‹ Virginie DejazetChapitre 23 sur 92 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

deiir, toute la fougue, tout Tentrain, toute la vivacité d'un homme de quarante ans, et pouvait encore servir de modèle aux artistes qi^i aimaient le comique sans charges et le dramatique sans exagération, lorsque, après une si longue et si honorable carrière, il mit fin à ses jours d'une façon si tragique.

Campenot, le premier ténor, Tautin, Bertin et plusieurs autres artistes dii Lyon, étaient venus aussi à Bordeaux à la même époque que Virginie Déjazet.

La joyeuse caravane passa onze jours en voiturins pour faire le trajet : j'ai déjà dit avec quelle lenteur on voyageait alors.

Virginie Déjazet poursuivit avec une nouvelle ardeur le cours de ses laborieux travaux. L'époque de son retour à Paris était prochaine ; elle voulait justiiier au Gymnase la bonne opinion que Potier, Lepeintre et Gontier avaient de son jeune talent.

88 viH(;iMi': DKJAZi'rr.

Elle passait ses joiinn'os enliiTos à cludicr iion-soultMiient des rôles nombreux, ce rjui eiit absorbé toutes les facultés d'une nature moins ricbemenl douée (|ue h\ sienne, mais encore à Hre et relire Molière, Heauniaucliais, Déranger, chercbant à se pénétrer du génie immortel de Tun et de Tesprit philosopirKjue des deux autres. Elle lit mieux (jue de s^en pénétrer, elle les comprit.

Ce penchant prononcé, cette aiïection particulière et constante, cette enthousiaste admiration pour ces trois nomf; impérissables, ce culte sacré qu'elle avait, qu'elle a toujours pour leurs œuvres, sufliraient à prouver la supériorité de l'esprit de Déjazet , si chaque jour elle ne se chargeait elle-même de nous la faire apprécier, et sur le théâtre, et dans sa correspondance intime, et dans ses ravissantes causeries du coin du feu.

Les heures que Déjazet dérobait à ses auteurs chéris, à ses aimables et ravissants compagnons de solitude, elle les consacrait à l'étude de la

Page 1