P, Lejay, Virgile (Édition Hachette 1919), p
imagination. Ainsi, le cinquième jour après le lever de la lune est à éviter : il a vu naître le dieu de ];.l Mort et les Euménides; et, ce même jour, la Terre a créé, dans un monstrueux enfantement, les Géants qui ont conjuré la ruine du ciel et que Jupiter a foudroyés. (Mais je me demande pourquoi le poète a pris soin de nous signaler le neuvième <( favorable à la fuite des esclaves et mauvais aux voleurs ». S'il ne veut pas s'égayer aux dépens des vieux almanachs, on ne comprend guère cette sollicitude à l'égard des voleurs et des esclaves marrons.)
Ni les jours fériés ni les jours néfastes ne ralentissent l'activité du campagnard. Ils ne font que la régulariser. De l'aurore à la nuit, en toute saison, les heures lui distribuent sa tâche. Malheureusement, il faut bien le reconnaître, — c'est peut-être l'unique défaut de ce premier livre des Géorgiques^ — si le plan se tient dans son ensemble, seuls l'éclat, la vigueur ou la grâce des tableaux en dissimulent parfois la confusion ; elle est surtout sensible aux endroits où Virgile entremêle les travaux, les plaisirs, les soucis des saisons et des jours. On va et vient de l'hiver à l'été, du printemps à l'hiver, de l'été à l'automne, et l'on ne retrouve la grand'route qu'en arrivant aux pronostics qui nous sont donnés par la nature, la lune et le soleil. Mais Tunité de sentiment n'en est pas atteinte. On n'en est vraiment gêné que si on essaie d'analyser cette partie du poème comme on le ferait d'un traité ou d'un discours.
La composition poétique n'obéit pas aux mêmes lois que les autres. Elle procède souvent par bonds et par contrastes. A la description puissante de la tempête d'automne, qui bouleverse les récoltes, succède l'évocation des fêtes de Cérès, des Ambarvales, qui déroulent sous la sérénité du printemps, autour
des moissons nouvelles, leurs danses et leurs chœurs sacrés, Virgile ne manque jamais roccasion de rappeler aux laboureurs l'utile beauté de ces cérémonies religieuses qui font partie du patrimoine -moral de l'homme italien et romain. Les peintures de la vie hivernale sont coupées du brûlant souvenir des travaux d'été. Au contraire des paysans d'Hésiode sur qui pèse effroyablement l'horreur de l'hiver, It^s paysans d'Italie attendent cette saison comme celle des joies permises et des occupations aussi récréatives que des joies.
Aux tardives lueurs de son âtre, rhiver, Le laboureur, penclîé sur le tranchant du fer, Taille en formai cVcpis ses brandons, et sa femme Chante en faisant courir le peigne dans sa trame, Ou, surveillant au feu sa marmite de moût, Écume d'un rameau feuillu le vin qui bout. Mais coupe en plein midi la moisson qui rougeoie; Que l'aire en plein midi la rôtisse et la broie. Laboure et sème au temps où tu peux ailer nu. L'hiver chôme et jouit du beau fruit obtenu. Les paysans, devant leurs tables bien garnies, L'un chez l'autre, gaîment, régalent leurs Génies : Ainsi le lourd vaisseau rentre au port, et joyeux Les marins à la poupe oat couronné ses dieux. Pourtant, lorsque la neige a recouvert les haies, ijuand le fleuve charrie, on récolte des baies De lauriers, d'oliviers, et de myrtes sanglants, Et l'on va dépouiller les chênes de leurs glande. On tend des rets aux cerfs et des pièges aux grues. Les oreilles du lièvre entendent les battues; \'À la fronde d'étoupe, inévitable aux mains Des Baléares, frappe et terrasse les daims L