‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 54 sur 74 · VirgiVs Gathering of the Clans (Oxford · texte numérisé non relu

VirgiVs Gathering of the Clans (Oxford

2. Vipereo generi ut graviter spiraiitibus hydris Spargere qui somnos cantuque manuque solebat,

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charmeurs de reptiles et le sont restés à travers les âges. Leur déesse Angitia avait le serpent pour emblème. On l'assimilait même à Médée qui aurait fui jusqu'en Italie et qui aurait reçu ce nom du pouvoir qu'elle avait d'engourdir les reptiles par ses paroles magiques. (Aîigitia, de angere, signifie : celle qui suiïoque.) « Dans son temple de Luco, dont l'enceinte est intacte, nous dit M. Piganiol, c'est aujourd'hui une Madonna délie Grazie qui joue avec le serpent. »

J'admire dans ce dénombrement la solidité de l'érudition, la vérité du coloris, le choix du détail caractéristique, mais qui ne tire jamais l'œil et qui ne nuit jamais, par l'importance pittoresque que le poète lui donnerait, à l'harmonie de l'ensemble. Virgile manie avec une dextérité charmante son lourd amas de documents. Sa marche n'en est point gênée. 11 parcourt cette forêt de légendes et ces ruines confuses de l'histoire d'un pas agile, et le tlambeau qu'il tient à la main ne secoue ses étincelles qu'aux bons et beaux endroits. Niebhur, qui a poussé l'inintelligence de sa poésie jusqu'à la stupidité, n'a pu s'empêcher de reconnaître « sa grande science en fait d'antiquités et d'histoire ». Comparez cette évocation d'un historien poète, si brillante et si souple, et, chaque fois que c'est possible, si exacte, aux fantastiques résurrections du moyen âge de Victor Hugo. Je ne parle pas de Leconte de Lisle toujours rigide et dont l'érudition, faussée par sa philosophie de

Mulcebatque iras et raorsus arte levabat. Sed non Daidaniœ medicari cuspidis iclum Evaluit, neque eum juvere in vulnere canlus Somniferi et Marsis quœsitae montibus herbae Te nemus Angitœ, vilrea te Fucinus iinda, Te liquidi flevere lacus.

Enéide j Vil, 753-760.

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l'histoire, est assez souvent aussi peu humaine que Aoyante et superficielle. Le génie de Virgile a produit la plus heureuse conciliation de l'esprit classique et de l'esprit romantique, car il aimait autant la couleur que Leconte deLisle et Hugo. Les Anglais ont raison de rapprocher son dénombrement des peuples italiques de celui des Démons, au premier rhant du Paradis perdu. Milton a su se servir de la Bible et de l'histoire comme Virgile des anciennes traditions ; et les puritains connaissaient ses héros comme les Romains les Cœculus et les Mézence. Mais la matière de Milton était plus impressionnante et d'un intérêt plus général : l'etTort de création poétique a été plus grand chez Virgile.

11 ne l'a pas renouvelé au dixième Livre, quand il passe de l'armée de Turnus à la (lotte d'Enée et qu'il nous énumère les chefs étrusques et ligures alliés des Troyens. Là, son désir d'associer à [Enéide l'Italie tout entière, jusqu'à File d'Elbe, jusqu'à sa chère Mantoue, l'a emporté sur la vraisemblance. Et, la vraisemblance lui manquant, il a perdu, sinon de son éclat, du moins de sa force. Je ne vois, dans ce défilé beaucoup plus court, que deux traits à noter pour leur vérité archéologique. Le premier intéresse ]• s Ligures. Leur chef, Gynire, porte à son casque <i(iS plumes de cygne qui rappellent la métamorphose de son père Gycnus ; et il est très probable, en effet, que les Ligures ont eu le culte du cygne. L'autre concerne les Etrusques. Asilas de Pise est un interprète des dieux. « Les entrailles des victimes, les astres du ciel, le langage des oiseaux, les feux de la foudre n'ont point de secret pour lui. » Nous savons que les Romains tenaient des Etrusques l'art augurai dont les quatre divisions sont marquées dans ces vers. « Profondément imbus d'esprit religieux,

(lit Gicéron, ils étudièrent les entrailles des nombreuses victiuies qu'ils immolaient; et, comme la pesanteur de l'air en Étrurie cause les phénomènes les plus variés, ils acquirent une vaste expérience dans l'interprétation des prodiges. > Il est tout naturel aussi que l'aruspice Asilas soit un prince et entraîne mille guerriers au combat, car les aruspices et les prêtres étru riens se recrutaient dans les familles les plus aristocratiques.

Un autre caractère des Etrusques nous est fourni un peu plus loin, au milieu d'une bataille où leur chef Tarchon arrête leur débandade : « Vous êtes moins lâches, quand Vénus vous provoque à des combats nocturnes ou quand la flûte recourbée de Bacchus vous donne le signal des danses et que vous vous bousculez devant des tables bien servies. Voilà votre plaisir et votre passion! Il vous suffit d'entendre l'aruspice proclamer que les entrailles annoncent d'heureux présages et qu'une grasse victime vous appelle au fond des bois sacrés ! » La décadence de la mystérieuse civilisation étrusque, qui avait commencé au iv^ siècle de la fondation de Rome, avait laissé des souvenirs de vie dissolue; et les historiens, surtout les Grecs, avaient fait aux Étrusques une réputation d'immoralité que leur avaient value sans doute leurs richesses et leur luxe asiatique. Songez au contraire à l'éloge de la jeunesse Sabine dont le Sabin Numanus outrage les ïroyens : « Que viennent faire en Italie ces Phrygiens qui ne se plaisent qu'aux danses, ces beaux porteurs de tuniques à longues manches et de niitr- ;i enrubannées?... Chez nous, la jeunesse sait endurci* les fatigues et se contenter de peu. Elle dompte !a terre avec la charrue et renverse les villes avec ses armes. Toute notre vie se passe à manier le fer, et,

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quand nous retournons nos lances, c'est pour en aiguillonner les taureaux! » Chose curieuse, Virgile semble avoir moins de sympathie pour les auxiliaires d'Enée que pour ceux de Turnus. Mais je crois qu'il vaut mieux louer son impartialité.

L'habileté de cette peinture des anciens peuples italiques pâlit devant la beauté du huitième Livre où Enée foule l'emplacement de Rome. Virgile a visité par l'imagination et par le cœur la Rome qui n'existait pas encore et nous en a fait pressentir la majesté devant son sauvasre berceau. Elle était alors habitée par le roi Evandre, venu d'Arcadie. Evandre, nous dit Denys d'Halicarnas.=e, était fils de Mercure et d'une nymphe arcadienne, Carmenta, ou la Prophétesse. (Carmenta est une divinité pélasgique, originaire de Crète.) L'accueil amical de Faunus, roi des Aborigènes, lui avait permis de s'installer sur une colline près du Tibre, le Palatin. Les Arcadiens y bâtirent un petit bourg qui pouvait contenir juste autant de monde que deux vaisseaux en avaient amené. Ils l'appelèrent Pallantée; et les oracles assuraient que cette bourgade deviendrait dans la suite des temps plus considérable qu'aucune ville grecque ou barbare. Selon Denys, ces Arcadiens apportèrent les premiers en Italie les lettres grecques et les instruments de musique comme la lyre. Tite- Live nous dit qu'Evandre avait moins d'autorité réelle que d'ascendant, et qu'il le devait à ses vertus,

à sa connaissance de l'écriture, merveille toute nouvelle pour ces nations grossières, et à la divinité de sa mère Carmenta. Virgile n'emprunte à ces légendes que le caractère vénérable et hospitalier d'Evandre et la simplicité de ses mœurs.

Enée, conseillé par le dieu du Tibre et porté par ses eaux, débarque au pied du Palatin, un des plus beaux sites de la ville, à l'endroit qui sera plus tard le Forum Boarium, le Marché aux Bœufs, et d'où partira la limite de la Rome primitive. Ce jour-là, Evandre, son lils Pallas, l'élite de sa jeunesse et son pauvre Sénat (c'est déjà le Sénat romain composé de laboureurs) brûlaient de l'encens sur VAra Maxima, l'autel maxime d'Hercule. Les Romains du temps de Virgile le vénéraient autant que leurs ancêtres et y voyaient un des monuments les plus authentiques de leur lointain passé. Leur vieux poète Pacuvius, le neveu d'Ennius, auteur tragique et peintre, en avait enluminé les murs. Les jours de triomphe on y célébrait de grands sacrifices. La statue d'Hercule, si vieille qu'on l'attribuait à Evandre, était revêtue des ornements triomphaux. C'était à cet autel, resté très humble malgré son nom, qu'on jurait les traités, qu'on s'engageait, tête nue et un silex à la main, par les serments les plus sacrés et que les citoyens venaient offrir aux dieux la dime de leurs biens.

A l'arrivée des deux birèmes d'Enée, les Arcadiens quittent les tables oii les victimes leur étaient partagées et saisissent leurs armes. Mais les Troyens se font connaître; et le jeune Pallas les conduit à son père. Les paroles d'Enée, obligé d'avoir recours à des Grecs, sont aussi dignes qu'adroites : « Vous êtes Grec, Arcadien, et uni par les liens du sang aux deux Atrides, dit-il en substance à Evandre. Cependant je n'hésite pas, moi Troyen, à vous présenter

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