VIRGILE ET L ITALIE DE SON TEMPS D
pour la médecine, et un peu de sa mélancolie voluptueuse.
Vers douze ans, son père l'envoya faire ses études à Crémone. Pourquoi pas à Mantoue? Le choix de Crémone, plus grande ville, un des premiers municipes de la Cisalpine, indique chez ce paysan la même ambition que celle du père d'Horace, qui, n'ayant d'autre bien qu'un maigre champ, voulut que son fils reçût l'instruction des fils de chevaliers et de sénateurs. Le cas n'était point exceptionnel. Les écoles se multipliaient. De la vieille aristocratie romaine, l'amour des lettres et de la science se répandait dans la classe des petits propriétaires et des affranchis. Du reste, c'était parmi les affranchis que se recrutaient la plupart des professeurs. A Crémone, Virgile étudia, sous la direction du Grammaticus, la langue grecque, — l'enseignement se donnait quelquefois même en grec, — la métrique, la poésie, l'histoire; et je verrais volontiers la preuve de sa maturité précoce dans ce fait que son père le jugea, dès sa quinzième année, digne de prendre la toge virile. On attendait d'ordinaire que le jeune homme eût seize ou dix-sept ans. Le matin du 17 mars 53, jour des Liberalia ou fête de Bacchus, il quitta cette robe prétexte, dont la bande de pourpre pareille à celle de la toge consulaire commandait le même respect pour les enfants que pour les consuls. Sa mère lui détacha du cou la petite bulle de métal ou de cuir qui protégeait l'enfance contre les maléhces. Il la suspendit au Lare familial et revêtit la toge blanche du citoyen.
De Crémone il s'en fut à Milan. Comme la seule profession qui s'ouvrait devant les jeunes gens bien nés ou bien doués était celle du barreau, il y lit, près d'un avocat en renom ou près d'un rhéteur, un
apprentissage dont sa poésie nous prouve qu'il retira des leçons d'éloquence. Cependant sa timidité, sa gaucherie, sa parole embarrassée, sa voix d'une suavité divine lorsqu'il récitait des vers, mais vite fatiguée, tout en lui, son physique et son âme, l' éloignait des combats oratoires du forutn. On dit que plus tard il ne plaida qu'une fois. Ce n'est pas la seule ressemblance qu'il ait avec notre Corneille, car il ne se déht jamais de son air provincial ou plutôt paysan. Horace songe à lui quand il nous parle de ce beau génie caché sous une enveloppe inculte, de cet horiime, le meilleur des hommes, si mal rasé, si rustique avec sa toge tombante et ses chaussures trop larges. Un grand jeune homme qui semble avoir poussé aussi vite que le peuplier planté à sa naissance, des traits et un teint brun qui accusent fortement son origine campagnarde, mais des yeux contemplatifs et candides, et des rougeurs pour un rien ; une rusticité de manières d'où se dégage une impression de douceur charrtlahtfe : c'est ainsi que nous nous le représentons, lorsqu'après un séjour de deux années à Milan, il vint à Rome.
lï
L'effet que lui lit Rome et qu'elle devait faire à ces jeunes provinciaux, il l'a rendu plus tard sous la forme ingénue qu'il prèle à son Tityre. Les autres villes ne pouvaient pas plus en donner l'idée que d'un cyprès les petits arbrisseaux plies jusqu'à terre. Cette comparaison avec un arbre haut et sônibre conve-