CHAPITRE V
Les gentillesses de M. Perrin. — Ses façons d'aimer et de se faire aimer.
Il y aval t , au nombre des abonnés du théâtre de Lyon, un certain M. Perrin, cousin d'un riche marchand de sel delà ville, dont il était l'associé: c'était un gros gaillard, petit, court, assez beau garçon, mais très-ridicule ; ce monsieur passait sa vie à faire assaut des deux mains à la salle d'armes : il était de la force deGrisier et tirait le pistolet comme Paul Jones le corsaire, à ce qu'il disait; tous les jeunes gens de la ville étaient de ses amis, mais tous l'évitaient au-
(anl que possible; et cependant il était riche !
Ce M. Perrin s'éveilla nii beau jour trèsépris de Virginie, et il se mit en tête d'en faire sa maîtresse. 11 assistait assidûment à toutes les représentations des pièces dans lesquelles elle avait un rôle; il ne lui avait jamais adressé la parole, mais il disait à tous ses amis qu'il était au mieux avec elle.
Un soir pourtant, disposé à tout oser, et persuadé de vaincre probablement, il voulut en finir et monla résolument, après le spectacle, chez Virginie. Celle-ci, étonnée d'entendre sonner chez elle à pareille heure, hésita quelques secondes à ouvrir; mais, peu poltronne de sa nature, elle se décida et ouvrit,
— Pardon, mademoiselle, je suis Perrin.
— Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, monsieur.
— Mais je vous connais moi, mademoiselle.
— Je ne crois pas, monsieur.