Aut ibi llava seres, mutato sidère, farra
Undo prius Isetum siliqua quassante leguraen, Autlonuîjs fofus viciœ, trisiisque lupiiii busluleris iragilcs calamos sllvaniqnr sonantera.
Georyiques, I, 73-76.
subordonne entièrement à son objet. Elle ne doit son premier charme qu'à la sincérité qui l'anime et à la pureté de l'art.
Peu à peu le poème va s'élargir. Quand les hommes et leurs bons serviteurs, les bœufs, ont bien retourné la terre, peuvent-ils se reposer de leurs fatigues? Non : il faut encore redouter l'oie sauvage, la grue, la chicorée aux filaments amers, et les ombrasses trop touffus si nuisibles aux champs. Les dangers viennent de partout, du sol et de l'air. Et ici apparaît une des idées fondam.entales des Géorgiqiies : l'idée du travail, non pas envisagé comme une peine, un châtiment, une vengeance divine, selon la vieille conception d'Hésiode, ou comme une loi aveugle et farouchement incompréhensible, selon la conception de Lucrèce, mais comme la condition même de la vie et sans laquelle l'homme ne serait pas l'homme. Jupiter a voulu que le chemin du laboureur fût rude. Avant lui, c'était l'âge d'or. Mais, sous ce règne de Saturne tant vanté, les hommes croupissaient dans la torpeur. C'est Jupiter qui a envenimé la morsure de la vipère, qui a donné l'ordre aux loups de sauter sur leur proie et aux flots de se soulever. C'est lui qui, en multipliant autour de nous les pièges et les périls, nous a forcés de découvrir le fer et de triompher par le travail. Omnia vincit araorl s'écriait le Gallus de la dixième Bucolique. Labor omnia vicit, répond le Virgile des Géorgiques. Le travail est l'enrichissement continu de l'âme humaine.
Le dieu qui nous l'a imposé ne nous a voulu que du bien. Ce Jupiter qui s'est montré si dur pour le laboureur est le même que celui qui promènera Enée à travers les mers, l'exposera à tous les dangers et à toutes les tentations et fera de la création du peuple romain une çeuvre d'énergie et de volonté. C'est 1^
Jupiter des Stoïciens, râmo qui gouverne le monde par le mouvement et la raison et de qui viennent tonte loi et toute moralité; le Jupiter, dieu unique dont les autres dieux ne sont que les émanations, et que Varron, curieux de la religion monothéiste des Juifs et fort admirateur de leurs temples sans images, assimilait à Jéhovah. L'intention que lui prêle le poète, la nécessité oi^ ce dieu met l'homme de mériter Ini-mème son honhour, les épreuves par lesquelles il le conduit à se surpasser, ont un tel rapport avec ce que nous dit la Bible qu'Olivier de Serre, qui n'avait point lu Varron, mais qui avait longuement pratiqué Virgile et qui savait par cœur les Saintes Ecritures, rapproche les vers virgiliens des verset.^ de rÉcclésiaste : (( D'autant que Dieu veut que nous nous contentions des lieux qu'il nous a donnés, il est raisonnable que les prenant comme de sa main, tels qu'ils sont, nous nous en servions le mieux qu'il nous sera possible, tâchant par artifice et diligence à suppléer au défaut de ce qui leur manque, suivant ce que dit l'oracle {Ecclésiastique, 7, 13) : Ne hais point le labourage, encor qu'il soit pénible, car c'est de V ordonnance du Souverain. Et cettç lumière de vérité est remarquable aux païens :
Le Père n'a voulu que le labeur champêtre Eût chemin si aisé, ains en lliomme a fait naître Et Vart et le souci de cultiver les champs, Et, juste, a refusé les fruits aux nonchalans. »
{Géoryiques, I, 121-124)'.
Donc, l'homme, soUs peine de n'avoir d'autres ressources que d'aller dans les bois secouer les glands pour apaiser sa faim, doit s'équiper en conséquence