Maenalus argutumque nemus pinosque loquentes
Semper habet; semper pastorum iJIe audit araores, Panaque, qui primus calamos non passus inertes.'
Bucoliques, Mil, 22-24.
Je donnerai, chaque fois que je le pourrai pour les Bucoliques ut les Gcorgiques, des traductions en vers. Je ne me dissimule pas du
Trahi par sa comédienne qui s'est sauvée jusqu'en Germanie avec un beau guerrier, Gallus est venu cherclier un refuge au Ménale. On y était déjà informé de son infortune; et la nature s'y associait par les larmes de ses lauriers, de ses bruyères, de ses pins et même de ses rochers. Les pâtres se sont portés à sa rencontre, puis les bouviers plus lents, et Ménalque encore trempé d'avoir donné à ses bœufs la glandée d'hiver, et les dieux :
Sylvain portant au front ses agrestes honneurs. De grands lis agités et des roseaux en fleurs. Et Pan, oui, le dieu Pan lui-même, la figure Teintée de vermillon et d'un jus d'hièble mûre i.
Et Gallus lui dit :
Vous chanterez ma peine aux échos d'alentour : Vous seuls savez chanter, Arcadiens! Oh! qu'un jour,
tout la difficulté de l'entreprise et qu'on risque souvent, plus qu'en prose, de trahir son modèle. « La traduction en prose n'<^st, qu'un chiffre qui ne trompe pas; la traduction en vers me fait l'effet d'un mensonge », écrivait Ernest Havet. Mais Sully PruJhomme disait « qu'un poème n'est vraiment traduit que s'il l'est en vers ». Et il s'appuyait sur de bonnes raisons qu'on trouvera dans l'excellente traduction de Lucrèce en vers par André Lefèvre (p. 300, Société d'Éditions littéraires, 1899). D'ailleurs, ce ne sonl pas les raisons de Sully Prudhomme qui m'ont engagé à traduire en vers des morceaux de Virgile. C'est tout simplement à force de le traduire en prose que, mécontent du résultat, je me suis demandé si, en se relâchant des alexandrins à rimes plates et en adoptant, au besoin, les facilités de la métrique d'aujourd'hui, on ne pourrait obtenir une traduction en vers suffisamment exacte et qui donnât mieux l'idée de la poésie virgilienne. Comme je renvoie toujours au texte, le lecteur en jugera. Mon texte est celui de MM. F. Plessis et P. Lejay, {Ed. Hachette, 1919.) Quant aux traductions en prose, je n'en ai aucune à recommander spécialement, sauf celle des Géor" giques, par Henri Lantoine. (Hachette, 1910.) 1, Venit et agresti capitis Silvanus honore,
Florentes ferulas et grandia lilia quassans. Pan, deus Arcadiae, venit, quem vidimus ipsi Sanguineis ebuli bacis minioque ruhentem :
Bucoliques, X, 24-27.
Si mes tristes Amours soupiraient sous vos lèvres,
Ma cendre go-terait un repos calme et doux!
Puissé-je avoir vécu parmi vous, l'un de vous,
Vigneron de vos ceps ou gardien de vos chèvres!
Sans doute, j'aurais eu plus d'une folle ardeur.
Arayntas m'aurait plu; Phyliis m'eût pris le cœur.
Qu'importe qu'Amyntas ait le teint un peu sombre?
Sombre est la violette et noirs les vaciets.
Saules et pampres verts m'eussent donné leur oiribrc,
Amyntas ses chansons et Phyliis ses bouquets.
Ici, le bois et l'herbe et la fraîche fontaine;
Ici, toute une vie à vivre près de toi,
Ma Lycoris! Hélas, dans les camps et l'effroi,
Sous les traits ennemis un fol amour t'enchaîne.
Cruelle, loin de ton pays, seule, sans moi,
(Je voudrais ne pas croire à ton affreuse audace!]
Tu vois l'Alpe neigeuse et le Rhin tout glacé.
Ah! puisses-tu ne pas souffrir de cette glace.
Et ton pied délicat n'en être point blessé < !
Gallus prend ainsi la tête du cortège des tristes amoureux qui défileront dans la pastorale modarn^ et qui demanderont à la nature et aux ber<>ers une
Tristis at ille : « Tamen canlabitis, Arcades, inanit, Montibus hœc vestris, soli cantare periti Arcades! 0 mihi tum quam molliter ossa quiescaiit Vestra mecs oh"ra si fistuia dicat Amorts! '
Atque utinam ex vnbis unus, vestrique iuissera Aut custosgregis, aut maturae vinitor uvœ! Certe, sive mihi Phyliis, sive esset Amyntas, Seu quicumque furor (quid tum, si luscus Amyntas? Et nigrœ violée sunt, et vaccinia nigraj,
Mecum inler saliccs, lenla sub vile jacerel- Serta mihi Phyliis legeret, cuntaret Amyntas. « Hic gelidi fontes, hic mollia prata, Lycori,
Hic nemus; hic ipso lecum consumerer aivo.
Nunc insiinus amor duri te Manis in armis '
Tela inter média atque adverses detinet hostes.
Tu procul a patria (née sit raihi eredere tantum)
Aipinas, a! dura, nives et frigora Rheni
Me sine sola vides. A! te ne frigora Isedant!
A! tibi ne teneras glacies secet aspera r;Ianias! »
Bucoliques, X, 31-48.
hospitalité pour leur solitude douloureuse. Un jour, le Tasse, dans un accès de folie, s'enfuit sous un déguisement de pâtre. Il cherchait le Ménale. Toute sa folie, ce jour-là, consistait à vouloir vivre une aussi douce chimère. Et remarquons-le, ces victimes de l'amour ne le maudissent pas. Ils continuent d'aimer celle de qui vient leur misère et s'affligent, même trahis, de ne rien pouvoir pour son bonheur. Par un effort méritoire, ils écartent de leur pensée jusqu'à l'ombre du rival heureux. « Seule, sans moi! » s'écrie Gallus. Elle n'était pas seule, la misérable ! Mais Gallus veut tout ignorer, sauf son absence, et ne lui reproche que les périls qu'elle court. Un nouveau type littéraire apparaît; une nouvelle façon de transposer dans l'art l'éternelle aventure du cœur humain.
On connaissait Gallus sur le Ménale; on y connaît aussi Pollion. Deux bergers, Ménalque et Damœtas, se provoquent au chant alterné. Selon les règles de ce jeu, encore en honneur chez les paysans sardes, celui qui commence choisit un thème où l'autre e-t tenu de le suivre dans le même nombre de vers, ordinairement deux ou quatre. Ainsi Damœtas commence :
Jupiter d'abord. Muse I II remplit l'univers, Il veille sur nos champs et sourit à mes vers.
Et Ménalque réplique :
Moi, c'est Phébus qui m'aime; et j'ai toujours chez moi, Hyacinthe et laurier, les présents qu'on lui doit.
Damœtas passe des dieux à son amour.
J'ai des présents p«ur mon amour, car je sais bien Où les ramiers ont fait leur nid aérien.
Et Ménalque de reprendre :
J'ai pour lui dans les bois cueilli dix pommes d'or. Et demain mon amour en aura dix encor.
Jusque-là, ce sont des thèmes habituels; mais, tout à coup, Damœtas, avec la brusquerie des bons joueurs qui veulent dérouter leur partenaire, s'écrie :
Pollion aime et lit nos vers, Muse champêtre. Choisis une génisse et pour lui fais-la paître !
Ménalque, aussi habile que Damœtas, riposte :
Pollion fait des vers neufs et beaux : qu'on amène Un taureau dont la corne éparpille l'arène!
Damœtas continue :
Qui t'aime, ô Pollion, ait ton destin et cueille
Des parfums sur la ronce et du miel sur les feuilles!
Et Ménalque :
Qui ne hait Bavius, Mœvie, aime ton art !
Qu'il aille traire un bouc et bâter des renards -• !
^' DAMŒTAS.
Ab Jove principiura, Musae ; Jovis orania plena : Ille.colit terras; illi mea carmina curae.
WEXALCAS.
Et me Phœbus amat ; Phœbo sua semper apud me Munera sunt, lauri et suave rubans hyacinthus...
DAJIOETAS.
Parla meœ Veneri sunt munera ; namque notavi Ipse locum, aeriœ que congossere palumbes.
WEXALCAS,
Quod potui, puero silvestri ex arbore lecta Aurea mala decem misi; cras altéra mitlam...