Saepibus in nostris parvara te roscida raala
(Dux ego vester erara) vidi cum matre legentem ; Aller ab undecimo tum me jani ceperat annus; Jam fragiles poturam a terra cootingere ramos, Uî vidi, ut perii !,..
Bucoliques, Vnr 38-42.
|)i]i>.jue les philosophe? l'admettaient.!... La seconde Bucolique, la première peut-être qu'il ait composée, la moins originale, nous peint le désespoir du bercer Corydon, dédaigné par le jeune Alexis; et cet Alexis, à en croire les scoliastes, serait un certain esclave, Alexandre, que Pollion eût donné à Virgile ému de sa beauté. Je ne vois aucune raison d'en douter. Mais ce qu'il faut admirer, c'est la chastelé de sa poésie, si extraordinaire quand on le compare aux autres poêles latins. Il est le seul qui nous fasse accepter cette forme désobligeante de l'amour anîiq'ie. Sa grâce et je ne sais qiiel coloris ingénu et tendre recouvrent tout. A mesure qu'il avancera dan? la vie, son sentiment ou, du moins, son expression du sentiment s'épurera. Il y a loin de la passion brûlante de Corydon à l'amitié passionnée de Nisus et d'Euryale. On devine aussi en lui un fond romain de défiance et presque d'hostilité à l'égard de l'amour, comme si, averti par tant d'exemples, il eût senti le besoin de se tenir sur ses gardes ou jugé inutile d'ajouter aux tentations de la vie le stimulant de l'art. Même dans la Bucolique consacrée à la douleur de Gallus, il fait entendre sur les lèvres de Pan la voix du bon sens. « Ne mettras-tu pas un terme à tes plaintes? L'amour n'en a cure. » Et Corydon se gourmande : «. Ne ferais-tu pas mieux de tresser avec du jonc et de l'osier un de ces ouvrages qui sont toujours utiles ? » Enfin, ce qui est rare chez un jeune homme, il évite de dramatiser à l'excès les eflets de la passion. Ses peintures sont comme bairr^iées d'un souriant optimisme. Sa bergère aux sort èges ne méfiite pas le crime qui luit déjà dans les y ix de la magicienne empoisonneuse de Théocrile. Bien lui en prend, car son chien aboie sur le seuil, et Daphnis revient avant qu'elle ait achevé ses incantations.
Tout cela ne vent p?is dire que Virgile n'ait pas été enclin à la volupté, il faut se méfier des artistes qui s'attardent aux images sensuelles. Leur ardeur n'est souvent que dans leurs pinceaux. Ceux pour qui la volupté est chose grave et intéxesse toute l'âme sont moins prodigues de ses représentations. Ils en gardent vis-à-vis du public le secret et la pudeur. L'art de Virgile est souveraineaienl pudique. Mais il s'enveloppe d'une telle mélancolie et parfois d'une telle 1 îugueur que toutes nos fibres en reçoivent l'impres- ?-ion d'une nature voluptueuse. Bernardin de Saint- Pierre et Miclielet, l'un si sensuel, l'autre si passionné, s'enchantent également de sa tendresse pour le crépuscule. On remarque en effet que sur dix BuC'liques, il y en a six qui se terminent avec le jour. Les ombres s'allongent des montagnes; Vesper luit à l'horizon; on finit d'arroser les prés; on .ramène les chèvres au bercail; on craint que la nuit n'amène la pluie. La pastorale s'enfonce et se perd dans les ombres du soir.
Et elle a des larmes pour d'autres infortunes que celles de l'amour. La mère de Daphnis, qui embrasse le cadavre de son fils et accuse la cruauté des astres et des dieux, nous annonce déjà les sanglots déchirants de la mère d'Euryale. La façon dont les bergers aiment leurs bêtes, la sincérité de leur émotion (juand elles souffrent, nous préparent aux plus belles pages des Géorgiques. Noble poésie qui vient entourée d'abeilles, au cri des cigales, ou chasiement éclairée de la première étoile du soir, les mains pleines de lis, de pâles violettes, de soucis dorés, de fenouil odorant, avec des notes profondes qui résonneront pins amplement dans les Géorgiques et YÉ/iéide! L'art en est déjà somptueux et sobre. S'il n'a pas encore atteint toute sa plénitude, la faute en est
moins à la jeunesse du poète qu'au genre trop étroit pour son génie. A chaque instant il en élargit le cadre, presque aussi impatient d'y échapper que le Corneille des premières comédies était impatient d'entrer avec ses grands vers dans les orages tragiques. Mais entre les beaux vers des Bucoliques et ceux des autres poèmes, je ne vois aucune différence do timbre et de rythme. Sa fantaisie a une richesse de tons et de couleurs qui nous charme sans jamais nous éblouir, tant les efîets en sont mesurés. Voyez ce tableau emprunté à l'histoire de Pasiphaé qu'une passion monstrueuse attache aux pas d'un taureau :
Te voilà sur les monts errante, ô malheureuse! Mais lui, les flancs neigeux dans l'hyacinthe grasse. Rumine une herbe pâle au pied noir d'une yeuse, Ou cherche une génisse en un troupeau qui passée
Et à côté de cette évocation puissante, quelle malice et quelle grâce dans l'idylle mythologique de Silène surpris par deux bergers!
Mnasylos et Chromis, jeunes bergers, ont vu
Le dieu Silène au fond d'une grotte étendu.
il dort. Comme toujours, ses veines sont gonflées
Du mystique lacchos que la veille il a bu.
Mais sa couronne et ses guirlandes déroulées
Gisent loin de sa tête, et sa main tient encor
Le caniliare aux flancs lourds qui pend d'une anse usée.
Leur jeunesse, qu'il a si souvent nbus<'e
De l'espoir d'un beau chant, fond sur le dieu qui dort
Et .lui fait des liens de ses propres parures.
l'gle vient, plus hardie étant Nymphe et l'orgueil
Des eaux, serre les nœuds, et, Silène ouvrant l'œil,