‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 35 sur 74 · At quae pinguis humus dulcique uligine lœla · texte numérisé non relu

At quae pinguis humus dulcique uligine lœla

Et filicem cuivis iiivis.im i'a.scit ^ialii>, Hic libi pnevalidas oîini muUoquu liucntes SufLciet BaLcIio viles; hic f<;rtilis uvaj. Hic lalicis, qualem pateris iibamus et auro, Intlavit cum pinguis ebur Tyrrhenus ad aras, Lancibus etpandis fumantia rcddimus cxta.

- Géorgiques, II, 189-194.

de la vigne et où il me semble avoir réalisé la perfection du genre. Il ne l'assimile pas positivement à un être humain ; mais par la façon dont il nous la présente, par les expressions dont il se sert, par les images qu'il suggère, il nous la rend aussi vivante que le jeune héros d'un roman pédagogique. Regardez dans la plaine ou sur le penchant d'un coteau ses lignes symétriques traversées d'allées régulières : c'est ainsi que la légion développe ses cohortes et se forme en bataille. Vous ne serez donc pas surpris qu'on l'élève, comme la jeunesse romaine, en vue des pénibles combats à livrer. On aura soin d'éloigner du terrain où elle doit opérer le coudrier qui est une mauvaise fréquentation et l'olivier sauvage qui s'enflamme si rapidement par l'imprudence des pâtres. L'incendie est terrible. Les ceps en restent à jamais frappés de stérilité. L'olivier seul survit au désastre avec ses feuilles amères, — umères comme l'expérience prématurée des passions.

On l'a plantée à la saison heureuse entre toutes, à la saison vermeille du printemps, lorsque le Père tout-puissant, l'Éther, descend en pluies fécondes dans le sein de son épouse, la Terre. Les bois résonnent du chant des oiseaux ; l'instinct amoureux se réveille au cœur des bètes. La glèbe, sous la tiède haleine des zéphirs, dénoue sa ceinture. Laxant arva sinus. (Quelle admirable image !) Le printemps nous reporte aux premiers jours du monde. Le monde n'a pu naître ni pendant l'hiver ni pendant les torrides chaleurs.

Oui le monde connut à ses premiers instants

Ce jour et cet éclat; c'était bien le printemps.

Et l'univers vivait la saison printaniere,

Kt l'Eurus s'abstenait de son soufUe glacé,

Quand les premiers troupeaux vinrent à la lumière,

Quand riionirne né du sol sur les champs s'est dressé, Quaii'l ]•- r.iuve aux forets, l'astre au ciel fut Inncé^ !

Le grand souflîe de Lucrèce a passé ici dans rame de Virgile ; mais il y a dépouillé son âpreté. Les dieux ont été bons pour ia création. Ils lui ont épargné la dureté des premiers pas ; et ses yeux en s'ouvrant n'ont vu que la plus belle des lumières. L'hymne au printemps, qui vient après l'éloge de l'Italie, s'harmonise au ton général de ce second livre, où nous marchons d'enchantement en enciiante ment.

La vigne qu'on plante ainsi, quand le sourire indulgent du ciel brille sur les choses, réclame tous nos fcoins. Il faut lui donner des tuteurs, l'aider à monter jusqu'à la cime des ormeaux, l'éduquer. Son éducation sera un mélange de douceur humaine et de fermeté romaine. On laisse l'enfance se développer librement; mais un moment arrive oii l'on doit la di:fcipiiner, lui apprendre et lui imposer la notion de l'ordre :

Quand tu vois les bourgeons poindre à ton cep vivace, Épargne Tàge tendre, ^t dans le clair espace Quand il pousse et s'élance heureux, fier et sans frein, >i"y porte pas encor la serpe : feuille cà feuille, Éclaircis son feuillage à la main, coqjime on cueille. iJais autour de l'ormeau solidement étreint Quand ses jets sont montés d'une plus haute allure, Emond<3-lui les bras, tonds-lui la chevelure ; Impose-lui les lois du fer qu'il ne craint plus;

1, Non alios prima crescentis origine mundi

Iliuxisse dies, aliumvLi babuisse tenorera Crediderim ; ver iiiud erat, ver magnus agebat Orbis, et hibernis parcebant flalibus Euri, (^ura primae lucem pecudts hausere, virumque Terrea pri. génies duiis caput extulit arvis, Irariiissajque ferœ silvis, et sideia caebj.

Gcorfjiques, II, 336-34^.

Réprime en maître dur les rameaux superflas. Et surtout qu'une haie en écarte les bétes. Sa frondaison est jeune et ne sait pas souffrir. C'est trop des soleils lourds, des indigne tem )'Hes Si l'on doit encor voir les buffles la meurtrir. Le chevreuil acharné l'outrage avec iélices. Les brebis viennent la brouter et les géaisses S'en repaissent. L'été sur les rocs nus dardant, Les frimas de l'hiver aux cuisantes gerçures, Ne lui furent jamais plus cruels que la dent Des troupeaux et son dur venin et les blessures Qu'à de tendres rameaux impriment ses morsures "•.

Varron cite la loi rurale qui interdit de mener paître les chèvres sur un terrain planté d'arbrisseaux, car elles ont la dent venimeuse et broutent les jeunes plantes, surtout les vignes et les oliviers. « C'est de là, ajoute-t-il, qu'est venu l'usage d'immoler des animaux de cette espèce à tel dieu et de n'en pas immoler à tel autre : le même sentiment d'aversion fait que l'un veut leur mort et que l'autre ne veut même pas les voir. Ainsi on sacrifie des boucs à Bacchus, père de la vigne, et jamais à Mi-

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