informe, noyé dans l'ombre. Dans le vestibule même des enfers leur apparaissent des divinités allégoriques, personnifications des principales causes physiques et morales qui abrègentla vie : les pâles Maladies, le Deuil, les Remords vengeurs, la Faim, mauvaise conseillère, la Vieillesse, la Guerre, la Discorde, la hideuse Pauvreté etles Joies
malsaines de l'âme. A côté sont les monstres effrayants créés par la fable : les Centaures moitié hommes et moitié chevaux, les Gorgones, aux regards pétrifiants, les Harpyes^ Briarée aux cent bras, Géryon au triple corps, les Chimères armées de flammes, et THydre de Lerne qui pousse d'affreux sifflements.
d De là part la route qui mène aux eaux de l'Achéron, « fleuve du Tartare ; c'est un gouffre bourbeux, profond, « immense, qui bouillonne et vomit tout son limon dans le c( Cocyte. Le nocher de ce fleuve est l'effroyable Charon ; <L son aspect est repoussant ; une barbe épaisse et inculte « tombe de son menton ; ses yeux lancent la flamme ; de c( ses épaules pend un manteau sordide, retenu par un <r nœud ; lui-même, à l'aide de l'aviron et de la voile, « dirige sa barque noire sur laquelle il transporte les « morts. Il est vieux, mais sa vieillesse est encore verte et « vigoureuse. Vers la rive se pressait et accourait la foule
€ immense des ombres aussi nombreuses que les feuilles
c( qui tombent dans les forets à la premiière froidure, ou « que les oiseaux qui, venant de la haute mer, s'attroupen- « sur le rivage, quand l'hiver les chasse par delà l'Océan et « les force d'émigrer vers des climats plus doux. Les € morts se tenaient là debout, demandant tous à passer « les premiers, et tendaient les mains, impatients de gagner « la rive opposée. Mais le nocher inflexible admet tantôt ( les uns, tantôt les autres, et écarte, repousse le reste loin « du rivage (1). d
Enée, surpris et ému de cet empressement tumultueux, demande à la Sibylle pourquoi cette foule se précipite ainsi vers le bord du fleuve, pourquoi, parmi les ombres, les unes sont admises dans la barque et les autres repoussées. La prêtresse lui explique qu'il a sous les yeux les marais profonds du Cocyte et du
(1) Enéide, vi, v. 296 à 316.
Eeproduction de Cochin.
Enée et la Sibylle clans la baniue do Charon,
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Styx ; cette foule^ qui voudrait les traverser est celle des morts dont les cadavres, sur la terre, n'ont pas encore reçu la sépulture. Siée devoir funèbre ne leur est pas rendu, ils erreront pendant cent ans avant de pouvoir franchir le Styx. Parmi ces malheureux, Enée reconnaît plusieurs de ses compagnons, engloutis par la tempête, et Palinure, son pilote, tombé dans les flots, qui le conjure de l'emmener avec lui dans la barque et de lui faire traverser l'onde infernale. Mais la Sibylle rejette cette prière, alléguant les lois immuables des dieux ; elle console toutefois Palinure par l'espoir d'une sépulture prochaine ; il donnera même son nom au promontoire où il sera enseveli, et qui, de nos jours encore, s'appelle cap Palinure.
Enée et la Sibylle ont atteint la rive ; mais Charon menaçant refuse de recevoir des vivants dans la barque du Styx ; il faut que la prêtresse lui montre le rameau d'or qu'elle cachait sous un pli de sa robe.
« Le cœur de Charon gonflé de colère s'apaise aussitôt.
« La Sibylle n'ajoute plus rien. Pour lui, il admire cette
(( offrande auguste, cette branche fatale qu'il revoit après
« un long temp?. Il tourne sa sombre barque^ l'approche du
<L rivage ; il en chasse les âmes assises le long des bancs,
<c dégage le tillac et reçoit à son bord le grand Enée. La
« frêle nacelle gémit sous ce poids et, par les fentes de ses
« flancs, laisse pénétrer l'eau marécageuse du Styx. Enfin
« Charon dépose Enée et la prêtresse sains et saufs sur la
« rive limoneuse, que bordent des roseaux verdâtres (1). »
En face de la rive est l'antre de Cerbère, chien à triple gueule, gardien des enfers, dont la Sibylle apaise la fureur en lui jetant un gâteau fait de miel
fi) Enéide, vi, v. 407 à 416.
et de graines assoupissantes : aussitôt il s'endort^ et delà masse de son corps remplit toute l'étendue de son antre.
Énée arrive à l'endroit où habitent les âmes de ceux qui n'ont été ni coupables ni vertueux, soit que la vie les ait quittés à leur aurore, soit qu'ils se soient donné eux-mêmes la mort par dégoût de l'existence. Ainsi, au Tartare, lieu où sont punis les criminels, et à l'Elysée, où les hommes vertueux sont récompensés, Virgile ajoute un troisième séjour, une sorte de région intermédiaire, qui fait penser soit au Purgatoire, soit à ces Limbes où le Christianisme placeles enfants morts avant d'avoir reçu le baptême. Il appartenait au génie compatissant de notre poète d'ouvrir cet asile aux faiblesses humaines. Chaque mort d'ailleurs est envoyé dans une de ces trois parties des enfers après un jugement que lui fait subir Minos, le plus intègre des juges. Dans l'autre vie, tout homme est traité comme il l'a mérité. Voilà une idée morale que l'on chercherait vainement dans Homère. Il est vrai qu'on est surpris de rencontrer, parmi ceux qui habitent les limbes, les malheureux qui ont péri victimes d'injustes accusations. Il semble qu'une éclatante réparation dût leur être donnée dans l'autre monde, et un chrétien les enverrait tout droit au Paradis. Mais sans doute Virgile, en Romain respectueux de la loi, même quand elle se trompe, ne se croit pas le droit de casser un arrêt, fût-il inique, et ne peut prendre sur lui d'amnistier ces victimes des erreurs judiciaires ; il ne les précipite pas dans le Tartare, mais leur ferme l'Elysée.
Non loin de ces limbes est un lieu appelé le champ des Larmes ; c'est là que, à travers une forêt de myrtes
LES SIX PREMIERS CHANTS DE l'É^ÉIDE. 143
qui les enveloppe de son ombre, errent tristement ceux qui, pendant leur vie, ont été consumés par le funeste poison de l'amour. Dans la mort même, leurs soucis les poursuivent encore. Parmi beaucoup d'amanls dont les ombres glissent silencieusement dans les sentiers mystérieux du bois, Enée aperçoit Didon, celle qu'il a naguère abandonnée, et dont la blessure est toujours saignante. Elle lui apparaît comme la lune nouvelle, dont le croissant à peine visible brille d'une lueur voilée à travers les nuases. Il pleure à cette vue et, s'accusant de la mort de la reine, proteste qu'il a été contraint par la volonté toute- puissante des dieux de quitter le rivage de l'Afrique. Mais Didon, dédaignant de lui répondre, se contente de lui jeter un farouche regard, puis^ les yeux baissés vers la terre, inflexible dans son ressentiment, elle va, parmi le bois ombreux, rejoindre Sichéc, son premier et fidèle époux. Énée se lamente et de nouveau verse des larmes abondantes, puis il poursuit sa route.
11 arrive à une plaine qu'habitent les ombres des guerriers fameux et reconnaît bien des Troyens qui ont succombé dans les combats livrés autour de leur cité ; tous accourent avec empressement autour de lui ; entre autres, il voit Déiphobe, fils de Priam, que les Grecs ont cruellement mutilé. Tandis qu'Énée s'attarde avec lui, la Sibylle le presse de continuer son chemin.
Ils sont parvenus à un endroit où la route se bifurque ; la droite mène au palais de Pluton et à l'Elysée; la gauche au Tartare, où les eouj)ables expient leurs méfaits par d'éternels supplices. Enée regarde, et à sa gauche voit une enceinte immense entourée
i44 VlRGlLft.
d'un triple mur, au pied duquel le Phlégëlhon roule des torrents de flammes. A l'entrée est une porte gigantesque et au-dessus se dresse une tour de fer : une Furie veille dans le vestibule, vêtue d'une robe ensanglantée. De là, on entend des gémissements lamentables, le sifflement des fouets impitoyables, et le cliquetis des chaînes que traînent les criminels. Énée ne visite pas le séjour des méchants ; car les justes ne peuvent y pénétrer. Mais la Sibylle lui en fait la description *, elle lui dépeint les supplices affreux qu'endurent dans les abîmes du Tartare les plus fameux coupables : les Titans, qui voulurent détrôner Jupiter \ Salmonée, qui eut la folle audace de se faire honorer comme un dieu et de contrefaire le roi de l'Olympe; Tityus, un géant qui insulta une déesse, et dont un vautour dévore le foie sans cesse renaissant ; Ixion, Pirithoùs, bien d'autres encore. Là aussi sont ceux qui ont haï leurs frères, maltraité leur père, les adultères, ceux qui ont porté les armes contre leur pays, et aussi les mauvais riches « qui ont couvé d'un œil jaloux les trésors qu'ils avaient amassés et n'en ont pas fait part à leurs proches. » « Nous touchons presque aux vertus chrétiennes, dit M. Boissier, et nous voilà bien loin de ces crimes mythologiques que le poète énumérait tout à l'heure (1). »
Mais l'âme douce et tendre du poète ne saurait se plaire dans les descriptions des châtiments infligés aux criminels ; il a hâte d'arriver au séjour des justes, à ces champs Élysées, peuplés de tous les héros et de tous les sages du passé,
(1) La. Religion romaine, t. I, p 291 . (Hachette.)
LES SIX PREMIERS CUANTS DE l'ÉNÉIDE. 145
Après avoir attaché le rameau d'or aux portes du palais de Proscrpine, Énée et la Sibylle parviennent à la région qu'habitent les bienheureux. Ce ne sont que riants bosquets, prairies verdoyantes où régnent le bonheur et la paix la plus profonde. Un air plus pur enveloppe ces campagnes et les baigne d'une éclatante lumière. Les ombres y ont un soleil et des astres parliculiers. Virgile place dans l'Elysée les rois des âges héroïques, les vaillants qui ont péri en combattant pour la patrie, les prêtres qui ont accompli saintement leurs devoirs, les poètes dont les chants pieux ont été avoués d'Apollon, dieu de la poésie, les hommes qui, par l'invention des arts, ont embelli la vie, en un mot tous les bienfaiteurs de l'humanité. Quels sont les plaisirs et les occupations de ces élus ? Les uns, sur le gazon, s'exercent à la palestre et à divers jeux ou luttent sur le sable doré. Orphée, le chantre de Thrace, fait résonner de ses accords divins la lyre à sept cordes. D'autres ombres se plaisent à conduire des chars et des chevaux, et conservent les goûts qu'elles avaient durant leur vie. D'autres enfin chantent en chœur des hymnes joyeux, sous le feuillage de lauriers odoriférants, sur des pelouses que l'Eridan arrose de ses eaux abondantes. On le voit, les habitants de l'Elysée y retrouvent à peu près les plaisirs qu'ils ont connus pendant leur existence terrestre. 11 faut avouer que cette peinture de la félicité des élus est bien pâle. Le poète n'a pas su assez idéaliser l'image du bonheur des justes. Fénclon, dans son Télémaque, a trouvé des traits bien autrement expressifs, et sa conception des champs Elysées, qu'éclaire un reflet du christianisme, a bien plus de noblesse. A ces jouissances un peu trop matérielles de TElysée
YJRGILK. 7
virglUen il substitue des joies purement intellectuelles et morales, ce Une lumière pure et douce se répand autour du corps de ces hommes justes et les environne de SOS rayons comme d'un vêtement. Cette lumière n'est point semblable à la lumière qui éclaire les yeux des misérables mortels, et qui n'est que ténèbres ; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumière ; elle pénètre plus subtilement les corps les plus épais que les rayons du soleil ne pénètrent le plus pur cristal. Elle n'éblouit jamais; au contraire, elle fortifie les yeux et porte dans le fond de l'âme je ne sais quelle sérénité. Ils la voient, ils la sentent, ils la respirent ; elle fait naître en eux une source intarissable de paix et de joie.... Une jeunesse éternelle, une félicité sans fin, une gloire toute divine est peinte sur leur
visaae C'est un soût sublime de la vertu et de la
vérité qui les transporte.... Je ne sais quoi de divin coule sans cesse au travers de leur cœur, comme un torrent de la divinité même qui s'unit à eux; ils voient, ils goûtent, ils sont heureux et sentent qu'ils le seront toujours (1). »
Il faut cependant reconnaître que Virgile, devançant en cela les idées de son lemps^ a prêté au moins à ses élus une jouissance d'un ordre élevé, quand il les représente instruits désormais de tous les secrets de la nature et possédant la science parfaite. Ils se plaisent à admirer les merveilles de l'univers, à suivre les mouvements des astres, à contempler ce que nous n'entrevoyons dans cette vie qu'à travers un voile d'ignorance et de préjugés. C'est ainsi qu'Anchise révélera à son (ils le système du monde qu'il a maintenant le bonheur de connaître.
(1) Les Avcnlures de Télémaque, livre xiv.
Les SIX pRCMinns chams de l'è-neiue. 1 .7
Énée a rejoint son père au fond d'un vallon verdoyant. Avec quelle joie et quelle émotion il retrouve celui que sa piété filiale est venue chercher jusque dans le séjour des morts ! Il essaie en vain de saisir entre ses bras cette ombre inconsistante qui lui échappe comme un songe fugitif ou comme un souffle léger.
Cependant il voit dans un vallon écarté un bois solitaire, dont le vent fait bruire doucement le feuillage, et un fleuve qui arrose ce tranquille séjour. C'est le Léthé, dont les eaux purifient les âmes et leur donnent l'oubli de la vie passée. Autour de ses rives voltigent les ombres de peuples innombrables. Telles, dans les prairies, aux jours sereins de l'été, les abeilles se posent sur mille fleurs diverses et se répandent autour des lis éclatants de blancheur ; toute la plaine est rcunplie de leur bourdonnement. Énée, vivement frappé de ce spectacle, demande à son père quel est ce fleuve, quelle est cette foule qui en couvre les rives. Celui-ci lui explique qu'il a sous les yeux les âmes destinées à entrer dans de nouveaux corps, et qui viennent boire avec l'eau du Lélhé le lonir oubli du passé. Il expose à son fils une doctrine que Virgile emprunte à la philosophie pythagoricienne, et d'après laquelle les âmes des hommes ne sont qu'une émanation de l'âme universelle ré|Kuulue dans toute la nature. Elles sont unies au corps pendant la vie mortelle, mais contractent durant cette union les souillures des passions ; après la mcM-t, il faut qu'elles expient leurs fautes et, quand elles ont fait disparaître la trace de leurs vices ou de leurs crimes, quand mille années sont révolues, elles vont en foule boire l'eau du Léthé, pour aller ensuite animer de nouveaux
corps. Ne nous arrêtons pas à discuter la contradiction qui peut exister entre ce système et l'éternité des supplices décrits dans le Tarlare. Il y a en réalité dans l'Enéide deux enfers distincts, l'un, conforme aux traditions populaires de la Grèce et de Rome et aux vieilles croyances du paganisme^ l'autre, que Virgile a plutôt imaginé d'après la philosophie de Pythagore ou de Platon. Cette conception du mythe des âmes se purifiant pour entrer dans d'autres corps va d'ailleurs lui fournir un tableau admirable, qui servira au développement de l'idée capitale du poème, la glorification de Rome et d'Auguste.
Parmi cette foule d'âmes qui se pressent surles bords du Léthé, Anchise se réjouit de faire voir à son fils celles qui doivent descendre de lui et qui seront la gloire du Latium et de Rome. Nous assistons à une sorte de revue héroïque, où défilent tous les grands hommes qui seront la postérité d'Enée. Nous voyons passer tour à tour sous nos yeux les rois d'Albe la Ijongue, que doit fonder Ascagne, ceux de Rome, et d'abord Romulus, le fils de Mars et d'Ilia, sous les auspices duquel la ville éternelle étendra son empire jusqu'aux extrémités de la terre et son renom jusqu'aux cieux ; puis Numa, le prince législateur ; Tullus IlostiliuS; Ancus Martius, les Tarquins. Ensuite viennent les grands hommes de la République : Brutus^ qui chassera les rois et le premier recevra les faisceaux redoutables du consulat; Brutus, qui saura immolera la sainte cause delà liberté ses iils coupables d'avoir conspiré contre la patrie; puis lesDécius, les Drusus, Camille, le vainqueur des Gaulois et le sauveur de Rome ; Fabius le Temporiseur ; Mummius et Métellus, les conquérants de la Grèce; le grand Caton, les Grac*
LES SIX PREMIERS CHANTS DE l'ÉNÉIDE. 149
nies, ces tribuns magnanimes, elles deux Scipions, ■es foudres de guerre, fl(tau de l'Afrique. Voici encore ,>ompée et Gisar, dont la funeste rivalité fera, hélas ! .dater la guerre civile, cette guerre civile que maudit toujours le patriotisme de Virgile. Aussi, en voyant ces deux héros, Anchise s'écrie-t-il en des vers éloquents et pathétiques :
« 0 mes fils, n'accoutumez pas vos cœurs à ces liorribles « guerres ; ah ! ne tournez pas contre les entrailles do votre « patrie ces armes qui sont sa force et sa frloire ; et toi le « premier, toi qui tires ton origine de l'Olympe, sois le « plus généreux, et jette loin de toi ces armes, ô mon « sang (1) ! T)
Au milieu de ces grands hommes et semblant les dominer tous, brille Auguste, celui qui ramènera l'âge d'or dans leLatium et sera le maître de l'univers, celui qui parcourra victorieux plus de contrées que le vaillant Hercule ou que Bacchus lui-même, le dieu vainqueur des Indes. Cette m-ignifique énumération, si bien faite pour exalter l'orgueil national, est couronnée par ces vers qui gravent en traits ineffaçables les principaux traits du génie romain :
<L D'autres peuples sauront mieux assouplir et faire res- « pirer l'airain ou tailler dans le marbre des figures \i- « vantes ; ils plaideront avec plus d'éloquence, ils décriront « avec le compas le mouvement des cieux et le cours des « astres ; toi, Romain, ne songe qu'à commander au « monde : dicter les conditions de la paix, pardonner aux a vaincus et dompter les superbes, tels sout les arts que tu « dois cultiver (2). »
(1) Enéide, Yl, v. 831-835, '2) Ibid., Y, 847-853.
Toutefois ce dénombrement des Romains illustres nous réserve encore l'apparition d'une gracieuse et louchante figure qui devait profondément émouvoir le cœur de l'empereur. Auguste, qui n'avait pas d'autre enfant qu'une fille, Julie, avait adopté Marcellus, fils de sa sœur Oclavie, l'avait pris pour gendre et voulait en faire son héritier sur le trône de Rome. Ce jeune homme, d'une nature généreuse^ et sur qui son oncle fondait les plus belles espérances, venait de mourir à l'âge de vingt ans. C'est son éloge que Viriïile va introduire avec un art délicat dans le VP chant. Énée et Anchise voient s'avancer l'âme de celui qui sera un jour le consul Marcellus, le vainqueur des Gaulois, et à ses côtés est son descendant, ce Marcellus dont Auguste et Octavie pleuraient la mort toute récente.
« Enée voyait marcher à côté de ces héros un adolescent « d'une remarquable beauté et couvert d'armes éclatantes ; (( mais ses yeux étaient baisséa et son front voilé par la a tristesse : « 0 mon père, dit Énée, quel est donc ce jeune « homme qui accompagne ce héros ? Est-ce son fils ? est-ce « quelqu'un de ses illustres descendants ? Comme le peuple a l'entoure d'un murmure flatteur ! Quelle ressemblance <( entre les deux guerriers ! Mais autour de sa tcte je vois « flotter les ombres de la mort. i> Anchise lui répond en verci sant des larmes : « Ne m'interroge pas, ô mon fils! sur la « cause d'un deuil qui sera immense pour ta postérité. Ce- <r lui que tu vois, les destins no feront que le montrer à la a terre et le lui raviront aussitôt. Rome vous etît semblé « trop puissante, grands dieux, si elle eût conservé longce temps ce don que vous lui aviez fait. De quels gémisse- « raents retentira le champ si proche de la cité de Mars (1)1
(1) C'est flans le champ de Mars qu'étrxient brûlés les cadavrea. Les cendres de Marcellus furent déposées dans le ma-
i.A^^.V■4,^-7^■^AV^^^^i^^:îygM^
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Rt]iroJurtion de SaitU-Auhin.
Virgile lisant «lovant Auguste et Oclavlo ri^:piso(lo de Marcollus.
LES SIX PREMIERS CIIAJNTS DE L'É?iÉIDE. 1 '>'5
« Quelles funérailles tu verras, ô Tibre, alors que tes eaux « baigneront sa tombe récente ! Non, jamais enfant do la « race troyenne ne fera concevoir à ses aïeux de si bautes « espérances, jamais la terre do Romulus no s'enorgueillira « d'un plus glorieux nourrisson. 0 piété 1 ô vertu digne « des premiers âges ! ô bras invincible à la guerre ! Nul « dans les combats n'eût osé impunément se porter à sa « rencontre, soit qu'il marcbât à pied contre l'ennemi, soit d qu'il enfonçât l'éperon dans les flancs de son cheval écu- « mant. Ah ! malheureux enfant, si tu peux triompher de « la rigueur du destin, tu seras Marcellus ! Donnez-moi des « lis à pleines mains, je veux joncher le sol do ces fleurs « éclatantes, je veux, du moins, prodiguer à l'âme de mon <L petit-fils ces hommages et ces vaines offrandes (1). »
La tradition rapporte que Virgile lut cet épiscde en présence d'Octavie et d'Auguste. En entendant ces vers émus qui renouvelaient leur deuil, tous deux fondirent en larmes, et Octavie tomba évanouie. Plus lard, elle aurait témoigné sa reconnaissance au poète en lui faisant compter pour chacun des vers de cet épisode une somme de 10,000 sesterces (2).
Un grand penseur de noire temps, poète en prose comme Chateaubriand et Michelet, s'est inspiré de cette ingénieuse fiction du VP chant, qui évoque l'avenir et nous montre, dans ce vaste et mystérieux réservoir où elles attendent la vie, les grandes âmes qui apparaîtront un jour dans le monde des vivants. Edgar Qiiinet suppose que le héros de son épopée symbolique , Merlin V enchanteur , visite aussi les enfers, où Virgile lui- même l'introduit. Il pénètre dans
gnifique mausolée qu'Auguste avait fait élever sur les bords du Tibre.
(1) Enéide, eh. vi, v. 860 à 886.
(2) Environ 2,000 francs.
les limbes ; c'est la retraite cachée où sont les âmes ébauchées qui n'ont pas encore vécu. « Ces larves errent çà et là, poussées par une inquiétude enfantine, car elles n'ont point encore eu de berceau. Toutes se consument du désir immodéré de franchir pour la première fois les portes de la vie. Que ne donneraientelles pas pour jouir une heure plus tôt de la lumière du soleil ? De quels vains projets ne se nourrissentelles pas ?
a Elles attendent que le siècle, l'année, le moment arrive pour elles de revêtir un corps d'argile, et qu'une arande voix leur commande de se mêler à leur tour au chœur des vivants. Jusque-là une curiosité pleine d'angoisse les tient dans une insomnie éternelle. La principale douleur de ceux qui errent dans les limbes, c'est qu'ils n'ont point encore de noms ; ils se cherchent confusément eux-mêmes au fond des ténèbres innommées, et ils se sentent, jour et nuit, opprimés par le néant (1). »
Merlin voit se dresser devant lui les ombres de ceux qui seront un jour les illustres du monde, et donne à chacune le nom qu'elle portera sur la terre. Il fait passer sous nos jeux les grandes figures de l'histoire, Charlemagne et Napoléon , Robespierre et Mirabeau, Mahomet et Luther, Guillaume le Taciturne et Washington, Christophe Colomb et Michel- Ange, Descartes et Galilée. De cette longue et intéressante série d'apparitions prophétiques, détachons celle de Jeanne d'Arc :
« L'Enchanteur vit de loin une jeune fille qui s'avançait dans la campagne ; elle marchait en cueil-
[\) Edgar Quinet, Merlin l'enchanteur, IV, 3i
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lant des bliiets dans la chaiimine ; tout était rustique et humble dans son air, excepté son regard qui traversait les limbes. Quand INIerlin fut près d'elle, quoiqu'un torrent les séparât encore, il la reconnut sans peine, et aucune des âmes qu'il avait rencontrées jusque-là n'avait ainsi touché la sienne, à ce point qu'il fut près de pleurer.
— Jeanne, lui dit-il, sais-tu où tu vas?
— Je le sais. ^
— Et comme le bûcher est ardent ?
— Je le sais.
a Cependant elle traversait le torrent sur un tronc d'arbre qui était là comme ces ponts rustiques que les villageois jettent sur les ruisseaux, en Champagne, quand la pluie les a gonflés. Deux esprits (1) marchaient à côté d'elle, à sa droite et à sa gauche, et lui parlaient à l'oreille.
« L'Enchanteur, les ayant aperçus l'un et l'autre , s'écria : ce Jeanne! pourquoi marches-tu ainsi accompagnée dans ce chemin où tous les autres vont seuls ? »,...
« A ces mots, la bergère, ayant reconnu qu'il avait vu les deux esprits à ses côtés, fut remplie d'une joie qu'elle n'avait pas encore éprouvée :
— Toi, au moins, tu les as vus, lui dit-elle ; tu
ne feras pas comme ceux qui vont répétant ici que ce sont là des songes. IMais puisque tu as déjà vu le soleil et traversé la vie, dis-moi ce que je dois en savoir, et quel chemin il me faut suivre. Car ceux-ci sont instruits dans les choses du ciel ; mais ils méprisent le monde et les messagers (|ui en arrivent.
(1) Saint Georges et saint Michel.
Avec de tels compagnons pour guides, répondit
le prophète, je n'ai rien à l'enseigner. Cependant, puisque tu m'interroges, je parlerai. Le village où tu dois voir la lumière pour la première fois est déjà couvert de chaume, ô Jeanne ! Déjà les hirondelles ont niché ; les petits gazouillent sous le toit près duquel le tien s'appuiera, non loin de l'arbre des
fées.
— N'arriverai-je pas trop tard ? dit la bergère. Voilà mon unique crainte.
— Ne crains pas, ô bergère! Tu paraîtras à l'heure de la bataille, tu ne perdras point de temps pour trouver l'oriflamme et l'épée.
— Comment porterai-je le glaive, moi qui ai peine à porter cette houlette ? Comment dompteraije les chevaux de guerre, moi qui tremble à chaque ombre qui passe ?
Tu l'apprendras ici dans cette nuit des limbes.
L'archange qui marche auprès de toi t'enseignera les vertus de l'épée. Vois! il conduit ici par le frein son noir coursier ; tu le dompteras dans les ténèl)res. Quand tu viendras parmi les hommes, tu arriveras tout armée...
« H allait continuer; mais la voix lui manqua lorsqu'il vit cheminer dans un sentier bordé d'abîmes une troupe d'esprits qui tous avaient une couronne sur la tête (1) ; ils marchaient l'un après l'autre à la lile et muetSj si bien qu'ils ne paraissaient pas se connaître entre eux.
« La bergère et ses compagnons s'étaient arrêtés pour voir passer cette troupe qui s'avançait avce
(1 Les rois de France.
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majesté. Quand la moitié au moins eut disparu, la vierge s'écria à la vue de l'un de ces pèlerins couronnés :
« C'est lui, le voici ! le roi ! »
« L'Enchanteur lui dit :
« Oui, Jeanne, tu l'as reconnu, c'est ton Charles; fais-lui son cortège, marche à son avènement. »
« Alors la bergère se mita marcher à côté de celui qu'elle avait salué ; elle semblait, en l'accompagnant, le garder contre les ténèbres (1). »
Il nous faut revenir au VP chant, dontl'analyse peut d'ailleursse terminer en quelques mots. Enée apprend de son père quelles guerres il aura à soutenir dans le Lalium et comment il échappera aux périls qui le menacent. Il prend enfin congé d'Anchise, quitte le séjour des ombres et va rejoindre ses compagnons. Il s'embarque et jette l'ancre dans le port de Caïète.
(<) Edgar Quiiiet^ Merlin l'anchantcuv (v, 2).