CHAPITRE
théâtre du Vaudeville. Le refus de Minette semblait devoir empêcher la partie. On en était aux expédients, lorsque Gonthier songea à la petite Virginie pour remplacer Minette, et cependant Virginie n'avait encore joué au Vaudeville que des rôles très-secondaires ; mais Gonthier la trouvait capable : cela suffisait. Tous les camarades furent de son avis .
Voici donc la troupe complète et prête à partir pour Orléans. Le jour du départ était arrêté et la diligence retenue... lorsque survint encore un autre embarras : Virginie n'avait pas un seul costume. . . Impossible pourtant de jouer Mademoiselle d'Àubigné avec une petite robe d'indienne. Virginie, en 1816, ne portait à la ville ni soie ni velours, mais du modeste mérinos, des bas noirs, des socles et des souliers lacés! ce qui faisait son désespoir, les bas noirs surtout : elle les avait en horreur, et madame Barbe-Bleue voulait toujours qu'elle en portât. Que faire?
Une de ses camarade.- la conduisit a un cor-
.18 Vinr.INlK DÉJAZF.T.
!;iin iiiai^ lir qu'on appelle encore Ir TrwpJr. Pour la iiio(li(j»ie soiiiino do dix louis, donl la soriélo fit jjéïK^rensenionl l('s avances, Vir}j;inie oui une garde-robe coniplèle ; el les artistes du Vaudeville partirent enfin pour Orléans.
Virginie quittait sa mère et sa s03ur Thérèse pour la première fois. — Pour la première fois elle allait donc se trouver seule, mai tresse de ?es actions.
La première émancipation fui et sera toujours pleine de charmer, même pour les enfants qui cliérissenl le jilus leurs ])arcnts : aussi Virginie était-elle joyeuse et fièrc d'être ainsi livrée à elle-même... Elle volait enfin de ses propres ailes : cela lui donnait un air de grande personne qui la flattait beaucoup. Elle avait à peine seize ans, mais depuis longtemps déjà elle aspirait à la liberté.... Qu'on juge de son ivresse quand elle se vit installée a Orléans, liôtrl (le l'Ljiervier, dans une jolie petite chambre meublée en véritable acajou, ornée de ta- Idoaux, de glaces, de rideaux, de tapis et de
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tous CCS mille riens qui j)araisscnt un luxe asialifjue aux yeux des oufiuifs élevés au sein d'une nombreuse et pauvre famille d'artistes.
Eh bien, ccquicbarinaif le plus Virginie dans son indépendance provisoire, ce n'était point de pouvoir aller et venir comme bon lui semblait, ce n'était point de rester à souper avec ses camarades après miunil, ce n'était point les promenades sur les rives de la Loire, les courses en bateau , ni les excursions dans les villages voisins ; non , elle ne se disait point : « Quel bonheur! je suis libre, je puis courir, je puis veiller, je puis aller au bal! » Non ; mais elle se disait : « Quel bonheur !yera7s donc pouvoir mettre les bas que je voudrai ! !! »
La société des artistes du Vaudeville débuta à Orléans par le Mariage de Scarron ; Virginie joua le rôle de Mademoiselle d'Aubigné. Je ne sais si Déjazet se souvient encore de la superbe robe à queue qu'elle portait dans ce rôle, mais ce que je puis affirmer, c'est que cette robe à queue gonait et embarrassait singulièrement la
petite Virtrinie. Notre jeune et intelligente actrice, clans le personnage île Tiennette du Nouveau Pourceau (jîiac , se trouvait plus à Taise. Déjà son heureux penchant pour le genre comique se faisait pressentir. Elle lançait déjà le mot avec esprit, elle chantait agréahlement, bien que sa voix, un peu trop aiguë, ne fut pas encore posée comme elle l'est aujourd'hui. — Les dix jours de congé passèrent rapidement, trop rapidement au gré de Virginie. Les succès que lui méritèrent les quel(|ues rôles brillants qu'elle joua à Orléans l'enivrèrent et lui montèrent la tête ; et, bien qu'elle revînt à Paris sa bourse bien garnie (son quart de part avait produit 200 francs nets de tous frais, et jamais la pauvre enfant n'avait eu tant d'argent), bien qu'elle retrouvât la même place qu'elle occupait au Vaudeville , elle n'était pas satisfaite : cette même place, qui lui paraissait douce et aimable quinze jours auparavant, maintenant lui semblait triste et misérable. C'est que quinze jours avaicntsuffi pour que l'enfant devînt jeune fille, et que le soufûe du succès avait éveillé dans cette tète de seize ans tous les instincis de l'ar-