‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 26 sur 74 · Magkoje, Saturnales, V, L · texte numérisé non relu

Magkoje, Saturnales, V, L

dormir son champ un an sur deux, à moins d*y pratiquer la culture alternée. En ce cas, il pourra y semer à la saison prochaine son froment doré.

Qu'il l'ensemence après en avoir obtenu Un légume abondant : la vesce au fruit ténu, Et les amers lupins à la tige cassante, Petite forêt grêle et toujours bruissante "•.

(Ici, la traduction développe légèrement l'impression voulue par le poète de fragilité sonore : fragiles calamos silvamque sonanteni). Remarquez que sa fantaisie n'intervient pas. Ce n'est point à travers son rêve ou son émotion que nous voyons ou nous sentons les choses. Si tout vit dans ses vers, c'est que tout vit dans la nature dont il nous transmet la sensation directe. Il l'a observée en contemplateur pour qui n'existe ni grandeur ni petitesse. Quand on la regarde de près, une touffe de lupins est une forêt. L'expression la plus forte devient la plus naturelle. Il n'y a là ni procédé ni figure de rhétorique : la vérité même est saisie et interprétée avec sympathie. Plus loin, quand il s'agit de l'irrigation, nous entendons, au moment où l'herbe desséchée languit, l'eau des rigoles en pente « tomber d'un sommet sourcilleux sur les pierres lisses avec un rauque murmure ». Tous ces détails, soutenus par le rythme, communiquent à une matière qui pourrait sembler aride une poésie surprenante, la plus belle peut-être qu'ait inspirée la nature aimée pour elle-même. Ce n'est point une poésie descriptive, puisqu'elle se propose d'être utile, ni une poésie sentimentale, puisque le poète se

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