CHAPITRE VI
Neuf mois à Bordeaux. — Virginie prend au théâtre
son nom de Déjazet. — Vingt-quatre heures de
cave pour un élan d'enthousiasme.
ClIAPITUE VI
Neuf moisi Bordeaux. — Virginie prend au lliéâtro son
nom de Déjazct. — Vingt-iiuatre heures de cave
pour un élan d'cntliousiasnie.
Aucoiiiiiienccment de l'année Uiéâtralel 820, i^c'est-à-dire aux vacances de Pâques , Vir<;inie se rendit à Bordeaux, où l'appelait son nouvel engagement.
En arrivant dans cette ville, de tristes souvenirs assaillirent son cœur.
Elle venait à Bordeaux pour la première fois, et cependant ce pays ne lui était pas étranger;
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sa sœur aînro . Hippolyle-Pauliiie Dcjazet^ actrii'o aiiivaMo, clKintouse (listiii«j:uce , avait ctl)leiui au j^^raud théàln^ de celle ville de légitimes succès, et souvent, bien souvent dans sa correspondance avec Virginie, ellelni jiarlait du public bordelais avec une clialeur, un enlliousiasnic qui prouvaient qu'elle n'clait point ingrate, et que si le public Tbonorait de ses bravos, elle avait pour lui un profond respect et une vive reconnaissance.
Malheureusement, quand Virginie vint à Bordeaux, sa sœur n'exislail plus; elle était allée mourir à Brest d'une maladie de poitrine qui Temporla à Tâge de vingt-neuf ans... mais son nom et ses aimables qualités vivaient* encore dans tous les souvenirs.
Virginie était alors, comme aujourd'hui, trcssuperstitieuse. A la veille de subir les chances toujours dangereuses d'un nouveau début, elle pensa que son nom de famille, très-connu dans la ville, grâce au talent de sa sa3ur aînée, serait pour elle une sorte d'égide, de parachute.
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Elle résolut donc tic paraître dcsorinais sous ce nom, sans abandonner cependant celui de Virginie, et les afliches du Théâtre-Français de Bordeaux annoncèrent la première représentation de le Marin ou les deux Ingénues, pour les débuts de mademoiselle Virginie Déjazet.
Déjazet réussit à Bordeaux aussi beureuscrment que la petite Virginie avait réussi à Paris et à Lvon! Elle attribua ses derniers succès à rinspiration qui lui était venue de se mettre sous le patronage de son nom de famille. Mais nous, qui connaissons le public, et ([uï n'avons pas notre modestie engagée dans cette ({uestion, nous croyons pouvoir affirmer que son talent seul lui méritait ce nouveau succès, et que le souvenir de sa sœur n'y contribua pour rien.
Le public ne tient compte aux comédiens que de leur propre mérite, et le mérite du père ou de la S(eur nuit a la sœur ou à l'enfant, loin de les servir; car le talent n'est pas héréditaire, et cependant le public semble l'ignorer. Talent oblige, à ce qu'il prétend. Oui, si Dieu avait
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fail les iiilelli<^ences égales; mais il ne Ta pas fait, il ne Ta pas voulu.
Virginie Déjazel jouait à Bordeaux tous les beaux rôles créés à Paris par Minette , par Uivière et par Flore; on l'applaudissait chaque soir, soit dans Jeanne cVAre, du Vaudeville, soit dans le muet du Cliien de Monlargis, qu'elle apprit du jour au lendemain, soit dans les Oies du frère Philippe, dans le Pied de Mouton, dans le Belvédère, dans le Petit Candide, toutes pièces oubliées et inconnues de la génération nouvelle , toutes pièces à succès cependant, et à succès plus durables que ceux d'aujourd'hui.
Elle joua aussi l'amoureuse de3/o».sicî(r*SVni6- Gêne, encore un rôle qu'elle apprit en vingtquatre heures, pour faciliter les représentations de Lepeintre, qui passait un mois à Bordec^ux, de ce bon Lepeintre, qui fut (e doyen des comédiens en activité, d(; ce digne et boimùte Lepeintre aîné, qui, malgré ses cinquante-cinq années de pratique, avait conservé toute la ver-