‹ Virginie DejazetChapitre 24 sur 92 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

musique, elle les passait au grand tliéàtre de Bordeaux, où elle avait ses entrée libres, à entendre Gluck, Grétry, Boïeldieu; elle avait une passion très-vive pour Topera, et le charme que produisait sur son organisation l'audition des chefs-d'œuvre de ces grands maîtres était tel, qu'il lui faisait tout oublier.

Un soir qu'elle assistait dans la coulisse à une représentation de la Princesse de Balnjlonc^ opéra en trois actes, dont la musique était de Kreutzer et le poëme de Vigée, la chanteuse qui jouait la princesse l'impressionna tellement, qu'elle se précipita sur la scène sans y songer, alla prendre les maius de la cantatrice en lui criant :

— Bravo! bravo, madame! Jamais je n'entendis chanter ainsi. Puis elle se jeta à son cou et l'embrassa avec effusion.

Tous les véritables artistes comprendront la spontanéité de ce mouvement enthousiaste.

Le public même le comprit ; car dès qu'il

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eul reconnu Déja/ol sous sa modeste loiletledu dix-neuvième siècle, qui contrastai l étran«ïemenl avec le magnilique costume tout couvert d'oripeaux de la princesse de Babylonc, il se mit à applaudir avec frénésie cette entrée involontaire, ce généreux élan du cœur.

Il est inutile de peindre la confusion de Virginie, on la devine aisément; elle ne savait plus comment sortir de scène, elle se sauva avec la prestesse d'une jeune biche aux abois. Mais tout n'était pas fini.

Le lendemain, elle reçut une invitation de se rendre immédiatement chez le commissaire général de la police. Cette invitation l'étonna et l'inquiéta plus encore. Cependant elle s'y rendit. On la fit longtemps attendre, puis enfin on l'introduisit dans le cabinet du commissaire général.

Ce commissaire^ tout de noir babillé, était occupé à écrire quand elle entra ; il ne se dérangea point, il ne la regarda même pas, il

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