‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 37 sur 74 · Non aliamob culpam Baccho caper omnibus aris · texte numérisé non relu

Non aliamob culpam Baccho caper omnibus aris

Caeditnr, et vetercs incunt proscoenia ludi, Prœmiaquc ingeniis pages et compita circum Thesida) posuere, atque inter pocula lœti Mollilius in pratis unclos saluere per utrcs. Nec non Ausonii, Troja gens missa, coloni Versibus incomptis ludunt risuque soiuto, Oraque corticibus sumiint horrenda cavatis, Et te, Baccho, vocant per carmina lœta, tibique Oscilla ex alla su.spendunt mollia pinu. Hinc omnis largo pubescit vinea fétu, Complcntur valîesquc cavœ, sallusque profundi, Et quocumque deus circum caput egit honestum. Ergo rite suum Baccho dicemus honorein Carminibus patriis, lancesque et liba fercraus ;

Le coudrier, lui aussi, expie son inimitié pour la vigne. La poér-ie de Virgile sait prendre tous les tons, et nous oublions trop souvent la veine de réalisme qui y court comme dans celle de Ronsard et de lîugo. Mais le vigneron partage le sort du laboureur : il a devant lui un long cercle de labeurs et de peines à parcourir et que renouvelle chaque année en revenant sur ses pas. A peine les ceps ont-ils perdu leur feuillage qu'il faut les émonder, les tailler, les façonner, préparer les vendanges prochaines. L'olivier et les autres arbres fruitiers n'exigent pas tant d'efforts. Et que d'arbres, sans que nous les sollicitions, nous fournissent leur tribut! La gratitude du poète s'émeut à la pensée de tout ce que nous leur devons. Les pins des hautes futaies nous donnent les torches résineuses et les grands feux que les pâtres allument la nuit. Nos maisons sont faites de cèdre et de cyprès ; nos javelots de myrte et de cornouiller ; les branches de l'if se recourbent en arc. Ah ! trop i heureux les hommes des champs, s'ils connaissaient leur bonheur! Et le second livre s'achève sur l'éloge de la vie rustique.

C'est un des morceaux les plus connus des Géorgiques et dont les premiers vers 0 fortunatos nimium,.. sont inséparables des souvenirs d'une bonne éducation. La célébrité en est justidée ; mais, comme très souvent, l'immense fortune de ces vers vient de ce qu'ils s'accordent en partie à une vue superficielle des choses. Virgile sait bien que le paysan ne connaît pas son bonheur, et que, par conséquent, la vie rustique est, comme toutes les pauvres vies humaines, livrée à d'inutiles soucis et à de vains désirs. La

Et ductus cornu stahit sacer hircus ad aram, Pinguiaqac in veribiis tovrcbimiis ex la colurnis.

Géorgiqu es, II, 3b2-39G.

sa2:esse n'habite pas plus la petite ferme que la maison à cinq étages ; et, si les ambitions des camoagnards s'exercent sur de moins grands théâtres, elles n'en sont pas moins vives. Mais il n'est pas exact que le laboureur n'ait qu'à fendre la terre avec son soc recourbé pour que, chaque année, « les arbres plient sous le poids de leurs fruits et ses greniers sous le poids de ses récoltes » : le poète, luimême, dans le premier livre, nous a montré combien sa vie était pénible et son travail toujours menacé. Est-il plus vrai de dire que le paysan (c n'a pas à se préoccuper de la discorde qui arme les frères contre les frères, ni des incursions du Dace, ni des affaires intérieures de Rome? t) Les guerres civiles le chassent de chez lui ; les guerres étrangères l'appellent sous les drapeaux ; et les querelles des hommes politiques ont les plus fâcheuses répercussions dans l^s campagnes. C'est seulement chez les poètes bucoliques et au royaume de la pastorale, que les paysans jouissent de leurs larges horizons, de leurs grottes, de leurs vallons frais, et du mugissement des bœufs et du sommeil sous les arbres. Dans la réalité, ces plaisirs sont surtout plaisirs de citadins aux champs.

Enlin, il n'est pas vrai que Virgile ait demandé aux Muses « de lui indiquer les routes que suivent les astres du ciel, l'explication des raz de marée et des tremblements déterre j> : les Muses ne lui auraient rien refusé, et, pour peu qu'il en eût témoigné le désir, lui auraient inspiré la plus belle poésie scientiiique, philosophique et astronomique. Mais, en toute connaissance de cause, par goût, par génie, et non parce qu' « un sang trop froid faisait battre son cœur », il a délibérément choisi l'exemple d'Hésiode, et dans d'autres parties de son poème, il s'en montre assez fier. Je suis donc moins touché de tous ces

passages que de ses vers sur les labours et la cul- Uire de la vigne qui sont aussi beaux comme vers et qui ont la supériorité d'être absolument vrais. Je sens dans cette peinture de la vie champêtre moins de poésie que de développements poétiques. On s'étonne même qu'après avoir si magnifiquement loué l'Italie, le poète s'écrie : « Que ne suis-je assis dans les frais vallons de l'Hémus, à l'ombre des forêts!» Pourquoi l'Hémus? Pourquoi ce rêve d'aller s'asseoir dans \e^ Balkans (le malheureux!) quand il peut goûter les ombrages de la Gampanieet les jardins deNaples? Je n'mcriminerai pas son patriotisme comme on l'a faitje ne l'accuserai pas de ne plus avoir les sentiments d'un vieux Romain. L'Hémus, le Taygète, la vallée de Tempe ne sont sans doute que de ces noms génériques dont rabus est une des plaies de la poésie antique. Mais je préfère les vers où il vante les gras pâturages de Mantoue et de Tarente.

Cependant cette poésie un peu conventionnelle n en exprime pas moins des idées fortes et justes On ne saurait trop répéter au paysan que sa vie peut paraître enviable à ces gens des villes qu'il serait porté à envier lui-même; et Virgile a raison d'exalter la bienfaisance de son œuvre et la grandeur sociale de sa tâche. 11 a également raison de rappeler aux intellectuels que l'intelligence n'est pas tout et que la volonté, jointe à la piété, est une aussi grande force • « Heureux qui peut pénétrer les causes des choses et qui a foulé aux pieds toutes les terreurs etl'inexo^ rable Destin et le bruit que l'on fait autour de l'avare Acheron. Mais heureux, ohl bienheureux, celui qui connaît les dieux champêtres et Pan et le vieux SiK vain et les jeunes sœurs, les Nymphes M » Je ne

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