‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 24 sur 74 · Quid facial laelas s.getes, quo sidère terram · texte numérisé non relu

Quid facial laelas s.getes, quo sidère terram

Vcrtere, McDcenas. uimisquc adjungerc vitos Convcnial; qu^y cura i-oiim, qui culuis liabrndo Ht p. cori; apibus quaila expc-ricnlia parcis Iliuc caijure incipiam '

Ovorgiqucs, J, 1-j.

Robigus, dont ou ne sait s'il est une déesse et qui protège les arbres contre la rouille {robigo), la déesse Lyiupha qui habite les fontaines, puisque son nom signiiie l'eau, le dieu Boïius Eventus ou de la Bonne Venue ou du Succès, sans lequel Varron remarque judicieusement que rien ne pousse à souhait. Virgile écarte ces divinités froidement et sèchement allégoriques, non pas qu'il soit, ainsi qu'on Fa i>rétendu, moins soucieux des souvenirs latins, car il invoque les Faunes qui comptent au nombre des plus anciens dieux italiques et le dieu Silvain, dieu des défrichements et des bornes frontières, qui était adoré dans toutes les fermes tenant à la main un jeune cypi'ès arraché avec sa racine. Mais il est trop nourri d'hellénisme pour se renfermer dans le paniiiéon rude et borné des vieux Quiriles. Il choisit surtout les dieux que les poètes hardis ont identiliés aux dieux grecs. L'ancien génie Liber, dieu des plaisanteries désordonnées et des biens de la table, est devenu Bacchus; la Minerve des Etrusques, i'Athena qui planta l'olivier. Il fait aui^si une large place dans son invocation aux dieux essentiellement helléniques : le dieu Pan, Aristée qu'Hésiode nommait l'Apollon pastoral, et Triptolème qui enseigna l'usage de la charrue. L'artiste amoureux de la beauté grecque s'unit au Romain qui, d'ailleurs, n'a pas le sentiment de sortir du monde romain en appelant la faveur des dieux de la Grèce sur les moissons de l'Empire. Si traditionaliste qu'il soit, il ne se laissera jamais séduire au charme factice de l'archaïsme. C'est bon pour les poètes de second ordre d'afFecter la naïveté des anciejis temps et d'en adopter les formes. Ils n'ont aucune prise sur le grand public qui, lui, est toujours de son époque et ne comprend l'anUquité qu'à travers le rajeunisse-

ment de la pensée et de Fimagination modernes. Il me semble voir errer un sourire sur les lèvres de Varron, quand il incline sa tète chenue d'érudit devant les sanctuaires de Robigus et de Bonus Eventus; et je me rappelle l'étrange profession d'incredulité par laquelle il commence son traité des Antiquités divines. Virgile est sincère : il croit du moins à la beauté des dieux qu'il invoque.

S'il ne tenait qu'à nous, son invocation n'irait pas plus loin, et il ne consacrerait pas autant de vers à la divinité d'Octave qu'cà toutes Jes divinités champêtres réunies. On voudrait savoir de quel air le vainqueur d'Actium écouta le passage où le poète se demande si, introduit plus tard au Conseil des Immortels, il préférera être le dieu de la terre ou le dieu de l'Océan. Prendra-t-il place, constellation nouvelle, entre la Vierge et le Scorpion qui resserrera ses pinces brûlantes pour lui laisser plus d'es^ pace? Les enfers ne peuvent espérer l'avoir comme roi, malgré l'admiration que ses Champs-Elysées inspirent à la Grèce et l'indifférence de Proserpine aux prières de sa mère qui voudrait l'en voir revenir Il y a là quelque chose de boursouflé, d'emphatique et en noème temps de spirituel à la façon qui sera celle d Ovide. Mais l'expression est plus déplaisante que le sentiment; car le sentiment, il faut le comprendre. On a dit que Virgile imitait les Alexandrins ({ui avaient dans leurs vers divinisé les Ptolémées Cependant Cicéron n'imite pas les Alexandrins quand il traite Pompée déjeune dieu. La vérité est que ces nommages divins, qui nous paraissent aujourd'hui de monstrueuses flatteries, tiraient leur origine d'une conception religieuse qui ne mettait point entre l'humanité et la divinité une séparation infranchissable et qui voyait dans le héros une manifestation vivante

de la puissance divine. Nous retrouvons cette conception aussi forte, aussi vivace, chez les Asiatiques d'aujourd'hui et particulièrement chez les Japonais. 11 est probable que Virgile n'eut pas été moins embarrassé, si un Juif l'avait interrogé sur sa croyance à la divinité de César, qu'un Japonais quand nous lui demandons s'il croit réellement à la divinité de son Empereur. Notre religion nous a rendu sacrilèges ces déifications ; et le droit divin de nos rois ne leur a jamais constitué une divinité. Pour Virgile, il y avait du dieu dans Octave, et ce n'était point rabaisser l'idée de la divinité que de l'incarner dans l'homme qui portait en lui le salut du peuple romain.

Voilà ce qu'on ne doit pas oublier en lisant cette invocation de Virgile à Octave, dont l'avant-dernier vers, du reste, est très émouvant: (kignarosque vise mecum miseratus agrestes. Prends pitié comme moi des pavsans ignorants de la route à suivre. ^ Mise^ ratus: ce mot nous précise l'intention du poète et le caractère si humain de son œuvre. On pourrait s'étonner de l'ignorance des paysans dans un pays dont ils avaient fait la force et la vertu. Mais l'agriculture avait été négligée ; l'heure était venue de la retirer des vieilles routines et de la renouveler par des méthodes scientitiques. Ce sentiment qui pénètre l'œuvre de Virgile pénétrerai plus tard le Thmtre (T Agriculture d'Olivier de Serre, écrit en 1599 au lendemain de nos guerres religieuses. « Qui ne voit, dira-t-il, que l'expérience des laboureurs non lettrés est grandement aidée par la raison des doctes écrivains? » Et il disait encore : « La science de l'agriculture est comme l'àme de l'expérience. 1> C'est cette Ame que Virgile se propose de dégager.

Le plan de son premier livre est à peu près le

même que celui de Varron qui divise ragricullure en quatre parties consistant à bien connaître : la première, le fonds à exploiter; la seconde, les instruments nécessaires; la troisième, les façons que le terrain exige; la quatrième, les époques favorables. 11 prend le laboureur au moment où le printemps s'éveille, où la glace des montagnes commence à fondre et la glèbe amollie à se désagréger, où le frottem^ent du sillon va donner au soc toute sa splendeur. Etude du climat et des vieux modes de culture; connaissance du terroir et de sa portée; conseils pour la jacbère, le fumage, le brûlage des éteules, l'irrigation, où se mêlent aux adages romains les procédés nouveaux, comme le hersage de la terre et le recoupage des sillons : c'est sur le ton le plus uni, par les détails les plus précis et les plus techniques (jue débute le premier livre des Gêorgiques. Et pourtant nous en recevons une très forte impression de poésie.

Elle vient, je crois, de la convenance parfaite du fond et de la forme. Jamais l'amour et l'intellio-ence de. la nature ne se sont exprimés dans une forme aussi noblement exacte, aussi harmonieuse et dont les mouvements les plus vigoureux trahissent moins d'eiïort. Prenez les dix vers sur le brûlage des chaumes légers hvrés aux flammes crépitantes ^ Le poète expose les eiîets, d'ailleurs contestables, du feu

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