A. Cartault, Élude sur les Bucoli^uec ^Colio
d'avoir une houlette, une flûte, le cœur sensible et des chagrinsamoureux.Unjour viendra où les grands seigneurs s'y feront naturaliser sous des noms d'emprunt. Virgile a simplement entrevu ce nouveau monde chimérique et en a tracé les contours. Mais la découverte lui en appartient. C'est de lui, de lui d'abord, que relèveront les poètes futurs. Le Damon de la huitième^ Bucohque, qui a perdu sa maîtresse et qui parle d'aller se précipiter dans les flots, montre déjà au digne Céladon la route du devoir. Pourquoi Thyrsis qui conduit ses brebis et Corydon qui conduit ses chèvres, tous deux à la fleur de l'âge, sont-ils si bons chanteurs? C'est qu'ils sont Arcadiens tous deux. Il s'est trouvé de modernes scohastes assez déshérités du sens de la poésie pour se demander comment des Arcadiens pouvaient vivre aux environs de Mantoue. Et avec leur ingéniosité ordinaire, qui est stupéfiante, ils ont émis l'hypothèse que c'étaient peut-être des descendants d'esclaves amenés en Italie après la ruine de Corinthe ou des bergers d'Arcadie appelés dans la Cisalpine à cause de leur expérience du bétail. Mais nous sommes loin de Mantoue! La contrée où nous mène le poète n'a de réel que ses noms géographiques. La montagne du Ménale qui la domine est une montagne toute vibrante de poésie et d'amour.
Le Ménale a des bois qui rendent tous les sons ; Un chant harmonieux sort de ses forêts vertes. ' Il entend les bergers, leurs amours, leurs chansons. Et Pan qui mit de l'art dans les roseaux inertes K