‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 41 sur 74 · Àt vero, Zephyris cum laeta vocanlibus aestas · texte numérisé non relu

Àt vero, Zephyris cum laeta vocanlibus aestas

In saitus utrumque gregem atque ia pascua mittet

A la nature heureuse dont jouissent les pâtres italiens, aux solitudes où s'enfonce le berger de la Libye avec sa tente, ses pénates, ses armes et son carquois, équipé comme un légionnaire, Virgile oppose les rudes et mornes bergeries des peuples du nord. C'est un des rares passages du poème ou nous sentions « le morceau de rhétorique » ; et comme nous nous éloignons de la vérité, la poésie y perd. Les Scythes et les Thraces habitaient peut-être des antres souterrains; mais ils ne vivaient pas plus dans un perpétuel hiver que les peuples de l'extrême nord qui étaient inconnus de Virgile et où la vie pastorale a des mois d'été d'une lumière magique. Sa description est malheureusement faite de souvenirs littéraires. Il emprunte à Homère l'horreur qui règne au pays des Oimmériens et à Hésiode le tableau de l'hiver au pied de l'Hélicon, qui n'est pourtant pas une région hyperboréenne.

Mais après cette digression, nous revenons à nos moutons, et tout redevient délicieux. H nous indique les moyens d'obtenir une laine très belle et de bon lait et de bons fromages.

Luciferi primo cum sidère frigida rura Garpamus, dura mane novum, dum gramina canent, Et ros in tenera pecori gratissimus herba. Inde, ubi quarla sitim cssli collegerit hora. Et canlu querulse rumpent arbusta cicadœ, Ad puteos aut alla grèges ad stagna jubebo Currentera ilignis potare canalibus undam; ^stibus at mediis umbrosam exquirere vallem, Sicubi magna Jovis antique robore quercus Jngcntes tendat ramos^ aut sicubi nigrum Ilicibus crebris sacra nemus accubet umbra; Tum tenues dare rursus aquas, et pascere rursus Sûlis ad occasum. cum frigidus aëra vespti- Tempérât, et saltus reficit jam roscida luna, Litoraque alcyonen résonant, acalantliida dumi.

Géorgiques, III, 322-338.

Si tu tiens à la laine, évite les taillis,

Le chardon, la bardane et les riches pâtis.

Et d'abord la toison des femelles doit être

Souple et blanche, et, ton mâle eût-il l'éclat du lin,

Si tu vois sous sa langue un peu de noir paraître,

Cherche un autre bélier à travers ton champ plein,

Car tes agneaux naîtraient tachetés d'ombre brune ;

Et c'est, dit-on, pour sa toison de neige, ô Lune,

Que Pan l'Arcadien te prit au fond des bois :

Tu ne fls point la fière et tu vins à sa voix ^

Quel coup d'archet de la fantaisie au milieu de ces conseils pratiques, et que tout se relève et s'ennoblit à ce lumineux sourire ! Boileau n'avait pas si grand tort lorsqu'il écrivait : « Plus les choses sont sèches et malaisées à dire en vers, plus elles frappent quand elles sont dites noblement et avec cette élégance qui fait proprem-ent la poésie. » 11 y a mieux que de l'élégance ici ; mais il y en a beaucoup dans les vers qui suivent, c'est-à>dire dans l'original :

Veux-tu le lait de tes brebis? Prodigue-leur

Le lotus, le cytise et de l'herbe salée.

Plus elles boivent, plus leur mamelle est gonflée;

Et le sel donne au lait une fine saveur.

Souvent les chevreaux drus sont écartés des mères,

Le museau pris d'abord dans l'âpre muselière.

Le lait de la journée est présure la nuit.

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