CHAPITRE V
Pcrrin uta sa cravate sans dire un seul mot.
— Mai>, monsieur, je vais appeler et vous faire jeter à la porte par le premier passant!
Perrin tira de sa redingote deux petits pistolets de poche : après s'être assuré qu'ils étaient chargés et en bon état, il se débarrassa de son gilet, toujours sans proférer une seule parole et sans se dessaisir de ses pistolets.
— Mais savez-vous bien, monsieur, que je porterai plainte à la police...
Il ôta ses bretelles.
— Enfin, monsieur, votre conduite est indécente...
Perrin passa derrière les rideaux du lit qu'il ferma hermétiquement.
— Que faites-vous encore?
Il ne répondit pas ; mais un pantalon dépossédé de son propriétaire vint tomber au milieu, de la chambre...
— Ah !.. . mais vous êtes fou ^ monsieur !
— Je suis couché, mademoiselle.
— Couché !. . . Dans mon lit ?. . .
— Mon DieUj oui , dans votre lit... Mon portier n'ouvre jamais après minuit, et je ne vous crois pas assez inhumaine pour m'envoyer coucher à la belle étoile, d'autant plus qu'il gèle à quinze degrés et que je suis très-frileux.
— Couché ! couché î . . . s'écriait toujours Virginie, qui ne pouvait croire à tant d'arrogance.
— Eh parbleu! oui, couché. Voyez vousmême.
Et Perrin ouvrit les rideaux. Il avait dit vrai.
Virginie poussa un cri d'indignation, quitta vile la chambre, traversa plus vivement encore la première pièce qui lui servait de salon et de salle à manger, et s'en alla frapper chez son voisin, après toutefois avoir pris soin de refermer la porte d'entrée de son appartement à double tour, pour }>rendre au piège et punir l'insolent Perrin.
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Tautin demeurait sur le même palier qu'elle ; ce fut chez lui qu'elle frappa. Tautin dormait profondément; il la fil longtemps attendre avant de se lever et d'ouvrir. Troublé dans son premier sonmicil, il était fort maussade : il ne comprenait pas comment Virginie venait l'éveiller à pareille heure ; elle fut obligée de lui dire et redire trois fois la cause de son importunité.
Quand Tautin fut au courant de l'aventure, et qu'il sut que l'homme contre lequel Virginie venait réclamer sa protection s'appelait Perrin, quand il apprit surtout que ce Perrin avait des pistolets^ il refusa positivement de se mêler de cette affaire.
— Vois-tu 7 ma bonne amie, — lui dit-il, — Perrin connaît tout le monde; il fait la pluie et le beau temps au théâtre ; c'est un meneur très-influent, et puis il est très-fort, il se bat comme Saint-Georges, il vous tue un homme aussi froidement qu'il tue un lièvre. Vraiment, il serait par trop imprudent de se mettre mal
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avec lui. J'en suis Irès-fôclié pour toi, qui es une bonne lille, que j'aime de tout mon cœur, mais franchement je ne veux pas risquer de me faire sifller, et peut-être même de me faire rosser, en me mêlant de ce qui ne me regarde pas. Tire-toi de là comme tu pourras; quant à moi, je te le répète, je ne puis ni ne veux intervenir en aucune façon. Bonsoir, chère amie. Et il s'apprêtait à refermer sa porte.
— Mais au moins donne-moi l'hospitalité jusqu'au jour.
— Diable! non, il n'aurait qu'à l'apprendre, il me croirait son rival; j'aurais l'air d'être ton complice, et de t' avoir facilité les moyens de lui échapper. D'ailleurs je suis garçon, chère amie, et pour ta réputation... cela ne serait pas convenable.
— C'est juste, répliqua Virginie, qui riait de pitié, je ne sais où j'avais la tête de compter sur toi pour riie défendre.
Elle lui tourna le dos, et se mit à gravir