‹ Virgile, son œuvre et son tempsChapitre 61 sur 74 · Scis ut le cunctis unam, qiiaecumque Latinas · texte numérisé non relu

Scis ut le cunctis unam, qiiaecumque Latinas

Magnanimi Jovis ingiatum ascendero cubile, Prietulerim.

Éneide. XII, 143-14»

amoureuse langueur, riant de sa ruse et consciente de sa beauté, lœta dolis et formœ conscia. Cette scène, la seule voluptueuse de tout le poème, a un coloris si tendre et les paroles des deux époux sont encore si nobles que nous oublions la crudité de la situation pour ne plus voir que le tableau mythologique d'un grand peintre. Mais nous sommes loin du sentiment religieux de Virgile.

C'est dans son Jupiter, ot:i il se manifeste, qu'éclate le désaccord entre sa conception de la divinité et la convention poétique. L'Empire reconnait en lui l'Empereur du ciel; le stoïcisme, son dieu; l'humanité pressent déjà le Père. Virgile se le représente très beau, dans la maturité de l'âge, pareil sur son trône au Zeus que Phidias avait sculpté dans l'ivoire et l'or. Mais son pouvoir n'est point illimité. Par rapport au destin, au fatum, « il est comme le magistrat romain par rapport à la loi*. » Il veilie à l'application des décrets, il peut quelquefois retarder les catastrophes; il ne peut jamais les empêcher. Observateur rigoureux des lois qui le dominent, le souverain des dieux est l'arbitre impartial et juste que les héros prennent à témoin des actes solennels de leur vie et en qui ils mettent tous leur recours. Mais il est compatissant. La mort de Pallas mouille de larmes les yeux d'Hercule, et Jupiter le console par ces mâles paroles : « Chacun a son jour marqué : la vie est brève et irréparable; mais étendre sa renommée par de belles actions, c'est l'œuvre de la vertu -. » Cela dit, il détourne ses regards du

1. Apollonius de Rhodes et Virgile. H. do La Ville de Mirmont (HacheUe 1894).

2. « Slat sua cuique dies; brève et irreparabile tempus Omnibus est vitse; sed faiiiam extendcre faclis,

Hoc virtuUs opus.

Enéide, X, 4.7-469,

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