CHAPITRE
tiste, l'amour de la gloire et la soif des bravos.
Quand il lui fallut reprendre tous ses rôles secondaires, quand il lui fallut voir jouer à Minette ces mêmes rôles qu'elle avait remplis à Orléans avec tant de succès, la pauvre Virginie sentit son cœur se gonfler ; elle soufl'rit... non de cette jalousie indigne des âmes d'élite, mais de cette fiévreuse émulation qui, loin de vous aveugler, vous laisse toute votre raison et votre conscience pour juger sainement et reconnaître la valeur réelle du talent de vos émules, la supériorité ou l'infériorité de vos rivaux.
Virginie, en fille de sens, ne s'abusa point: elle comprit parfaitement que la lutte était impossible entre elle et Minette.
Minette était dans tout l'éclat de son talent et de sa réputation, et cette réputation était méritée et ce talent était réel.
Virginie alla consulter Gonthier sur le parti qu'elle avait à prendre.
42 VlUGLMb: DEJAZEÏ.
Il lui Jil que lors(ju'on entrait enfant dans nn théâtre, et (ju'on y reslail longtemps dans une position secondaire (Virginie était depuis neut années au Vaudeville), jamais on n'arrivait au premier rang. Il lui conseilla donc de partir, de quitter le Vaudeville et Paris, de courir la province pendant deux ou trois années, jusqu'à ce qu'une circonstance, un hasard , lui otTrisscnt une occasion de rentrer à Paris brillamment.
Virginie ne suivit que la moitié du conseil ; elle quitta le Vaudeville , mais elle ne put se décider à renoncer à son cher Paris, à son pays, au berceau de ses premiers succès. Elle alla chercher fortune au théâtre des Variétés.
Le théâtre des Variétés était alors dirigé par l'illustre Brunet. Virginie débuta d'abord par le rôle de Suzette dans Quinze ans d'absence , comédie en un acte de Merle et Brazier ; puis elle eut l'imprudence de choisir pour continuer ses débuts uji rôle créé par Pauline, celui de FéliXy élève d'un lycée, dans les Petits Bracon-